GESTE — GÉTA
quaient entre leurs vers, au moyen de ces notes, le geste que devait faire l'acteur, en même temps que ces notes correspondaient à la musique qui l’accompagnait, comme on sait. Le peuple athénien avait acquis une telle habitude de cette musique et du geste qui y avait nécessairement rap port, que la moindre infraction commise par l'acteur était était aperçue et huée. C’est de là qu'était venu le proverbe : « Faire un solécisme avec le bras. » Cet exemple et celui des Zanistæ, qui à Rome enseignaient aux gladiateurs, en même temps qu’à se servir de leurs armes, l’art de tomber et de mourir avec grâce, prouvent à quel point les anciens étaient sensibles à la beauté du geste et à sa convenance.
L'acteur doit subordonner son geste au degré poétique de l'ouvrage qu'il représente : il doit planer même au-dessus de la nature, et se mettre en harmonie avec l’exagération du sentiment qu’il peint et l’élévation de son organe. On comprend qu'il ne soit pas possible de débiter des phrases pompeuses ou énergiques, de faire résonner des mots choisis volontairement par le poëte, avec l’intensité nécessaire dans un grand théâtre, sans accompagner ces efforts de poitrine de gestes analogues, et sans faire participer sa pantomime aux mêmes efforts. L'acteur doit communiquer vivement au spectateur les pensées du poëte. S'il les sent avec force, il les exprimera de même, et se fera comprendre, dût-il ne pas être entendu. Il faut que le milieu à garder entre cette exagération obligée et le geste outré et disgracieux soit l’objet des constantes études du comédien. L'acteur n’ignore pas que la manière et le mauvais goût, que les cris et les mouvements désordonnés, excitent souvent les applaudissements du public, fandis que le comédien véritablement passionné pour son art préfère le suffrage de l’homme de goût, instruit et sage, aux transports d’une multitude souvent gâlée par de mauvais exemples, mais que le talent simple et vrai, beau surtout, ramène tôt ou tard. Les vieux portraits d'acteurs que la gravure nous a transmis nous Îles montrent pour la plupart, nonobstant toute l’idée que la tradition nous a laissée de leurs talents, gourmés, apprêtés et fanfarons. Talma cependant nous à prouvé qu’il était possible d'obtenir un succès plus mérité en adoptant un autre système , auquel il a fini par accoutumer le public. Par son geste, non moins que par son costume, il rappelait souvent les mœurs antiques, qu’il avait profondément étudiées sur les monuments.
Les qualités du geste théâtral se réduisent à deux principales, la vérité et la beauté. La force significative du geste tient à la vérité. Ce qui constitue cette force significative est moins la violence qu’exigent quelques situations véhémentes, que cette éloquente clarté qui ne laisse aucun doute au spectateur sur le sentiment que l'acteur est censé éprouver. Ce qui nous fait goûter la vérité, la simplicité, la naïveté, ce sont les aflectations, les recherches de Part qu’amènent la civilisation, l'habitude de la société. Les efforts de l’acteur pour secouer ces habitudes laissent toujours quelques traces. La véritable naïveté n'existe jamais quand on la cherche, mais seulement toutes les fois que la volonté de l'artiste, poëte ou mime, n’y a point de part, c’est-à-dire toutes les fois que les actions ou les mouvements ont lieu sans que l'artiste se préoccupe du moyen de les exécuter. Le geste naïf dans l'acteur est une marque de confiance en lui-même, qui prouve combien il s’est pénétré de la situation qu’il veut rendre. On aurait d’ailleurs le plus grand lort de penser que la naïveté ne s'applique qu’à l’expression des sentiments doux et calmes; elle s'étend aux mouvements les plus énergiques, les plus passionnés, qui sont mieux exprimés encore par elle que par les efforts et la violence. L'écueil du naïf est le niais. Tel mouvement quiserait naïf dans la représentation d’un esclave deviendra niais s’il est prêté à un héros; il n’y a qu’une grande justesse de discernement qui puisse faire distinguer à l'acteur ce qui convient à chaque personnage : tout précepte est impuissant à cet égard. C’est par les mœurs, les habitudes de l'individu représenté que l’on peut faire juger de son carac-
tère : or, commet peindre ses mœurs sans la convenance? Mais c’est la nature alors qu’il faut consulter pour surprendre son secret, et non tel ou tel personnage, qui peut être une inconvenance dans sa propre classe, Le choix à faire, toujours à l’aide du jugement, ne {doit porter que sur les traits qui conviennent au caractère qu’on veut reproduire. Là est le mérite et le talent.
