FRONDE — FRONT
comble. Le corps municipal refusa de laisser entrer l'armée de Condé. Toutes les troupes élaient ramassées autour de la ville. Une bataille était imminente. Condé essaya vainement de faire déclarer Gaston. Alors il alla chercher son armée pour la diriger sur Paris; mais Turenne tomba sur son arrière-garde. La bataille fut terrible. Condé y déploya son génie. Celui de la France l’emporta , Turenne fut vainqueur (2 juillet 1652). Il fallait sauver l’armée du prince, et les portes de la ville restaient fermées. Mademoiselle arracha de son père l’ordre de les ouvrir, et courut au château de Vincennes tirer le canon sur l’armée du roi. Ce fut le salut de Condé; mais Mazarin s'écria, dit-on : « Voilà un coup de canon qui vient de tuer son mari! »
Condé, rentré dans Paris, voyait expirer la Fronde dans les angoisses du peuple; il tenta dela ranimer par des violences. On tint des assemblées à l'hôtel de ville. On échangea des signes de ralliement. On décida des massacres. On s’arma de l'incendie. On croyait ainsi raviver l'esprit de faction, on ne fit que le détruire. Il fallut que Mademoiselle allât ellemême sauver de vieux frondeurs enveloppés par les flammes à l'hôtel de ville. Les vœux pour la paix devenaient universels. Mazarin eut moins d'efforts à faire pour se retirer, car il était vengé. Il s’éloigna, et partit pour Bouillon avec une lettre flatteuse du roi. La cour l’accompagna jusqu’à Compiègne. Ce fut de La part de la reine un coup d’habileté de se faire désirer par les factions de Paris. Les princes ouvrirent des négociations. Le cardinal de Retz se donna le mérite des supplications : il alla avec le clergé supplier le roi de rentrer dans sa capitale. 11 fut froidement reçu, et aurait volontiers recommencé ses intrigues ; mais le peuple était fatigué, et rien n’eût pu le remuer encore. Les amis de Condé commencèrent à s'éloigner. Les secours qu'il attendait de l'étranger lui firent défaut. Sa colère le poussa à une fatale résolution : il courut aux Espagnols, emportant de Gaston la promesse qu’il ne traiterait point sans lui. Dès lors tout fut libre. Beaufort quitta le gouvernement de la capitale. Le roi, majeur depuis une année (il avait accompli sa quatorzième annèe le 7 septembre 1651), se rendit à Saint-Germain. La milice lui envoya une députation, qui fut reçue avec honneur, et lui-même arriva enfin à Paris le 21 octobre 1652, accueilli avec enthousiasme. Bientôt Mazarin rentrait en France, accueilli de même par ceux qui l’avaient le plus maudit. Les villes encore rebelles firent leur soumission. Gaston alla épuiser à Blois les restes d’une vie inutilement passée dans l'intrigue; et Condé n’eut plus qu’à songer à abriter sa vieille gloire sous l'autorité du monarque. LAURENTIE.
FRONDEUR (Esprit). La fronde, cette arme offensive dont nous avons traité à part, a reproduit cette expression métaphorique, Fronder un homme, fronder un ouvrage, cela veut dire leur jeter la pierre. C’est surtout à Pépoque de l’histoire de France qu’on appelle la Fronde que ce mot s’est répandu et popularisé chez nous dans cette acception. L'esprit frondeur a eu ses beaux jours en France. Rivarol et Champcenetz y ont excellé dans le siècle dernier, « Il ne suffit pas, disait le premier, qu’un trait soit méchant, il faut encore qu’il soit bon. » L'esprit français a toujours été, du reste, un peu frondeur. Noëls épigrammatiques, vau devilles, parodies, couplets malins, autant de genres natio. naux , frondant sans cesse le pouvoir et le prochain. Il fut un temps où chez nous le monde voulait tout fronder, à tort, à travers ; cette manie n’est pas encore complétement exlirpée.
