‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 229 sur 552 · GERS — GERTRUYDENBERG · texte numérisé non relu

GERS — GERTRUYDENBERG

De sanglantes factions se disputaient à cette époque les lambeaux de la France. Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, avait été le protecteur de Gerson, qui avait voué à cette famille une reconnaissance bien naturelle ; mais il s'en était détaché aussitôt le meurtre du duc d'Orléans par ordre du fils de ce prince. 11 avait fait plus : il avait attiré sur sa tête la colère de celui-ci, en foudroyant du haut de la chaire l'assassinat politique, en réfutant Jean Petit, qui s’en était constitué le panégyriste, et en prononçant dans l’église de Notre-Dame l'éloge de la victime, Aussi sa maison fu#elle pillée, et il faillit lui en coûter la vie; il n’osa même plus rentrer en France après la clôture du concile; il errait en pèlerin dans les montagnes de la Bavière, lorsque le duc Albert, admirateur de son talent, lui offrit un asile dans la Tyrol. De là il se rendit à Vienne, où l’archiduc voulut l'attacher:à son université ; mais Gerson ne pouvait oublier sa patrie; et lorsque l’assassinat de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, lui en rouvrit les portes, il courut à Lyon chercher une retraite chez son frère, prieur des Célestins de cette ville. Là il s’éteignit obscurément, le 12 juin 1429. Les petits enfants, auxquels l’ancien chancelier de l’université enseignait le catéchisme , et à qui il légua son beau travail De Parvulis ad Christum trahendis, répétaient à sa demande, la veille encore de sa mort, sa dernière prière : « Dieu de miséricorde , aie pitié de ton pauvre serviteur Jehan Gerson! »

Il reste de lui une foule de traités mystiques, qui résument à eux seuls les doctrines ascétiques des Jean Climaque et des Bonaventure. Son mysticisme n’est pas le mysticisme sentimental, qui se contente d’adorer l'Être en renonçant à l’action , et qui tombe dans le quiétisme. Sa philosophie s'élève de la forme à la substance, de l’idée à l'être, du contingent à l’absolu, du subjectif à l'objectif, et elle se fonde pour cela sur l'intuition appliquée aux choses célestes. Ses traités de toutessortes sont trop nombreux pour être énumérés ici.

[De nombreux manusents de l’Zmitation de Jésus- Christ portant son nom, dont celui de Gersen n’est évidemment qu’une corruption; l’analogie de certains passages de ce livre célèbre avec des morceaux avoués de Gerson ; certains faits de sa vie auxquels semblent se rapporter quelques endroits de l’ouvrage; sa doctrine et sa picté, qui le faisaient regarder par Bossuet comme digne d’avoir composé ce livre plein de sagesse et d’onction; l'impossibilité d'accorder ce chef-d'œuvre à Thomas à Kempis, qui n'était qu’un habile copiste, et dont les autres œuvres sont loin de refléter la vigueur de style et la hauteur de pensée du livre dont l’auteur a voulu rester inconnu, ni à Gersen, prétendu moine de Verceil, dont rien ne prouve seulement l'existence, tout cela conduisit M. Gence à ressusciter, avec une grande apparence de raison, une ancienne opinion qui attribuait à Gerson le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, au dire de Fontenelle, l'Évangile n’en étant pas. L. Louver.]

GERTRUYDENBERG (Conférences de). C’est sous cette dénomination qu'est connue dans l’histoire une espèce de congrès tenu en 1710 entre le maréchal d’Uxelles et l’abbé de Polignac, plénipotentiaires français, d’une part, et deux délégués hollandais, d’autre part, chargés de leur transmettre les réponses de Marlborough et du prince Eugène à leurs propositions. Il s'agissait d'ouvertures de paix faites à ses ennemis par Louis XIV à la suite de cette série de revers qui signalèrent la fin de son règne. Marlborough, représentant le gouvernement anglais, et le prince Eugène, représentant de l'empereur , s'étaient établis à La Haye, où

se trouvaient réunis les états généraux ; mais les plénipoten-

tiaires français avaient dù s'arrêter à Gertruydenberg, petite ville de la Hollande située à l'embouchure de la Douge, à 12 kilomètres de Bréda , par suite du refus des plénipotentiaires alliés et des états généraux de s'aboucher directement aveceux, L'orgueil de Louis XIV fut obligé de dévorer cet affront, et les négociations se suivirent au milieu de ces al

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