‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 278 sur 552 · GLOUCESTER — GLU · texte numérisé non relu

GLOUCESTER — GLU

avec une sensualité de bon ton; au goulu, qui ne peut se passer de manger, qui mange honteusement, avec excès. Il y à, on le voit, entre ces quatre mots, assez proches parents du reste, des nuances frappantes, qu’on serait inexcusable de méconnaître. Classons donc d’abord tout à fait à part le gourmand, qui n’est qu’un être élégamment sensuel. Nous restons en présence de ses deux excès, le glouton et le goulu. Le simple adverbe Aonteusement nous suffira pour les différencier. Le glouton est un goulu excessif; le goulu est un glouton repoussant. Tous les deux mangent avidement, vite, avec excès et par habitude. Mais le premier étonne, le second répugne. A toute force on se résigne à s’ouffrir l’un; jamais on n’a le courage de supporter l’autre.

Les loups mangent gloutonnement,

a dit La Fontaine. A cet égard, que d'hommes seraient dignes d’être loups!

GLOUTON (Zoologie), genre voisin des ours, ne renfermant qu’une espèce, le glouton de Buffon (gulo anticus, A.-C. Desmaret), ayant pour principaux caractères : Pieds pentadactyles, semi-plantigrades, armés d'ongles forts et non rétractiles ; oreilles assez semblables à celles des chats, tête forte ; corps couvert de poils longs et abondants, d’un brun maron; 38 dents. Cet animal est presque exclusivement carnassier, et doit son nom vulgaire à sa gloutonnerie. Il attaque même les grands ruminants : grimpé sur un arbre, il les altend au passage, s’élance sur eux, les saisit au cou, leur ouvre les gros vaissaux de cette région, puis, une fois maître de sa proie, la mange avec un tel acharnement, que souvent il s’étrangle. Cependant Buffon, qui avait possédé un glouton vivant, remarque que la captivité change beaucoup leur naturel. .

GLU. La glu est une substance visqueuse et tenace, que l'on tire de l'écorce du hou x, de la racine de viorne, et quelquefois des fruits du gui et des sébestes ; on en extrait également de la chondrille des vignes. La glu extraite du gui est une des plus anciennes, quoique celle du houx soit connue depuis plusieurs siècles. Nos pères préparaient cette glu avec les baies du gui sacré, tant vénéré par les druides. Ils faisaient bouillir ces fruits dans l’eau, les pilaient, et passaient la liqueur chaude pour en séparer les semences et la peau; ils attribuaient à cette glu des propriétés résolutives et émollientes. Cette méthode est presque généralement abandonnée aujourd’hui, d'abord parce que le gui est plus rare, les forêts étant beaucoup moins nombreuses qu’autrefois, et que l’on préfère employer à cet usage l'écorce de la plante au lieu des baies. Le procédé mis en pratique dans ce dernier cas est assez semblable à celui que l’on emploie pour la préparation de la glu du houx. On fait pourrir l’écorce de gui dans des pots pendant dix à douze jours, dans un lieu humide; on la pile ensuite, et on en fait une bouillie sur laquelle on verse de temps en temps de l’eau de fontaine fraîche; puis on remue souvent le tout avec un bâton jusqu'à ce que la glu y adhère; on la place alors dans des pots que l’on recouvre d'eau que l’on a le soin de renouveler souvent. Cette glu est de beaucoup inférieure à celle du houx, connue sous le nom de g/u anglaise. Pour obtenir cette dernière, on récolte le houx vers les mois de juin et de juillet; on le fait bouillir dans de l’eau, pour pouvoir le décortiquer plus facilement; après avoir enlevé l’épiderme, on prend ce que l’on nomme la seconde écorce, que l'on fait bouillir pendant plusieurs heures avec de l'eau : elle s’attendrit, et finit par se réunir en masses, que l’on met dans la terre, et que l'on recoitvre de cailloux; on en met ainsi plusieurs, couches qu'on laisse pourrir jusqu'à ce qu'elles soient transformées en mucilage, ce qui exige environ quinze jours. On pile alors ces masses dans un mortier; et quand elles sont bien battues, on les lave dans une eau courante, pour enlever les ordures qui peuvent y adhérer; on la conserve ensuite dans des pots. Il n'est pas nécessaire de metlre ainsi les masses en terre pour les trans=

GLEU — GLUCKISTE

former en bonne glu, il suffit de les faire fui menter dans des pots, où cela s'opère très-bien, en ayant soin de les placer dans un lieu dont la température soit moyenne, Quand on veut s’en servir, il faut avoir soin de se mouiller les doigts, et mieux, de se les graisser avec de l'huile d’olive, pour que la glu ne s'y attache pas.

€Eomme toutes les espèces de glu perdent promptement leur force, on en a inventé une artificielle, qui peut se conserver longtemps sans altération; elle consiste dans un mélange d’une livre de glu de houx bien lavée et bien battue avec une certaine quantité de graisse de volaille, de manière à la rendre fluide; on incorpore dans cette masse 30 grammes de bon vinaigre, 15 grammes d'huile, et autant de térébenthine; on fait chauffer le tout jusqu’à lébullition à petit feu, en ayant soin de bien remuer; on la conserve ensuite comme les précédentes. Lorsqu'on “+ s'en servir, il faut la faire chauffer légèrement; on y ajoute aussi de l'huile de pétrole pour l'empêcher de geler pendant les rigueurs de l'hiver. Cette glu est employée, comme les autres, pour la chasse à la pipée; mais on s’en sert également pour préserver les arbres des insectes et dés chenilles qui les dévorent; pour cela, il suffit d’en enduire le pied des arbres.

La glu de bonne qualité, quelle qu’en soit la source, doit avoir une couleur jaune, légèrement verdâtre; cette couleur devient brune en vieillissant, et se fonce de plus en plus avec le temps, qui fait perdre à la glu presque toutes ses propriétés.

Les Américains retirent d’un arbre appelé glutier une sorte de glu qui découle naturellement du tronc de l'arbre, auquel ils font des incisions; ils emploient comme la glu de France, pour prendre des oiseaux. C. FAYROT.

GLUCINE, GLUCINIUM. Voyez GLuosne et GLUGYNIUM.

