‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 298 sur 552 · GONGORA Y ARGOTE — GONSALVE DE CORDOUE · texte numérisé non relu

GONGORA Y ARGOTE — GONSALVE DE CORDOUE

Louis XII, roi de France, pour conquérir et partager les États de son parent, qu'il feignait de prendre sous sa protection. Le pays de Naples n'était point un théâtre nouveau pour la valeur de Gonsalve de Cordoue. Déjà, en 1496, il avait aidé ce même Frédéric à balayer de son royaume toute cette armée française qui l'avait envahi si étourdiment sous la conduite de l'aventureux Charles VIII. Dans cette seconde guerre, Gonsalve poussa les hostilités avec vigueur et ne arda pas à se rendre maitre de Tarente, qu’il contraignit à capituler. Mais bientôt ses troupes manquèrent de tout; mécontentes, elles murmurèrent d’abord, puis se mutinèrent. La plupart des soldats se présentèrent à leur général, en ordre de bataille, réclamant à grands cris leur solde. Un des plus hardis poussa l'audace jusqu’à menacer Gonsalve de sa hallebarde, Celui-ci, sans s'émouvoir, saisit le bras du soldat, et, d'un air riant : « Prends garde, camarade, lui dit-il, de te blesser en badinant avec cette arme. » Dans cette mutinerie, un capitaine porta l’outrage encore zius loin : Gonsalve lui témoignant son regret de ne pouvoir procurer à l’armée les choses dont elle avait besoin, il osa lm répliquer : « Eh bien, si tu manques d’argent, livre ta fille, tu auras de quoi nous payer, » Ces paroles insolentes avaient été proférées au milieu des clameurs de la sédition : Gonsalve feignit de ne les avoir pas entendues; mais la nuit suivante il donna l’ordre de mettre à mort celui qui avait si gravement enfreint la discipline, et fit attacher son cadavre à une fenêtre, ou tuute l'armée le vit exposé le lendemain.

Cependant, l’alliance des Français et des Espagnols avait été rompue. Ferdinand venait de s'entendre avec le pape Alexandre VI pour enlever à Leuis XII sa part du royaume de Naples. Gonsalve reçut des instructions à cet égard, et se mit en devoir d’agir en conséquente, Il lui fallait tromper les Français avant de les vaincre. Sa situation exigeait de l'adresse et de la ruse. Le duc de Nemours, commandant de l’armée française, l'appelle vainement en duel; Gonsalve ne lui repoud qu’en battant plusieurs fois ses troupes, surtout à Cerignola, dans la Pouille, où Nemours périt avec quatre mille des siens. Après cette bataille, qui, dit-on, ne lui coûta que neuf soldats, tant était avantageuse la position qu’il avait choisie, le général espagnol s'empare de Naples sans coup férir, emporte les châteaux forts l'épée à la main ; et toates les richesses qu’on y avait amassées deviennent la proie du vainqueur. Quelques soldats se plaignant de n’avoir pas assez de butin : « Je veux bien réparer votre mauvaise fortune, leur dit Gonsalve ; allez dans mon logis, je vous abandonne toui ce que vous y trouverez. » Cependant, une nouvelle armée, arrivée de France, menaçait d'écraser les Espagnols. Malgré l’infériorilé numérique de ses troupes, Gonsalve se retranche à la vue de l'ennemi. Plusieurs officiers espagnols trouvant quelque témérité dans Ja conduite de leur chef, il leur adresse cette réponse héroïque : « J'aime mieux trouver mon tombeau en gagnant un pied de terre sur l’ennemi que prolonger ma vie de cent années en reculant d’un pas. » Cette résolution hardie fut couronnée de succès : Gonsalve, à l’aide d’habiles manœuvres, battit les Français en détail, et dissipa entièrement leur armée; il assura enfin à l'Espagne la possession du royaume de Naples, dont il fut nommé connétable. Mais la gloire et le pouvoir qu’il venait d'acquérir excitèrent bientôt l'envie. Ses ennemis l’accusèrent de vouloir se constituer souverain du royaume qu'il avait conquis. Ferdinand, prince ingrat, feignit d'ajouter foi à ces rumeurs ; il se rendit à Naples, et ordonna à Gonsalve de quitter ce beau pays, dont sa valeur avait enrichi la couronne d’Espagne, De retour dans sa patrie, Gonsalve se retira à Grenade, où il mourut, le 2 décembre 1515, à l'âge de soixante-deux ans, Il était duc de Terra-Nueva et prince de Venosa.

Tous les historiens qui ont parlé des guerres de Naples s'accordent à faire un brillant éloge de Gonsaive. On le place au-dessus de tous les généraux de son siècle ; il y a unanimité sur sa rare prudence, sur son coup d'œil, sur son courage à toute épreuve, Ce surnom de grand capitaine, aveo

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