‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 25 sur 552 · FRONDE · texte numérisé non relu

FRONDE

vues de scènes ignobles et ridicules: Le parlement de Bordeaux céputa un orateur plein d’éloquence, Guyonnet, qui s’en vint demander la liberté des princes. Et pendant ce temps le peuple, dans la grossièreté de sa logique, faisait justice des variations de la Fronde, et s’assemblait devant les hôtels des vieux frondeurs en criant : Mazarin! Mazarin!

Ainsi tout allait à la confusion. Le duc d'Orléans, avec ses ambiguités mystérieuses, ne put échapper non plus à cette réaction du peuple, qui s’en allait crier Mazarin ! devant son palais. Alors il y eut entre le coadjuteur et Mazarin un jeu d’intrigues et de tromperies. Le coadjuteur, qui avait demandé l'arrestation des princes, demanda leur liberté. On les avait transférés au Havre, mais l'intérêt pour eux n’en était point diminué. Le coadjuteur s’appliquait à leur attirer le duc d'Orléans, et Mazarin s’appliquait à le retenir dans sa cause. Le chapeau de cardinal revint sur le tapis au milieu de ces manéges. Mais le coadjuteur y pensait pour lui-même. C'était une difliculté de plus. Quant à d'Orléans , il ne s’appartenait pas : il n’appartenait à personne. Le plus assidu était son maître, et le coadjuteur s’empara de Jui par des tours d’habileté que secondait M!° deChevreuse, 11 le décida à vouloir la liberté des princes, et à l’aide de son nom il alla tenir des assemblées cicéroniennes au parlement. Une immense réaction ee faisait partout : Mazarin se voyait vaincu. Il songea à s’éloigner, mais doucement, afin de ne pas fuir. 11 partit pour Saint-Germain, couvant les choses de l'œil, et espérant les diriger encore par son génie de ruse et de inystère. Mais le peuple avait pris son départ au sérieux. La joie éclata de tous côtés avec une violence mepaçante. Une première concession était faite : on fit toutes les autres. La reine signa la liberté de Condé, C'était consacrer la retraite de Mazarin; mais, chose singulière ! Mazarin se crut assez de souplesse pour échapper à cette dernière nécessité, et il partit de Saint-Germain pour aller de sa personne ouvrir la prison des captifs, comme pour se donner le mérite d’une politique dont il n’avait pas été le maître. Sa soumission fut en pure perte. L’orgueil de Condé resta inexorable devant le ministre obséquieux ; et Mazarin vit bien qu'il n'avait plus qu’à s'enfuir ; il s’achemina vers la frontière. De leur côté, les princes se rendirent à Paris, tout étonnés encore du mystère de leur liberté que le peuple, par sa joie bruyante et tumultueuse, leur rendit plus extraordinaire encore. Paris était dans l'exaltation ; des feux de joie s’allumaient dans les rues; les frondeurs s’embrassaient; nul retour d'opinion n’avait jamais été si universel et si soudain.

Cependant, après quelques jours d’exaltation et de triomphe, chaque parti revint à ses pensées, et la défiance reparut. Les ambitions étaient devenues plus ardentes par l’absence même de Mazarin, Chacun courait à ses dépouilles, et pourtant la reine ne voulait rien céder. Condé imposait des choix de ministres. Le parlement ajoutait des exclusions contre les cardinaux, pour envelopper Mazarin sans le désiguer. Le coadjuteur, qui voulait être cardinal et ne désespérait pas d’être ministre, fit opposition. Puis, la noblesse demandait les états généraux; et Turenne reparaissait, résolu cette fois de s'attacher à la reine. Des questions de mariage se mêlèrent aux questions poliliques. Le coadjuteur avait besoin de marier M'*° de Chevreuse au prince de Conti pour se fortifier davantage. Condé avait accordé ce projet, puis il le refusa, Ce fut un nouveau commencement dé rupture, La reine, secrètement inspirée par Mazarin, excitait ces vanités les unes par les autres, pour rester maîtresse, Gaston, poussé par le coadjuteur, prit parti pour M'° de Chevreuse, 11 eut l'air d’avoir du courage ; il tint des assemblées dans son palais, On lui proposait des violences ; il osa être d'avis de faire arrêter de nouveau les princes, Ils étaient dans une salle voisine : M'° de Chevreuse dit qu’il ne fallait que donner un tour de clef; et elle partait pour remplir cet office, Gaston la retint, Le coadjuteur se fâcha contre Gaston, et s’en alla bouder dans le cloître Notre-Dame, Alors la reine

