‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 307 sur 552 · GOTHIQUE — GOTHS · texte numérisé non relu

GOTHIQUE — GOTHS

de l’ouest; une autre tour moins haute s’élève sur les piliers des arcades qui occupent le centre des transepls; ceux du nord et du midi sont aussi quelquefois flanqués chacun de deux tours carrées , qui sont presque toujours demeurées imparfaites.

Les ornements le plus souvent employés à la décoration des édifices du treizième siècle sont : les trêfles, les quatre feuilles, les violettes, les fleurons, les rosaces, les feuilles entablées, les guirlandes de feuillage, les crochets, les arcades simulées, les pinacles, les dais, les bas-reliefs, les colonnes et les pilastres, Ces ornements sont les mêmes que ceux des siècles suivants; mais avec quelque modification dans leur forme. Parmi les plus beaux édifices dus aux archilectes du treizième siècle, nous citerons les principales églises de Chartres, Reims, Paris (Notre-Dame), Rouen,Amiens, Sens,Dijon, Strasbourg. Le système ogival était arrivé à son apogée, il s'était mis admirablement en harmonie avec le spiritualisme chrétien, dont il était l'interprète. Les temples antiques avaient résumé le paganisme ; les églises gothiques complétèrent la révolution qui s’opéra dans les esprits par le catholicisme. Les trois époques qui suivirent le treizième siècle ne changèrent pas le caractère de l’art; mais elles lui firent subir des modifications assez importantes pour que le classement en soit nécessaire.

Pendant l’époque du style secondaire, un changement remarquable s'établit dans la forme des églises : on ajouta un rang de chapelles à chacun des bas-côtés de la nef, la chapelle terminale du rond-point fut partout agrandie; des aiguilles garnies de crochets furent substituées aux clochetons qui couronnaient les contre-forts, Les sculptures acquirent plus de hardiesse, mais perdirent de leur grâce en devenant trop maigres ; les ciselures furent moins profondément fouillées ; les fenêtres devinrent plus larges, et furent divisées par plusieurs colonnettes; les rosaces eurent un plus grand diamètre; les toits pyramidaux des tours furent percés de trous découpés en trèfles; il n’y eut pas d’autres changements essentiels dans larchitecture.

Le quinzième siècle continua cette décadence. Les églises sont moins grandes, elles sont décorées avec profusion de pinacles, de figures pyramidales, de découpures de feuillages, de crochets. Au reste, le temps des grandes constructions était passé ; ce fut celui desraccommodages et des restaurations. Toutefois, le style ternaire offre de grandes beautés, et il a élevé quelques monuments qui se distinguent par la richesse et l’élégeance.

Pendant la quatrième époque de l’art, ce qui n’était qu’accidentel devint un système. On se mit à surcharger les édifices de ciselures, et à substituer aux colonnes et aux entablements un nombre considérable de nervures et de filets. On couvrit les voûtes de culs-de-lampe, quelquefois très-volumineux, et qui retracent l’image des stalactites dont la nature tapisse certaines grottes. Les arcades, au lieu de s'élever comme dans le style primitif, s’inclinaient vers la terre. Cette dépression se montre aussi à l'extérieur des voûtes ; au lieu de tours élancées en forme de flèche, on trouve assez souvent des pyramides tronquées , carrées ou octogones , et parfois des coupoles hémisphériques. On trouve dans quelques Églises de cette époque, sur les angles de la tour qui supporte la pyramide, des obélisques ou clochetons qui se rattachent au corps du clocher par des arcs-boutants d’une extrème légèreté, Voici le nom de quelques monuments du quinzième siècle et de la première moitié du seizième qui réunissent ces divers caractères : à Rouen, le portail de l’ouest de Saint-Ouen, le grand portail et la tour de beurre de la cathédrale ; la flèche de Caudebec, Notre-Dame de Brou, et la principale église d’Argentan.

Le style ogival avait parcouru les diverses périodes de progrès ct de décadence ; une nouvelle révolution allait $’opérer dans l'architecture, le plein cintre devait bientôt être repris; la renaissance commença. A. pe BEAUFORT.

GOTHIQUE (Écriture). L'écriture gothique à été imifée des caractères employés dans le beau manuscrit in-4°

contenant les quatre Evangiles traduits en langue gothique par l’évêque Ulfilas. Ce manuscrit date du sixième siècle de notre ère. Ce qu’on appelle aujourd’hui, dans l’écriture et la typographie, Lettres gothiques n'est qu'un assemblage bizarre de lettres carrées et anguleuses, assez semblables aux caractères allemands.

