GIBBOSITÉ — GIBELINS
Mais d’après les travaux importants de M. Serres sur les fonctions de l'appareil nerveux, et les enseignements pathologiques qui en dérivent, il est plus probable que l'origine de la maladie est une affection de la moelle épinière, affection qu’on nomme myélite ou spinile. Le cerveau même peut être le point de départ, car on observe souvent chez les enfants affectés de gibbosité une intelligence précoce, une mobilité extrême, quelquefois une somnolence constante, et des mouvements convulsifs, Comme le cœur, les
oumons, les intestins, reçoivent des nerfs rachidiens, il n’est point étonnant que les fonctions de ces organes soient troublées dans les premiers temps. C'est ainsi que des palpitations du cœur précèdent souvent et longtemps la déviation de l’épine du dos. II faut alors examiner soigneusement si la colonne vertébrale ne présente rien d’extraordinaire dans sa conformation. Ce n’est pas seulement par la vue qu’il faut procéder à cette inspection, jl faut de plus appuyer le doigt un peu fortement tout le long et de chaque côté de la colonne vertébrale : si cette pression détermine de la douleur , et surtout si les yeux font reconnaître en même temps la saillie des apophyses épineuses, le danger devient pressant. Bientôt la gibbosité se prononce, et quand la région dorsale est le siége de la maladie, la poitrine se déjette en avant, Ces sujets se tiennent couchés sur un des côtés, ayantles jambes plus fléchies, plus rapprochées des cuisses que dans le décubitus durant l’état de santé. Ils rejettent la tête en arrière, et la renversent même au point de porter la nuque entre les épaules ; leur marche est gênée, peu sûre, les mouvements des bras ne s’équilibrent pas avec ceux des jambes.
Dans un degré plus avancé, les malades, courbés en avant, appuient leurs mains sur leurs cuisses pour marcher plus facilement ; pour s’asseoir, ils s’efforcent autant que possible de conserver la rectitude du corps. Veulent-ils ramasser quelque chose à terre , ils écartent les extrémités inférieures, fléchissent les jambes et les cuisses, soutiennent le haut du tronc en appuyant une main sur la face antérieure de la cuisse correspondante , et ils saisissent l’objet de l’autre ou entre leurs genoux, mais jamais devant eux. La débilité des jambes augmente de plus en plus, et finalement les malades ne peuvent plus marcher. Avant d’arriver à ce point, l’affection paraît consister dans une modification de la vitalité du rachis, qu’on exprime souvent par le mot irritalion, mais dont la portée est loin d’être nettement déterminée. Toutefois, aucun désordre considérable ne s’est encore effectué, la maladie est encore curable. Plus fard elle s'aggrave au point d’être sans ressource. Les corps des vertèbres se tuméfient, se ramollissent, et passent enfin à l’état de suppuration et de carie. Cette portion du squelette, destinée à protéger une portion importante du système nerveux, ne remplit plus sa destination, et si la moelle épinière n'était déjà pas affectée, comme on peut présumer qu’elle létait dès l'origine de la maladie, en jugeant d’après les troubles fonctionnels, on peut croire qu’elle l’est maintenant. L’appareil qui unit les vertèbres entre elles prend part aussi au travail destructeur qui s'opère sur la partie affectée. La carie des vertèbres lombaires entraîne les mêmes accidents. Les malades demeurent paralysés, et la mort fermine leur existence après une série de maux prolongés, l’incontinence ou la suppression des urines, la constipation ou la diarrhée, l'ulcération des parties sur lesquelles le corps repose, enfin le marasme , et tous ces maux sont irrémédiables.