GLUCR ( JEAN-Curisropne), compositeur célèbre, naquit à Weissenwangen, dans le haut Palatinat, le 4 juillet 1714. Son père était garde général des forêts du prince de Lobkowitz. De bonne heure il se voua à l’étude de la musique, pour laquelle il annonçait de grandes dispositions. Après avoir appris les principes de cet art à Prague, il se rendit en 1738 en Italie, où Martini lui enseigna les règles de la composition. Son premier opéra, Ar{axercès, fat composé et représenté à Milan; un autre, Démétrius , fut joué en 1742 à Venise. Il en composa un troisième, La Chute des Géants, pour l'opéra italien de Londres, où il fut représenté en 1745. Les rapports qu'il eut dans cette capitale avec Arneet avec sa femme, cantatrice de premier ordre, exercèrent une influence décisive sur la simplicité si remar« quable de ses ouvrages. Cette première période de sa vie en fut la plus féconde, du moins pour ce qui est de ja quantité, car dans un espace de dix-huit années il n’écrivit pas alors moins de quarante-cinq partitions. Mais il s’en faut que toutes témoignent de la grandeur et de la profondeur qui sont le cachet des ouvrages qu’il composa plus tard. Gluck ne fut pas longtemps à reconnaitre que les libretti italiens, tels qu’on les fabriquait de son temps, n’étaient pas faits pour supporter de grande musique. Aussi se lia-t-il intimement à Vienne avec un Italien nommé Ranieri di Calzabigi, qui, sortant du sentier battu, composa pour le musicien des drames d’un intérêt suivi. Les opéras d’A{ceste, d’Orphée, el d'Hélène et Püris, que Gluck composa à Vienne de 1762 à 1769 dans le noueau système, obtinrent un immense succès, etydevinrent avec les quelques autres partitions qu'il écrivit encore plus tard la base de l'impérissable célébrité qui s’attache à son nom. Le style ncble et élevé du musicien allemand ne rencontra pas moins d’admirateurs enthousiastes à Parme, à Naples, à Kome, à Milan et à Venise, qu'a Vienne. On s’empressa en effet de monter son Hélène et Pris sur les théAtres de ces différentes villes ; et le succès qu’il y obtint augmenta encore Sa réputation. Le bailli du Rollet, qui s'était Hé d'amitié avec Gluck à Vienne, entreprit de transformer l’Iphigénie de Racine en opéra, et proposa à Gluck d’en composer la musique, Cette proposition, l’auteur d’A/ceste laccepta avec d'autant plus d’empressement qu’il avait fait

DICT DE LA CONVERS. — T, X

une étude toute particulière du génie de la langue française, A cette époque il était seul à croire non-seulement qu’un musicien peut en tirer un bon parti, mais encore qu’elle convient peut-être mieux que la langue italienne pour exprimer des sentiments profonds et énergiques. Gluck, voulant léguer à la postérité un monument immortel, passa une année entière à composer la musique de cet ouvrage; mais quand il l’eut terminé, tout ne fut pas fini pour lui. On pent dire, au contraire, que jamais homme ne fut pius abreuvé d’injures et de dégoûts. Le peuple musicien était contre lui, etil ne fallut rien moins qu’un ordre supérieur de son ancienne élève, la reine Marie-Antoinette, pour que son opéra fût reçu. En 1774, le célèbre Allemand vint à Paris, à l’âge de soixante ans, et le 19 avril de la même année on représenta pour la première fois son {phigénie. On accourut en foule à cette solennité. L'ouverture, contre l'usage, fut recommencée à la demande générale. Enfin, l’œuvre entière obtint le plus brillant succès. La même année, son Orphée fut représenté, etnon moins bien accueilli. Le 23 avril 1776 parut l’Alceste, mis en français par du Rollet. Quelques autres opéras qu’il fit representer ensuite sur la même scène, L'Arbre enchanté et Cylhère assiégée, eurent moins de succès; mais Gluck prit en 1777 une éclatante revanche de ces quasi-échecs en faisant représenter son Armide.

Un autre opéra magnifique, et qui fut très-critiqué, malgré le beau succès qu’il obtint, vint terminer sa glorieuse carrière. Iphigénie en Tauride fut représentée en 1779. Cet opéra n’a point d'ouverture; et la pièce commence au premier coup d’archet. Peut-être est-ce plus raisonnable que cette table des parties musicales que l’usage place en guise de préface au commencement d’un opéra. La même année on représenfa de lui un ouvrage très-secondaire : Écho el Narcisse. Il est vrai que le poëme est détestable. On ne sait en vérité quelle raison a pu déterminer Gluck à composer de la musique sur un sujet aussi pauvre et aussi pauvrement traité. Il devait faire encore un opéra de Roland; mais, apprenant que Piccinni traitait le même sujet, ii jeta au feu sa partition, et ce fut peut-être un grand malheur. Il laissa inachevé l'opéra des Danaîdes, que Salieri a terminé d’une manière si reniarquable.

On a reproché à Gluck de manquer d'âme, de chant; sa musique, disait-on, n’était qu’un bruit assourdissant. Une opinion qui n’est pas à mépriser, ce nous semble, répondra à cette accusation, renouvelée de nos jours contre Rossini : Jean-Jacques reconnaissaità Gluck le mérite du chant poussé à un très-haut point. Burney, en lui donnant le nom de Michel-Ange de la musique, a tout à fait caractérisé Le talent de ce grand compositeur; car si le célèbre peintre a su vivement frapper les yeux par sa touche sévère et énergique, Gluck remue le cœur par sa mélodie toute semée d’inspirations délicieuses. N'oublions pas non plus que c’est à lui qu’on est redevable de l'introduction du trombonne dans l'orchestre ; employé avec discernement, cet instrument a produit depuis lors le plus grand effet dans les masses d'harmonie.

En 1787, Gluck était retourné dans son pays natal. 1] mourut à Vienne, d’une attaque d’avoplexie, le 15 novembre. On évalue à plus de 600,000 fr. l'importance de la fortune qu'il laissait à ses héritiers. Son buste en marbre, commandé par Louis XVI à Houdon, fut placé l’année suivante dans le foyer de l'Opéra. Gluck a produit d'excellents élèves, parmi le-quels on doit citer Méhul.

GLUCRISTES et des PICCINNISTES (Querelle des). Si la politique fait chaque jour éclore des révolutions, le domaine des arts n’est pas non plus exempt de troubles; Vhistoire a dû enregistrer la guerre qui surgit de l’antagonisme des systèmes suivis par Gluck et Piccinn1 dans la composition musicale. On avait répandu que Gluck travaillait en même temps que Piccinni à un opéra de Roland. « Tant mieux, dit un gluckiste fanatique, nous aurons un Orlando et un Orlandino. » Ce mot fut le signal de la guerre qui éclata, en 1778, entre les gluckistes et les piccinistes. Piusieurs fois, les deux partis en vinrentlittéralement aux mains.

