GIORDANO — GIOTTO
un tel accroissement que le roi d'Espagne, Charles IF, le fit venir et lui ordonna plusieurs tableaux destinés à embellir le palais de l’Escurial. TUE k
La facilité de Giordano le portait à imiter la manière des autres peintres, et on raconte que le roi d'Espagne , lui montrant un tableau de Bassan, exprimait quelques regrets de ne pas en avoir un second de ce même maitre. Dès le lendemain, Giordano, prenant une vieille toile, peignit un tableau tellement dans la manière de ce peintre, que lorsqu'il fut placé dans les appartements du monarque, on le prit pour un tableau de Bassan lui-même. On a reproché à Giordano sa trop grande facilité : en effet, son dessin n’est pas toujours correct, mais sa couleur est si brillante qu’elle mérite bien d’être admirée. Cet artiste a souvent signé ses tableaux du nom latin Jordanus, ce qui l’a quelquefois fait confondre avec le peintre flamand Jacques Jordaens. Nous avons de lui au Musée du Louvre : La Présentation de Jésus au temple ; Jésus se soumettant à la mort pour le salut des hommes, et Mars et Vénus. Luc Giordano mourut à Naples, le 12 janvier 1705; il est enterré dans l’église de Sainle- Brigitte. DuüucHESsnE aîné
GIORGIONE (Grorcio BARBARELLI, di LE), naquit en 1478, à Castel-Franco, dans la Marche Trévisane. Venu très-jeune à Venise, il commença par s'occuper à la fois de peinture et de musique, et, passant ses jours et ses nuits dans les fêtes, il fut célébre par ses galanteries et sa bonne mine avant de l'être par son talent. L'école vénitienne en était alors à ses premiers pas ; admis dans l'atelier de Giovanni Bellini, qui avec son frère Gentile résumait pour ainsi dire les forces naïissantes de cette école encore indécise, Giorgione ne tarda pas à dépasser son maître. Il élargit sa méthode, il mania le pinceau avec plus de liberté, sans ce-
pendant enlever à la touche son caractère de précision et de’
sincère exactitude. Il parvint surtout à donner aux carnations plus de vie et de morbidesse. Au dire de Vasari, Giorgione ayant étudié quelques ouvrages le Léonard de Vinci, dut beaucoup à ce maitre élégant et fin ; divers critiques, et entre autres Raphaël Mengs, se sont inscrits en faux contre celte assertion, trompés sans doñte par la diversité des procédés qu'emploient le Vinci ef Giorgione dans la coloration des chairs. Pour nous, nous ne voyons rien d'invraisemblable à ce que Giorgione ait appris dans les tableaux de Léonard les secrets du modelé, mais nous croyons qu’original dans son imitation même ,/le peintre vénitien a eu le mérite de faire pour la coloration du ton local ce que le Vinci avait fait pour la science des clairs et des ombres.
Au début de sa carrière, Giorgione peignit des Vierge et beaucoup de portraits. L'un des premiers, il s’avisa de décorer de fresques les façades des maisons. Grâce à la fermeté de l’exécution, ces peintures se sont conservées longtemps; et au commencement de ce siècle Lanzi a pu en reconnaître les derniers vestiges. Un incendie ayant consumé l’entrepôt des Allemands, près du Rialto, Giorgione fut chargé avec Zarato (qu’on appelle aussi Luzzo de Feltre) d’orner de fresques l’une des façades du monument reconstruit (1506). L'autre façade fut confiée à Titien, qui s’acquitta de sa tâche avec un grand succès. Son œuvre ayant même été préférée par quelques juges à celle de Giorgione, ce dernier se piqua de jalousie, et, à ce que rapporte Vasari, rompit toute relation amicale avec Titien, son ancien élève, Il produisit successivement des tableaux fort applaudis: au Mont-de-Piété de Trévise un Christ mort, à l'école de Sarti, à Venise, un San{’Omobono, à celle de Saint-Marc, une importante composition représentant une Tempéte apaisée par ce même saint, et à Milan, un Moïse sauvé des cauæ. Giorgione Mourut à la fin de 1511 ; mais les circonstances qui précédèrent sa mort sont diversement racontées. Vasari assure qu'atteinte de Ja peste, une maîtresse de Giorgione succomba à ce mal terrible, et que frappé lui-même, il lui survécut peu. Ridolf prétend qué son collaborateur Luzzo
de Feltre lui ayant enlevé une femme qu’il aimait éperdument, l'excès de sa douleur le tua,
Giorgione a laissé de nombreux élèves. Sans parler de Titien, qui avait travaillé avec lui dans l'atelier de Bellini, et qui parfois imita tellement sa manière, que beaucoup sy trompaient, Giorgione eut pour disciples ou pour imitateurs Jean d’Udine, Loronzo Luzzi, Torbido, surnommé 1! Moro, le Pordenone, et le plus habile de tous, Sébastien del Piombo, qui reçut plus tard des leçons de Michel-Ange. Citer ces noms, c’est montrer quelle fut sur le seizième siècle l'influence de Giorgione.
