GIBBON — GIBBOSITÉ
d'idées, et le talent plus rare encore de frapper l’esprit du lecteur et de lui entr'ouvrir à chaque instant tout un monde de pensées. Ajoutez à cela l'éclat d’un style vif et précis qui charme toujours et ne fatigue jamais. Le seul reproche que l’on puisse faire à Gibbon, c’est de se montrer trop sceptique en toutes choses, de ne pas s’échaulfer assez en présence du vice et de contempler la vertu avec une indifférence trop philosophique. Souvent même il y a parti pris chez lui d’être excentrique et paradoxal. « Après s'être efforcé de rabaisser le courage héroïque des martyrs chrétiens, dit M. Guizot, il prend plaisir à célébrer les féroces exploits de Tamerlan et des Tartares. » Julien l’Apostat est son héros favori; il lui a consacré quelques-unes des pages les plus éloquentes de son livre, tandis que Rienzi, cette dernière étincelle de la liberté romaine , cette ombre imagnanime du moyen âge, qui prenait les souvenirs pour de espérance, est écrasé par les observations sardoniques, indignes de l'historien, qui n’avait point puisé à des sources authentiques pour ce sujet.
En 1793, Gibbon entreprit un voyage en Angleterre, où il mourut, à Londres, le 16 janvier 1794. Lord Sheffield, son plus intime ami, publia les Œuvres diverses de Gibbon, dont il donna une nouvelle édition en 1815. On y, trouve ses Mémoires, sa Correspondance, ses Extraits de lectures, un Essai sur la Monarchie des Mèdes, quelques morceaux sur Blackstone, et les opuscules que nous avons déjà mentionnés. k .
GIBBOSITÉE. Ce mot, traduction littérale du latin gibbositas, a la même signification que la dénomination de bosse, par laquelle on désigne vulgairement une déformation commune de la colonne vertébrale : il n’est cependant point synonyme ; il sert à spécifier, dans l’acception qu’on lui accorde en chirurgie, une affection grave, que nous ferons apprécier en quelques lignes. Le mot bosse désigne la saillie plus ou moins prononcée de l’épine dorsale, accompagnée de la déviation de la poitrine et des épaules, de cette déformation enfin qui caractérise les bossus, et qui n’est point incompatible avec la santé. Le mot gibbosité spécialise un écartement des apophyses épineuses de quelques vertèbres ; effet produit par un état morbide de ces os, et dont le résultat est ordinairement funeste s’il n’est prévenu en temps opportun.
La gibbosité advient principalement chez les enfants chétifs, scrofuleux, mal nourris, habitant des lieux froids, humides et obscurs. Elle se manifeste le plus ordinairement avant la puberté, et souvent à l’époque du sevrage; toutefois, elle est encore à craindre dans l’âge adulte, étant provoquée par des causes insalubres, notamment par une habitude pernicieuse trop commune chez les jeunes gens. Quand on la rencontre dans l’âge moyen de la vie, elle se lie à une myélite méconnue, à un état scrofuleux, ou à une lésion extérieure. Ce n’est guère que sur la région dorsale qu’on observe la gibbosité, considérée sons ,e rapport de la maladie qui la constitue essentiellement, l’altération du tissu osseux ; on la rencontre aussi sur la région lombaire, et c’est là où principalement elle est connue sous la dénomination de mal de Pott, nom d’un chirurgien anglais, qui le premier la fit distinguer. Cette déformation nait insensiblement, et il est souvent trop tard de la traiter quand on la reconnaît : de là vient l’urgence d'en exposer les premiers symptômes ainsi que le développement.
Avant que rien d’insolite apparaisse sur l'épine dorsale, on remarque que les enfants ont les jambes extrêmement débiles, et ceux qui sont frès-jeunes ne marchent point au temps accoutumé : cette débilité est accompagnée d’une sensation pénible dans les cuisses, et comparable à des pincements. Les fonctions de la circulation, de la respiration et de la digestion se troublent. Ces derniers désordres sont même si communs que les affections du tube digestif ont été considérées depuis longtemps comme causes primilives de la maladie : les uns l’attribuent à un état de débilité et d’autres en accusent une irritation anormale,