GOTHIQUE (Langue). Tout ce que nous savons de la langue que parlaient les Goths n’a guère d’autres bases que la traduction de la Bible par U Lfilas en langue gothique. On possède cependant encore quelques fragments d’une traduction de l'Évangile de Saint-Jean ( publiée par Mallmann ; Munich, 1834), d’un calendrier gothique, et quelques titres et suscriptions de documents. Ces débris sont les plus anciens monuments écrits qui existent d’un dialecte germain dont les qualités distinctives sont une grande énergie, une richesse de racines immense, une remarquable pureté d’intonations, une diversité extrême de tournures et d’idiotismes, enfin la facilité avec laquelle il se prête à des combinaisons de mots. Les règles générales de la langue gothique ont été exposées par Grimm dans sa Deutscher Grammalik ; et Gabelenz et Læbe ont ajouté à leur édition d’Ulfilas un glossaire des mots d’origine gothique qui existent encore dans la langue allemande.

GOTHLAND ou GŒTHALAND, appelée aussi Gothie, située entre la Norvège, la Suède proprement dite, la Bal tique et le Kattégat, est la plus peuplée des trois grandes divisions territoriales qui forment aujourd’hui le royaume de Suède, et compte, en 1870, 2,560,678 habitants sur un territoire d'environ 1,400 myriamètres carrés. Elle se compose des provinces d’Ostrogothie (Oségothland) et de Smoland, qui, avec les îles d'Œland et de Gottland, forment l’Ostrogothie proprement dite, de Blekingen, de Scanie et de Halland (Gofhie méridionale), de Gothenbourg et de Dalsland ( Westrogothie), dont ia plupant sont montagneuses, arrosées par de nombreux cours d’eau, riches en forêts, fertiles et bien cultivées, notamment l’Ostrogothie et la Scanie. Les principales villes sont Norrkjæping, Calmar, Borgholm, Wisby,Gothenbourg, Karlstadt, Malmæ et Karlskrone.

GOTHS. Au voisinage des Germains orientaux, dans les contrées désignées aujourd’hui sous les noms de Transylvanie, deMoldavieetdeValachie, habitaient, au rapport des écrivains grecs et romains du premier siècle de notre ère, les Daces et les Goths, tribus issues d’une souche commune et appartenant à une seule et même nationalité, désignée de préférence par les Grecs sous la première de ces dénominations, et par les Romains sous la seconde. Quoique dans les documents datant des deux premiers siècles, les Gètes soient toujours présentés comme une peuplade thrace, ils n’en furent pas moins les ancêtres immédiats des Goths, dont le nom remplaça plus tard presque complétement le leur. Grimm a démontré l'identité de forme des noms Gè/es et Golhs. Les poëtes et les historiens du quatrième siècle et des siècles suivants emploient indifféremment ces deux noms pour désigner une seule et même nation. Hérodote assigne pour demeure aux Gètes larive droite du Danube, dans la Thrace proprement dite; c’est là que les rencontra, en l'an 513 avant J.-C., Darius, dans son expédition contre les Scythes. Environ cent ans plus tard, ils habitaient encore aux mêmes lieux, entre le mont Hæmus et l’Ister; dans la suite des temps, par exemple, à l’époque d'Alexandre, devenus plus puissants, ils se répandirent plus au nord, sur la rive gauche du Danube, jusqu’au Tyros. En lan 292 avant J.-C., Lysimaque fut complétement mis en déroute par leur roi Dromichætès. Environ cinquante ans avant J.-C., toutes les villes situées sur la rive gauche du Pont, depuis Olbia jusqu’à Apollonia, furent prises et dévastées par leur roi Boroistès. Au temps de Tacite, leur domination dans ces contrées était encore entière; tandis que les Daces, si rapprochés d’eux par leur origine, continuaient sous leur roi Décebale à étendre toujours plus à Pouest leur domination, arrivée alors à son apogée. Trajan,

il est vrai, avait soumis la Dacie ; mais il avait si peu ébranlé la puissance des Gètes, que lors de la décadence de Pempire romain on les vit reparaître régénérés dans les mêmes contrées ; et bientôt, sous le nom de Gofhs, ils remplirent le monde du bruit de leurs exploits.