Le fanatisme musical, l'intolérance artistique, bouleversaient toutes les têtes. Et pourtant, il faat le dire, parce que c’est la vérité, les deux chefs d'école avaïent leur part de gloire bien large et bien distincte. Si Piccinni se faisait remarquer par la suavité de sa mélodie, Gluck attachait par l'harmonie puissante de ses chants grandioses.

Les gens de lettres ne restèrent pas étrangers à cette querelle. L'abbé Arnaud et Suard étaient gluchistes; Marmontel, La Harpe, Framery, Ginguené, apparténaient'aux Diccinistes. Chaque matin les feuilles publiques débordaient d’injures et d’épigrammes. Cette guerre ne cessa que lorsque Gluck fut retourné à Vienne.

GLUCKSBJERG (Duc de). Voyez DECAzESs.

GLUCKSBOURG, bourg d’environ 750 habitants, avec un vieux château féodal, construit dans les premières années du seizième siècle, sur les ruines d’une ancienne abbaye de bernardins , à 9 kilom. nord-est de Flensbourg dans le Schleswig, fut jadis le siège d’une des nombreuses branches de la maison ducale de Schleswig-Holstein, Depuis 1866 il appartient à la Prusse.

GLUCKSTADIT, jolie petite ville de 6,000 habitants, sur Ja rive droite de l’Ebe, à 52 kilom. nord-ouest de Hambourg, à laquelle elle est reliée par un chemin de fer, est le chef-lieu du Holstein et plus particulièrement de la partie royale de ce duché. Gluckstadt possède un collège réorganisé en 1825, une école de marine, une maison de correction et de travail, un théâtre ainsi qu’un bon port déclaré port franc en 1830 et capable de contenir 200 bâtiments. Les habitants frouvent dans le commerce et la navigation de précieuses ressources ; chaque année ils envoient des navires à la pêche de la baleine, et le profit de ces expéditions est souvent très-considérable. Le roi de Danemark Christian IV, en 1616, fonda Gluckstadt; plus tard il ’entoura de fortifications et lui accorda d'importants privilèges commerciaux, dans l'espoir d’y attirer une partie du commerce de Hambourg. Pendant la guerre de trente ans, Gluckstadt fut inutilement assiégée à deux reprises, en 1627 et 1628; en 1643 elle résista également à une attaque de Torstenson. Mais en 1814 elle tomba au pouvoir des alliés, qui ne la restituèrent au rci de Danemark qu'aux termes du traité signé à Kiel. En 1815 ses fortifications ont été rasées. Les Prussiens l’occupent depuis 1866,

GLUCOSE (de ÿvx6ç, doux), nom donné par M. J.-B. Dumas au sucre de raisin, La glucose contient 3 molécules d’eau de plus que le sucre de canne, Sa formule ordinaire est CH120%: La glucose est un corps très-répandu ; on le rencontre dans Purine des diabétiques, dans le miel et le sucre interverti, en dédoublant certains principes organiques, tels q ue la salicine, dans l'amidon, etc. Très-soluble dans l’eau, elle se dissout aussi dans l’alcool bouillant et moins aisément quand il est froid; en s'évaporant elle prend l’état sirupeux et ne cristallise qu’après un assez long temps. Elle est dextrogyre. Sèche, ell : peut être portée à u ne température de 1309 sans s’altérer ; à 140° elle se transforme en caramel. La glucose donne des composés avec l’oxyde de plomb et le chlorure de s0dium, On en prépare de grandes quantités dans le commerce afin de produire l'alcool à bon marché, et on l’extrait de la fécule de pommes de terre, ou encore des cé réales avariées , surtout du riz. On prépare aussi en grand une dissolution de glucose, plus connue sous le nom de sirop de fécule , que l'on ajoute au moñt de raisin lorsqu’il n'est pas assez chargé en sucre. Enfin les confiseurs ajoutent une petite quantité de sirop de fécule au sirop de sucre, addition qui empêche celui-ci de cristalliser,

Outre la glucose ordinaire les chimistes modernes ont composé toute une classe de sucres isomères ayant la même formule (C# 41? Of) auxquels on a donné le nom générique de glucoses. Ces corps fonctionnent comme des alcools, c'est-à-dire peuvent se combiner aux acides, en donnant les glucosides, véritables éthers composés.

GLUCKISIES — GLUTEN

GLUCYNE ou GLUCINE (de yhuxÿs, doux, parce que les sels de glucyne ont une saveur sucrée), substance minérale décoiverte par Vauquelin dans l’émeraudeet le béryl, et qu'ona reconnue, en 1828, être composée d’oxygene et d’une substance métallique simple, le g/ucynium. La glucyne est blanche, sans odeur ni saveur ; elle est infusible à un feu de forge, insoluble dans l’eau, mañs soluble dans la soude et la potasse caustiques. Elle absorbe l'acide carbonique à la température ordinaire, et de même que les terres, ma point d’action sur les couleurs bleues végétales. On l’obtient en pulvérisant le béryl ou l’émeraude, puis en le faisant fondre dans un creuset avec trois parties de carbonate de potasse; après quoi on traite la masse par l’acide chlorbydrique, puis par le carbonate d’ammoniaque; on filtre , on fait bouillir, et la glucyne se dépose à l’état de carbonate.

GLUCYNIUM ou GLUCINIUM, métal que l'on retire de la glucyne, et qui se présentait d’abord sous la forme d’une poudre d’un gris foncé, très-difficilement fusible, maïs qui à la chaleur rouge se transformait en oxyde blanc, où glucyne. En 1854 M. Debray l’obtint très-pur à l'état compacte en traitant par un procédé particulier le chlorure de glucinium par le sodium. Ainsi obtenu c’est un métal blanc qui fond à une température plus basse que l’argent. Le chloreet l’iode se combinent avec lui sous V’influence de la chaleur; le silicium s’unit à lui en formant une espèce d’alliage dur et cassant. Le glucinium est encore sans usages,

