GOLDONI
En 17929 il fut nomme coadjuteur en chef du chancelier de Feltre, et eut le plaisir de joindre à ce titre celui de diretteur d’un théâtre de société, dans le palais du gouverneur. Il arrangea pour sa troupe des pièces de Métastase, et en composa lui-même. Ses parents, qui ne pouvaient vivre sans lui, le rappelèrent à Bagnacavalli, où il perdit son père. Songeant sérieusement à sa fortune, dont la médiocrité V'effrayait, il se fit recevoir avocat à Venise, en 1732; mais sa clientelle étant peu nombreuse, il employa son temps à faire des almanachs en vers et en prose, qui eurent beaucoup de succès. Une cause importante gagnée lui donnait la vogue, quand des intrigues amoureuses et un mariage manqué l’engagèrent à quitter Venise. Errant dans le nord de l’Italie pendant la guerre de 1733, pillé par des déserteurs, il trouva heureusement à Vérone des comédiens dont le chef était son ami, et qui représentèrent sa mauvaise tragédie de Bélisaire, que l’on voulut bien applaudir. Sa mère, tout en regrettant qu’il abandonnât le barreau, finit par approuver la carrière vers laquelleun penchant irrésistible semblait l’entraîner, et il ne s’appliqua plus qu’à travailler pour le théâtre. Ses relations intimes avec les comédiens le jetèrent dans un genre de vie assez dissipée, jusqu’à l’année 1736, qu’il épousa la fille d’un notaire de Gênes, avec laquelle il vécut dans une union parfaite, et dont la famille le fit nommer consul de Gênes à Venise, en 1739. Deux ans après, certains accidents le forcèrent à quitter cette place, et il voulut aller tenter la fortune ailleurs. Il parcourut avec sa femme le nord de l’Italie, désolé par la guerre, et se vit dépouiller de tout ce qu’il possédait par des hussards autrichiens; voulant demander au prince Lobkowicz, qui commandait l’armée impériale, la restitution de ses bagages, il est abandonné sur la route de Pesaro par son postillon : cheminant péniblement avec sa femme, la portant sur son dos à travers deux torrents, courant mille dangers dans un pays couvert de soldats ennemis, il arrive enfin à Rimini, où le prince fait un accueil plein de grâce à l’auteur de Bélisaire, du Cortesan, et d’antres comédies qu’il a souvent applaudies. On lui rend ses effets; on lui confie la direction du spectacle ; il gagne de l’argent et s’amuse, chose qui lui étaient également nécessaires.
En visitant Florence, il s’y fit pour amis Cocchi, Gori, Lami, et tout ce que cette ville comptait alors d'hommes célèbres : il en fut ainsi à Rome et dans toute l'Italie. En 1753 on le critiquait encore beaucoup, mais sa gloire était assurée, et sur tous les théâtres de l'Italie on représentait ses pièces, qui n'avaient pas moins de succès à la lecture qu’à la scène. Goldoni avait fait une étude particulière de Molière, et pour introduire dans son pays la comédie de caractère, il luttait courageusement contre ses compatriotes, qui préféraient les farces et les pièces à canevas, dont les acteurs improvisaient leurs rôles. Il était difficile de détrôner Pantalon, Arlequin, le Docteur : c'était attaquer Venise, Bergame, Bologne, dont ces masques semblaient les représentants : aussi Goldoni se fit-il beaucoup d’ennemis, à la tête desquels on doit placer le comte Gozzi, auteur comme lui, et qui dressa un théâtre rival du sien. Des comédiens italiens ayant joué à Paris l'Enfant d'Arlequin perdu et retrouvé, pièce à canevas, qu’il avait faite pour le célèbre mime Sacchi, les gentilshommes de la chambre lui proposèrent de venir en France pour deux ans. Il arriva dans ce pays, qu’il avait toujours désiré connaître, en 1761; il allait le quitter, à son grand regret, lorsqu'il fut nommé maître de langue italienne de Mesdames, filles de Louis XV. Pendant plusieurs années, ce poste ne lui valut qu'un logement au château de Versailles, et l'agrément d'être des voyages et d'assister aux fêtes et spectacles de la cour: on oubliait de payer des appointements à celui qui n’en demandait point. Enfin, Mesdames obtinrent pour lui une pension de 3,600 livres, qui, jointe à l'argent qu’il recevait d'italie pour les représentations et les impressions de ses pièces, suffit à lui procurer toute l’aisance que la modération de ses goûts lui faisait désirer, La sup-