GOYA — GOZLAN
sont terribles ou charmantes ; il en est peu de médiocres. Le dur génie de l'Espagne respire tout entier dans ces caricatures irritées, dans ces débauches de la pensée et de la ligne, et même dans ces poétiques croquis, où le sourire garde toujours quelque chose de sérieux et de réfléchi. Goya mourut à Bordeaux, dans la nuit du 15 au 16 avril 1828, très-vieux, très-triste et très-oublié. Paul Manrz.
GOYAVIER, nom vulgaire du psidium, genre trèsremarquable de la famille des myrtacées, renfermant plusieurs arbres à fruits mangeables et des plus recherchés dans les Indes orientales et occidentales. On n’en connaît pas moins de soixante-quatre espèces, originaires pour la plupart des régions intertropicales, Les plus recherchées sont le goyavierpoire (psidium pyriferum), vulgairement goyavier blanc, arbre fruitier commun à toutes les contrées de la zone équatoriale, dont le fruit, de la forme d’une poire et de la grosseur d’un œuf de poule, jaune à l'extérieur, renterme une pulpe succulente, tantôt blanchâtre, tantôt verdätre ou rougeàtre, et passe pour un aliment sain et agréable, bien que le goût n'en convienne pas d'ordinaire aux personnes us n’en ont pas l'habitude ; le goyavier-pomme, dont les fruits ne sont guère mangés qu’en confiture et en compote , en raison de leur nature astringente, et qui est moins cultivé ; enfin, le goyavier de la Chine, qui produit un fruit du volume d’une pêche, à la pulpe tout à la fois sucrée et acidulée, et d’une saveur plus recherchée que les autres.
GOYEN (JEan Van), paysagiste hollandais, né à
Leyde, en 1596, mort à La Haye, en 1656, apprit son art sous différents maîtres, et en dernier lieu dans l'atelier d’Isaïe Van der Veld, à Harlem. Il peignit avec une rare vérité et une grande facilité d'exécution des paysages et des vues de la Hollande, surtout les rives des fleuves et des canaux, qu’il anime par un grand nombre de figures et de barques, on laissant apercevoir dans le lointain quelque petite ville ou quelque village. Ses tableaux, qui sont assez répandus, sont d'une exécution fort inégale, tantôt finis, tantôt touchés seulement, mais toujours traités avec esprit. Bien qu’ils aient perdu de leur couleur, on les recherche encore partout avec empressement et surtout dans les Pays-Bas. Van Goyen est l’un des fondateurs de l’école paysagiste hollandaise, Jl intéresse toujours par la vérité immédiate de sa touche; mais il ne saurait soutenir la comparaison avec Ruysdaé |, qui vint après lui, et qui, sous le rapport de l'élément poétique de la composition et du fini de l'exécution, a atteint le faite de l’art.
GOZE (Ile de), en italien Gozzo, et appelée par les Romains Gaulus. Elle appartient à l’Angleterre, et est située dans la Méditerranée. On présume que dans les temps antiques elle ne faisait qu’un avec Malte, dont elle est séparée aujourd’hui par l'ile Comino, qui a dû aussi en être violemment arrachée par quelque cataclysme, et que des tremblements de terre l’ont successivement réduite à n'avoir plus, comme aujourd’hui, qu'une superficie d'environ 10 kilomètres carrés. Les restes de civilisation phénicienne (murs cyclopéens ), et les ruines plus modernes de constractions romaines qu’on y remarque, n’offrent pas moins d'intérêt à l’antiquaire que n’en présente au naturaliste ses riches productions végétales, et surtout son excellente agriculture, grâce à laquelle elle peut suffire à nourrir ses 17,000 habitants. On y récolte beaucoup de grains et de coton, et on y élève une grande quantité de bétail. Goze contient aussi une race d’ânes remarquables par leur grandeur et leur vigueur. Son chef-lieu est Rabato. C’est une petite ville située sur son versant sud. Le gouverneur civil anglais réside au centre de l’ile, à Castel del Gozzo.
