GOBELINS — GOBERT
fait croire à quelques historiens que Gilles Gobelin était le fondateur de la manufacture qui porte son nom. Quoi qu’il en soit, la fortune rapide de Gobelin et de ses successeurs donna de la célébrité au quartier qu’ils habitaient, et le peuple appliqua leur nom et à la rivière de Bièvre, qui traversait l'établissement, et à l’établissement lui-même. Les Gobelins n'étaient pas encore manufacture royale ; et les ouvriers qui S'y trouvaient travaillaient pour le public. Il en fut ainsi pendant longtemps encore. En 1655, un Hollandais, appelé Gluck , et un ouvrier haute-licier de Bergues, nommé Jean Liausen, plus connu sous le nom de Jans, accrurent encore la renommée de l’établissement, où l’on ne se bornait plus à faire de la teinture écarlate, comme sous Gilles Gobelin.
La perfection des ouvrages qui en sortaient fixa l’attention de Colbert : ce grand ministre porta le roi à acquérir toutes les maisons et tous les jardins qui forment aujourd’hui le vaste emplacement sur lequel il fit élever, en 1662, l'hôtel actuel, de 88 toises de long sur 76 de large, qui prit letitre de Manufacture royale des Gobelins pour les meubles de la couronne. 11 y fit bâtir des logements convenables pour les plus habiles ouvriers et artistes en tous genres. Des ateliers de bijouterie, d’horlogerie, d’ébénisterie, de peinture, de sculpture, de marqueterie, etc., s’ouvrirent dans cet établissement, dont la direction fut confiée, en 1667, au célèbre peintre Le Brun. Toutefois, malgré la beauté des produits d’autres espèces qui en sortaient, la fabrication des tapisseries de haute et basse lisse fit toujours le fond de l’établissement. Aussi, en 1694, les prodigalités ruineuses de
Louis XIV ayant nécessité des économies, on supprima les |
allocations destinées aux ouvriers autres que ceux qui fabriquaient de la tapisserie ; on les congédia, et dès lors les Gobelins redevinrent ce qu’ils avaient été, une manufacture royale de tapisseries, dont la réputation s’est toujours soutenue. Une école de dessin et de tissage pour les ouvriers et un atelier de teinture dirigé par d’'habiles chimistes, où l’on donne à la laine toutes les teintes et dégradations de teintes que le peintre trouve sur sa palette, ont été annexés de nos jours à cet établissement.
La réputation des ouvrages exécutés aux Gobelins est devenue universelle : il est impossible de rendre avec autant
d’exactitude la pureté du dessin et ia magie du coloris des :
plus beaux tableaux. L'art d’égaler le pinceau avec des fils de laine y a été porté à la plus haute perfection, et sous ce rapport nous n’avons rien à envier à aucune autre nation. Les sujets tirés des plus grands peintres anciens et modernes, que les tapissiers des Gobelins reproduisent si fidèlement, sont exposés au public certains jours de la semaine; le nombre des étrangers qui profitent de ces moments privilégiés pour visiter les salles et ateliers de cette grande manufacture, est un hommage rendu à notre industrie nationale. Suivant Dulaure, la famille des Gobelins devrait son origine à un Jean GoBELIN, teinturier, qui, vers le milieu du quinzieme siècle, avait su pratiquer la teinture des étoffes sur une large échelle et la transformer en une belle et grande industrie toute locale, source de travail et par suite d’aisance pour tout un quartier de la grande ville. Les descendants de ce Jean Gobelin, qui inventa, dit-on, un procédé nou- Veau pour obtenir en teinture un beau rouge écarlate , continuèrent encore pendant une ou deux générations à faire de la teinture leur principale affaire ; puis le moment vint où, après avoir acquis dans cette honorable industrie une grande et belle fortune , ils aspirèrent à vivre noblement, c'est-àdire à ne plus rien faire, ou tout au moins à échanger leurs occupations, jusque alors manuelles pour ainsi dire , contre ceïles du légiste ou du financier bien autrement prisées du vulgaire. Dès 1544 on trouve un Jacques Gobelin correcteur des comptes, puis un Balthasar Gobelin trésorier de l'épargne, dont la fille, Clauda , épousa en 1594 Raymond Phelippeaux, président au parlement de Paris. Les Gopelins fiuirent par rougir d’un nom qui rappelait forcément leur origine plébéienne. 1ls s'emmarquisèrènt (à beaux de-
niers comptant, cela va sans dire ), et ainsi apparut un beau jour au milieu de la cohue nobiliaire et féodale du dix-septième siècle la très-noble maison des marquis de Brinvilliers. Amivée à un [tel degré de splendeur, la descendance directe de Jean Gobelin ne pouvait plus désormais que déchoir. Une fois sur la pente fatale, la marche fut rapide, et en 1662, quand Colbert fondait la manufacture des Gobelins, le dernier descendant survivant de Jean Gobelin, le marquis de Brinvilliers, fils d’un président à la cour des comptes, héritier d’une trentaine de mille francs de rente et mestre de camp au régiment de Normandie, avait épousé par amour, depuis une dizaine d'années, Marie-Marguerite d’Aubray, fille du lieutenant civil de Paris, laquelle déjà déshonorait son nom par le scandale de ses mœurs, et devait à peu d'années de là le rendre à jamais fameux dans les annales du crime.
