‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 330 sur 552 · GRAINS · texte numérisé non relu

GRAINS

habitant en 1760 450 litres de grains, tandis qu'elle en fournit aujourd'hui 541, bien que la population ait augmenté de 13 millions en quatre-vingt-six ans. Ce qui fait surtout ressortir les progrès de notre agriculture depuis cinquante ans, c’est que cette augmentation de produit à été obtenue sans, pour ainsi dire, que la superficie annuellement consacrée aux céréales ait changé depuis Louis XIV. Sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI , il fallait en moyenne 60 ares de terrain pour nourrir un habitant, tandis qu’il n’en faut plus aujourd’hui que 40, et seulement 30 en Angleturre et en Belgique. La même quantité de terrain nourrit donc un tiers de plus d'habitants et mieux qu'avant 1789. La récolte de froment qui en 1700 ne donnait à chaque habitant que 118 litres, et, en 1760. 108, en donnait, en 1862,

Aucune consommation connue n’est aussi grande en Europe qu’en France : en Angleterre, compris l'Écosse et l’Irlande, elle est de 163 litres; en Espagne, de 127 litres; en Autriche, de 62 litres ; en Belgiqueeten Hollande, de 57 litres ; en Prusse, de 46 litres; en Pologne, de 25 litres ; en Suède, de 8 litres.

11 importe de remarquer que la consommation du froment se fait irrégulièrement, c’est-à-dire qu’une partie plus ou moins nombreuse de la population s’en nourrit dans des proportions différentes , et que le reste en est encore privé. Ainsi, en {700 39 habitants seulement sur {00 vivaient de pain blanc; en 1784, on en comptait 41 ; aujourd’hui il y en à plus de 65 sur 100, et le nombre d'individus vivant de blé plus ou moins pur est bien supérieur aux individus qui consomment des grains inférieurs, contrairement à ce qui avait lieu dans les siècles précédents; cependant on compte encore plus de 10 millions de Français qui en sont réduits au régime des céréales inférieures, des pommes de terre et des châtaignes. Sous ce rapport l’Angleterre est plus avancée que nous, car on n’y mange guère que du pain blanc. L.-N. GELLÉ.

L'estimation approximative de la nourriture individuelle est basée sur le besoïn journalier d’une livre et demie de pain, obtenu avec de la farine purgée de dix livres de son seulement par quintal; car si dans les villes on purge cette farine de 25 p. 100, on laisse ces 25 p. 100 de son à la farine consommée dans la plupart de nos campagnes. Si les erreurs des états de récolte fournis par les préfets ont souvent entraîné les ministres et les législateurs dans de plus graves erreurs, il en a été de même de leur versatilité à propos de cette base : ainsi, les uns, en la contestant, n’ont voulu attribuer qu’une livre de pain par jour, comme nécessaire à la nourriture de chaque habitant, et d’autres, par ignorance ou mauvaise foi, tout en admettant la base précédemment posée, n’ont pas pris garde que le poids spécifique des grains est variable chaque année, variation qu’il est très-important pourtant de prendre en considération quand on veut calculer la nourriture des populations. En effet, si l’on admet, par exemple, que 3 hectolitres de froment, du poids de 75 kilogrammes chaque, suffisent pour nourrir un homme pendant une année, l’on doit pourtant reconnaitre qu’il faudra augmenter d’un huitième d’hectolitre ce chiffre, lorsque la pesanteur de cette mesure descendra à 72 kilogrammes, comme elle le fit en 1816; puisque si vous ne donnez toujours à un homme que 3 hectolitres de ce poids, ii n’aura mangé en réalité que 216 kilogrammes de grain au lieu de 225.

La législation, par suite de cette indécision sur le chiffre positif de la base indispensable à la nourriture de l’homme, a dù nécessairement souvent varier en raison des séries de bonnes ou mauvaises années qui, s'étant succédé, ont effrayé ou l'agriculture, arrivant à vendre ses grains trop bon marché pour le prix de ses fermages, ou les populations, furcées, dans les autres circonstances, de les acheter beaucoup trop cher relativement au prix du loyer de la force de l’homme. Aussi, l'on voit les règlements sur les grains varier à l'infini depuis Louis IX jusqu’à Henri III, et lon compte plus de 160 actes sur le commerce des grains depuis Henri LV jusqu’à Louis X VI.

