‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 295 sur 552 · GOLDSMITH · texte numérisé non relu

GOLDSMITH

pression de cette pension en 1792 laissa Goldoni et sa feramne dans un état voisin de la misère : il tomba malade. Un rap: port de Joseph Chénier à la Convention fil rétablir la pension du vieil auteur en 1793, la veille même de sa mort, et on se borna à en accorder une de 1,200 francs à sa veuve, âgée de soixante-seize ans.

Goldoni, malgré la finesse et la vivacité de son esprit, avait le caractère le plus doux, le plus aimable; il était aussi probe que désintéressé, et, quoique fort sensible aux louanges, ne concevait aucune inimitié contre ceux qui le critiquaient. Dans ses comédies, il a poursuivi impitoyablement les vices et les travers ; il n’y en a pas une qui ne soit morale. Si la lecture de ses pièces était moins entraînante, on remarquerait que son langage n’est correct et élégant que lorsqu'il écrit dans le dialecte vénitien ; mais l'intérét est si vif, on prend tant de part à l’action, les personnages se sont tant emparés de l'imagination, que l’on ne s’arrête plus au style dans lequel ils s'expriment : leur sort, leur passion, voilà ce qui occupe. La modestie de Goldoni nuisit à sa célébrité. Bien qu'il soit l’auteur d’une comédie restée au Théâtre-Français, honneur singulier pour un étranger, sa réputation est de beaucoup au-dessous de son mérite; et le Bourrüu bienfaisant est loin de pouvoir donner une idée du charme, du piquant, de l'originalité avec lesquels il peint les mœurs et les hommes de toutes les classes de la société en Italie, à l’époque où il y vécut. Il a composé cent cinquante comédies au moins; les éditions de son théâtre sont sans nombre: ses Mémoires, écrits en 1787 ( Goldoni avait alors quatrevingtsans) sont aussi amusants que sincères.

C*° DE BRADI.

GOLDSCHMIDT (M”°). Voyez Lanp (Jenny).

GOLDSMITH (Ouvier), historien et romancier anglais, néle 10 novembre 1728, à Pallas ou Pallice, dans le comté de Longford (Irlande ), était fils d’unspauvre ministre de campagne qui, au moyen d’un fonds commun fait dans la famille, l’envoya en 1745 étudier la théologie à Dublin. Un soufflet qu’il reçut un jour de l’un de ses professeurs le détermina à quitter cette ville; mais la faim ne tarda pas à l'y ramener, et alors son frère le réconcilia avec son maitre, Après avoir ensuite rempli pendant un an l'emploi de précepteur, il s’était décidé à partir pour l'Amérique. Mais le capitaine mit à la voile sans l’attendre, et emportant avec lui la modeste valise qui contenait tout son bagage. Olivier Goldsmith dut donc s’en revenir auprès de sa pauvre mère, qui, à force de sacrifices et de privations, parvint encore à l'envoyer étudier la médécine à Édimbourg. Mais s'étant imprudemment porté caution pour un ami, il dut fuir de cette ville, et s’en alla alors à Leyde, où pendant une année il se livra à l'étude Ge la chimie et de l'anatomie. Il finit pourtant par y renoncer pour se faire voyageur, comme si ç'eut été là une carrière. I1 partit donc à pied le sac au dos, se remettant du reste à la Providencé. Du courage, sa voix, une flûle, tels étaient ses seuls trésors. Les airs qu’il jouait ou chantait lui valaient un gîte pour la nuit et du pain pour la journée, « Quand, au tomber du jour, dit-il, j'approchais des chaumières, je jouais un de mes airs les plus joyeux, et cela me procurait non-seulement un logement, mais encore ma nourriture pour le lendemain. » C’est surtout en France qu’il employait ces moyens ; ailleurs , il en mettait de plus difficiles en pratique. Dans toutes les universités étrangères et les couvents, on soutenait alors à certaines époques des thèses philosophiques contre les premiers venus qui voulaient les attaquer, et celui qui avait fait preuve d’habileté pouvait réclamer une gratification pécuniaire, un diner et un it pour une nuit. Goldsmith parcourut ainsi la Flandre, la France, l’Allemagneetla Suisse, où il composa une partie de son poëme The Traveller. À Genève, il devint le guide d’un jeune Anglais ; mais l’avarice extrème deson patron le décida à l’abandonner à Marseille. De là il se rendit à Padoue, où, diton, il se fit recevoir docteur en médecine. Revenu en Angleterre en 1756, la misère le réduisit à accepter dans une écote de Peckham les rudes fonctions de pion, qu'il échanges

