GOTHA — GOTHIQUE
dans le dixième. La chapelle royale bâtie par les rois nors mands dans la capitale de la Sicile, et qui date de la première moitié du douzième, nous la montre encore; de là à son apparition dans le Nord, il n’y a qu’un pas; seulement elle n’y arrive pas tout à coup : elle y fut natur2lisée peu à peu par les dessins des étoffes, les récits des voyageurs, et les voyages des artistes. L'architecture romaine régna longtemps concurremment avec ce nouveau style, et ce ne fut que vers la fin du douzième siècle que l’ogive remplaça partout le plein cintre. Depuis lors elle régna presque sans partage en France jusqu’au seizième siècle, Pendant cette période, l’art ogival subit diverses modifications et passa par plusieurs états successifs qu’il importe de classer, Nous adoptons avec M. de Caumont les classifications suivantes : la première époque sera appelée primitive : elle comprendra le trezième siècle; la deuxième, secondaire (quatorzième siècle); la troisième, {ernaire (quinzième); la quatrième, qua ternaire (première moitié du seizième). -
Le beau temps de l’époque primitive ne date guère que de la deuxième moitié du treizième siècle. Pendant la première moitié de ce siècle et la dernière du précédent, l’architecture nouvelle est encore empreinte d’une physionomie qui rappelle le style romain. Voici les principaux caractères de l’art ogival primitif : le chœur des églises devient plus long que dans les siècles précédents, les collatéraux règnent jusqu’autour du sanctuaire, ils sont bordés de chapelles ; quelquefois même la chapelle terminale, placée derrière le rond-point du chœur, est plus grande que les autres. Cet usage n’est général que dans les églises du quatozième siècle. Au treizième, on ne garnit pas de chapelles les bas-côtés de la nef. Beaucoup d’églises de cette époque sont aussi sans absides, et terminées par une muraille plate, percée de deux ou trois fenêtres ; d’autres ont des absides anguleuses ou à pans coupés; un trait hardi du nouveau style est de projeter en l’air des arcs-boutants qui s'appuient d’un côté sur les contre-forts des collatéraux, et de l’autre vont soutenir les murs du grand comble. On les couronna de clochetons tantôt carrés, tantôt octogones; quelquefois d’un fronton aigu où d’un toit à double égout, Sur les pieds-droits on pratique des niches dans lesquelles on place des statues. Les fenêtres sont étroites et allongées ; elles ressemblent à un fer de lance; c’est pour cela que les antiquaires anglais leur ont donné le nom de Zancettes. Leurs proportions et leurs ornements sont très-variables : les unes sont couronnées d’un simple cordon, les autres offrent des voussures cannelées, soutenues par des colonnes appliquées sur les parois des ouvertures. Dans les édifices peu élevés, elles sont isolées; dans les monuments plus considérables on les trouve réunies deux à deux et encadrées dans une arcade principale. Entre les sommités des fenêtres et cette arcade principale reste un espace dans lequel on a pratiqué une rosace. Les portes ont leurs tympans et leurs voussures enrichis d’une quantité considérable d’ornements et de figurines ; les parois latérales sont décorées de colonnes et de statues de plus grandes proportions. Les portes se présentent ordinairement au nombre de trois au milieu des façades des églises importantes. Quelques portails sont précédés d’un porche plus ou moins saillant.
C'est surtout la construction des voûtes et des tours qui excite l'admiration et révèle une grande habileté. Il y a des voûtes qui n’ont que 0,"16 de hauteur et qui sont jetées d'un mur à l'autre à plus de 32 mètres d’élévation; les tours sont percées de fenêtres longues et étroites , et assez souvent couronnées par des flèches octogones. Les espaces triangulaires qui existent entre les quatre angles de la tour et la base de la pyramide octogone sont remplis par quatre clochetons, et les quatre pans de l’octogone qui correspondent aux quatre faces de la tour sont percés de fenêtres ou de lucarnes, Beaucoup de tours ne sont pas terminées , et s'arrêtent là où eût dû commencer la pyramide octogone; on on voit des exemples, notamment à Paris et à Reïms. De même qu'au onzième siècle, les tours sont placées à droite et à gauche du porluil