En 1789, l’Assemblée constituante décréta, le 29 août, la vente libre et la libre circulation des grains et farines dans toute l'étendue du royaume ; mais elle excepta de cette liberté le commerce extérieur, et prohiba toute exportation, comme pouvant devenir dangereuse à la sûreté publique. Bientôt la Convention, en 1792, reconnut aux cultivateurs et fermiers le droit de vendre leurs grains; mais elle les assujettit à faire la déclaration de ceux qu’ils possédaient, défendit toute vente ailleurs que sur les marchés, et posa, le 1°" septembre 1793, des limites au prix des grains; en 1794, l’on réunit en une seule loi ces diverses ggésures , et l’on fixa même un #1aximum sur les grains ui fut de 14 livres le quintal marc de froment. Plus tard, sous le Directoire, le retour du numéraire et de meilleures récoltes permirent d’adoucir ces mésures coércitives, et il en fut de même sous le Consulat etsous l'Empire; après avoir protégé la liberté du commerce intérieur, le gouvernement impérial revint cependant, lors de la disette de 1811, à des mesures prohibitives, et, par la loi de 1812, défendit les approvisionnements, et fixa le prix maximum du froment à 33 francs l’hectolitre.

La législation relative au commerce extérieur des grains fut tout aussi variable : ainsi, en 1790, l’on suspendit le droit d'exportation des grains, puis on ne permit cette exportation que lorsque le prix des grains fut à 16 francs l’hectolitre dans le nord, et à 20 francs dans le midi; en 1806, on l’autorisa tant que ce prix ne s'élevait pas au delà de 24 francs, en chargeant seulement cette exportation d’un impôt progressif de sortie ; mais des abus étant survenus, ainsi que de mauvaises récoltes, l’exportation des grains fut interrompue en 1810, et ne futrouverte qu’en 1814 par Louis X VIII; seulement elle fut soumise à la condition de n’avoir lieu qu’autant que le prix des grains ne s’élèverait pas au delà de 19, 21 et 23 francs l’hectolitre dans les départements frontières par lesquels on devait faire cette exportation, et que l’on divisa en trois classes.

Cependant, la consommation en France s’étant prodigieusement augmentée, par suite de l’envahissement des armées étrangères, le vide s'étant accru par une excessive exportation, et des années médiocres ou mauvaises s’étant succédé, l’on fut obligé en 1816 non-seulement de suspendre l’exportation , mais d'encourager l'importation par des primes, Bientôt on supprima ces primes; mais les importations continuèrent, et la quantité des grains finit par excéder de beaucoup les besoins de la population, surtout après Ja belle récolte de 1818. Alors, on dut agir d’une manière contraire à celle que l’on avait suivie en 1816 : ainsi, l’on mit en {819 des conditions restrictives à l'importation des blés, en prenant les mêmes bases que pour l'exportation, et l’on prohiba toute introduction de blés exotiques tant que les froments français resteraient au-dessous de 20, 18 et 16 francs l’hectolitre; en même temps, on ne permit cette introduction qu’en soumettant les blés étrangers à un droit, qui fut augmenté en 1820, et modifié en 1821 par la Chambre des Députés. En effet, pour accorder les intérêts de certaines villes frontières avec ceux des agriculteurs de l’intérieur, elle fit quatre classes de départements frontières au lieu de trois, et prohiba l’introduction tant que les prix du froment descendraient, dans ces départements, au-dessous de 24, 22, 20 et 18 francs l’hectolitre; enfin, en 1832, l’administration et les législateurs, voulant entrer dans une voie d'économie politique plus large, abandonnèrent la prohibition et adoptèrent un système législatif protecteur ; alors, ils cherchèrent à maintenir continuellement en rapport les intérêts du commerce, des consommateurs et des agriculteurs ; pour cela ils permirent l’importation et l’exportation, en les soumettant à un impôt proportionnel, en raison de l’espèce des grains. Depuis lors, l'importation et l'exportation des grains ont été soumis au système de 1’ échelle mobile. Mais en 1853, 1854, 1865, comme en 1846 et 1847, le gouvernement a prohibé l’exportation des grains, et affranchi de tout droit l'entrée des céréales.

