GOUTTE — GOUVERNANCE
comme ans la goutte, s'accompagne de souffrances trèsvives. Pourquoi s'étonnerait-on de cette union mixte? Les causes extérieures du rhumatisme doivent, en agissant sur les sujets prédisposés à la goutte, provoquer une forme particulière du rhumatisme.
Si l’on cherche à pénétrer la nature de la goutte ou mieux de la diathèse goutteuse, on reconnaît que sa cause réside d’une part dans une nourriture surabondante, trop animalisée, etd’autre part dans l’oisiveté, par suite dans une déperdition insuffisante. Le sang puise dans les aliments trop succulents, trop azotés, un excès durée ou d'acide urique; et si lesreins, qui ont pour fonction de recueillir et d'éliminer Purée ou Pacide urique provenant de la décomposition de nos tissus et aussi des aliments introduits dans l’économie (Dumas), si les reins, dis-je, sont insuffisants pour cette élimination, l’acide crique en excès donne lieu à la gravelle et à la diathèse goutteuse. La fatigue et le travailactivent la circulation, la respiration, et secondairement la proportion de l’urée dans urine. Ainsi s'explique la rareté de la goutte dans la classe pauvre, habituée aussi à des excès d'aliments, mais en même temps à des travaux pénibles et peu interrompus. Cette explication théorique par la disproportion entre la dépense et la recette alimentaire n’est sans doute pas irréprochable, mais elle s'accorde avec les faits et certainement met sur la voie d’un traitement préservatif et même curatif rationnel. Elle ne répond pas, il est vrai, à cette vaine recherche d’une formule unique ou d’un spécifique contre une maladie qui n’en comporte point; mais, de tout temps on l'a reconnu, c’est à l'hygiène et à la diététique qu'il faut recourir pour modifier la diathèse goutteuse, Lucien fait dire à la goutte qu’elle n’obéit point aux pharmaciens, et le fabuliste, complétant cette pensée, ajoute :
Goutte bien tracassée
Est, dit-on, à demi pansée.
Les conseils à donner pour combattre la diathèse goutteuse doivent tendre en effet à prévenir la réplétion gastrique en diminuant la quantité des aliments azotés et des boissons alcooliques, ensuite à entretenir la liberté du ventre età acliver les sécrétions urinaires et cutanées; enfin, à prescrire un exercice journalier ef une vie active. Tissot et Cullen ont peut-être exagéré les bons effets de la diète lactée et végétale, mais la convenance de ce régime n’est pas douteuse,
La goutte aiguë est-elle annoncée par quelques signes, le repos, un régime doux, des boissons délayantes, nitrées ou alcalines, laxatives, seront prescrits. Des organes importants à la vie sont-ils menacés, on facilitera invasion sur les articulations par des cataplasmes un peu excilants. La douleur est-elle fixée, on se contente, si elle est modérée, dé prescrire des cataplasmes émollients, la flanelle recouverte de taffetas gommé, enfin quelques antispasmodiques. On a recours aux émissions sanguines, s’il y à une inflammation un peu vive. Peut-on sans imprudence essayer au début des méthodes perturbatrices, du froid, d’une forte chaleur, des quarante-huit verrées d’eau chaude conscillées par Cadet de Vaux, pratiquer une large saignée, etc.? S'il est permis d’espérer ainsi un trouble favorable, on n’est pas, d’un autre côté, assuré de ne point exposer le malade à de fâcheux accidents.
Plus les attaques se répètent, et moins le traitement devra être affaiblissant. Parfois même il sera bon de recourir à quelques toniques, au gaïac, à la squine, au bois de Surinam Où à la poudre du duc de Portland, surtout si avec un appareil digestif sain il y a faiblesse et langueur. C’est particulièrement dans Ja goutte atonique qu'il faut éviter le froid. Les tumeurs, nodus, concrétions tophacées réclament quelques SOINS particuliers pour en faciliter la résolution ou même la sortie dans quelques cas d’ulcérations, ete.
