‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 332 sur 552 · GRAISSE — GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

GRAISSE — GRAMMAIRE

dans l’âge avancé. Elle constitue à peu près la vingtième partie du corps del’homme. Au point de vue physiologique, la graisse paraît destinée à maintenir constante la température des corps, au milieu des changements qui surviennent dans la température ambiante ; à servir à la nutrition, comme on l’observe chez les animaux hibernants, qui, grâce à une abondante quantité de substance graisseuse, peuvent passer plusieurs mois sans avoir besoin de manger; enfin, à protéger contre les agents extérieurs les organes qu’elle enveloppe. On a de cette assertion une preuve irrécusable dans ces trous creusés par des souris sur les flancs de quelques cochons, assez peu sensibles pour ne s’en être point aperçus. + C’est ordinairement en soumettant à l’action de la chaleur le tissu graisseux, et en l’exprimant à travers un linge, que l’on obtient la graisse. Ainsi préparée et abandonnée au contact de l'air, elle ne tarde pas à augmenter de dureté; elle jaunit à la surface, acquiert une saveur âcre, une odeur forte et désagréable, en un mot, elle devient rance. À une température modérée, la graisse est susceptible de dissoudre le soufre et le phosphore : on a profité de cette propriété pour employer cedernier corps en thérapeutique. Les acides en faible proportion mis en contact avec les corps gras, les saponifient, c'est-à-dire les rendent miscibles à l’eau, et,

. comme les alcalis, donnent lieu à la formation des acides gras. Si les acides sont concentrés et en proportion convenable, ils détruisent les corps gras , les charbonnent : {els sont les acides sulfurique et chlorhydrique. L’acide nitrique étendu les convertit, à l’aide dune ébullition prolongée, en acides malique et oxalique; concentré, il donne lieu à de l'acide nitropicrique; quelquefois la réaction est tellement vive, qu'il y a inflammation.

Les corps gras d’origine végétale sont formés généralement d'oléine etdemargarine; ceux d’origine animale renferment un principe de plus, la stéarine; cependant il y à quelques exceptions : ainsi, le beurre ne contient point de stéarine, tandis que l'huile épaissie de muscade’ renferme ce principe. Parmi les graisses, les unes, plus solides, contiennent plus de stéarine; les autres, au contraire plus liquides, contiennent plus d’oléine. Les différents principes que l’on rencontre dans les corps gras peuvent être isolés les uns des autres à l’aide de procédés particuliers ; par expression pour l’oléine, par l'alcool pour les deux autres : en traitant la stéarine de M. Chevreul par l’éther, M. Lecanu en a retiré deux substances, l’une soluble dans £e vélucule, l’autre insoluble; à la première il a donné le rom de margarine, à la secoude celui d'éthéarine.

Les graisses soumises à l’action des bases sous l’influence de la chaleur et de l’eau (comme cela se pratique pour la préparation des savons et des emplâtres proprement dits employés en médecine), donnent lieu à des acides oléique, margarique, stéarique et à de la glycérine. Les trois premiers corps se combinent à la base employée, pour former un sel; quant à la glycérine, dont la présence est une preuve certaine de la saponification , elle reste en dissolution dans l’eau qui fait bain-marie, et lui communique une saveur sucrée, Dans cette action des bases sur les graisses, qui est le phénomène essentiel de la saponification, il y a en outre fixation d’une certaine quantité des éléments de l’eau, ainsi qu’on peut s’en convaincre par l’examen de la composition atomique des principes qui entrent en réaction, etdes produits nouveaux qui se sont formés.

Les graisses soumises à l'analyse élémentaire fournissent de l'éxysène, de l’hydrogène et du carbone; Saussure est Je seul qui y ait trouvé de l'azote. Leur composition est telle qu’elles peuvent être représentées par de l’eau et du gaz

= oléfiant (hydrogène bicarboné).

