GOUVION SAINT-CYR — GOYA
à son administration la loi du recrutement, les dispositions | avec laquelle il les exécuta, lui méritèrent les éloges de
relatives à l’avancement et aux pensions de retraite, l’institution des vétérans, ete. La marche du gouvernement le força de nouveau à donner sa démission, en novembre, et à rentrer dans la vie civile, pour n’en plus sortir.
11 mourut à Hyères ( Var), le 17 mars 1830; il avait été frappé d’apoplexie le 12. 11 a laissé un Journal des Opcrations de l’armée de Catalogne en 1808 ef 1809 (1 vol. in-8°, avec atlas, Paris, 1821 ) ; des Mémoires sur les Campagnes des armées du Rhin et de Rhin et Moselle (4 vol. in-8°, avec atlas, Paris, 1829) et des Mémoires pour servir à l’histoire militaire sous le Directoire, Le Consulat et l'Empire, dans lesquels la mort qui vint le surprendre le força de laisser des lacunes (4 vol., grand in-8°, avec atlas ; Paris, 1831). Eug. G. DE MONGLAYE.
GOWER, vieux poëte anglais, issu d’une fort ancienne famille, remontant, suivant toute apparence, à Allan Gower, seigneur de Sittenham, dans le Yorkshire, à l’époque de la conquête Normande, naquit en 1325, par conséquent avant Chaucer, et comme lui fut lun des fidèles partisans du duc de Lancastre, Jean de Gand. On a de lui un ouvrage poétique en trois parties, intitulées : Speculum Meditantis, Vox Clamantis et Confessio Amantis, mais dont la dernière seule a été traduite en anglais. Le sujet qu’il traite, c’est l'amour considéré au point de vue métaphysique et à celui de la rhétorique; et bien que pour la valeur poétique il n’approche pas des Canterbury Tales, on ne laisse pas que d’y trouver souvent des traces de sensibilité et d’un grand bon sens. Chaucer l’appelle le Sentencieux Gower. Il mourut en 1408, après avoir perdu la vue depuis quelques années.
A la même famille, qui, au reste, s’est distinguée dans ces derniers temps par ses richesses et par ses brillantes alliances, appartenait encore sir John Gower, porte-bannière du prince Édouard à la bataille de Tewkesbury (4 mai 1471). Fait prisonnier en même temps que son maître, il fut mis à mort par le vainqueur. Un de ses descendants, sir Thomas Gower de Sittenham , fut crié baronet en 1620 par Jacques I*'. Le petit fils de celui-ci, sir William Gower, hérita des immenses propriétés de son oncle, sir Richard Leveson de Trentham, et prit dès lors le nom de Zeveson- Gower. 11 épousa lady Jane Granville, fille du comte de Bath et l’une des héritières de cette riche famille. Après quoi, en 1703, son fils JoAn fut créé baron Gower de Sittenham. Lord Gower mourut en septembre 1709, laissant de son épouse, fille du duc de Rutland, un fils, John, qui épousa une fille du duc de Kingston, fut nommé lord chanselier en 1742, créé en 1746 vicomte Trentham, et comte Gower, et mourut en 1754. Son fils aîné, Granville, né en 1721, entra en 1747 au parlement comme représentant de Westminster, et plus tard devint lord chancelier, grandchambellan, président du conseil privé, et joua un rôle considérable dans les luttes politiques de son temps. En 1786 il fut créé marquis de Stafford, et mourut en 1803. Par son mariage avec la sœur de Bridgewater, de laquelle il eut un fils, Georges Granville (voyez Suruerrann), la famille Gower se trouva plus tard appelée à hériter d’une partie des immenses richesses de cette maison. C’est de son second mariage avec une fille du comte Galloway que naquit le fils connu plus tard sous le nom de comte Granville.