se tourna vers lui, espérant profiter de son rritation, C'& tait le conseil de Mazarin, qui assistait de Brulh à tout ce conflit de vanités, Le coadjuteur se prêta à toutes les combinaisons, même au retour de Mazarin, pourvu qu’il fût cardinal. Seulémeñt, pour ne pas perdre sa popularité, il stipuüla le droit de déclaier contre Mazarin et de donner suite à ses pamphlets, s’engageant à brouiller Gaston et Condé, maïs faisant ressortir surtout ambition du prince, et demandant à chacun de s'affranchir de sa domination. Il remplit si bien son office, que la reine l’appela, lui parla d’arrêter de nouveau Condé, et lui remit sa nomination au cardinalat,

Condé, poussé par ses amis, songeait à sa sécurité. Mais il eut le malheur de tourner ses regards vers les ennemis de la France : il fit des dispositions d'hostilité, et sortit de Paris avec un cortége de guerre. Il n’ÿ reéparut que pour menacer chaque parti. Le parlement devint une arène. On s’y rua à coups de poing, à coups d'épée. Les magistrats eurent peine à empêcher des meurtres. Le coadjuteur y parut avec un poignard caché sous sa robe. Dans une mêlée, il faillit être étouffé sous une porte par le duc de La Rochefoucault, qui s’amusa à l’exposer aux coups et aux insultes de la populace. Il se vengea par des quolibets; et quelque temps après il fit une procession, où le peuple criait : À bas le coadjuteur ! Mas, par une bizarrerie de plus, cette procession ayant rencontré le prince de Condé, le prince descendit de carrosse, se mit à genoux dans la rue, et se fit bénir par le prélat. Les choses allèrent à d’autres excès. Condé, après avoir étalé des appareils d’hostilité dans les rues de Paris, s’en alla faire une guerre véritable en Guienne, où sa mère, pendant sa captivité, avait maintenu sa puissance. Une double anarchie se mit alors dans l’État, la cour combattant par des actes sévères le parti des princes, et le parlement, sans prendre parti pour eux, faisant des déclarations de guerre ouverte contre Mazarin. La tête du cardinal-ministre fut même mise à prix, ce qui ne lempécha pas d’entrer en France pour se réunir à la cour, qui marchaït sur Bordeaux. De son côté, le coadjuteur, devenu cardinal, continuait son double rôle contre Mazarin el contre Condé. Mais le peuple n’en fut pas dupe, et suivit le parlement, qui restait dans l’opposition. Le coadjuteur faillit être mis en pièces dans la cour du Luxembourg ; il se sauva par un coup de hardiesse, en se montrant au milieu des mutins, et demandant aux premiers qui s’offraient, de pendre les autres à la grille du palais.

Cependant, la guerre des princes se faisait sans trop d'éclat, Turenne avait suivi la cour, et allait balancer la fortune de Condé. Mazarin, qui avait joint la reine, fit envabhir les domaines du duc d'Orléans, dont on commençait à se défier. Beaufort voulut déterminer Gaston à venir défendre son apanage. Gaston refusa. Sa fille, Mademoiselle, fut plus résolue ; elle alla se jeter dans Orléans. On la vit partir en Amazone, avec les comtesses de Fiesque et de Frontenac, qu'on appelait ses maréchales de camp. A avait fallu lui donner deux conseillers au parlement pour tempérer son ardeur. Condé n’était point heureux à cette guerre fatale, Ses troupes furent toujours battues par le comte d'Harcourt ; et comme il y avait eu rupture à Bordeaux entre M7° de Longueville et le duc de La Rochefoucault, il s’en vint par des détours, pour fuir ces intrigues, à Orléans, où sa présence anima les troupes de Beaufort, que des échecs venaient de frapper. Il eut d’abord des succès. La cour, qui était à Gien, fut dans l’épouvante. Turenne la sauva. Alors Condé court à Paris ; il s’emparé de Pesprit dé Gaston ; il domine le parlement. On propose en son nom une ligue entre toutes les villes de France. La fermentation s'accroît. Le cardinal de Retz lutte encore contre Condé, Le peuple comménce à faire des vœux pour le rétablissement de l'autorité légitime, Pendant ce temps, la guerre d'Ofléans a des succès divers. Mademoiselle manque d'être prise dans une revue de sés troupes; elle n’a que le temps dé finr du côté de Paris, Turenne voulait s'approcher de eette ville pour la disputer aux partis, Le désordre y était au

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