Les usages de la graisse sont très-nombreux en médecine : on s’en sert comme d’excipient et l'on y incorpore certaines substances médicamenteuses destinées à l'usage externe. Quelques graisses étaient autrefois prônées comme des spécifiques merveilleux contre certaines affections : telles étaient les graisses d’ours, de blaireau, et même la graisse humaine;

aujourd’hui toutes ces substances ont été à juste titre bannies des formulaires. Dans les arts, on fait usage de la graisse dans une foule de circonstances , soit comme combustible, soit comme moyen de faciliter le glissement des surfaces. Enfin tout le monde connaît leur emploi pour l’assaisonnement de certains comestibles.

BeLrigLo-LEFÈVRE.

GRAL (Saint ). Voyez GRÉAL. .

GRAMEN, plente graminée, fromentacée, telle que le chiendent : ce mot, d’une signification mal déterminée, sert à désigner les plantes qui appartiennent à la famille des graminées.

GRAMINÉES. C’est une des familles végétales les plus nombreuses et les plus naturelles : les plantes qu’elle renferme sont annuelles ou vivaces, à tige herbacée ( chacune offrant plusieurs nœuds pleins, d'où partent des feuilles alternes engaînantes). La gaine est fendue dans les graminées; elle est pleine dans les cypéracées, autre famille naturelle, qui présente avec celle que nous examinons ici une grande analogie. Les fleurs, en épi ou en panicule, se composent de deux écailles (la glume), autre caractère qui sert à distinguer ces plantes des cypéracées, qui n’ont qu’une écaille pour chaque fleur : elles ont de deux à quatre ou cinq étamines, deux styles terminés par deux stigmates poilus et glanduleux, un ovaire uniloculaire avec un sillon longitudinal sur un de ses côtés. Beaucoup de graminées offrent en dehors de l'ovaire deux petites écailles qui forment la glumelle. Le fruit (cariopse ou akène ) est nu ou enveloppé dans la glume, formé de l'embryon et d’un endosperme fariseux.

Les différentes parties des graminées forment pour l’honime et les animaux la base de l'alimentation; les graines des céréales, l'orge, le froment, le seigle, Pavoine, le riz, le maïs sont nos plus précieuses ressources ; les pailles de ces plantes et les herbes des prés, qui presque toutes appartiennent à la famille des graminées, sont encore dans la plus grande partie de la France l’unique nourriture du bétail.

Les graminées peuvent se reproduire par boutures ; car les racines se forment facilement de leurs nœuds mis en terre; C’est à cette propriété des nœuds dans les graminées que l’on doit les effets excellents du hersage pour les céréales et du roulage pour les prairies naturelles, puisque par ces deux opérations les nœuds sont mis en contact avec la terre, et produisent le tallement des pieds isolés. 11 serait à désirer, dans l'intérêt de l’agriculture, que ce double procédé fût plus répandu. Paul GAUBERT.

GRAMMAIRE, science qui apprend à peindre la pensée par des sons ou par des caractères. Le mot grammaire est tiré du grec yoépuu, qui signifie lettre , origine fout à fait rationnelle, puisque les lettres ou caractères sont les principaux éléments du langage, soit parlé, soit écrit. On distingue la grammaire générale des grammaires particulières. La grammaire générale, faisant abstraction de tout ce qui est particulier aux langues, enseigne les moyens dont tous les peuples se sont servis pour exprimer la pensée par la parole, et pour la peindre par l'écriture. On la regarde comme une science, parce qu'elle n’a pour objet que la spéculation raisonnée des principes immuables et généraux de la parole. Une grammaire parliculière, au contraire, ne renferme que les règles propres à une langue; elle enseigne à décliner les noms, à conjuguer les verbes, à construire toutes les parties du discours et à orthographier; elle apprend aussi à connaître la valeur naturelle et la propriété des mots, la raison de leurs terminaisons et de leur arrangement dans le discours. On a donné le nom d’aré à toute grammaire particulière, qui n’est en effet qu'un recueil de règles. De là cette définition qu’on lit au commencement de toutes les grammaires élémentaires : « La grammaire est l’art de parler et d'écrire correctement. »

C’est, dit Voltaire, l'instinct commun à tous ies hommes qui a fait les premières grammaires sans qu'on s’en aperçût.