Reste la condition de la beauté. I n’est pas permis de douter que les Grecs n’eussent un principeuniversel, à l’aide duquel leurs artistes, leurs écrivains, imitaient la beauté, Ce grand principe des Grecs, par lequel ils embellissaient la disposition d’un tout et de chacune de ses parties, c'était l'unité, et cette loi était devenue si familière dans leurs écoles, que nous la voyons diriger l’étude de la philosophie, de la morale et de la littérature, depuis Platon jusqu’à saint Augustin. Si l’ordre, la symétrie, les proportions enfin, sont agréables dans toutes choses, en ce qu’elles donnent la faculté à l'esprit de saisir, à l'œil d’apercevoir un ensemble, c’est un effet de l’unité; si le simple est préféré en toutes choses, c’est qu’il est un. L'acteur doit donc s'attacher à conserver dans son geste cette unité indispensable, sans laquelle il n’existe point de grâce dans les mouvements du corps humain, et point de beauté. Or cette unité est fondée d’abord et principalement sur les lois de la pondération, qui exigent qu’un mouvement s'exécute simulfanément d’un bras et d’une jambe par exemple. Tout le monde a remarqué que dans la marche les bras se balancent alternativement d’une manière opposée aux jambes : ainsi, quand Ja jambe gauche avance, le bras droit suit le même mouvement, pour former comme un contre-poids ; si un bras soulève un fardeau verticalement, le bras opposé s'élève horizontalement. Ces mouvements, que nous signalons au hasard, s’exécutent machinalement ; mais l’observation de la nature indiquera qu’il n’est pas un seul geste, plus ou moins composé, qui n’exige également le concours des autres parties du corps, sous peine de paraître gauche et disgracieux. Un dernier conseil en finissant. L'acteur qui, par suite d’une conformation vicieuse, ou de mauvaises habitudes contractées, aurait des gestes gauches ou défectueux au lieu de s’étudier d’une manière factice à donner de l’action à ses mouvements, doit s’efforcer, au contraire, de les réprimer. S'il ne s’agit que de représenter le drame tragique ou comique, parlé ou chanté, son application doit se tourner tout entière du côté de la déclamation ou de la récitation, qu’il tentera de porter au plus haut degré de vérité possible. S'il parvient à déclamer dans l'enthousiasme des tons de l’âme, alors il gesticulera involontairement, et ses gestes ne porteront point à faux.
VIoLLET-LE-Duc.
GESTES (Chansons de). On appelle ainsi d’anciens poëmes qui traitent des actions, de gestis, des héros du temps passé. Composés en grands vers de dix ou douze syllabes, rangés par couplets .monorimes, ils étaient chantés par les jongleurs et jongleresses. Cette division est celle des stances de l’Arioste, du Tasse, de Camoëns, dans leurs poëmes de Roland, de La Jérusalem et des Lusiades, qui se chantent encore en Italie et en Portugal, comme les rhapsodes chantaient en Grèce les poëmes d’Homère, Plus tard, les chansons de gestes firent partie du répertoire poétique des aveugles, qui les chantaient en s’accompagnant dela chifonie. Les plus anciennes chansons de gestes que nous possédions remontent au onzième siècle ; l’une d’elles fut chantée à la bataille de Hastings ; une des dernières paraît avoir été com. posée vers la fin du quatorzième siècle; car il y est question de Bertrand du Guesclin, dont on y célèbre la glorieusemémoire. On a lieu de croire que la plupart des romans de chevalerie étaient destinés à être chantés, et rentrent par conséquent dans la catégorie des chansons de gestes. M. Paulin Paris a combattu avec succès l'opinion de Fauriel, qui donnait à ces chansons une origine provençale,
GESTION. Voyez GÉRANT.
