‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 266 sur 552 · GLACE — GLADIATEUR · texte numérisé non relu

GLACE — GLADIATEUR

glacière inventée en 1868 par M. Toselli est la plus ingénieuse : elle produit de petits blocs de glace au moyen du nitrate d’ammoniaque soumis à une pression de quelques minutes,

GLACIÈRE (La). Voyez GENTILLY.

GLACIERS. On appelle ainsi tantôt les pics les plus élevés des montagnes, que couvrent des neiges et des glaces. éternelles , tantôt des amas de glaces qui se sont formés successivement, par la suite des temps, dans les vallées des hautes montagnes. On en trouve dans les Alpes qui ont 15 kilomètres d’étendue, avec une épaisseur de glace de plus de 350 mètres; tel est, par exemple, le glacier de l’Ara, « dans l’Oberland Bernoïs. Les glaciers sont formés de neiges congelées et des eaux de pluie qui s’y sont infiltrées. Leurs masses acquièrent avec le temps beaucoup de dureté, soit par l'effet du poids que les couches supérieures exercent sur les inférieures, soit par rapport à l'intensité du froid qui règne dans la région où se trouve le glacier. On trouve des glaciers qui contiennent des couclies horizontales de sable et de cailloux, ce qui s’explique facilement : en effet, supposons qu’à une certaine époque, en été par exemple, le glacier était dominé par le sommet d’une montagne sablonneuse, et qu’à la suite de fortes pluies les torrents en sillonnèrent les flancs, entraînèrent et répandirent sur le glacier des sables, etc. : dans la suite des temps, cette couche de matières solides fut couverte par de nouvelles neiges, de nouvelles glaces. Comme il se fond toujours une quantité quelconque des matières qui composent un glacier, ces amas de glaces donnent souvent naïssance à des ruisseaux , des rivières : le Rhône et le Gange sortent des glaciers. C’est encore à eux qu’il faut rapporter le transport des blocs erratiques. M. Agassiz attribue la formation des glaciers primitifs à un refroidissement subit de la terre dû à une évaporation considérable, lors de l’émersion du continent. TEYSSÈDRE.

GLACIS. C’est le nom qu’on donne à une pente de terre, ordinairement revêtue de gazon. Les glacis qui se trouvent dans les jardins prennent le nom de éalus ; cependant, la pente des talus est beaucoup moins douce que celle des glacis : c’est donc à tort qu’on a confondu deux expressions qui auraient dû demeurer distinctes.

En termes de fortification , Le glacis de la contrescarpe, ou simplement Le glacis, est une pente douce qui part de la crête du chemin couvert, et s'étend de 40 à 50 mètres jusqu’à sa rencontre avec la campagne. En allongeant ainsi le glacis, les défenseurs du chemin couvert fournissent un feu plus rasant et plus rapproché des attaques que celui des remparts. Dans l'attaque des places, l’assiégeant, après avoir établi des cavaliers de tranchée sur le haut du glacis, chasse l’assiégé du chemin couvert et vient y établir ses batteries de brêche. De son côté, l’assiégé, qui a d'avance préparé des galeries de mines sous le glacis du chemin couvert, s'occupe de diriger ses fourneaux de manière à bouleverser les travaux de l’assiégeant.

En peinture, on appelle glacis la couche de couleurs légères et transparentes que les peintres appliquent quelquefois sur les coulenrs déjà sèches d’un tableau, pour leur donner plus d'éclat et de ton.

GLAÇON, petit morceau de glace, ou, absolument parlant, petit cristal qui est comme l'élément d'une masse quelconque de glace. Les glaçons présentent diverses formes, qui sont tantôt celles d’aiguilles , de pyramides , etc.

GLAQÇURE. Dans les arts céramiques on donne ce nom à une sorte de couverte légère.