GOZLAN (Léox), romancier et auteur dramatique, est né le 17 septembre 1803, à Marseille. Moins bien partagé du côté de la fortune que du côté de l'intelligence, il fut d’abord sous-maitre dans une pension de sa ville natale, et lorsqu'il arriva à Paris, en 1828, après un voyage au Sénégal resté sans résullat pour son avenir, il dut se résoudre à accepter une place de commis chez un libraire. Une irrésis-
tible volonté le poussait vers la littérature; il y entra bientôt par une porte dérobée, celle du journalisme satirique. Son talent vif, souple, mordant, le rendait merveilleusement propre à ce genre de travail, et cette production quotidienne et rapide fut pour sa plume déliée la meïlleure des éducations, 11 devint l’un des plus actifs collaborateurs du Figaro. Plein de saillies, original sans aller jusqu’à l’excentricité, il excellait dans le paradoxe, et mieux que personne il faisait l'article de genre. Déjà habile dans l’art de raconter, il publia dans L'Europe littéraire et dans la Revue de Paris des nouvelles qui attirèrent sur son nom l'attention sympathique des bons juges. M. Gozlan, qui jusque là n’avait montré que de l’esprit , laissa dès lors paraître dans ses contes un sentiment passionné et une remarquable délicatesse d'observation. Bien qu’il n’eût pas beaucoup d’haleine, bien qu’on lui eût conseillé de s’en tenir aux courtes historiettes , il se hasarda dans le roman. On vit successivement paraître : Le Notaire de Chantilly (1836); Washington Levert et Socrate Leblanc(1838); Le Médecin du Pecq (1839) ; La Dernière Sœur grise (1842); Le Dragon rouge (1813); Aristide Froissart (1844); Les Nuits du Père-Lachaise (1845); Le Lilas de Perse (1853), et Georges III (1854).
M. Gozlan avait dès sa jeunesse conçu le dessein de retracer, dans une série de romans qui devaient porter le titre général des Influences , le tableau des mœurs de certaine hommes que leur condition dans le monde appelle à exercer sur ceux qui les entourent une domination avouée ou secrète. C'était certes un vaste cadre, et depuis le prêtre jusqu’au marchand, depuis le banquier jusqu’au journaliste , tous les acteurs de la comédie sociale auraient pu y figurer. Deux portraits de cette galerie seulement ont paru : Ze Nolaire de Chantilly et Le Médecin du Pecq. Tout en écrivant ces livres, il n’a pas cessé d’enrichir les revues de petits romans, qui, pour être d’une dimension moindre, n’en furent pas moins applaudis. Quelques-unes de ces nouvelles ont été recueillies dans Les Méandres (1842); La Nuit blanche (1844); Les Vendanges (1853); Le Tapis vert (1855). On relira toujours avec un intérêt nouveau la Frédérique, Comment on se débarrasse d’une maitresse, Un Homme arrivé, et cette amusante suite d’articles qu’il a rattachés par l’invisible lien d’une pensée commune, Les Petits Machiavels, contes charmants, où la réalité de l'observation le dispute à la saveur piquante du style. Mais ce qui le distingue surtout, c’est une implacable ironie. Jamais la fausse érudition ne fut aussi bien raillée que dans son Histoire de quatre Savants. Nous avons dit aussi quelle verve entraînante l’auteur des Méandres a su mettre dans le récit. Cetle facilité de talent s’est fait principalement remarquer dans un genre de travail un peu plus sérieux, je veux parler de son Histoire des Châteaux de France, dont quelques volumes seulement ont paru (/es Tourelles , Le Chäleau de Luciennes, le Château de Rambouillet). Mais il se lassa bientôt de ces travaux, et il revint aux œuvres d'imagination. Doué d’une fécondité merveilleuse, ila tenu la plume jusqu’à son dernier soupir; parmi ses derniers romans, citons : Histoire de cent trente femmes (1853); La Folle du logis (1855), choix de nouvelles; les Emotions de Polydore Marasquin (1857), l'Œil noir et l’œil bleu de M\e Diane, et une très-curieuse étude intitulée Blzac en pantoufles,
Doué de qualités si diverses, M. Gozlan a voulu s’essayer au théâtre. On pouvait craindre que la finesse de son dialogue ne fût pas à sa place sur la scène, qui demande avant tout des nuances tranchées , et qui s’accommode bien plus de celui qui frappe fort que de celui qui frappe juste. Il donna à l'Odéon La Main droite et la main gauche (1842), drame en cinq actes, qui obtint un succès légitime. 11 fut moins heureux avec Æve (1843), et avec Notre. Dame des Abîmes (1845). Deux autres drames, Le Livre noir (1848), et Louise de Nanteuil (185%), n'ont pas été jouées longtemps. 11 a continué cependant de plus belle, et il a même daigné faire des vaudevilles : Trois Rois, trois
Dames (1847); Un Cheveu blond (1847); le Lion empaillé (1848); le Coucher d'une Étoile et Dieu merci Le couvert est mis ! (1851). De vives comédies, #ne Temyéle dans un verre d’eau (1846), La Queue ‘'u chien d'Alcibiade (1849), {a Fin du Roman (1851), le Gdlenu des Reines (1855), ont égayé le répertoire du Théâtre-Français. Pourquoi faut-il que, dansun jour d'erreur, M. Gozlan ait publié, quelques vers, des vers de prosaleur à coup sûr, et qui ne valent ni plus ni moins que ceux de Fénelon ou de Malebranche ?