Les eaux alcalines, celles de Vichy, par exemple ont obtenu des succès avérés; mais une grande prudence doit être apportée dans leur emploi, si l'on ne veut exposer le malade à des congestions inflammatoires et hémorrhagiques. Du reste,
DIiCT, DE LA CONVERS, — T, x
sous l'influence des eaux, les articulations s’assouplissent et se fortifient, le gonflement diminue et les douleurs disparaissent dans le plus grand nombre des cas. Passeronsnous en revue l'interminable liste des spécifiques vantés contre la goutte? Ce serait temps perdu, car chague jour en voit naître de nouveaux, aussi impuissants que les anciens, et la crédulité publique ne s’en lasse point : l'intensité insupportable des douleurs l'explique suffisamment. Mieux vaut, en terminant, répéter le conseil le plus utile aux goutteux : la sobriété et la frugalité, jointes à un exercice suflisant sont les meilleurs préservatifs de la goutte. On parviendra ainsi à éloigner et à modérer les accès ; à bien plus forte raison à écarter un danger, beaucoup moindre il est vrai, que ne le feraient supposer la violence des douleurs et la gravitéapparente desattaques : tous les bons observateurs sont d'accord en ce point. D' Auguste GouriL.
GOUTTE ROSE ou COUPEROSE. Voyez DARTRE.
GOUTTE SCIATIQUE. Ce nom vague a été donne à une maladie qui a son siége dans le nerf sciatique et aussi à la douleur arthritique de larticulation iléo-fémorale. Elle devrait être bannie du langage comme vicieuse ( voyez Né- VRALGIE ).
GOUTTE SEREINE (gutta serena), nom que l’on donnait autrefois àl'amaurose, et qui lui vient de ce que dans cefte affection le fond de l'œil paraît diaphane.
GOUTTES NOIRES. Voyez BLack-Drops.
GOUTTIÈRE. On appelle ainsi, en termes d’architecture, un canal de plomb ou de bois destiné à déverser dans une rue ou dans une cour les eaux du chéneau d’un comble. Dans les bâtiments gothiques, on leur donne la forme de chimères, de harpies et d’autres animaux fabuleux , et elles prennent alors plus particulièrement le nom de gargoui.les. Les ordonnances de la police moderne ont proscrit dans les grandes villes l'emploi de cet ornement architecturai ; elles exigent aujourd’hui, à Paris notamment,
| que l’eau pluviale soit, à sa descente des combles, reçue
dans des gouttières en zinc ou en fer-blanc, et conduite dans la rue par un conduit métallique appendu le long de l'édifice, de sorte qu’elle ne jaillisse pas sur les passants.
GOUVERNAIL, pièce de bois attachée à l'arrière d’un navire ou d’un bateau, et qui, tournant sur des gonds, s'oppose à l’action de l’eau, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et imprime au bâtiment la direetion convenable. La barre du gouvernail est une longue pièce de bois horizontale qui le fait mouvoir. Dans l'usage ordinaire, gouvernail se dit des deux pièces de bois réunies, tant de celle qui est en dehors du navire et qui descend dans Peau, que de la barre ou timon qui le fait mouvoir, et qui est dans l’intérieur. Le gouvernail primitif, fort peu semblable au nôtre, était placé de côté à l'arrière du navire; il consistait en une pelle large et courte, en forme d’aviron, manié par le timonnier. Dès le treizième siècle, le gouvernail s’attachait, comme aujourd’hui, juste à l'arrière du bâtiment. Au quinzième siècle cependant, on s’aide encore du gouvernaii de côté. Dans les grands navires, la barre du gouvernail, ne pouvant être dirigée à la main, est manœuvrée à l’aide de palans, ou d’une corde très-solide, souvent en cuir tressé, qu’on nomane la drosse du gouvernail, laquelle s’enroule sur le tambour d’une roue qui est maniée par les timonniers et se trouve placée sur le pont du bâtiment. Perdre son gouvernail est un si grand malheur en pleine mer, que ies efforts de beaucoup d'officiers distingués tendent depuis longtemps à imaginer un gouvernail de fortune qui puisse se fabriquer à bord avec les ressources que le navire présente et s'appliquer immédiatement au bâtiment désemparé.
En numismatique, un gouvernail posé sur un globe ac. compagné de faisceaux marque la puissance souveraine,
Ce mot s'emploie figurément pour exprimer le gouvernement de l'État. Charles Du Rozomm,
GOUVERNANCE, mot conservé par l’Académie , désignait autrefois une juridiction établie dans certaines villes de Flandre et des Pays-Bas, et à la tête de laquelle était le
gouverneur. Selon l’édit de Louis XIV, de mars 1693, la gouvernance de Lille était composée, outre le gouverneur, d’un lieutenant général, civil et criminel , d’un lieutenant particulier, de six conseillers , d’un avocat et d’un procureur du roi.