GLADIATEUR (de gladius, glaive). Les gladiateurs étaient des hommes qui, pour amuser Je peuple romain, combattaient dans l'arène, les uns contre les autres où contre des bêtes féroces : dans ce cas, pourtant, on les appelait plus particulièrement bestiaires. Ce spectacle ne s’intro= duisit point à Rome dans les cinq premiers siècles de son existence, mais à une époque où la civilisation grecque avait pu adoucir déjà les mœurs grossières et farouches. Il est

GLADI TEUR

évident néanmoins que les combats de gladiateurs procèdent des sacrifices humains aux dieux, et surtout de cet usage, général dans la haute antiquité, d’immoler des esclaves aux funérailles des riches et des puissants. Les Étrusques et les Campauiens, au lieu d’égorger silencieusement les victimes, avaient coutume de les faire combattre et s’entretuer autour des büchers : ces malheureux s’appelaient busluarii. On croit généralement que Decimus el Marcus Brutus, en l’an 488 de Rome, furent les premiers qui firent combattre en public des gladiateurs aux funérailies de leur père. Le peuple en vint bientôt à tellement s’engouer de ces jeux sanglants, qu'ils cessèrent d’être l'accessoire des cérémonies funèbres, et qu'on en fit un divertissement public. Ils se donnèrent d’abord dans le Forum , puis dans une partie du Cirque, puis enfin dans des amphithéatres particuliers.

Les gladiateurs apprirent à se battre; on les exerça, on

les dressa ; ils recurent des noms différents, suivant les ar- |

mes dont ils se servaient et leur mode de combattre. Les seculores avaient un casque, un bouclier et une épée ou une sorte de massue dont le bout était plombé,, on les opposait invariablement aux retiarii, vêtus d’une tunique courte et coiffés d’un bonnet qui s’attachait sousle menton. Ceux-ci portaientune armeappelée j'uscina, assez ressemblante à ur trident, et un filet avec lequel ils cherchäient à enlacer leu adversaire. Lorsqu'ils avaient manqué leur coup, ils n’avaient d'autre chance de salut qu’une prompte fuite à travers l'amphithéâtre, afin de se ménager le temps de disposer leur filet pour une nouvelle attaque. Les Thraces avaient une dague, un poignard et un petit bouclier rond, à la manière des peuples de la Thrace. Hommes féroces et cruels, presque tous de cette nation, ils passaient pour les plus redoutables des gladiateurs. Les Mirmillones, qu’on appelait aussi Galli, avaient une faux, un bouciier et un casque surmonté d’une figure de poisson; on chantait sur eux, dans Pamphi*,.éètre, une chanson populaire dont voici le refrain : Non Le peto, piscem peto; quid me fugis, Galle? Les Samnites ou hoplomachi (armés de toutes pièces ) portaient un baudrier. un bouclier d’argent ciselé, une botte à la Jambe gauche, un casque à aigrette. L'origine de cette dénomination de Samnites vient, suivant Tite-Live, des Campaniens, qui, dans leur haine impuissante, avaient donné aux gladiateurs le costume et le nom de leurs belliqueux voisins. Les essedarii combattaient sur des chariots ; les andabatæ, à cheval et les yeux bandés ; les dimachæri, avec une épée dans chaque maiu. Suivant les circonstances, les giadiateurs recevaient encore différents autres noms: dans l'arène, on les appelait #4eridiani lorsqu'ils étaient réservés pour l'heure de midi; supposititii, lorsqu'ils remplaçaient leurs camarades fatigués ou vaincus; postulatitii, lorsqu'ils étaient particulièrement demandés par le peuple ; catervarii, lorsqu'ils combattaient par troupes. Enfin, les fiscales où cæsariani étaient ceux qui étaiententretenus aux frais du trésor public.

Les gladiateurs se recrutaient de prisonniers de guerre, ou d'esclaves condamnés, ou enfin d'hommes libres que ieur extrême indigence portait à exercer ce dangereux métier. Parmi ceux qui combattaient dans l'arène par suite d’une condamnation, les uns étaient condamnés ad gladium, et devaient périr dans l’année; les autres, seulement ad ludum, etils étaient libérés an bout de trois ans. Les gladiateurslibres S’appelaient auc{orati, On choisissait toujours des hommes robustes et en général d’une stature élevée; des entrepreneurs les logeaient et les nourrissaient dans des maisons appelées ludi, où des maîtres de pugilat et d'escrime, qu’on nommait lanistæ, les exerçaient par principes et leur enseisnaient l'art de se défendre noblement et de mourir avec grâce. Leurs maîtres leur faisaient prêter un serment que Pétrone nous à rapporté : « Nous jurons, en répétant les paroles d'Eumolpus, de souffrir la mort dans le feu, dans les chaînes, sous le fouetou par l'épée; nous jurons, en un mot, quelle que soit la volonté d'Eumlpus, de nous

DICT. DE LA CONVERS. — T, xX.

soumettre en vrais gladiafeurs, corps et âmes. » Ces entre. preneurs les louaient ou les vendaient aux magistrais qui donnaient des jeux et aux citoyens jaloux de popularité, OL vit les premiers de la république, Jules César entre autres, avoir des gladiateurs à eux.