Le Musée du Louvre ne possède que deux tableaux de sa main : Jésus sur les genoux de sa Mère, et Le Concert champêtre. Les plus beaux ouvrages de ce maître sont aujourd’hui au musée del Rey, à Madrid, au palais Pitti, et au musée degl’Uffizi à Florence , au musée du Capitole à Rome, etc. Paul Manrz.
GIOTTO , dont le véritabie nom était Ambrogiotto Bonpone, l’un des plus célèbres parmi les anciens peintres italiens, et qui ne fit pas preuve de moins de talent comme architecte et comme sculpteur, naquit vers 1270, d’un père simple paysan à Vespignano, village situé à quelques lieues de Florence. La pénétration de Cimabue devait bientôt l’arracher du cerele étroit qu’il semblait destiné à parcourir et de l’humble profession qu’il devait exercer : il gardait en effet les troupeaux de son père. Un jour, ce grand peintre venant à passer au moment où le jeune berger dessinait sur une roche quelques-uns des animaux confiés à sa garde, est saisi d’étonnement à la vue de ces lignes tracées avec nature et vérité; aussi conçoit-il dès ce moment le projet d’en faire un peintre, et lui propose-t-il de l’emmener à Florence : Giotto accepte avec joie, et profite si bien des leçons et des conseils de l'artiste florentin qu’il ne tarde pas à dépasser ce maitre, dont la manière était, comme on sait, rude, sèche, et dépourvue de ces formes gracieuses dont Giotto devait donner l’exemple, et que plus tard Raphael devait rendre immortelles.
Giotto s’attacha surtout à prendre la nature pour modèle et pour guide; et c’est ainsi que la faisant poser devant lui, il lui a été donné de découvrir cette route dont la trace était perdue depuis tant de siècles. La résurrection du portrait devait être la conséquence d’un pareil système, et Giotto en a fait plusieurs, parmi lequels nous nous contenterons de citer celui de son ami Dante. Toute la vie de ce peintre est une longue succession de travaux, souvent de la plus haute importance. Ses premiers ouvrages sont des fresques pour le chœur de Sainte-Croix de Florence et un tableau pour le maître-autel de cette église. Notre Musée du Louvre possède le tableau qu’il fit pour les Franciscains de Pise : le sujet est la vision où le fondateur de cet ordre reçoit les stigmates; c’est un chef-d'œuvre, que les Pisans admirèrent tant, qu'ils voulurent multiplier chez eux les ouvrages de cet artiste. C’est ainsi que conjointement avec Occagna et plusieurs autres, il contribua à orner le Campo-Santo. Les six fresques qu’il y exécuta ont trait à la misère de Job. On voit aujourd’hui dans Saint-Pierrede Rome la mosaïque qu'il fit en 1298 ; elle représentesaint Pierre marchant sur les eaux.