GLUTEN, substance d’origine végétale, qui doit son nom à sa propriété glutineuse. Le gluten a été découvert par Baccario, chimiste italien ; le procédé de Kessel-Meyer est celui que l’on suit ordinairement pour le préparer : il consiste à prendre de la farine de froment, à la transformer en pâte à l’aide d’une petite quantité d’eau, puis à malaxer

| cette pâte sous un filet d’eau très-délié ; l’eau qui s'écoule

d’abord est laiteuse ; peu à peu elle devient moins opaque, et finit par sortir limpide : alors l’opération est terminée, et il ne reste plus dans la main que le gluten, dans le tissu duquel un peu de sucre, d’huile et de fécule sont bien demeurés, mais qu'il est impossible d'en séparer. Dans cef. état, le gluten est gris blanchâtre, mou, collant, insipide, d’une odeur spéciale, qui tient au mode opératoire employé pour le préparer ; il est élastique et peut, comme le caoutchouc, se prêter à de légères tractions, et revenir à son état primitif quand la force qui sollicitait la rupture de son tissu a cessé son action : ajoutons encore que ses particules adhèrent les unes aux autres par leurs bords déchirés, et non par leur surface lisse. Si à l’état humide on lPabandonne à lui-même à la température ordinaire, il ne tarde pas à répandre une odeur infecte, à se putréfier et à devenir filant. Si, avant de l’abandonner ainsi à lui-même, il a été préalablement mélangé avec du sucre, le produit de la fermentation est d’abord de l’alcoo!l, sur lequel plus tard il réagit pour le transformer en acide a cétique.

Desséché lentement sous forme de lames minces, il devient d'un gris jaunâtre, brillant, translucide, cassant, et perd son odeur ; dans cet état, il peut se conserver indéfiniment. Si on élève la température suffisamment pour le décomposer. il donne, comme les substances organiques d’origine animale, des produits ammoniacaux; il laisse un charbon azoté, brillant et spongieux, qui, calciné avec la potasse, donne du cyanogène. L'eau bouillante fait perdre au gluten ses propriétés glutineuses, le rend plus spongieux et le coagule. L'alcool sépare le gluten en deux parties : 1° l’une qui se dissout : c’est le gluten de Berzélius et Einhof, ou la 5ymôme de Taddeï ; 2° l'autre qui se congule : c'est la gliadine de Taddeï et l'albumine végétale de Berzélius et Einhof. Mais si l'on considère que la zymôme, ou partie dissoute, est acide, que la partie non dissoute , la gliadine, ne l'est point, mais peut, sous l'influence d’un acide, se dissoudre facilement, on arrive à cette conclusion : que la gliadine est la même substance que la zymôme, moins une certaine

GLUTEN — GLYKAS

quantité d aciae necessaire à sa dissolution, L’éther n'enlève rien au gluten, seulement il le coagule. Les acides acétique, phosphorique, chlorhydrique, sontles seuls qui dissolvent le gluten ; ils le disolvent avec d'autant plus de rapidité qu’ils sont plus concentrés. L'acide sulfurique absorbe toute l’eau qu'il contient, détermine la formation d’eau aux dépens de ses propres éléments, et met son carbone à nu. L’acide nitrique le décompose avec dégagement de gaz nitreux et production d'acides malique, oxalique, d’amer de Welter et d'une espèce de suif qui surnage la liqueur. L’ammoniaque et la potasse concentrée le dissolvent : ces alcalis précipitent le gluten tenu en dissolution à la faveur d’un acide, et viceversa. Le tannin précipite le gluten, et forme avec lui un composé analogue au cuir (tannate de gélatine). M. Braconnot a donné le nom de Zégumine au gluten des légumineuses. La nature du gluten n’est point encore parfaitement déterminée : on le considère généralement comme composé d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d’azote. Beaucoup d'auteurs sont portés à admettre plusieurs espèces de gluten ; mais il est plus rationnel de penser avec M. Raspail que le gluten de tous les végétaux est le même, et que l’état différent des combinaisons dans lesquelles il est engagé jui imprime des caractères variés: ainsi, par exemple, dans la pré paration du gluten, si, au lieu de pétrir la pâte avec les mains, on la pétrit avec un instrument de fer, l'odeur particulière disparaît ; donc elle avait été communiquée par le contact des mains de l'opérateur : en outre, si à l’aide d’un instr: ment on triture la pâte sous l’eau distillée, le gluten au: l’on obtient, abandonné à la décomposition, ne donne plus de produits ammoniacaux, mais acides ; donc l’azote a disparu : dans ce second cas, il paraît probable que pendant la préparation, de l'air à été interposé et de l’azote absorbe par le tissu glutineux. Dans l’hypothèse de la préexistence de l’azote dans le gluten, on peut facilement concevoir l’infroduction de sels ammoniacaux par les spongioles, et labsorption de l’azote atmosphérique par les stomates pendant la végétation. Le lieu qu’occupe le gluten dans la plante est le périsperme : là, il forme des cellules régulières, hexa gonales, dans lesquelles sont réunis les grains de fécule : on n’en rencontre ni dans l'embryon ni dans le péricarpe Le gluten est donc, pour ainsi dire, le tissu cellulaire di périsperme des céréales. On ne le trouve point partout iden tique, et quelques graines paraissent fournir, selon le: circonstances où elles se sont développées , tantôt de l’al bumine végétale, tantôt du gluten. Mais si l’on considèr d’une part l’analogie qui existe entre le gluten rendu solubl par les acides acétique, phosphorique, chlorhydrique, avec l'albumine végétale ; si l’on considère d’autre part que partout où on trouve de l’albumine végétale on trouve un acide libre, on ne fardera point à présumer que l’albumine végétale n’est que du gluten modifié et rendu soluble par la présence ‘d’un acide, C'est, du reste, ce que rendent très-probable une foule d'expériences de M. Raspail.

Le gluten est presque inusité en médecine, Son rôle le plus important est sans contredit celui qu’il joue dans la fermentation panaire et la germination. Le gluten est le principe le plus nutritif de la farine; c’est à lui qu’elli doit la propriété. de faire pâte avec l’eau : sous son in fluence , l’amidon , pendant la panification, est transformi en malière sucrée, celle-ci en alcool, et l'alcool lui-mêm: en acides acétique et carbonique. Dans la germination c'est sous l'influence du gluten que les grains de fécui éclatés fournissent une matière sucrée spécialement des tince à nourrir le jeune embryon pendant les premiers moments de son existence. BELFIELD-LEFÈVRE.

