‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 283 sur 552 · GOBEL · texte numérisé non relu

GOBEL

que conduit, par une bande de forcenés à la barre de la Convention, où, d’une voix tremblante, il déclare que, cédant à la voix impérieuse de l’opinion publique, qui repousse son ministère, il abdique, sans ajouter un seul mot qui froisse le dogme ni la morale. Mais sur-le-champ son discours est falsifié par l’orateur de la troupe, qui s’est chargé du commentaire. « Abdication signifie abjuration du charlatanisme, hommage à la raison, qui s'élève triomphante au-dessus des momeries religieuses. » Le fracas des appaudissements est interrompu pour entendre la réponse de Laloï, président ; et cette réponse, assortie à la harangue de Chaumette, provoque une salve d’applaudissements nouveaux. Gobel, attristé, troublé, presque anéanti, se retire. Aussitôt à la tribune s’élancent des ecclésiatiques catholiques, des ministres protestants, qui se félicitent « d’assister aux funérailles des préjugés, de voir luire enfin le jour de la raison, et qui désormais ne veulent plus d’autre culte que celui de la liberté. » C’est à cette séance que Grégoire tint un langage digne de son ministère.

« D’après ce qui précède, ajoute Grégoire, on voit que les paroles et les sentiments de Gobel furent mensongèrement dénaturés par les misérables qui avaient entrainé à la Convention. Les journaux firent écho : presque tous étaient rédigés sous l’influence de la même faction. La conformité de conduite et de langage est en général un moyen sûr d'apprécier les hommes. Ceux qui depuis longtemps avaient

. connu Gobel, alors âgé de soixante-six ans, s’accordaient à dire que sous ce double aspect il pouvait défier la critique. Quelques jours avant sa comparution à la barre, j'avais eu occasion de m’entretenir avec lui sur des matières religieuses ; il en parlait comme à l’ordinaire, avec le respect et la gravité que commande un tel sujet. 11 y a plus : instruit du chagrin que m'avait causé la séance déplorable du 7 novembre, il m'envoya un de ses vicaires pour m’assurer qu'il s'était borné à se démettre, et qu’en donnant à son abdication le sens d’abjuration, on le calomniait. Je le crois, car dans le cours de la persécution qui a désolé la France, on peut compter non-seulement par centaines, mais par milliers, les fourberies du même genre de la part des administrateurs qui opprimaient tous les départements. On sait d’ailleurs que Gobel continua de professer hautement les principes religieux. Et lorsqu'il fut traduit au tribunal révolutionnaire, il protesta énergiquement contre l'accusation d’athéisme dont on voulait le charger. Caumette, impliqué avec lui le même jour, dans la même cause, avait été un des plus ardents promoteurs du culle de la Raison; au reproche d’avoir conspiré contre la république, et d’avoir voulu anéantir toute morale par l’athéisme, il répond : Dieu m'en préserve! Je me rappelle que dans les registres on à souligné ces trois mots qui sans doute avaient excité l'étonnement; tous les accusés, au nombre de dix-sept, furent condamnés à mort, le 24 germinal an II (14 avril 1794). Le tribunal qui les dévoua au supplice comme athées était Je même qui avait égorgé tant d’innocents accusés d’être fanatiques, c’est-à-dire chrétiens. »

De la Conciergerie, Gobel fit parvenir, dit-on, à Lothringer, un de ses anciens vicaires, la lettre suivante : « Je suis à la veille de la mort. Je vous envoie ma confession par écrit. Dans peu de jours, je vais expier par la miséricorde divine tous mes crimes et les scandales que j’ai donnés. J'ai toujours applaudi dans mon cœur à vos principes, Pardon, cher abbé, si je vous ai induit en erreur. Je vous prie de ne pas me refuser les derniers secours de votre ministère, en vous transportant à la Conciergerie, sans vous compromettre, et à ma sortie, de me donner l’absolution de mes péchés, sans oublier le préambule : ab omni vinculo excommunicationis. Adieu! priez Dieu pour mon âme, afin qu’elle trouve miséricorde devant lui, » En allant du cachot à l’échafaud , l'attitude de Gobel manifesta une résignation chrétienne, et lorsque la populace criait : Vive la république! élevant la voix, il s’écria : Vive Jésus-Christ! On a dit que dans la lettre précédente il signait évêque de Lydda,

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