C’est seulement avant que la suppuration s’établisse qu’on peut espérer de guérir la gibbosité ou d’en prévenir les tragiques conséquences. D'abord il faut obvier aux vices des habitations et rendre l'alimentation salubre, etc... La faiblesse des malades, toutefois, ne doit pas induire à les nourrir exclusivement avec des viandes noires, des bouillons rapprochés, et à leur donner pour boisson des vins généreux ; l'état des organes digestifs ne permet pas ordinairement un semblable régime, et des aliments légers sont la plupart du temps plus couvenables. Les sirops et les tisanes
antiseorbutiques, dont on fait un usage banal en pareil
cas, loin d’être efficaces, sont, au contraire, nuisibles. 1i n'y a pas d’inconvénient à faire coucher les malades sur des feuilles de fougère, mais c’est une coutume qui est encore sans utilité : un sommier de crin est préférable, Outre ces moyens généraux, il faut agir directement sur le point de l'épine qui est affecté, y appliquer des sangsues, des topiques réfrigérants, des moxas, elc. Si le corps des vertèbres est tuméfié, si la colonne vertébrale est déviée, si la paralysie s’est manifestée, il faut alors agir le plus promptement possible : on ne peutse flatter qu'on corrigera la déformation, mais il est encore possible d’en arrêter les progrès, et de prévenir la suppuration; la médication doit être alors énergique. Il faut en ce cas, à l’aide de cautères renouvelés, entretenir longtemps et constamment une suppuration profonde dans le tissu cellulaire qui avoisine la gibbosité. Divers exemples ont démontré la puissance de ce traitement chirurgical, qu’il nous suffit d'indiquer ; il est La seule ressource de l’art, et ‘il faut s’'empresser de le saisir comme une ancre de miséricorde. D' CHARBONNIER.
GIBECIÈRE, espèce de bourse large et plate, que l’on portait anciennement à la ceinture. Aussi dans les sujets ürés du moyen âge, et reproduits sur nos différentes scènes, voit-on toujours les personnages porter à leur ceinturon une gibecière, qui n’est autre chose que leur bourse. Aujourd’hui on entend par ce mot une bourse de cuir où les chasseurs mettent les différents objets dont ils se servent à la chasse. La gibecière du chasseur, plus vulgairement connue sous le nom de carnier ou carnassière, peut avoir différentes formes; elle s’ouvre tantôt par le côté, tantôt par le haut; mais dans tous les cas elle renferme divers petits compartiments, qui ont chacun leur destination spéciale. Lorsque la gibecière se resserre à l’aide d’un cordon, c’est-à-dire sur le côté, elle a véritablement la forme d’une bourse allongée. Enfin, le mot gibecière sert encore à désigner l’espèce de bourse ou de sac dont les joueurs de gobelets se servent pour enfermer leurs instruments. C’est dans ce sens qu’on dit le sac magique el les tours de gibecière ou de gobelets, etc.. La gibecière ainsi entendue est en effet une espèce de sac, d'environ 32 centimètres de long, sur 22 à 27 de profondeur, garnie intérieurement de plusieurs petites poches, dans lesquelles l'escamoteur place les diverses pièces d’amusement qu’il veut trouver promptement et facilement sous sa main; il l’attache devant lui au moyen d’une ceinture. Les pièces d’amusement qui ont rapport à la gibecière sont en grand nombre; mais le jeu des gobelets, qui consiste à faire disparaître des muscades, ou des boules de liége, du gobelet sous lequel on les a placées, et à les faire reparaître sous un autre, jeu dont l'antiquité se perd dans a nuit des temps, restera toujours le plus populaire des tours d'adresse exécutés par l’escamoteur.
GIBEL (Mont). Voyez ETNA. :
GIBELINS. C’est le nom qu'au moyen âge on donnait en Italie aux partisans de l’empereur, par opposition aux Guelfes, partisans de la suprématie des papes et dès lors adversaires de la puissance impériale. L'origine de ces surnams donnés aux deux partis dont les luttes occupent une si grande place dans l’histoire du moyen âge est différemment expliquée par les auteurs. En Italie, on les fait venir de deux frères allemands, appelés l’un Guelf et l'autre Gibel, qui habitaient Pistoie, dont le premier avait embrassé avec chaleur les intérêts du pape, tandis que le second tenait ferme pour l’empereur. En Allemagne, on les dérive du prétendu cri de guerre de l’armée du roi Conrad III : « Voice Gieblingen ! » et de celui de la troupe du duc Welf (en latin Guelfus) IV de Bavière : « Voici Welf! » à la bataille de Weinsberg, en 1140.