GOUVERNANTE. On donne ce titre à l'épouse de l'homme qui porte celui de gouverneur, et auquel le soin d’une province a été confié. Une femme peut être gouvernante de son chef : Marie-Christine, archiduchesse d’Autriche, était gouvernante des Pays-Bas lorsqu’en 1793 elle vint mettre le siége devant Lille en Flandre.
On donne à ce nom une extension considérable, puisqu’il désigne les femmes chargées d'élever des enfants : la femme à qui l’on confie dès sa naissance un enfant au maillot, et celle qui dirige l'éducation de la jeune personne qui va se marier, sont toutes deux appelées gouvernantes, bien que, l’une soignant le corps, l’autre l'intelligence, la même désignation ne devrait point leur convenir. Mais arrêtons-nous à ce que l’on entend par gouvernantes le plus communément. C'était avant 1789 une personne d’une conduite régulière, qui menait à l’église, à la promenade, en visite chez des amies de son âge, la jeune personne auprès de laquelle on l'avait placée; elle assistait à ses leçons, lui recommandait de les étudier, et ne quittait sa chambre ni le jour ni la nuit. Des principes religieux, de la patience, de la fermeté, mais une vigilance attentive suffisaient. Aussi Mwe de Genlis dit-elle que l’on faisait souvent des gouvernantes avec les femmes de chambre dont l’âge avait roidi les jambes et vieilli le goût. Les gouvernantes mangeaient dans leur chambre, où elles commandaient au laquais et à la femme de chambre de leur demoiselle; on ne les voyait guère dans le salon, où peu de personnes étaient polies pour elles; et ce n’était que l'été, quand on menait la vie de château, qu’elles faisaient partie de la société,
Si l’état de gouvernante est plus honoré aujourd’hui, il est devenu bien autrement pénible. L'on exige en général de la femme qui s'offre pour le professer l’enseignement de l'orthographe, de l’histoire, de la géographie, de l'anglais, de la musique, du déssin, et des pelits ouvrages à l’aiguille ; quant aux vertus et à l’excellence du caractère, cela va toujours sans dire; la gouvernante est donc devenue une institutrice.
La place de gouvernante auprès des enfants des rois et des princes du sang étaitune fort grande dignité autrefois. On ne pouvait être nommée sans l'agrément du roi, et l’on ne pouvait être destituée. Lorsque le prince de Guéménée fit une banqueroute de vingt-huit millions, on eut beaucoup de peine à obtenir que sa femme, gouvernante des enfants de France, donnât sa démission. Mme de Miossens, gouvernante de Henri IV, se fit beaucoup d'honneur par l’éducation qu’elle donna à ce prince, Le laissant courir pieds nus dans Les montagnes du Béarn, manger du pain noir, et visiler les paysans dans leurs chaumières. Les fonctions de gouvernante auprès des princes cessaient quand ceuxci avaient atteint l’âge de sept ans: Les princesses gardaient leurs gouvernantes jusqu’à l'époque de leur mariage ou de leur majorité. La duchesse de Ventadour, en qualité de gouvernante de Louis XV, assista, sur un tabouret, au bas des degrès du trône, au lit de justice tenu par ce monarque âgé de cinq ans. Le duc d'Orléans, ayant choisi pour gouvernante de sa fille (plus tard M"* Adélaïde) la comtesse de Genlis, la nomma quelque temps après, avec l’agrément du roi, gouvernante de ses fils. Cet exemple unique fut justifié par l'instruction extraordinaire que la comtesse de Genlis ft acquérir aux jeunes princes dont elle dirigea l’'éducation, et par la vie laborieuse de l'aîné, depuis le roi Louis-Philippe, qui pendant l’émigration aima mieux longtemps professer les mathématiques que recourir aux souverains étrangers. La gouvernante du roi de Rome, la comtesse de Montesquiou, ne fit sans doute que son devoir en conduisant cet enfant à Vienne, et en ne le quittant qu'à l'époque où son éducation devait être confiée à un gouver-