GETA (Puerivs SErTImIUS), empereur romain, naquit à Milan. Il était le second fils de l’empereur S évèr e et de Julia
Domna, et avait Caracalla pour frère. Bon, affable, affectueux, il faisait les délices du peuple et de l’armée. Gratifé, comme son indigne frère, du titre d’auguste, il suivit l’empereur dans son expédition contre les Calédoniens, dans la Grande-Bretagne, et assista à la construction de la grande muraille à laquelle Sévère donna son nom. Pour lui, il reçut du sénat, en cette occasion, le surnom de Britannicus. Tout à coup Sévère meurt à York, en 211, et Caracalla, qui l'accompagne aussi, tente inutilement de gagner les légions et de se faire reconnaître seul souverain, Les volontés de l'empereur sont sanctionnées : il a institué conjointement ses deux fils héritiers du pouvoir ; ils régneront l’un et l’autre. Après une prolongation de séjour, rendue nécessaire par le renouvellement des hostilités, Géta et Caracalla reprennent avec l’impératrice J u lie le chemin de Rome, où ils déposent l’urne qui renferme les restes de Sévère. Les honneurs funèbres sont rendus à la cendre impériale, et l’on décrète s0lennellement lPapothéose de l’ancien dieu de la terre, En concourant à cette exaltation, l’infâme Caracalla espérait bien que ce ne serait pas pour lui la dernière. Si£ divus, dum non sit vivus! disait-il en jetant un regard de colère sur Géta, sur ce frère qu’il avait déjà essayé d’empoisonner pendant le retour de la Grande-Bretagne. La haine s’éveille aussi chez Géta. La querelle s’envenime. Il est question de partager l'empire. Géta, néanmoins , toujours modéré dans ses prétentions, se contentera de l'Asie et de l'Égypte; mais, l'impératrice et le sénat s’y opposant, ce projet ne se réalise pas. Enfin, de contestation en contestation, on en vient à un divorce complet, et ce divorce, c’est la mort; mais quelle mort! Caracalla veut, dit-il, se réconcilier avec son frère. Cédant à ses instances réitérées, la vertueuse Julie mande Géta dans son appartement : C'était le 27 février 212. Le malheureux prince n’y arrive que pour y être assailli par les poignards de lâches centurions, et aller expirer, à l’âge de vingt-trois ans, sur le sein de sa mère, qui, inondée du sang de son fils, est elle-même blessée à la main en s’efforçant de le défendre. MONDELOT.
GÈTES (Getæ), peuple de la Thrace, qui au cinquième siècle avant J.-C. habitait la contrée située au sud de l’embouchure du Danube, À l’époque d’Alexandre le Grand, comme les Daces, dont l’origine était la même, ils avaient franchi ce fleuve et possédaient à l’est de ceux-ci la partie du littoral qui s’étendait jusqu’à l'embouchure du Tyras (le Dniestr), c’est-à-dire la Bessarabie actuelle et la partie orientale de la Moldavie. C’est là qu'Ovide, exilé au milieu d’eux, eut oceasion de les connaître. Au temps où régnait Auguste, le Gète Borrebistès fonda un empire gétodace qui, après une courte durée, disparut pour toujours. Les Gètes se virent alors de plus en plus refoulés au sud par es Bastarnes, les Sarmates, les Roxolans et les Jazyges. Les Romains entransportèrent 500,000 au sud du Danube, dans la Mœsie inférieure (Bulgarie), et la contrée qu'ils abandonnaient reçut alors le nom de Désert des Géles. Quant à la partie de la population qui ne s’associa pas à cette émigration, elle se confondit peu à peu avec les nouveaux arrivants (voyez GoTus).
GÉTULIE, GÉTULES.'On donnait le nom de Gétulie (Getulia), à cette contrée de l'Afrique, située au sudde l'Atlas, bornée au nord par la Numidie et les Mauritanies; à l’est par le pays des Garamantes; au sud par la Nigritie ; à l’ouest par l’océan Atlantique, et comprenant une partie du Bilédulgérid, du Seldjelmesse {et du Sahara actuels. Ses principaux peuples étaient les Gé£ules proprement dits, les Mélano-Gétules, ou Gétules noirs, les Dares, les Autololes, et les Natembles. On prétend que ces divers peuples furent des premiers à entrer en Afrique. Ils vivaient, dit-on, de chair crue, et menaïent une existence tout à fait sauvage. Iarbas, que l’on fait contemporain de Didon, fut le plus célèbre de leurs rois. Carthage avait beaucoup de Gétules parmi ses mercenaires. Jugu r th a vaincu s’enfuit chez eux, eten forma d'excellents soldats, avec lesquels Ï prolongea la guerre contre les Romains, qui finirent par