Gieblingen, et aussi Waiblingen, était le nom d’un chàteau-fort appartenant aux Hohenstaufen et situé sur les rives du Kocher, en Souabe; et effectivement les Hohenstaufen et leurs partisans furent primitivement désignés en Allemagne sous la dénomination de Waiblingen. I est vraisemblable que ce furent les empereurs Frèdéric 1° et I
qui, à l’occasion de leurs longues querelles avec les papes au sujet de la question des investitures, donnèrent lieu à l'introduction en Italie de ce surnom, dont on fit Ghibellini, et qu’on ne tarda pas à employer pour désigner le parti hostile à la surprématie de l’autorité pontificale.
La lutte acharnée des deux partis, lutte dont la haute Italie fut surtout le théâtre, et qui pendant si longtemps entretint entre les habitants des diverses villes des haïnes si ardentes et si implacables, qui les portaient tour à tour à s’entr'égorger, se prolongea, non-seulement pendant la durée de la domination de la maison des Hohenstaufen, mais encore pendant le moyen âge tout entier. En vain le pape Benoit XII, en l’année 1334, prononça la peine de l’excommunication contre quiconque à l’avenir se servirait de ces dénominations haineuses ; elles se maintinrent en Italie longtemps encore après avoir cessé complétement d’être en usage en Allemagne.
Comme symbole, les Gibelins avaient adopté la rose blanche et le lis rouge, et les Guelfes une aigle déchirant de ses serres un dragon bleu, dont la tête, au lieu de couronne, était surmontée d’un lis rouge.
GIBEON, c’est-à-dire montagne, nom d’une ville de la tribu de Benjamin dont les habitants pr'mitifs apparte-
naient aux Héfites, peuplade de la terre de Canaan.
GIBERNE, mot employé pour la première fois dans le dix-huitième siècle comme synonyme de sac à grena-
des, de gibecière ou de porte-cartouches. Dans un réglement du 1er janvier 1766, on se sert, dans le même sens, du mot cartouche. En 1811, la giberne consistait en un petit coffre, partagé en deux auges propres à contenir les cartouches, la boîte à tournevis et les objets nécessaire: à l'entretien de l'armement; elle était recouverte de cuir et portée au moyen d’une banderole. Il y a deux sortes de gibernes en France celle du sergent, plus petite et plus légère; celle du soldat et du sapeur. La giberne du fantassin, avec deux paquets de cartouches, pèse 2 kilog.
GIBET,, instrument qui sert au supylice de la pendaïison : ce mot est donc synonyme de potence et de fourches patibulaires. L'Encyclopédie le fait venir de l’arabe gibel, montagne, parce que l’on choïisissait pour dresser les gibets le sommet d’un monticule ou tout autre lieu apparent.
GIBIER s'applique à tout ce qu’on a pris en chassant, quel qu’ait été d'ailleurs le mode de cette chasse, au fusil, avec des chiens, des oiseaux de proie, etc., quoique ces derniers aient passé presque complétement de mode aujourd'hui. Les sangliers, les cerfs, les daims, et autres animaux semblables, sont ce qu’on appelle le gros gibier ; le menu se compose des animaux plus petits, tels que lièvres, lapins, pérdrix, etc.
On dit proverbialement : ce n’est pas là votre gibier, en parlant d'une chose qui ne vous regarde pas, dont vous ne devez pas vous mêler :
Les œuvres de Clément Marot Ne sont pas gibier de dévot.
La même locution s'emploie aussi pour les choses qui passent la capacité de quelqu'un, qui ne lui conviennent pas : on dit que ce n’est pas de son gibier. On nomme gibier de galère, de potence, des hommes qu’on présume devoir expier tôt ou tard par un de ces supplices les habitudes vicieuses et criminelles de leur vie.
GIBOULÉE. C’est communément le nom qu’on donne à des pluies subites, et surtout aux neiges, grésil, etc., qui tombent dans les mois de mars et avril.
GIBRALTAR, dont le nom est dérivé de la dénomination arabe Gebel-al-Tarik, c'est-à-dire rocher de Tarik, est un promontoire de nature rocheuse, d'environ 4,300 mètres de long sur 1,245 de large, situé à l'extrémilé méridionale du royaume d’Andalousie(Espagne), à environ 433 mètres au-dessus du niveau de la mer, formant une forteresse rendue inexpugnable par la nature et par l'art, reliée au continent par une étroite langue de terre d'environ 900 mètres de longueur, et qui appartient aux