GLUTIER , GLUTTIER ou ARBRE A SUIF, Cet ari re remarquable, qui eroît en abondance sur presque tous ls points de la Chine, à été ainsi appelé parce qu'il produit une substance qui a toute l'apparence du suif, et qui sex{ aux mêmes usages, Il atteint à peu près la hauteur d'un ccrisier ordinaire; ses feuilles, d’un rouge foncé et éclatant, ont la forme d’un cœur, et son écorce est très-douce,

Son fruit est renfermé dans une espèce de cosse ou d’enveloppe assez semblable à celle de la châtaigne, et se compose de trois graines rondes et blanches, de la grandeur et de la forme d’une petite noix, ayant chacune leur capsule particulière, et pourvues intérieurement d’un noyau. Ce noyau est enveloppé d’une pulpe blanche, qui a toutes les propriétés du vrai suif, en ce qui est de la couleur, de la consistance et même de l'odeur : aussi les Chinois s’en servent-ils pour confectionner des chandelles, qui sans aucun doute seraient aussi bonnes que les nôtres, s’ils savaient bien purifier leur suif végétal. Toute la préparation qu'ils lui font subir consiste à le liquéfier et à le mélanger d’une petite quantité d'huile. Le glutier est le croton sebiferum des botanistes, ,

GLUTINE. On a donné le nom de glutine à la matière que l'alcool dissout quand on traite le gluten brut par ce véhicule, et qui ne se précipite pas par le refroidissement de la liqueur. Pour l'obtenir pure, on évapore la dissolution alcoolique à siccité; on la dessèche et on Ja lave avec de l’éther bouillant. Desséchée à 140° dans le vide, elle offre la même c mposition que la caséine et l’albumine, Moyenne des analyses de glutine : Carbone 53,27, hydrogène 7,17, azote 15,94, oxygène 23,62.

GLYCERINE (de ÿuxbs, doux), nom donné par M. Chevreul au principe doux des huiles de Scheele, pro duit de la saponification de la plupart des huiles ou des graisses. C’est un liquide incolore, inodore, transparent et facilement soluble par Palccol. La saveur en est sucrée et la consi-tance sirupeuse. A l’état naturel, la glycérine existe combinée avec les acides oléique, stéarique et margarique. Dans la chimie nouvelle la glycérine représente la série des alcools triatomiques, c’est-à-dire contenant six équivalcnts d'oxygène. Elle forme plusieurs éthers, entre autres la nitroglycérine, et des solutions auxquelles on a donné le nom de glycérolés.

GLYCINE , genre de plantes exotiques de la famille des papilionactes. L'une de ses plus jolies espèces, la g/ycine de la Chine (glycine sinensis), réussit très-bien en pleine terre dans nos contrées. C'est un arbrisseau à tige sarmenteuse, à feuilles ailées, composée de onze à treize folioles lancéolées. Quand cet arbrisseau a atteint {toute sa force, un seul pied peut offrir successivement jusqu’à six ou sept cents grappes de fleurs de l’aspect le plus élégant, Il est difficile d'imaginer rien de plus gracieux que ces grappes inclinées , longues de 20 à 25 centimètres, d’une couleur lilas plus ou moins forcé et d’une odeur suave.

GLYCOCOLLE, produit qu’on obtient par le dédoublement de l'acide hippurique ou de la gélatine; c’est un acide amidé. La glycocolle est peu soluble dans l’eau froide, insoluble dans l’alcool et l’ether, douée d’une saveur douce, de là son nom de sucre de gélatine; elle se combine avec les bases, les acides et les sels,

GLYCOL. La découverte des glyco!s a été un fait d’une grande importance : elle est due à Wurtz en 1856 et c’est le glycol ordinaire qui a été le premier connu, I est le premier de la série des alcools dits diutomiques, parce qu’ils contiennent quatre équivalents d'oxygène, Sa formule est CHS 04. On prépare les glycols par trois procédés différents, dont le premier, celui ce Wurtz, est er.core le plus employé. On fait agir le brome sur un radical organique hydrocarboné, tel que l’éthylène; deux atomes de brome se fixent et l’on obtient un bibromure d'hydrogène carboné, lequel est chauffé avec de l’acétate d’argent ou avec une dissolution alcoolique d’acétate de potasse. Si l’on a opéré avec ce dernier on filtre, le bromure de potassium est précipité, la dissolution s’évapore et finalement on saponifie l’éther diacétique du glycol par la potasse ou par le baryte.

Les propriétés des glycols placent ces corps entre les alcools et les glycérines. Ce sont des liquides incolores, un peu visqueux, sans odeur, d’une saveur sucrée, L'eau et l'alcool les dissolvent en toutes proportions; l’éther les

dissout à peine. On connaît jusqu’à présent six glycols avec certitude : glycol ordinaire, propylglycot, butylolycol, amylglycol, heæylglicol et oc/ylglycol.

On a aussi tiré des glycols un acide glycolique, différent de l’acide acétique par un atome en plus d'oxygène, et de ce dernier une série de g/ycolntes.

GLYCONIEN ou GLYCONIQUE , terme de poésie grecque et latine. Le vers glyconien se composait, selon les uns, de trois pieds, un spondée et deux dactyles, ou d’un spondée, un choriambe et un iambe, ou un pyrrhique. C’est l'opinion la plus suivie. Suivant d’autres, il se composerait de deux pieds et d’une syllabe.

GLYRAS (Micmer), historien byzantin, qui habita la Sicile et l'Italie, vivait au douzième siècle selon les uns, au quinzième, suivant d’autres. Il a composé, en grec, des Annales, qui contiennent l’histoire du monde depuis sa création, d’après Moïse, jusqu'au règne d’Alexis Comnène, mort en 1118. Le livre entier, grec et latin, fut publié par Labbe (Paris, 1660, in-fol.),

GLYPTIQUE, mot employé, pour désigner l’art de graver sur pierre fine, et qui pourtant semblerait ne pas devoir s'appliquer aux camées, mais seulement aux intailles, puisque le mot grec y}6gev signifie creuser. On comprend aussi sous la même dénomination l’art de graver sur acier les coins destinés à frapper des médailles. Les anciens ont atteint dans cet art une perfection dont nous sommes encore éloignés. Ils ne nous ont pourtant pas laissé de traités de glyptique, mais seulement dans les ouvrages de Pline on trouve quelques traits relatifs à cet art. Mariette . et Natter ont publié à cet égard des traités fort intéressants ; on peut aussi recueillir quelques détails sur ce sujet dans plusieurs ouvrages publiés par Winckelmann, Caylus, Eschenburg, Ernesti et Martini ; Millin a aussi publié un ouvrage, devenu rare, sur la g/yptographie, ou étude des pierres gravées.