Les Lapins, les Nègres, aussi bien que les Grecs, ont eu pesoin d'exprimer le passé, le présent, le futur ; et ils l'ont fait; mais comme jamais il n’y a eu d’assemblée de logiciens qui ait formé une langue, aucune n’a pu parvenir à un plan absolument régulier.

La grammaire est une science dont l'importance n'a pas été assez généralement appréciée dans les temps modernes ; c’est à tort qu’on ne lui a laissé qu’un rôle fort secondaire à remplir dans les études classiques. Les anciens cultivaient la grammaire avec un soin tout particulier; ils la regardaient comme le premier degré d'initiation à l'étude des sciences et des arts. Curieux de la rendre inventive et féconde, ils observaient avec soin les rapports qu’elle peut avoir avec la métaphysique, la morale, la politique, la philosophie, l’histoire et la poésie.

Il ne serait pas sans intérêt de tracer ici une esquisse historique des travaux relatifs à la science grammaticale. Les Indiens citent des grammairiens, et possèdent des grammaires du sanskrit. Il n’apparaît aucune idée de grammaire générale dans ces livres; mais, en revanche, on remarque qu’ils contiennent une partie qui manque à toutes les grammaires connues, un traité de la formation des mots, enseignant non-seulement l'analyse ou l’étymologie des termes usuels dérivés et des mots composés, mais encore le moyen de créer tous les mots nouveaux dont on peut avoir besoin. Chez les Grecs, Platon passe pour être le premier qui se soit occupé de recherches grammaticales, témoin son Cratylus, qu’il semble avoir consacré uniquement à cet objet. Après lui, Aristote, son disciple, répand ses idées grammaticales dans sa Rhétorique, sa Poétique et son Trailé de l'interprétation; malheureusement il a eu le tort grave de multiplier à l'excès les divisions systématiques dans les mots. Les premiers stoïciens suivirent la route déjà frayée, et Denys d’Halicarnasse assure qu'ils ajoutèrent beaucoup aux travaux de leurs devanciers.

La célèbre école d'Alexandrie dut une partie de sa gloire à d’habiles grammairiens , parmi lesquels brillèrent Démétrius de Phalère, Philétas de Cos, Aristarque, Aristophane de Byzance, etc. En donnant au mot grammairien un sens plus étendu, on peut l’appliquer encore à Athénée, Proclus, Aulu-Gelle, Macrobe, etc.

Le goût de l’étude de la grammaire fut apporté à Rome par Cratès de Mallum, ambassadeur d’Attale II, roi de Pergame. La jeunesse romaine s’y adonna avec ardeur, malgré les édits du sénat qui bannissaient les philosophes et les rhéteurs du territoire de la république. Bientôt de nouveaux maîtres arrivèrent, parmi lesquels on cite le Gaulois M, Antoine Gniphon, maître de Cicéron ; des écoles s’ouvrirent : la langue latine, jusque alors inculte et sauvage, fit d'immenses progrès, et l’on vit poindre l’aurore de la plus brillante époque littéraire de Rome. Varron et Cicéron s’occupèrent de recherches grammaticales avec une studieuse sollicitude : et Jules César lui-même, au milieu du tumulte des camps, écrivit un traité sur l’analogie des mots. Sous Auguste, les écoles des grammairiens furent encore plus florissantes ; les savants les plus renommés de la Grèce vinrent se fixer à Rome, et parmi eux Denis d’Halicarnasse, dont les écrits sont remplis de détails précieux pour l'étude de la langue grecque el pour la grammaire comparée. Mais, à la suite du règne d’Auguste, la décadence de la littérature commence à se faire sentir ; les écoles dégénèrent. Quintilien leur rend un moment leur première splendeur ; mais, après Apollonius d'Alexandrie, auteur d’un excellent traité philosophique sur la syntaxe, les irruptions des barbares du Nord renversent tout, détruisent tout; plus d’études, plus de travaux littéraires ! De longs siècles d’ignorance devaient peser sur l'Europe entière.

Avant de passer à la renaissance des lettres, remarquons à quel point la qualification de grammairien ( grammaticus était en honneur dans l'antiquité grecque et romaine; les écrivains les plus illustres se glorifiaient de ce titre, Pour le mériter, il fallait posséder de grandes connaissances dans

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