Lesédiles eurent d’abord l’intendance de ces sortes de Jeux ; ensuite, les préteurs y présidèrent; enfin, Commode en attribua l'inspection aux questeurs. Les combats de gladiateurs étaient annoncés par des affiches plusieurs jours à l'avance; elles indiquaient ordinairement les noms et les signes distinctifs des combattants, ainsi que la durée de la représentation. Souvent même elles étaient ü/iustrées, comme nos modernes affiches de pièces à succès, et représentaient les principales scènes qu’on se proposait de donner au public. C’était le villicus, directeur de l'arnphithéâtre, ou l’editor des jeux qui les faisait apposer. M. de Clarac a vu sur un rour de Pompéi une affiche d’amphithéätre ainsi conçue : « La froupe de gladiateurs de Numerius Festus Ampliatus çombattra pour la seconde fois.

, Combats, chasses, velarium (voile tendu au-dessus des , Spectateurs pour les garantir du soleil ). Le 16 des calendes de juin. »

Au centre de l'arène était dressé un autel consacré à Diane, à Junon ou à Jupiter protecteur du Latium ; les conmbattants, divisés par paires, défilaient d’abord devant les spectateurs ; en passant près de la loge de l’empereur, ils s’inclinaient devant lui, en disant : Morituri te salutant! Puis ils préludaient avec des bâtons (rudis) et des armes de bois ou de fer émoussé ( arma lusoria). Mais bientôt, au son des trompettes de l'orchestre, ils saisissaient les armes

meurtrières, qu’on avait auparavant soigneusement visitées

pour en constater le fil et le tranchant.

Au premier sang qui coulait, le peuple s'écriait : Æoc habet! (Il en tient!) Si le blessé baissait ses armes, c'était un aveu de sa défaite, et sa vie dépendait des spectateurs ou du président des jeux; néanmoins, lorsque l’empereur survenait dans cet instant, il accordait au vaincu sa grâce, quelquefois avec la liberté, quelquefois à condifion de combattre encore un autre jour. Si le gladiateur s'était conduit avec courage, sa vie était presque toue jours épargnée; mais s’il s'était comporté làächement dans le combat, son arrêt de mort n’était pas douteux. Le peuple faisait connaître sa volonté par un signe : baissait-il le pouce, l’homme était sauvé; fermait-il au contraire la main droite

en levant le pouce, c’en était fait de lui, et la victime n'avait

plus qu’à présenter la gorge à son vainqueur. Aussitôt que

: le gladiateur avait été mis à mort, on enlevait son cadavre:

La permission donnée au vaincu de se retirer de l’arêne s’appelait missio (congé); il y avait autrefois des combats sine missione , c’est-à-dire où la vie de ces malheureux n’était jamais épargnée; Auguste les interdit.

Pour récompense, on donnait aux gladiateurs victorieux soit une somme d'argent, soit une palme ou une guirlande de lauriers enrubannés, soit enfin le bâton nommé rudis, qui les réintégrait dans leur condition première. Élaïent-ce des hommes libres qui avaient combattu dans larêne, il leur restait une note d’infamie qui les empêchait d'entrer par la suite dans l’ordre équestre ; étaient-ce au contraire des esclaves, et avaient-ils en même temps reçu la liberté, cet affranchissement leur permettait de tester, mais ne les rendait pas citoyens ; ils entraient dans la classe des déditices.

Hercule était le dieu particulier des gladiateurs ; les rudiarii, c'est-à. dire ceux qui quittaientle métier, suspendaient leurs armes dans son temple.