On voit un grand nombre de monuments de cette nature dans les musées publics, dans les cabinets particuliers ; et beaucoup de personnes même possèdent quelques pierres gravées pour leur parure ; mais elles ne sont pas toujours antiques, ni d’un beau travail, et on rencontre difficilement des yeux assez exercés pour n’être pas dupes de la friponnerie des marchands. On peut dire que les plus belles pierres gravées sont antiques ; pourtant, dans le quinzième et le seizième siècle, on s’est occupé de la glyptique bien plus qu’on ne le fait maintenant, Mais le travail des graveurs de cette époque n’a pas atteint la perfection à laquelle étaient parvenus les artistes grecs.

Parmi les substances sur lesquelles on s’est exercé à la glyptique, les plus nombreuses appartiennent au règne minéral : cependant, on en trouve aussi dans les deux autres, puisqu'on a gravé sur l’ivoire, sur le corail et sur des coquilles, ainsi que sur du citronnier, du buis, de l’ébène, et sur le figuier, sycomore des Égyptiens. On a aussi gravé des noyaux de divers fruits. Les pierres ont été employées plus fréquemment qu'aucune autre matière, et les plus précieuses sont les plus dures, puisqu'elles permettent plus de délicatesse dans le travail, un poli plus parfait et dont la pureté se conserve sans altération. L’agate, la calcédoine, la sardoine, la cornaline, sont les pierres dont on a fait le plus d'usage ; on a cependant aussi gravé le quartz hyalin, ou cristal de roche, ainsi que des améthystes, des émeraudes, et même du diamant; les Égyptiens ont souvent employé le granit, la basalte, le jaspe, pour leurs scarabées, Parmi les pierres moins dures, on doit citer le lapis-lazuli, la turquoise, la malachite et la stéatite, ou pierre de lard, si fréquemment mise en usage par les Chinois. Les graveurs anciens choisissaient souvent des pierres qui par leur couleur avaient du rapport avec les sujets qu'ils voulaient traiter : ainsi, ils gravaient une figure de Proserpine sur une pierre noire, Neptune et les Tritons sur de l'aigue-marine, Bacchus sur une améthyste, Marsyas écorché sur du jaspe rouge.

Les anciens ont connu l'art d’imiter les pierres précieuses

GLYKAS — GLYPTOTHÈQUE

avec du verre coloré. Ils appliquaient aussi des figures blanches sur un fond de couleur, donnant alors au verre un degré de feu suffisant pour les coller sans le faire fondre; c’est ainsi qu'a été fabriqué le vase de Farberin, maintenant à Londres, dans le cabinet du duc de Portland, morceau précieux à la fois par son travail, qui est très-beau, et par sa dimension, qui est de plus de 0",30 de haut : sa conservation parfaite lui donnait aussi un prix immense ; mais il a été brisé par la maladresse d’une personne qui, en l’examinant, le laissa tomber. Les modernes se sont aussi exercés dans ce genre de tromperie, et y ont eu même assez de succès; souvent on présente pour une sardonyx ce qui n’est autre chose qu'une coquille gravée et appliquée sur une pierre dure. Les procédés pour graver sur pierres dures sont les mêmes que ceux que l’on voit si fréquemment employer pour la gravure sur verre.

Parmi les pierres gravées des anciens, on remarque surtout celles qui portent le nom de l'artiste par qui elles ont été exécutées ; mais on ne doit pas laisser ignorer que, souvent des brocanteurs et des faussaires se sont servis de ce moyen pour tromper les amateurs, et cette supercherie n’est pas nouvelle; car elle était déjà employée au temps de Phèdre, qui s’en plaint dans une de ses fables. Ce n’est donc qu'avec la plus grande réserve que l’on doit croire à l'authenticité des noms qui se trouvent sur d’anciennes pierres. Des noms d'artistes célèbres ne doivent se trouver que sur des pierres d’une belle nature et d’un beau travail. La forme des lettres est aussi d’un grand secours pour démèler la vérité d'avec l’imposture. Dans celles des premiers temps, la forme des lettres n’est pas aussi belle que dans celles des graveurs du siècle d’Auguste. Le mélange des lettres grecques et latines, la même lettre figurée de deux manières différentes dans le même mot, sont des marques évidentes de fausseté. On peut en dire autant de l’oubli d’une lettre ou d’une faute grammaticale dans un mot. Des erreurs de cette nature sont trèsfréquentes sur les pierres où les inscriptions ont été ajoutées par des graveurs modernes. Il est encore nécessaire de faire remarquer ici que les graveurs romains ont presque toujours écrit leur nom en caractères grecs, et que les graveurs modernes ont suivi le même usage.

On s’est aussi mépris sur le sujet de certaines pierres. Ainsi, pendant les siècles de barbarie qui suivirent la décadence de l’empire romain, quelques-unes furent conservies dans les trésors des églises, et une piété peu éclairée d nna le nom de saint Jean à un Germanicus; l’impératrice Julie passa pour la Vierge Marie; Caracalla pour saint Pierre; l’apothéose d’Auguste pour le triomyhe de Joseph, etc. DuCHESNE ainé.

GLYPTODON, mammifire fossile de l’ordre des édentés et de la famille des tatous , que l’on trouve dans les pampas de la Plata. La structure de ses dents démontre qu'il était herbivore; il avait le corps entier couvert d’une cuirasse osseuse en forme de plaques irrégulières , ses pieds étaient très-courts et présentaient chacun cinq doigts. Sa queue, extrêmement grosse, se terminait par deux pièces elliptiques qui la rendaient capable de percer le sol. Le glyptodon ressemblait à un gigantesque tatou..

GLYPTOTHÈQUE, C’est le nom que les savants donnent aujourd’hui aux cabinets de pierres gravées ou de sculptures, et c'est sou s celte dénomination qu'est généralement connue la célèbre galerie d'antiques construite à Munich, de 1816 à 1830, sur les dessins de l'architecte Klenze, Voici en peu de mots l’histoire de ce monument,

L’ex-roi de Bavière, Louis 1°", alors qu'il n’était encore que prince royal, avait réuni en Italie une remarquable collection de sculptures anciennes , et c'est pour la recevoir que fut construite la Glyptothèque. C'est un parallélogramme aves un portique à huit colonnes d'ordre ionique en marbre rougeñtre : l'édifice comprend une cour intérieure. Il se compose de douze salles éclairées, les unes part le haut, les autres par les côlés, mais toujours de telle façon que les

GLYPTOTHEQUE — GNEISS

statues soient toutes placées sous un jour favorable, Dans la classification des objets dont se compose la collection, on s’esl efforcé de suivre un ordre qui permet d'étudier le point de départ et les progrès successifs de Part. C’est ainsi qu’on voit l’art grec provenir d'Égypte, progresser, atteindre à une élévation sublime, se maintenir à Rome, puis finir par déchoir pour se relever plus tard.

