‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 334 sur 552 · GRAMMAIRE — GRAMONT · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE — GRAMONT

celle de la théorie du langage. En voici, croyons-nous, la raison : l'étude de l’entendement humain, autrement de la nature de nos idées et de leur formation et l'étude des langues comparées sont les deux ailes de la grammaire. Ces deux études manquaient également aux anciens. Quand même ils eussent davantage cultivé la première, leur mépris, soi-disant patriotique, mais injuste et in ensé, pour les nations qu’ils appelaient barbares , les aurait seul empêchés de s'élever jusqu’à la grammaire générale. Au contraire, les modernes, éclairés par une métaphysique plus exacte, animés par la morale divine et toute fraternelle de l'Évangile , ont été plus sages et plus heureux dans la science des langues. Bacon leur indiqua les routes de la vraie philosophie ; Messieurs de Port-Royal, maîtres habiles dans beaucoup de langues mortes et vivantes, avaient recueilli des faits, des matériaux pour la science, et ils excellèrent à les mettre en œuvre. Leurs successeurs les ont surpassés dans le dernier siècle et dans celui-ci, tant pour la multitude des faits rassemblés que pour le perfectionnement de la théorie. Cependant , il reste encore beaucoup à faire si l’on veut achever édifice de la science grammaticale. » CHAMPAGNAC.

GRAMMATISTE, du grec yoauuatiorhs, pédagogue, maître d'école, par opposition à ypamuateüs, grammairien , homme lettré. Ce mot est passé dans notre langue; il se dit, par mépris, de ces grammairiens uniquement préoccupés de distinctions futiles et de discussions oiseuses, maitres redresseurs de phrases, orthopédistes du langage, qui jettent de .la boue à l’homme de génie, s’il a commis la moindre infraction à la syntaxe ou manqué de déférence pour le dictionnaire de l’Académie. A Constantinople on appelait autrefois grammatistes les Fanariotes qui remplissaient des emplois de drogmans ou de secrétaires auprès de la Sublime Porte ou chez de riches particuliers.

GRAMME, Le gramme est aujourd’hui notre unité systématique et théorique de poids. C’est ce que pèse un centimètre cube d’eau distillée prise à son maximum de densité. Ses multiples sont le décagramme (ou dix grammes), l’hectogramme (ou cent grammes), le kilogramme (ou mille grammes); il à pour sous-multiples le décigramme (ou dixième de gramme), le centigramme (ou centième de gramme), le mnilligramme (ou millième de gramme). Ces diverses unités sont employées selon l’espèce des pesées que l’on veut faire : le kilogramme et ses multiples, pour la plupart des transactions commerciales, les chargements de voitures, etc. ; les parties de kilogramme pour les achats journaliers du ménage; le gramme, enfin, et ses subdivisions, pour les pesées plus exactes, celles surtout qui se rapportent aux sciences. La loi du 3 nivose an 11 reconnaissait jusqu’à trois unités de poids : le gravet, qui était le gramme actuel; le grave, qui était notre kilogramme; et le bar, qui valait mille kilogrammes : c’était le millier actuel, ou le poids du tonneau de mer. On compte aussi quelquefois par quintal métrique, qui répond à cent kilogrammes.

Le gramme, comparé aux anciennes mesures de poids, vaut environ {9 grains ou un peu plus du quart d’un gros. D'où il suit que 30 grammes font à très-peu de chose près une once; l’once vaut 308,69. Il s’agit, bien entendu, de l’once ancienne, car si l’on applique ce nom à la seizième partie de la livre métrique, comme on le fait journellement encore, cette once vaut 318,25.

GRAMMONT (Famille de). Cette ancienne maison de Franche-Comté, qu’il ne faut pas confondre avec celle des Gramont en Basse-Navarre, est originaire du comté de Bourgogne, et formait l’une des branches collatérales de la maison des barons de Granges, depuislongtemps éteinte. Elle tire son nom d’un ancien château fort, situé entre Vesoul et Montbéliard et ruiné par Louis XI. Cette seigneurie avait été achetée, au treizième siècle, par l'un des fils du sire de Granges, et fut érigée en comté par le roi d'Espagne Philippe IV, en 1656. Les Grammont ne servirent en effet la France qu'après la conquête et l'incorporation de la Franche-Co mtéà ce royaume par Louis XIV. Jusque alors

DICT, DE LA CONTERS, — T, x.