L'ironie, nous l'avons dit, est le caractère distinctif de M. Gozlan. Quand il raconte une tendre histoire, on sent qu’il reste en dehors de son œuvre, et que tout en faisant soupirer les amoureux, il sourit de leur ivresse naïve ou de leur douleur. Aussi y a-f=il chez cet écrivain quelque chose qui arrête à moitié chemin l'émotion du lecteur et l’empêche de lui être tout à fait sympathique. Ses romans sont pleins d’interruptions désespérées et d’amers sarcasmes. Dans ce genre, rien n’est triste comme l’article qu’il a jadis publié sur la Morgue, dans le livre des Cent-et-un. 11 est des choses qu’on ne doit point railler. Mais M. Gozlan sait la vie, et il la sait trop. Il a lui-même fait sa profession de foi littéraire, lorsque, dans la préface du Nofaire de Chantilly, i s’est écrié : « Pius de héros. des hommes ! » Quant au style, M. Gozlan n'appartient pas à une école très-pure; il ne haït ni le clinquant ni les paillettes ; mais sa plune sait prendre tous les tons. Paul Manrz.
Cet écrivain est mort le 14 septembre 1866, à Paris,
GOZZI (Gasparo, comte), célèbre littérateur italien, né À Venise, en 1713, éprouva dès sa plus tendre jeunesse la passion la plus vive pour les poésies de Pétrarque, et fut porté à essayer de les imiter, quand il eut fait la connaissance de Louise Bergalli, célèbre par ses ouvrages poétiques et par les grâces de son esprit. 11 l’épousa, et à son iastigation consentit à se charger de la direction du théâtre d: San-Angelo, qui finit par lui valoir tant de désagréments, quoique tout le poids en retombât sur sa femme, qu'il résolut de rentrer à tout prix dans le calme et le repos. Il loua un logement bien isolé, et s’y réfugia au milieu de ses livres. Quelques ouvrages dramatiques qu'il livra à la publicité n’obtinrent qu’un succès médiocre; par contre, ses dissertations critiques et morales et la Gazetta Veneta, qu'il rédigeait presque seul, attirèrent l'attention générale, On ne tarda pas à le regarder comme l’un des critiques les plus distingués et l’un des écrivains les plus élégants et les plus purs de l'Italie. En toute occasion il prit la défense des saines doctrines littéraires contre le mauvais goût. Après avoir pendant longtemps rempli les fonctions de censeur et d’inspeleur des imprimeries à Venise, il fut appelé, en 1774, à Padoue pour y présenter un plan de réforme de l’université. C’est là qu’il mourut, en 1786. Comme critique, il brillait par la finesse et la profondeur de ses aperçus, par la modestie et l’impartiallté de ses jugements. Sous ce rapport, son Giudicio degli antichi poeli sopra la moderna censura di Dante, etc. (Venise, 1758, in-4°), est resté un véritable modèle. Son Osservatore venelo periodico (Venise, 1768), est une imitation assez heureuse du Spectateur d'Addison. On à aussi de lui une imitation des satires de Boileau en langue italienne. Une nouvelle. édition de ses Œuvres complètes a paru en 20 volumes à Bergame ( 1825-1829).
GOZZI (Caro, comte), frère du précédent , né à Venise, en 1722, entra au service dès l’âge de seize ans, par suite de la pauvrefé profonde de sa famille ; et trois années qu'il passa dans un régiment cantonné en Dalmatie interrompirent des études qu’il reprit avec une nouvelle ardeur lorsqu'il jui fut donné de revenir à Venise. Le succès qu'obtenaient les mauvais ouvrages dramatiques de Chiari l’excita à combattre celte aberration du goût. Bientôt même il ne craignit pas de s'attaquer à Gold oni lui-même, coupable à ses yeux de contribuer par ses ouvrages à la ruine de l’ancienne Commedia dell arte. Sa Tartana degli influsti per l'anno bises! ie (1757) excita contre lui des clameurs universelles
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