Les murs de la Glyptothèque sont en pierres de taille, et garnis intérieurement de briques revêtues de stuc, dont la couleur change dans chacune des salles. Les ornements des voûtes sont également variés ; les pavés ont été faits avec des marbres du Tyrol et de la Bavière , et les dessins qu'ils représentent ont tous été tracés avec goût.

GMELIN (Jean-Georces), l’un des plus grands botanistes de son époque, né à Tubingen, en 1709, était fils de Jean-Georges Gueuw, chimiste distingué (né en 1674, mort en 1728). Après avoir fait ses études à Tubingen, il se rendit à Saint-Pétersbourg, où il prit une part des plus actives aux travaux de l’Académie des Sciences, et où, en 1731, il fut nommé professeur de chimie et d'histoire naturelle. En 1733 il fit partie de la commission envoyée par l’impératrice Anne {vanovna pour explorer les vastes provinces de la Sibérie et du Kamtchatka ; avec lui se trouvaient Delis le, l'historien Müller, et le capitaine Bering. Ce voyage, long et pénible, dura de 1733 à 1744 : publié et bientôt traduit dans toutes les langues, c’est le premier ouvrage qui fournisse de justes notions sur la Sibérie. Gmelin, qui la parcourut en savant naturaliste, en a fait connaître, dars sa Flora Sibirica (publiée par Pallas; 4 vol., Saint-Pétersbourg, 1749-1770 ; édtion du plus grand luxe et devenue aujourd’hui extrémement rare), les plantes nombreuses, qui y sont classées selon la méthode de Van-Royen. Il a aussi donné le récit de son Voyage en Sibérie (4 vol., Saint-Pétersbourg , 1742), où sont peints avec la plus scrupuleuse exactitude les lieux qu’il visita, les mœurs de leurs habitants, les riches productions qu’ils recèlent. 11 avait quitté la Russie en 1749; il mourut dans sa ville natale, en 1755, et Linné crut devoir honorer la mémoire du plus illustre de ses émules en donnant le nom de gmelina à un genre d’arbres épineux de la famille des pyrénacées.

GMELIN (SaAmuEL-GEORGES), neveu du précédent , né à Tubingen , avait également été attiré à Saint-Pétersbourg, d’où il partit, en 1768, pour Astrakhan. Dans les années 1770 et 1771 il visita les ports dela mer Caspienne, explora avec soin les provinces de la Perse situées sur les bords de cette grande masse d’eau, et en publia une exacte description. L'amour de la science et l’intrépidité qu’il inspire le conduisirent dans les parties occidentales de ces contrées, infestées de nombreuses troupes de bandits, Parti en avril

1772 d’Enzelli, petite ville de la province de Ghilan, il ne |

put arriver qu’en décembre 1773 à l'embouchure du Kour, et pénétra jusqu’à Bakou, où il fut très-bien accueilli par Ali-Feth, khan de ce pays. Rejoint alors par une vingtaine de Kosaks de l’Oural, it poursuivait sa route, et n'était plus qu'à quatre journées de Kislar, forteresse appartenant aux Russes, lorsque lui et son escorte furent arrêtés par ordre d’Ourmoï, khan d’un territoire qu’il lui avait été conseillé de ne point traverser, et ce prince se crut le droit de les retenir tous comme otages jusqu’à ce qu’on lui eût rendu ses sujets fugitifs, accueillis par les Russes. Gmelin éprouva la plus dure captivité, ce qui, joint aux fatigues qui avaient déjà altéré sa santé, aux vives inquiétudes dont il était agité, à l’intempérie du climat, à une mauvaise alimentation, hâta sa mort, arrivée à Achmetkent , en juillet 1774. De toutes les peines qu'il essuya, la plus douloureuse fut d’avoir perdu la plus grande partie de ses papiers et de ses collections. Quelques-uns de Ces trésors scientifiques furent pourtant envoyés à Kislar, et ce qu'il en restait fut confié, pour les mettre en ordre, à son compatriote Guldenstædt; mais celui-ci étant mort avant d’avoir terminé ce travail , il fut achevé et publié par le professeur Pallas. Ses ouvrages les plus importants sont : Historia Fucorum ( Saint-Péters-

bourg, 1768) et Voyages en Russie (4 vol.; 1770-1784). GMELIN (JEAN-FRéDÉR IC), autre neveu de Jean-Georges, né en 1746, à Tubingen, mort en 1804, professeur de médecine et de chimie, fut l’un des naturalistes les plus féconds et les plus célèbres du siècle dernier. Outre quelques dissertations, les ouvrages complets qu'il publia forment 8 vol. in-4° et 34 vol. in-8°, tant en allemand qu'en latin. Armand D'ALLONVILLE.

Son fils, Léopold, mort en 1853, a professé la chimie à Heidelbers, et a écrit des ouvrages devenus classiques en Allemagne,

GNATHODONTE. Blainville désigne sous ce nom les poissons dont les dents sont implantées dans les mâ-

’.choires, pour les distinguer des dermodontes.

GNEISENAU (AuGusre NEIDHARD, comte pe), feldmaréchal général prussien , né le 28 octobre 1760, à Schilda, dans la Saxe prussienne, s'appelait originairement Neidhard ; Gneïsenau est un nom emprunté à une terre appartenant à sa famille, et sous lequel il fut anobli. Son père était capitaine au service d'Autriche. Envoyé en Amérique en 1782 comme lieutenant au service d’Anspach-Bayreuth avec un détachement de 400 hommes de renfort, que son souverain louait à l’Angleterre pour lui aider à comprimer l'insurrection de ses colonies , il n’y arriva que fort peu de temps avant la conclusion de la paix, et n’eut pas dès lors occasion d'y prendre part à la lutte. Plus tard il entra au service de Prusse, et passa capitaine en 1789; mais ce fut seulement dans la campagne de 1806 que ses talents commencèrent à être appréciés. Promu alors au grade de major, il fut nommé en 1809 colonel, chef du corps des ingénieurs, et inspecteur des places fortes du royaume. Chargé ensuite d'importantes missions secrètes à Vienne, à Pétersbourg, à Stockholm et à Londres, il rentra en 1813 dans les rangs de l’armée active, et fut alors placé, avec le grade de général major et de quartier-maître général, sous les ordres de Blücher. Après la bataille de Leipzig, il fut créé lieutenant général. Dans la campagne de 1814, il se distingua aux affaires de Montmirail, de Brienne et de Paris. Dans le grand conseil de guerre tenu au quartier général des coalisés, afin de décider si, en présence des prodiges de génie et de tactique que faisait chaque jour Napoléon pour défendre le sol français, et des périls auxquels une bataille perdue exposait l’armée alliée, il ne convenait pas de battre en retraite sur le Rhin, ce fut lui qui fit prévaloir l’avis de marcher droit sur Paris.