GOBE-MOUCRHES, genre d'oiseaux de l’ordre des passereaux dentirostres. Ils ont pour caractères : Bec déprimé horizontalement, un peu trigone et garni de soies à sa base, grêle, subulé; mandibule supérieure échancrée et courbée vers le bout; l'inférieure plus courte, un peu aplatie au dessous et à droite; narines presque rondes, glabres, ou couvertes plus ou moins par les soies; langue aplatie , terminée par des poils courts et roides ; ailes des uns à penne bâtarde courte; deuxième et troisième rémige les plus longues; d’autres sans penne bâtarde; quatre doigts, trois devant, un derrière, réunis à leur base. Ces oiseaux, dont les variétés sont très-nombreuses, sont d’un naturel sauvage et solitaire, ont un air triste, dur et inquiet. Leur vraie patrie est le Midi, où se trouvent le plus de mouches et d'insectes, auxquels ils font la chasse; et l’on ne saurait croire, au rapport de Buffon, quel service ils rendent à l’homme sous ce point de vue. Les plus grandes espèces sont en Amérique, où on, les connaît sous le nom de {yrans, la nature ayant cru dévoir opposer de plus forts ennemis dans le Nouveau Monde aux insectes, qu’elle y a multipliés et agrandis. Comme tout degré de froid qui abat les insectes volants prive ces oiseaux de nourriture, ceux de nos climats partent pour le Sud avant les premiers froids, et l’on n’en voit plus dès la fin de septembre. Quelques auteurs réunissent aux gobe-mouches les oiseaux du genremoucherolle.
Gobe-mouches est aussi le nom vulgaire de quelques plantes dont la tige visquense ou certaines parties irritables retiennent ou emprisonnent les mouches et autres insectes qui viennent s’y poser (voyez APocyN, DIONÉE, etc.).
Gobe-mouches, au figuré, sert à désigner un homme qui n’a point d'avis à lui, et qui paraît être de l’avis de tout le monde; ou celui qui croit sans examen foutes les nouvelles qu’on débite. Les gobe-mouches sont communs en France, à Paris surtout, où ils forment une variété importante du genre badaud.
GOBERT (Fondations). Napoléon GoBEerT, mort âgé de vingt-sept ans, vers la fin de 1833, au Caire, pendant un voyage en Égypte, oüil était allé chercher des distractions analogues à la tournure sérieuse et méditative de son esprit, était le fils d’un général français qui s'était distingué en Italie en 1800, puis à l'expédition de la Guadeloupe, à la campagne d'Allemagne de 1806, et qui avait été tué à la bataille de Baylen, au moment oùils’efforçait d'imprimer un nouvel élan à nos troupes. Son fils fut un des douze enfants de maréchaux ou généraux qui furent baptisés avec le fils du roi de Hollande, et à qui l’empereur servit de parrain. Possesseur, à sa majorité, d’une fortune considérable, et orphelin, il combattit avec les Parisiens en juillet 1830. Atteint, de bonne heure, d’une maladie de langueur dont les progrès lui faisaient entrevoir sa fin prochaine, ce noble jeune homme fit son testament à Vitré, le 2 mai 1833. Indépendamment d’une somme de 200,000 francs, consacrée par la piété filiale à la construction d’un monument en l’honneur de la mémoire du général, le jeune Napoléon Gobert, après d’autres legs particuliers, faisait don, par ce testament, à ses fermiers et métayers de Bretagne, des diverses fermes et métairies
qu’ils tenaient de lui à loyer, sans autre obligation de leur part que de faire apprendre à lire et à écrire à leurs enfants; puis il léguait à l’Académie des Inscriptions et -lettres, ainsi qu’à l’ägadémie française, le capital né re pour leur constituer à chacune une rente annuelle de 10,000 francs, à la charge par l’Académie des Inscriptions de consacrer chaque année les neuf dixièmes de la rente à elle afférant à l’auteur du travail le plus savant, ou le plus profond, sur l’histoire de France et les études qui s’y rattachent, publié dans l’année, et l’autre dixième à celui dont le mérite en approcherait le plus. L'Académie Française était chargée de conférer chaque année la somme à elle léguée à l’auteur du morceau le plus éloquent d'histoire de France, écrit ou publié pendant l’année, sous la restriction que l'écrivain couronné jouirait de son prix tant qu’un rival ne se présenterait pas avec un travail plus méritant.
