GORÉE —- GORGON
GORÉE, établissement français de l'Afrique orientale, Sur la côte de la Sénégambie, à 167 kilomètres au sud-ouest de Saint-Louis. 11 s'élève dans un îlot séparé de la presqu'ile du Cap Vert par un canal de trois kilomètres, et dont il n’occupe guère que les deux tiers. Un rocher peu élevé couvre le reste de sa surface et le domine au sud, C’est une petite ville où l’on comptait en 1870, 2,900 habitants, dont 150 Européens; la population de l'ile entière est estimée à 46,000 âmes. La ville ne renferme d’autres édifices que l'hôtel du gouvernement, une église et une caserne. Il y a aussi un petit chantier de construction. Les rues sont droites, mais peu larges, d’ailleurs toujours d’une grande propreté. Les seuls lieux de distraction qu'offre Gorée sont le jardin artificiel du gouvernement et le débarcadère.
Gorée est lentrepôt d'un commerce important d’or et d'ivoire avee les indigènes des contrées environnantes, qui la nomment Bir. Le nom qu’elle porte est une altération de celui de Goeree ( Gourée, île de la Hollande méridionale), qui lui fut donné par les Hollandais lorsqu'ils l’occupèrent au commencement du dix-septième siècle. En 1667, elle leur fut enlevée par l’escadre de l’amiral d’Estrées, et la possession en fut confirmée à la France par le traité de Nimègue. Les fortifications qu’on y a élevées en ont fait le point principal de nos possessions dans ces régions:
Aux termes d’un décret impérial du 1° novembre 1854, le commandement et l'administration de Gorée etdes établissements français au sud de cette île sont confiés à un commandaat résidant à Gorée et placé sous les ordres du commandant de la division navale des côtes occidentales d’Afrique. Un sous-commissaire de la marine et le magistrat chargé du mimstère public dirigent le service administratif et ju-
diciaire. Ces autorités, avecun contrôleur colonial, l’officier le. plus élevé en grade de la garnison et deux habitants, com-
posent un conseil d’administration, qui est consulté dans les affaires déterminées par le règlement et qui statue conrme conseil de contentieux administratif. Dans ce dernier cas le commandant y adjoint un magistrat.
GORGE. Ce mot sert à désigner vulgairement et tout à la fois la partie antérieure du cou, ainsi que l’arrière-bouche. Dans son acception scientifique, il dénomme seulement la cavité formée par lepharynx. Ainsi compris, le mot gorge est synonyme de gosier. La destination de la gorge chez l’homme est des plus importantes. Cette cavité admet d’abord l'air nécessaire pour la respiration, et concourt pour beaucoup à la vocalisation ; ensuite, elle livre passage aux substances alimentaires et aux boissons qui servent à la nutrition : devant remplir des fonctions aussi variées, elle a une organisation très-complexe et douée d’un haut degré d’irritabilité. Ce sont des causes qui la disposent à plusieurs maladies. Ainsi, elle est souvent lésée par l'air que nous aspirons, qui peut l'irriter par une température excessive, soit en chaud, soit en froid, eten outre être chargé de principes corrosifs. Elle peut l'être aussi mécaniquement et chimiquement par les substances alimentaires solides et liquides dont nous faisons usage : aussi les inflammations de cette partie sont-elles communes et donnent-elles lieu à des ulcérations, des abcès et diverses affections chroniques. Mais ce n’est pas seulement en raison de son organisation et de sa sensibilité exquise que la gorge est souvent affectée, elle l’est encore par ses nombreuses sympathies avec différents viscères : c'est souvent sur ce lieu que 1es affections de l’œsophage se manifestent. Voisine de l’orifice supérieur de l'estomac, elle reflète souvent le mode de l’irritabilité dépravée de ce principai organe de la diges: lion. Cette mème cavité est aussi le siége de la sensation pénible que cause la soif, quand elle est extrême, comme dans plusieurs maladies. Souvent aussi ses fonctions sont per-. verties ou abolies par les affections de l’estomac, du cerveau, et du rachis. La dysphagie ou difficulté d’avaler est un exemple assez commun. Il suffit de considérer le changement qui s'opère dans la voix à l’époque de la puberté pour concevoir quel lien sympathique unit cette partie avec
DICT, DE LA CONVERS, == T, X4
les organes sexuels. C’est encore sur Ja gorge que vient s’allumer l’ardeur qui dévore dans lhydrophobie. Certains poisons admis dans l'estomac y déterminent tout de suite pour effet principal une constriction extrême dans la gorge. Il en est de même de divers miasmes, celui de la petite vérole, par exemple, et surtout celui de la scarlatine.
Le mot gorge est aussi employé pour désigner le sein, et surtout celui des femmes.
En parlant des animaux, le mot gorge a souvent Ja même acception que chez l'homme : il indique Parrièrebouche. Cependant, pour les oiseaux, il désigne souvent la partie autour du cou, d’où sont nés différents noms spécifiques, tels que ceux de rouge-gorge, de gorgeblanche (fauvette grisette et mésange nonette), de gorge- Jaune (le figuier trichas), de gorge-nue (une espèce de perdrix ).
Les botanistes emploient aussi le mot gorge pour signaler l’ouverture d’une corolle tubulée ou d’un calice ayant la même forme, etc.
En termes de fortification, la gorge d’un bastion ou d’une demi-lune est l'entrée du côté de la place. Les gorges des Pyrénées, des Alpes, sont des passages entre deux de ces montagnes. Cette dénomination est encore employée au figuré dans diverses locutions, comme rendre gorge, dégorger. On dit aussi se gorger, pour indiquer une intempérance dans l'acte de manger et de boire, ou une accumulation d’or ou d’autres richesses. Prendre à la gorge signifie une action violente exercée envers quelqu'un; se couper la gorge est synonyme de se battre en duel ou de se suicider; rire à gorge déployée, c’est donner, quand on rit, au pharynx toute la latitude possible; faire des gorges chaudes. c’est s’irriter, par conséquent s’échauffer le pharynx à force de parler de quelqu'un pour s’en moquer.