GOYA Y LUCIENTES (Fran@isco), le plus original sinon le plus savant des peintres de l'Espagne moderne, naquitle 31 mars 1746, à Fuente de Todos, dans le royaume d'Aragon. On a peu de détails sur les événements de sa vie : élève de Francisco Bayeu et de José Lusan, il fit, jeune encore, le voyage de Rome, ét remporta en 1771 le second prix de peinture proposé par l’Académie de Parme. A son retour en Espagne, il fut chargé de composer des modèles pour la manufacture royale de tapisseries, et ces dessins furent les premières œuvres qui attirèrent sur lui l’attention publique. Le talent dont il y fit preuve, la rapidité incroyable
Raphael Mengs , sous la direction de qui étaient placés ces travaux. La grâce et le naturel qu’il apportait dans la peinture des scènes populaires, genre nouveau, où il se distingua constamment, excitèrent l'admiration des connaisseurs. C’est à cette époque qu’il peignit le tableau du mattre-autel et le Christ placé à l'entrée du chœur de l’église de San Francisco el Grande de Madrid, Cette belle toile valut à Goya, en 1780, sa nomination de membre de l’Académie de San-Fernando et de peintre ordinaire du roi. Après la mort de Charles III, Goya fut également protégé par Charles IV ; et les grands seigneurs de cette cour corrompue, le comte de Benavente, et surtout la duchesse d’Albe, le traitèrent avec honneur. Il devint même l'ami et le pensionnaire de la duchesse, et bientôt il la servit dans ses rancunes et dans ses jalousies.
Peintre et caricaturiste, Goya a beaucoup produit. II a peint à fresque la chapelle de San-Antonio de la Florida, situé à une demie-lieue de Madrid, Sainte Rufine et sainte Marine, dans la cathédrale de Séville, Sainf Louis de Borgia et un Possédé, dans celle de Valence. I1 y a de la main de Goya, dans les musées d’Espagne, des œuvres importantes. A Madrid, au musée del Rey, on voit les portraits équestres de Charles IV et de la reine Maria-Luisa , et le tableau intitulé le Dos de Mayo, curieuse scène de l'invasion française. Il faut citer aussi la Loge au Cirque des taureaux (musée national); une Maja, un Auto-da-fé, une Procession, la Course de taureaux et la Maison de fous (Académie nationale). Indépendamment de son portrait, peint par lui-même, le Musée du Louvre a possédé sept tableaux de Goya, que les héritiers de Louis-Philippe ont repris à la France. Il y a du sentiment et de la verve dans son ébauche, Dernière prière d’un condamné ; Les Forgerons sont pleins de mouvement, mais l’exécution en est à peine supportable. En revanche, il y a une coquetterie charmante dans Les Manolas au balcon. Goya peignait comme dans le délire de la fièvre. Il affecte souvent pour la forme le dédain le plus parfait ; chez lui, c’est à la fois ignorance et parti pris. Et cependant ce maître bizarre, qui semble se complaire dans la laideur, avait un vif sentiment de la grâce féminine et des piquantes attitudes des belles filles del’Espagne.
Quoi qu’il en soit, Goya, si égaré, si fou , si incomplet dans sa peinture à l’huile, a laissé des caricatures d’un trèshaut prix. Il nous reste de lui la Tauromaquia, suite de trente-trois planches, vingt dessins sous le titre de Scènes d’invasion et enfin son chef-d'œuvre, les Capriccios, qui se composent de quatre-vingts gravures y compris le portrait âe l’auteur. Ses caricatures sont exécutées à l’aquatinta et repiquées à l’eau-forte. En combinant ces deux procédés, l'artiste est arrivé à des résultats merveilleux ; la finesse et la transparence du clair-obscur y sont rendues ‘avec une perfection qui fait presque songer à Rembrandt, De toute l'œuvre de Goya, la Bibliothèque impériale ne possède que les Capriccios. Son exemplaire est précédé d’un manuscrit de quelques pages, qui donne la clef de plusieurs des énigmes que renferme ce précieux volume. Goya avait épousé les intérêts et les petites passions de sa protectrice , la duchesse d’Albe. La duchesse et la reine, fort occupées toutes deux de galanterie, s'entendaient très-bien, mais des rivalités, des jalousies, ne tardèrent pas à éclater; Goya poursuivit alors de son crayon moqueur les amants de Maria- Luisa et sa Majesté elle-même. Plusieurs de ses caricatures ont un sens politique qu’il nous est déjà difficile de saisir, mais que la malignité des contemporains commentait aisément. Les autres sont des peintures de mœurs, et c’est là surtout que la fantaisie de Goya s'exerce librément. 11 se plait à représenter les manolas de Madrid dans toute leur grâce provoquante; il aime aussi les excursions dans le monde fantastique et c'est 1à qu'il triomphe, Son crayon facile a créé tout un peuple de démons, dont l’étrangeté n’a pas d'égale, et qui sont souvent d'une grande hardiesse de dessin, Goya a poussé très-loin l'expression. Ses compositions