GRAMMAIRE
toutes les branches de la littérature ? l’histoire, la philosophie , l’éloquence, étaient de leur domaine, et leur jugement s'exerçait sur les ouvrages des poëtes, comme le prouve ce vers d’Horace, si fréquemment cité :
Grammatici certant, et adhuc sub jndice lis est,
On se tromperait étrangement, du reste, si l’on confondait ces grammairiens (grammatici), qui firent la plus belle gloire de la Grèce et de Rome, avec ces obscurs pédagogues appelés grammatistes, qui enseignaient les éléments de la grammaire comme on enseigne à lire et à écrire. Nous l’avons déjà dit, les anciens s’étaient formé une plus haute. idée de la grammaire que les modernes; ils ne la distinguaient pas de la philosophie ; et Quintilien dit dans ses {nstitutions oraloires « que la grammaire est , au fond, bien au-dessus de ce qu’elle parait être d’abord ».
Hätons-nous d'arriver à des temps plus rapprochés de nous. Après Cassiodore, après Isidore de Séville, citons Bède le Vénérable et son disciple Alcuin, qui donna des leçons à Charlemagne. Le grand empereur, qui, dans ses Capitulaires, prescrit aux scribes et aux chanceliers d'écrire correctement, ne dédaigna pas de composer lui-même une grammaire de la langue germanique. Le quinzième siècle, avec l’invention de l’imprimerie, donne une nouvelle vie aux lettres. Si la grammaire ne prend pas d’abord dans les études le rang qu’elle y occupait autrefois , elle est du moins Pobjet des méditations d’un grand nombre d’esprits distingués. Théodore de Gaza, et un peu plus tard Buxtorf, Turnèbe, les Étienne, Érasme, Budé, Scaliger, Casaubon, Vossius, et Sanchez on Sanctius, furent tous de profonds grammairiens et d’habiles critiques. Vinrent ensuite Vaugelas et Joachim Du bella y. Au commencement du dix-septième siècle, l’illustre Bacon indiqua sur la grammaire quelques vues profondes, qui donnèrent bientôt naissance à la grammaire générale. Dès lors s’ouvrit pour cette science une ère nouvelle. Les solitaires de Port-Royal publièrent leur Grammaire générale et leur Logique, dont les principaux auteurs furent Arnauld ; Nicole et Lancelot. L'abbé Dangeau, le père Lami, le père Buffier, Bouhours, Regnier-Desmarais, l'abbé Girard, d'autres encore, montrèrent une grande habileté dans les principes généraux de la grammaire, et beaucoup de talent dans la manière de les présenter. L’Anglais Harris publia, sous le titre d’ Hermès, une grammaire générale, qui, bien qu'obscure en plusieurs endroits, mérite d’être consultée. Nous citerons aussi les travaux remarquables des d'Olivet, des Dumarsais, des Beauzée, des Pluche, des Duclos, etc. Le président de Brosses doit être mentionné pour la manière neuve et l’étonnante sagacité avec lesquelles il a posé les bases de la science étymologique. Le grammairien qui eut ensuite le plus de renommée fut Court de Gébelin, auteur de l'Histoire naturelle de La Parole et du Mondeprimitif. Enfin, la Grammaire de Condillac obtint un grand succès, à cause de sa première partie, qui est un bel essai de grammaire générale.
Nous voudrions pouvoir citer ici les noms de tous les auteurs de ces derniers temps qui ont rendu des services dans la carrière grammaticale, Nous regrettons de ne pouvoir indiquer que les plus célèbres : les Anglais Beattie et lord Monboddo ; les Allemands Adelung, Vatter, Bernhardi, Rein. beck, Jacob, Buttmann, Matthiæ, Grimm, Becker; et chez nous Urbain Domergue, l'abbé Sicard, Destutt deTracy, Degérando, Sylvestre de Sacy, Lemare, Giraut- Duvivier, auteur de la Grammaire des Grammaires, Gueroult, Burnouf et Egger. On consulte avec fruit la Bibliothèque grammaticale abrégée, ou Nouveaux mémoires sur la parole et l'écriture, par Changeux (1773, in-12). Nous terminerons cette revue rapide par quelques considérations empruntées à Lanjuinais : « La conclusion qui sort, dit-il, de nos recherches sur la grammaire générale est celles ci : les modernes ont infiniment surpassé les Grecs et les Romains dans la science des faits grammaticaux et dans