L’énumération de toutes les peintures de Giotto serait beaucoup trop longue : il laissait des ouvrages dans toutes les villes qu'il traversait. Dans le courant de 1853, on a découvert dans l’église Sainte-Croix de Florence des tableaux faits par lui dans la chapelle de Bardi. Le badigeon dont les murs de cette chapelle étaient couverts et deux cénotaphes de marbre cachaient, outre quatre figures de saints de grandeur naturelle, quatre fonds avec des peintures symboliques et un Saint François dans une voûte éloilée, en outre six grandes compositions dans lesquelles le Giotto avait représenté le Départ de saint François de la maison paternelle, l’Approbation de la première règle des Frères mineurs, l’Apparition du docteur séraphique pendant une prédication de saint Antoine, le Saint og présence du sultan Saladin, la Bénédiction donnée à Assise par le saint Père près de mourir, el la Vision presque simultanée de l'évêaue de cette ville , enfin les Funérailles du saint. F
Giottu est beaucoup moins connu comme sculpteur ; cependant Florence a conservé pendant longtemps de ses ouvrages en ce genre, où l’on remarquait une grande connaissance des statues de l'antiquité, dont cette ville était déjà riche. C’est en 1334 que Giotto, peintre et sculpteur , fut nommé architecte de Florence, et c'est là qu’il mourut, le 8 janvier 1536, après avoir dirigé en cette qualité les travaux des fortifications de la ville, et fait à Santa-Maria une four de 82 mètres de haut, que Charles-Quint aurait voulu mettre dans un étui, tant il la trouvait belle, IL fut inhumé dans cette même église de Santa-Maria Maggiore; et plus tard la république lui fit élever une statue en marbre.
Le nom de Giotto ne serait point appuyé sur des ouvrages aussi durables qu’il serait cependant destiné à traverser bien des siècles : Pimmortel Dante, dont il était l'ami, ne lui a-t-il pas consacré en éloge quelques vers de Za Divine Comédie? Pétrarque, dans son testament , ne lègue-t-il pas à un ami une Madone de Giotto, comme la chose la plus précieuse qu’il puisse lui offrir? Plusieurs graveurs ont reproduit l’œuvre de Giotto : Béatricet la mosaïque de Saint- Pierre , Molini et Landi les fresques du Campo-Santo.
GIOVANNI (Fra). Voyez FiEsoLe.
GIO VINI ( ANGELo-AureLro Brancui ), publiciste italien, né en (799, à Côme, embrassa d’abord la carrière commerciale, mais ne tarda point à y renoncer pour se livrer sans contrainte à son goût pour les lettres. En 1830 il s'établit dans le canton du Tessin, où il publia un journal, l’Ancora. Après un assez long séjour à Capolago, où il dirigea laW7ypografia helvetica, il se rendit, en 1836, à Lugano pour y prendre la rédaction en chef du Republicano della Svizsera. La même année, il fit paraître sa Biografia di Fra Paolo Sarpi (dernière édition, Turin, 1850) qui obtint de nombreuses éditions, maïs qui excita contre lui le courroux de la cour de Rome et du clergé catholique. La hardiesse avec laquelle Giovini jugeait les affaires intérieures de la petite république dans le sein de laqnelle il avait trouvé Phospitalité, et surtout ses attaques contre le parti clérical, lui valurent d'incessantes perséculions de la part du clergé ; et en 1839 il finit même par être expulsé du Tessin. Après être resté deux ans à Zurich, Giovini se rendit à Milan, où jusqu’en {848 il vécut dans une profonde retraite, uniquement occupé de travaux historiques et d'économie politique. C'est dans cet intervalle qu'il écrivit, entré autres ouvrages, son essai Sulle origine italicke di Angelo Mazzoldi (Milan, 1841), auquel se rattache ses Nuove Osservazione sulle opinione di Mazzoldi (1841) : sa Storia degli Ebrei e delle Loro sette e doctrine religiose durante il secondo templo (1844); son Dizionario corografico della Lombardia (1844); son Disionario storico filologico della Bibblia
(1845 ); son Esame critico degli atti e documenti relativa | alla favola della Papessa Giovanna (1845), ouvrage | dontune seconde édition a paru à Turin en 1849, sous le | simple titre de La Papessa Giovanna ; ses essais histori- |
ques intitulés : Pontificalo de Sainto-Gregorio Grande |
(Turin, 1844) et Zdee sulla decadenza del Impero rogobardi (1848).
de même qu'il y a trouvé l’occasion d’en faire l'éloge bien senti. Son style est d’une grande originalité, plein de vivacité et d'énergie ; dans la polémique il n’est pas seulement mordant, on peut dire qu'il est écrasant, Parmi tous les littérateurs italiens aujourd’hui vivants, il n’en est pas qu’on