Après la paix de Paris, le roi de Prusse le créa comte et lui fit don d’un domaine rapportant 10,000 thalers (40,000 fr.) par an. En 1815 il fut de nouveau chef d'état-major de Blücher. Après la malheureuse bataille de Ligny, il dirigea la retraite de l’armée prussienne de telle sorte que ses divisions réorganisées et prêtes à donner, dont la réapparition sur le champ de bataille dut paraître impossible à Napoléon, décidèrent du succès de la journée de Waterloo. En récompense de ce service, il reçut la grande décoration de l’Aigle Noir appartenant à Napoléon, qui fut prise dans ses bagages. Gneisenau fut alors nommé au commandement du corps d'armée du Rhin, et prit part, comme ministre, aux négociations suivies pour le second traité de paix signé à Paris.

A la mort de Kalkreuth, en 1818, il fut nommé gouverneur de Berlin, et en 1825 feldmaréchal général. Quand, en mars 1831, un corps d’insurgés polonais menaça les frontières de Prusse, Gneisenau fut appelé au commandement du corps d'observation qu’on y réunit. Il succomba le 31 août de la même année à une attaque de choléra, à Posen, où se trouvait établi son quartier général.

GNEISS. Le gneiss est une roche schistoïde à feuillets tantôt plans et tantôt ondulés : sa couleur est variable ; elle est formée par le mélange de trois espèces minéralogiques, le mica, le feldspath et le quartz. Le mica forme la base du gneiss : à y est généralement disséminé en lamelles blanches, grises ou nacrées, qui donnent à la roche sa texture fissile ou feuilletée, Le feld path se subordonne et se soumet

en quelque sorte à la disposition lamellaire du mica; car le plus fréquemment il se présente aussi en lamelles ou en veinules minces, planes ou ondulées, qui suivent avec une grande régularité les incurvations et les inflexions du mica. Mais quelques fois aussi le feldspath est irrégulièrement disséruiné en granulations fines et arénacées ; d’autres fois il est déposé en nodules, et d’autres fois il forme de gros crisfaux, qui dérangent la stratification du mica, et qui le contraignent à s’infléchir pour embrasser et étreindre leurs contours anguleux. Ea présence du quartz est en quelque sorte accidentelle; car il existe des roches nombreuses et puissantes de gneiss parfaitement caractérisées, dans lesquelles l'élément quartzeux ne peut être distingué à l'œil nu. Ainsi deux caractères différentiels distinguent le gneiss du granit. Le premier se déduit de l’aspect physique : c’est la texture feuilletée ou schisteuse de l’un, la texture grenue ou compacte de l’autre; le second se rapporte à la composition minéralogique : c’est la présence du quartz, arbitraire et accidentelle dans le gneiss, essentielle et constante dans le granit. Cependant, ces caractères, qui paraissent si tranchés, s’éliminent quelquefois par des nuances tellement insaisissables, que toute ligne de démarcation devient impossible à établir : ainsi, la texture du gneïss, d’abord nettement feuilletée, devient lamellaire, puis schistoïde, puis sensiblement compacte : le quartz, d’abord invisible, s’introduit et s’accumule par degrés, jusqu’à prédominer d’une manière remarquable, et le gneiss ne peut plus être séparé par définition du granit. Toutes ces nuances se présentent souvent dans une seule et même masse minérale parfaitement continue dans toute son étendue. Ou bien encore le mica, d’abord dans des proportions relatives assez modérées, s’accumule et prédomine jusqu’à l'exclusion presque complète du feldspath et du quartz ; alors le gneiss devient micaschieste, et il n'existe pas de distinction possible à établir entre ces deux roches. Ce sont ces modifications dans les proportions relatives des trois éléments constitutifs du gneiss, ce sont les modes variés suivant lesquels ces éléments sont distribués dans la masse même de la roche, ce sont, enfin, les nombreuses substances minérales qui s'y fronvent disséminées , et qui altèrent la pureté du type, ce sont toutes ces circonstances, disons-nous , qui donnent naissance aux innombrables variétés du gneiss.

Le gneïiss forme un vaste système de terrains, répandu avec profusion sur la surface du globe, et qui partout se montre à découvert. On peut l’étudier à nu en France, en Allemagne, dans les Alpes, la Norvège, la Saxe, la Suède, la Silésie, l’Indoustan, les monts Himalaya, l'Amérique équatoriale, le Brésil, le Grœnland, etc. 11 forme partout des chaînes de montagnes puissantes, qui obtiennent parfois des hauteurs absolues que n’atteignent jamais les autres roches stratifites, el remarquables surtout par leurs cimes escarpées, qui se dressent en l’air comme des crêtes, déchirées, lacérées par la tempête, et déchiquetées en aiguilles. Tantôt le gneiss est subordonné au granit, tantôt il le domine : dans le premier cas, ces deux roches paraissent de formation contemporaîne ; dans le second, le gneiss est probablement postérieur ; dans {ous les deux, il forme d'immenses couches stratifiées et parallèles aux couches de micaschiste et de granit avec lesquelles elles se trouvent associées.

Les roches subordonnées au gneiss sont extrémement nombreuses : c’est la pegmatite, la leptinite, le micaschiste, l’amphibole schisteux, le fer oxydulé, le calcaire primitif, Le gneïiss est aussi traversé par de nombreux filons, les uns pyrogènes, les autres métallifères : filons qui tantôt sont nettement séparés de la roche, et qui tantôt, au contraire, semblent s'unir complétement avec elle et s’y confondre ; ils renferment assez généralement de la galène, du cuivre gris ou pyriteux, de l'argent natif; et la grande formation du gneiss primitif qui s’élend sur la France, l'Allemagne, la Grèce et l'Asie Mineure, a longtemps été regardée comme la roche la plusrichiedu monde en minerais d’or et d’argent, Enfin, ‘e grenat, le graphite, les pyrites de fer et de cuivre, le pyro-

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