Il se sentait déjà mourir lorsqu'il traçait, en tête de son testament, ces lignes, si remarquables par la haute raison et la touchante résignation dont elles sont empreintes : « J’aurais voulu rendre ma vie utile à mon pays : j’ai fait des projets, et le courage ne m'aurait pas manqué ; mais la santé n’allume pas le flambeau de mon intelligence, et toutes mes facultés, grandes peut-être, languissent éteintes. L'étude est une lutte qui m’épuise et où je succombe. Que ma mort du moins soit utile à ma patrie, et puissé-je faire avec mes biens
ce que je n’ai pu faire avec mon esprit! » Napoléon Gobert, malgré la faiblesse de sa constitution, eût peut-être réussi avec des soins à prolonger son existence bien au delà du terme qu’il entrevoyait lui-même; mais après s’être un jour baïgné sans précaution dans le Nil, il fut saisi d’un accès de fièvre auquel il succomba rapidement.
GOBI, Voyez Kost.
GOBIÉSOCES. Voyez DiscoBoLEs.
GOBIOÏDES , famille de poissons acanthoptérygiens qui, dans la classification de G. Cuvier, est ainsi nommée en raison de ce que le genre gobies a été pris pour type. Ses caractères sont : Épines dorsales grêles, flexibles ; canal intestinal égal, ample, sans couennes; point de vessie natatoire. Les genres qu’elle contient sont les blennies, les gobies, gobioïdes, tenioïdes et béniophtalmes, éléocris, callionymes, platyptères et chirus. L. LAURENT.
GOBLET (ALserr), comle d’Alviella, général belge, né à Tournay, le 26 mai 1790, sortit en 1811 de l’École Polytechnique pour entrer dans le corps du génie. Envoyé alors en Espagne, la part qu’il priten 1813 à la défense de Saint- Sébastien lui valut sa promotion au grade de capitaine. Après la chute de l'empire, il fut incorporé dans l’armée hollando-belge, et combattit dans ses rangs à Waterloo. Plus tard il coopéra à l’élévation de cette ceinture de forteresses qui menacent la France sur sa frontière septentrionale, et notamment à la construction des fortifications de Nieuport et de Menin. Quand'éclata la révolution belge de 1830, le gouvernement provisoire le nomma colonel et directeur général du génie, puis bientôt après commissaire général des guerres. Au commencement de 1831, accusé de tendances orangistes, il fut obligé de donner sa démission du portefeuille de la guerre que lui avait confiée Surlet de Chokier. Mais quelque temps après la ville de Tournay le choisit pour représentant, et le 26 août le roi Léopold le nomma inspecteur général des places fortes et du génie fonctions qu'il remplit encore aujourd’hui. L’annéé suivante il fut accrédité près de la conférence de Londres, en remplacement de Van de Weyer ; et le 18 septembre il fut appelé à se charger du portefeuille des affaires étrangères dans un nouveau cabinet, La Hollande s'étant refusée à donner suite aux négociations ouvertes, il fallut adopter à son égard des mesures coercitives; de là le traité du 21 mai 1833, qui garantit à la Belgique le maintien du s{afu quo, et dont la conclusion fut en grande partie due aux efforts du général Goblet, Non réélu à la chambre des représentants, à cause des æalomnieuses accusations d’orangisme dont il continuait d'être l'objet, il dut quitter le cabinet le 25 décembre 1833.