ils avaient successivement été placés, avec la province à laquelle ils appartenaient, sous la suzeraineté des comtes de Montbéliard, des Jucs de Bourgogne, et enfin des rois d'Espagne. Les barons de Granges figurent avec éclat dans les annales du moyen âge. Saint Théodule, évêque de Sion sous Charlemagne, appartenait à cette famille. En 1162, un sire de Granges fut préposé à la garde des fameuses reliques Aes trais rois mages, envoyées par l’empereur Frédéric-Barberousse de Milan à Cologne, où on les tient encore en grande vénération. Le zèle dont il fit preuve dans l’accomplissement de cette pieuse mission fut récompensé par la permission que lui octroya l’empereur d’écarteler ses armes d'azur à trois téles couronnées d’or à trois pointes, et c’est à ce fait, dont sa famille conserve les divers documents, qu’elle à emprunté sa devise : Dieu aide au gardien des rois. De là aussi le privilége que ses divers membres par fageaient avec les princes souverains, d’entrer l'épée au côté dans la chapelle de la cathédrale de Cologne où sont déposées les reliques en question.

En {718 la terre de Villersexel, touchant à celle de Grammont, fut érigée en marquisat en faveur de Michel de Grammonr, mort doyen deslieutenants généraux, et à qui Louis XIV, en récompense de sa belle défense de la petite place de Rheiïnstein, sur le Rhin, donna en outre six pièces de canon. Son fils mourut également doyen des lieutenants généraux , en 1795. Cette famille a donné plusieurs archevêques au siége métropolitain de Besançon, savoir : Antoine-Pierre DE GRAMmoNT, mort en 1698 ; François-Josephi 5e GRAm- MONT, frère de Michel, mort en 1717, et Antoine-Pierre DE GRAMMONT, son neveu, mort en 1754. C’est à ces trois prélats, qui occupèrent presque consécutivement le siége de Besançon, que la famille de Grammont est surtout redevable de la popularité dont elle a longtemps joui parmi les Comtois, qui leur tenaient compte des utiles institutions dont ces dignes archevêques avient doté la province.

Sous le gouvernement constitutionnel, lemarquis Théodule ne GrAmmoNT, né en 1766, beau-frère de Lafayette, dont il partageait les idées politiques, fut toujours envoyé à la chambre élective par ies électeurs de Lure (Haute- Saône). Il est mort en 1841. Son fils, Ferdinand pe Gnawmor, né en 1805, a été successivement député libéral de 1839 à 1848, représentant républicain à l’Assemblée constituante, non réélu à la Législative à cause de ses votes réactionnaires, enfin membre du Corps législalif durant tout l'empire. En 1871, il a été envoyé à l’Assemblée par la Haute Saône. Il vote avec la droite monarchiste.

GRAMMONTINS, ordre religieux fondé, vers l'an 1076, par saint Étienne, fils d’un vicomte de Thiers en Auvergne, qui dans sa jeunesse avait suivi son père en italie, où des ermites calabrais lui inspirèrent le goût de la vie cénobitique. Il se retira d’abord sur la montagne de Muret, dans le Limousin. L'exemple de ses vertus et de ses austé: rités lui ayant amené quelques disciples, il obtint du pape Grégoire VII une bulle qui l’autorisait à fonder un ordre monastique de la règle de Saint-Benoît. « Nous sommes des pécheurs conduits dans ce désert par la miséricorde divine pour y faire pénitence, » dit-il un jour à deux cardinaux venus l’y visiter. À sa mort, arrivée en 1124, ses disciples, tourmentés par les moines d’Ambazac, prirent avec eux le corps de leur fondateur, et allèrent s'établir une lieue plus loin, au milieu des montagnes et des bois, à Grand-Mont; de là leur nom. L'ordre des Grammontins avait une règle extrêmement sévère, qui fut adoucie, en 1247, par Innocent IV,et,en 1309, par Clément V. Les premiers, ils usèrent de la flagellation par esprit de pénitence. Cet ordre fut supprimé en 1769. Au bas de l’ancienne abbaye s’est forméun village, du nom de Grandmont, ayant fait partie de la Marche limousine, et dépendant aujourd’hui du département de la Haute-Vienne, avec une population de 600 âmes, à 15 kilomètres de Limoges.