plus tard contre celles de garçon apothicaire. Enfin, un de

ses anciens camarades de l’université d'Édimbourg l’en-

CPRFARER à aller s'établir comme médecin praticien à Lonres,

Les malades ne venant pas, Goldsmith mourait de faim, quand il lui arriva de faire la connaissance de Griffith, alors l'éditeur du Monthly Review, qui lui donna quelque travail; mais au bout de huit mois, croyant pouvoir désormais voler de ses propres ailes, il se brouilla avec lui. Après avoir publié son Enquiry into the present stale of taste and literature in Europe (Londrés, 1759), ilse livra désormais avec une ardeur extrême aux travaux de la vie littéraire, récoltant dans cette carrière beaucoup de gloire sans doute, mais fort peu d’argent. C’est ainsi qu’il donna, entre autres, ses Lettres Chinoises, qui parurent d’abord dans le Public Ledger, et qu’on réimprima ensuite sous letitre de The Citizen ofthe World (1762). Vers le même temps il termina son poëme The Traveller (Le Voyageur). Vinrent ensuite : Lelters on English history (1765); The Vicar of Wakefield (1766 ); sa première pièce de théâtre, The good natured man (1767); son poème, The deserted Village (1770) ; Roman History(1770); son History of England (1772); sa seconde pièce de théâtre, She stoops to conquer (1773); History of Greece (1773) ; enfin, d’après Buffon, son History of the earth and animated nature (6 vol., 1774), ouvrage demeuré inachevé. IL travaillait à un dictionnaire universel des arts et des sciences , lorsque la mort le surprit, le 4 avril 1774. nr

Après les étranges vicissitudes dont la vie de Goldsmith avait été semée, il ne faut pas s'étonner que ses poésies aient des couleurs locales si vives, qu’il décrive, par exemple, son Village abandonné avec une vérité si naïve et si touchante, et que dans son Voyageur (The Traveller) il deploie, avec les observations les plus fines , toutes les ressources de la plus poétique imagination. « Douce poésie, vierge charmante, s’écrie Olivier Goldsmith à la fin d’un de ses poëmes, trop pure pour un siècle dégénéré et corrompu, où tu ne trouves plus un cœur capable de battre à tes généreuses inspirations ; déesse aimable, trop négligée, trop décriée, orgueil de ma solitude , sonrce de tous mes plaisirs comme de tous mes maux, toi qui m’as laissé dans la pauvreté où tu m'as trouvé, adieu ! » Et en effet il dut lui en coûter de renoncer aux douces rêveries du poëte, pour se livrer au rude travail de l'écrivain condamné par son étoile à gagner avec sa plume son pain de chaque jour.

Ses œuvres dramatiques lui assurent un rang distingué dans le théâtreanglais. Son Vicaire de Wakefeld, que toute l’Europe a lu, relit encore, et lira toujours, et qui est devenu un livre classique, a fait sa réputation comme prosateur. En tenant compte de tous ses autres travaux, si nombreux el si divers, on comprend qu'il n’y a rien d’exagéré dans les éloges que les meilleurs critiques lui ont donnés. Jamais poëte depuis Pope n’a eu plus de correction et d'élégance. 11 possédait d’ailleurs ce qui manquait à Pope, un rare bonheur d'expression et des traits pleins de naturel ct de naïveté. Samuel Johnson a dit de lui : « Olivier Goldsmith, poëte, philosophe et historien, propre à tous les genres, sut orner tous les sujets : habile tantôt à nous faire rire et tantôt à nous faire pleurer, son génie exerçait sur les affections du cœur une douce tyrannie, et rien ne manquait à son expression, à la fois noble, pure et délicate. »

GOLDWASSER. Voyez EAu-DE-Vié DE DANTZIG.

GOLFE, Admettons avec la science moderne les divers âges de la terre, la formation lente de son écorce en stratifications successives sur un noyau inconnu : ne peut-on pas dire que dans le dernier cataclysme qui donna à notre globe sa forme actuelle, les eaux de la mer, oscillant dans un bassin fraîchement creusé, heurtant des rivages mal affermis, les déchirèrent en mille lieux et y creusèrent des détroits, des golles, des baies? Y eut-il alors vers le pôle arctiqué une crépitation extraordinaire, dont l’histoire est restée empreinte sur le lilloral, taillé et coupé en mille dentelures bizarres

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