FRONSAC (en latin Franciacum), bourg de France, chef-lieu de cauton, dans le département de la Gironde, à 2 kilomètres nord-ouest de Libourne, sur la rive droite de la Dordogne , avec une population de 1,500 âmes environ et de nombreuses distilleries. On récolte dans les alentours d'excellents vins rouges et des vins blancs agréables. Ce fut dans l'origine une forteresse, construite en 769 par Charlemagne pour tenir en bride les Aquitains turbulents. La terre de Fronsac, chef-lieu du Fronsadois, était sous l’ancienne monarchie une des plus belles du royaume, Elle
fut érigée dès 1551 en c mté, puis, quatre ans après, em marquisat, en faveur d’Antonin de Lustrac, dont la fille unique la porta dans la maison de Caumont. François d’Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul, marié à Anne de Caumont, fut créé duc de Fronsac et pair de France en 1608. Le cardinal de Richelieu, ayant acquis cette terre en 1631, après l'extinction de la famille qui la possédait, obtint du roi, en 1634, son érection en duché-pairie pour lui et ses hoirs des deux sexes. Il la donna à son neveu Armand de Maillé-Brezé, mort en 1646. La sœur de celui-ci, Claire, en hérita et la céda à Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu. La postérité de ce dernier la conserva. Les file aînés de la maison de Richelieu portaient le titre de duc de Fronsac du vivant de leur père.
FRONT (du latin frons ), espace dépourvu de cheveux qui forme la partie supérieure dela fa ce, limité en haut parles cheveu x, sur les côtés par les tempes , en bas par la racine du nez et les sourcils. Dans l’espèce humaine, le front, habituellement dépourvu de graisse, présente une peau assez dense et bien tendue, sillonnée de quelques rides, les unes verticales, partant de la racine du nez vers le bas du front, et gagnant sa partie moyenne, les autres transversales, et s'étendant, avec plus ou moins de régularité et en plus ou moins grand nombre, d’une tempe à l’autre. En général le nombre des rides augmente avec l’âge, et elles sont plus prononcées à mesure qu’on vieillit.
Pour les anatomistes, le front n’est pas borné d’une ma: nière invariable par les limites que nous venons d'indiquer. Il est alors considéré comme faisant partie du crâne; il est la portion antérieure et inférieure de la boîte osseuse qui renferme le cerveau, et le développement des cheveux sut une étendue plus ou moins considérable des membranes qui recouvrent l'os frontal n'empêche pas de limiter le front à la portion du crâne qui est formée par cet os.
Par ses apparences différentes, le front contribue beaucoup à donner de l’expression à la physionomie ; les rides verticales ou horizontales, les mouvements des sourcils, les colorations variées qui s’y jouent tour à tour, la sécheresse ou la moiteur de la peau, sont les principaux traits sous lesquels se peignent sur cette partie les émotions et les passions violentes. De là, dans toutes les langues, l'usage du mot front au figuré.
FRONT (4Aré militaire). Le ‘front de bataille est le rang antérieur d’une troupe ou d’une ligne déployée. Rigoureusement parlant, une troupe non déployée a bien aussi un front de bataille; mais on appelle en ce cas £éfée de colonne ce que dans l’autre on nomme front, quoique tête et front soient synonymes en bien des cas. On ne peut concevoir une juste idée du front de bataille qu’en se rendant compte du sens ancien du mot bataille. Il ne signifiait pas d’abord, comme on pourrait le croire, combat ou action de guerroyer ; mais il exprinait un corps, un bataillon plus ou moins nombreux, rangé suivant certaines règles de tactique, lesquelles ont considérablement varié. Quand la locution front de bataille était naissante, la bataille était de vingt rangs, qui se sont réduits à douze, à dix, ete., avant de tomber à deux et à trois; l'infanterie ne combattait qu’en grosses masses carrées, ou en forme de phalange, avant de s’ordonner en parallélogramme, ou de s'étendre enfin en frèle ruban. La dénomination de front de bataille était donc autrefois plus juste qu'aujourd'hui; elle faisait vraiment allusion au devant d’une tête d'animal regardant son ennemi. Ce front est le premier rang en ordre naturel ; c’est le dernier rang en ordre renversé. Les carrés sont une continuité de fronts sans flancs ; l'ordre de bataille se compose du front, des flancs, des derrières : l’étendue des profondeurs ne doit jamais outre-passer celle des fronts.
G2l Bari.
Un carré présente autant de fronts que de côtés. Sachant qu'un fantassin occupe deux tiers de mètre et un cavalier un mètre, il est facile d'apprécier le nombre de
* soldats contenus dans le front, ete, par suite dans la troupe