Ce fut en l'an 237 de notre ère qu'ils envahirent pour la première fois le territoire de l'Empire Romain; et ils avaient déjà dévasté toute la Thrace, lorsqu’en l'an 251 l’empereur Décius mourut en Mésie, dans l'expédition qu'il entreprit contre eux; et son successeur Gallus fut réduit à leur acheter la paix. Mais déjà sous V alérie n (247 à 260) ils commencèrent leurs expéditions maritimes, auxquelles s’associèrent d’autres peuplades d’origine soit sarmate, comme les Boranes, soit germaine, comme les Hérules.

Ils dévastèrent alors, sur la côte septentrionale de l’Asie,

Mineure, Pityus et Trébizonde ; dans une seconde campagne, ils firent éprouver le même sort à Chalcédoine, à Nicomédie, et à Nicée, sur le Bosphore et sur la Propontide. Sous Ga llien ils parurent dans l’Archipel avec 1,000 vaisseaux, pillèlèrent Athènes, Corinthe, Argos, Sparte, et ravagèrent toutes les contrées environnantes. En l’an 269 ils revinrent encore plus nombreux, poussèrent jusqu’à l’île de Rhodes et à l’ile de Crète, puis infestèrent la Macédoine et Ja Thrace, jusqu’à ce que l’empereur Claude II les vainquit à Naissus, dans la haute Mésie. Aurélien les rejeta de l’autre côté du Danube, mais leur abandonna la Dacie. Depuis lors ils renoncèrent à leurs expéditions maritimes; et ce ne fut qu'en l'an 321 qu’ils s’aventurèrent à franchir de nouveau le Danube, qui les séparait des Romains. L'empereur Co nstantin les rejeta encore une fois de l’autre côté de ce fleuve ; et il tira vengeance de l’appui qu’ils avaient prêté contre lui à Licinius, en entreprenant une expédition sur leur propre territoire. Il conclut pourtant la paix avec eux, comme fit plus tard aussi, en l'an 369, V alens, qui deux ans auparavant avait porté la guerre chez eux pour les punir d’avoir secouru Procope, son concurrent à l'empire. C’est vers ce temps-là que le christianisme, représenté par l’arianisme, pénétra parmi eux, après avoir d’abord jeté d’assez profondes racines parmi les peuplades germaines. Vers l’an 370, l'évêque Ulfilas traduisit la Bible dans leur langue, dont le premier il fit une langue écrite; et par ce travail il contribua plus que personne à la propagation du christianisme parmi ses compatriotes, de même qu’à leur moralisation et à leur instruction.

A partir de cette époque, deux grandes divisions s’établissent dans le peuple goth : à la première appartiennent les Terwinges, ou Goths de l’ouest ( Westgothen, Visigoths), avec la tribu des Thaifales, qui plus tard les suivit aussi en Gaule, répandus depuis le Danube jusqu'aux monts Carpathes et au Duiestr, dans la partie orientale de la Hongrie, la Transylvanie, la Valachie, la Moldavie et la Bessarabie ; à la seconde, les Greutunges, ou Goths de l’est (Ostgothen, Ostrogoths), répandus dans la Russie méridionale, entre le Dniestr et le Don. Le roi de ces derniers, EnmanricH, dela race royale des Amales, régnait sur l’une et l’autre de ces divisions de la nation; et d'autres peuples encore, habitant fort loin dans l’intérieur de la Russie, reconnaissaient également son autorité, quand en l’an 375 de notre ère la formidable invasion des Hu ns vint se heurter à son royaume et le briser en morceaux, Ermanrich, âgé de cent-dix ans, se donna la mort. Son successeur, Wiraimim, mourut les armes à la main. Alors les Visigoths, refoulés par leurs compatriotes orientaux, émigrèrent : une partie, aux ordres d’Athanarich, pour se réfugier dans les montagnes ; une autre partie, forte de 20,000 hommes en état de porter les armes, sans compter les femmes et les enfants, sous les ordres de Friedigern et d'Alaviv, franchit le Danube, et se dirigea vers la Mésie inférieure, en suppliant l'empereur Valens de leur accorder des terres à culliver. La manière cruelle et insultante dont les commandants romains, Lupicinus et Maximus, procédèrent à leur colonisation, les poussa à la révolte; des bandes de Goths, à la solde des Romains,

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