GRAMONT (Famille de). Celte maison est redevable de son nom à une petite ville du département des Basses-

Pyrénées , appelée aujourd’hui Bidache, sur la Bidouze, à 32 kil. de Bayonne, et dont la population est de 2,760 âmes. C'était jadis la capitale de la seigneurie indépendante que cette famille possédait entre le Labourd et la basse Navarre. Les Gramont font remonter leur origine à Sanche- Garcie Agramonte d’Aure, vicomte d’Arboust, seigneur de Montalban et de Salles, lequel, en 1381, rendit hommage pour ces divers fiefs au comte de Foix. Ils se divisent depuis longtemps en deux branches, bien distinctes : celle de Gramont-d'Aure ou d’Aster, et celle de Gramont-Caderousse.

Les Gramont-d’Aure, branche aînée de la maison, descendent en ligne directe de ce Sanche Garcie Agramonte d’Aure, dont nous venons de parler. La vicomté d’As/er, en Bigorre, passa en (460, par acquisition, dans leur famille , qui depuis en a conservé le nom.

Les Gramont-Caderousse , autrement dits du Dauphiné, descendent d’un cadet des Gramont de Navarre qui, au quinzième siècle, vint s'établir dans cette province, où il acquit la seigneurie de Vachères. En 1767, Marie-Philippe pe Gramont-VacuÈREs hérita par le testament d’André- Joseph d’Ancezune, duc de Caderousse, son parent maternel, de tous les biens de la maison d’Ancezune, et nofamment du duché de Caderousse, dont le titre a été porté depuis par ses descendants. Une ordonnance royale de 1826 confirma au duc de Gramont-Caderousse, né en 1783, et appelé alors à la pairie, la possession du titre de duc.

Les Gramont-d’Aure sont évidemment ceux qui ont le plus de droit d'occuper l’histoire. Voici les personnages les plus célèbres dont elle fasse mention :

Roger ne Gramonr, sieur de Bidache , fut ambassadeur à Rome sous Louis XII. Deux de ses fils suivirent la carrière ecclésiastique; l’un devint archevêque de Bordeaux; Pautre, Gabriel ne GramoxT, mort en 1534, après avoir été chargé par François I°" de diverses missions délicates, d’une, entre autres, auprès du roi d’Angleterre Henri VIII, dont il devait hautement approuver le projet de divorce avec £'atherine d'Aragon, dans l'espoir de lui faire ensuite épouser la duchesse d'Alençon, fut récompensé de ses services d'abord par l'ambassade de Rome, puis par l'évêché de Poitiers, d’où il ne tarda pas à être promu à l'archevéché de Toulouse. En 1525, la petite-fille de Roger, unique héritière de la maison de Gramont, épousa un de ses cousins, Menaud d’Aure, vicomte d’Aster. Le fils issu de ce mariage, Antoine d’Aure, fut substitué aux noms et armes de Gramont , et servit les rois Henri II et Henri III.

Philibert ne Gramonr, comte de Guiche, épousa Diane d’Andouins, La belle Corisande, qui devint l'une des mattresses de Henri IV. On sait que ce fut par impatience d'aller déposer aux pieds de la belle M°® de Gramont, comtesse de Guiche, alors à Bidache, les vingt-deux drapeaux enlevés à l’ennemi dans la bataille de Coutras, que ce prince perdit tout le fruit de cette grande victoire, dont les résultats, dit Sully, s’en allèrent au vent et en fumée. Ajoutons que la belle Corisande était veuve lorsque Henri IV en devint éperdûment amoureux, et qu’elle racheta sa faiblesse en vendant ses diamants, en engageant ses biens, pour pouvoir, à diverses reprises, lui envoyer des renforts de Béarnais et de Basques enrôlés à ses frais. Henri IV, ne se piquant pas plus de fidélité envers ses maltresses que de reconnaissance envers ses serviteurs, oublia, comme tant d’autres, La belle Corisande, dont les lettres à ce prince sont conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal, après avoir été publiées dans le Mercure de France de 1765. Un de ses petits-fils, le fameux comte de Gramont, beau-frère d'Hamilton, regrettait amèrement un jour, en présence de Louis XIV, la folie qu'avait faite son père en refusant de se laisser reconnaître pour fils de Henri IV ; acte dont l’idée première venait du roi lui-même, qui eût, il est vrai, déshonoré son grand-père, mais qui lui aurait, tout au moins, valu l'avantage d’être déclaré de sang royal, et qui eût dès lors assuré à sa descendance la préséance, à titre de premiervenu, sur César de Vendôme et autres bâtards.

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