Sous la république, les Romains aimaient déjà tant les combats de gladiateurs, que nous voyons la loi Tullia défendre à fout citoyen qui briguait les magistratures de donner de ces sortes de spectacles au peuple. Mais ce fut sous l'empire surtout, quand il n’y eut plus qu'une multitude dégradée, que cette passion atteignit son plus haut période. Les empereurs donnaient de ces jeux aux jours de leur naissance, aux dédicaces des édifices publics aux triom-

phes, avant qu’on partit pour la guerre, après des victoires et dans d’autres occasions solennelles. Suétone rapporte que Tibère donna deux combats de gladiateurs, l’un en lhonneur de son père, l’autre en celui de son aïeul Drusus. Néron, au rapport du même auteur, fit un jour combattre dans l’amphithéâtre quatre cents sénateurs et six cents chevaliers ; même il se trouva dans ces deux ordres des hommes assez avilis pour descendre volontairement dans l’arêne, afin d'attirer sur eux les regards complaisants du tyzan, Commode fit mieux encore : il exerça lui-même la gladiature. Telle était devenue la fureur pour ces hideux spectacles, qu’on vit jusqu’à des femmes, et des plus illustres familles, combattre entre elles et chercher dans le meurtre des émotions nouvelles pour leurs sens flétris ef blasés. Et qu'on ne s’imagine pas que la populace seule assistât à ces combats; les ordres les plus distingués s’y trouvaient foujours au complet ; les vestales elles-mêmes y avaient la place d'honneur, au premier degré de l’amphithéâtre , et ces vierges timides, nous dit Prudence, sentaient leurs esprits défaillir aux coups les plus sanglants et se ranimer chaque fois que le couteau se plongeait dans une poitrine humaine, Enfin, après l'établissement de la religion chrétienne et le transport du siége de l'empire à Byzance, lesmœæurs s’adoucirent peu à peu. Constantin défendit de faire combattre les criminels, et enjoignit au préfet du prétoire de les envoyer aux mines. En Pan 404 de J.-C., raconte Gibbon, l’empereur Ho-

norius célébrait par des fêtes magnifiques la retraitedes Goths :

etla délivrance de Rome ; au milieu d’un combat de gladiateurs, un moine d’Asie, nommé Télémaque, descendit dans l’arêne et sépara les combattants ; mais le peuple furieux le lapida ’ursle-champ. Bientôt cependant il se repentit de ce crime, st honora Télémaque comme un martyr. Honorius profita de ce revirement de l'esprit public pour abolir cette sanglante coutume. Toutefois, elle ne cessa complétement qu’à la destruction de l'empire d'Occident par Théodoric, roi des Goths.

Les gladiateurs, dont le nombre était considérable à Rome, prirent quelquefois part aux mouvements politiques. Sous la république, les citoyens puissants qui en entretenaient des familles ( suivant l'expression consacrée ), sous prétexte de les faire servir aux plaisirs de la foule, n’avaient en réalité d'autre but que de s’en faire un corps de sicaires, toujours prêts à soutenir leurs prétentions par le meurtre et la violence. On éprouva leur valeur dans la guerre de Spartacus; et lorsque Catilina tenta une ré volution sociale, les prudentes mesures de Cicéron les empêchèrent seules de se joindre à lui. Ils jouèrent encore un rôle important dans les guerres civiles du triumvirat. Othon, allant combattre Vitellius, en enrôla deux mille dans son armée. Marc-Aurèle les emmena tous dans sa guerre contre les Marcomans, au grand désespoir de la plèbe romaine. En 281, au triomphe de Probus, quatre-vingts gladiateurs refusèrent d’entrer dans l’arèné et de s'égorger pour amuser le peuple ; ils tuèrent leurs gardiens, brisèrent leurs portes, et se répandirent dans la ville, en exerçant de terribles représailles contre leurs bourreaux; on fut obligé de faire marcher les troupes contre eux, et ce ne fut pas sans peine qu’on les extermina.

Les Grecs, ce peuple doux et humain, qui n'avait jamais eu que des athlètes, les Grecs, une fois soumis à la domination romaine, se familiarisèrent peu à peu avec ces horreurs. Les Athéniens seuls ne voulurent jamais admettre de gladiateurs dans leur ville; et quelqu'un ayant un jour proposé publiquement d'établir de ces jeux, afin, disait il, qu’Athènes ne le cédât point à Corinthe : « Renversez donc auparavant, s’écria un citoyen, l'autel que nos pères ont érigé à la miséricorde! »

On a donné improprement le nom de gladiateurs à un assez grand nombre de statues antiques, pour la plupart dans l'attitude du combat et remarquables par le développement du système musculaire, Ainsi, l’on connait Le gladiateur Borghèse, découvert à Antium, dans le dix-septième siècle,

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