Les grains redoutent plusieurs maladies : la carie, la

rouille, vergot du seigle, etc. Les soins attentifs de l’agriculture sont-ils parvenus à les en préserver jusqu’à l'époque de la récolte, leur conservation demande encore certaines précautions , dont il est donné une idée aux articles BLÉ ( Chambre à), Smo, GRENIER, etc. Outre la chaleur et l'hunidité qui leur sont également funestes, il faut les garantir des attaques des insectes , tels que la calandre du blé.

GRAINS DE SANTÉ. Voyez ÉMÉTIQUE.

GRAIN VILLE (Jean-Baprisre-FRANGoIs-XAVIER COU- SIN pe), né au Havre, le 3 avril 1746, fut destiné à l’état ecclésiastique, ainsi que son frère aîné, qui parvint à l’épiscopat. L'un des émules les plus distingués de l'abbé Sièyes au séminaire Saint-Sulpice, mais ne partageant par ses doctrines politiques, il concourut pour cette question posée par l’Académie de Besançon : Quelle est l'influence de La philosophie sur le dix-huilième siècle ? et obtint le prix. En butte, par suite de ce triomphe, aux tracasseries des hommes qui dirigeaient alors l'opinion, il renonça à la chaire pour le théâtre, et présenta à la comédie française une pièce en cinqactes et en vers Le Jugement de Pris, dont le clergé parvint à empêcher la représentation. Battu de ce côté, il reprit à Amiens l'exercice de la prédication et des fonctions ecclésiastiques ; mais, quoique se soumettant à la constitution civile du clergé, il professa un tel respect pour les dogmes fondamentaux du christianisme, que les puissants du jour le firent jeter en prison. Le représentant du peuple André Dumont, en mission dans la Somme, s’intéressa à lui, et lui conseilla un mariage civil comme sa seule ancre de salut. Grainville céda, et contracta, pour la forme seulement, un siaulacre d'union conjugale avec une vieille parente. Pour vivre, il fonda une école, dans laquelle il réunit à grand’ peine une trentaine d'élèves. Maïs, au retour des idées religieuses, son caractère de prêtre marié jeta sur son établissement une défaveur telle, qu’il perdit à peu près tous ses écoliers,

Plus que jamais pressé par le besoin, il écrivit alors, en moins de six mois, Le Dernier Homme,poëmeen dix chants. Sa sœur avait épousé au Havre un frère de Bernardin de Saint-Pierre; il soumit à celui-ci son œuvre, écrite d’abord en prose. L'auteur de Paul et Virginie en fut émerveillé, et trouva un éditeur qui offrit 800 francs de ce travail ; mais les hostilités de la critique furent cause qu’il ne s’en vendit que trente-six exemplaires , et que Grainville, ayant à peine touché le quart du prix convenu , alla, dans la nuit du 1° février 1805 , en proie à une attaque de fièvre chaude, se précipiter dans le canal de la Somme, qui coulait au bas de son jardin.

Le nom de Graïinville, ainsi que son œuvre, serait resté dans l'oubli, si en 1810 un érudit anglais, le chevalier Croft, qui le premier avait signalé au monde le génie de Vinfortuné Chatterton, ne fût venu passer quelques jours à Amiens, et n’eûteu connaissance de la belle composition qui avait longtemps occupé le beau-frère de Bernardin de Saint- Pierre. La regardant comme une magnifique ébauche, come parable aux épopées de Milton et de Klopstock, il exprima le vif regrét , dans ses Remarques sur Horace, de n’avoir pas connu plus tôt l’existence et le génie d’un homme dont il eût été facile d’améliorer le sort. Bernardin de Saint- Pierre, de son côté, loua tellement le poème, que le libraire Déterville se décida à imprimer, Cependant, il fut peu lu ; mais dès l’année suivante Charles Nodier en publia une nouvelle édition, avec une notice qui fit sa réputation , aidée par les articles des journaux.

Grainville avait commencé en 1805 à versifier son poëme; il en avait même terminé le premier chant. Nodier pourtant ne cite aucun vers de lui, En 1814, Creuzé de Lesser se mit à son tour à en versifier une imitation, qui parut en 1831 , et dont l’exécution est loin de répondre à la grandeur de l’esquise primitive. The Last Man, roman en trois volumes de Campbell, publié plusieurs années après la mort de Grainville, n'offre aucun point de comparaison avec l'œuvre épique de celui-ci, L'auteur du Dernier Homme a laissé en outre

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