‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 335 sur 552 · GRAMONT · texte numérisé non relu

GRAMONT

Le comté de Gramont fut érigé en duché, en 1643, en faveur d'Antoine LI, vicomte d’Aster et de Louvigny, qui avait épousé une nièce de Richelieu. Son fils Antoine, troisième du nom, maréchal de France et vice-roi de Navarre, avait été compris dans le même brevet, et fut, en 1648, créé duc et pair, pour ce titre passer à ses hoirs mâles. On a de lui des Mémoires, bien moins intéressants que ceux de son frère, dont Hamilton s’est fait l'éditeur, mais où on ne laisse pas que de trouver de curieux renseignements sur ses négociations en Allemagne et en Espagne, ainsi que sur les événements militaires de cette époque.

C’est son frère Philibert qui tenait le propos que nous avons raconté plus haut, et que Louis XIV exila un instant pour avoir osé lui disputer le cœur de M°° de Lamothe- Houdancourt. Ce comte de Gramont avait d’abord servi sous les ordres de Condé et de Turenne. Les loisirs de la paix lui avaient ensuite permis de mener la vie la plus épicurienne, et l’exil dont le frappa la rancune du grand roi n’apporta pas de changement à sa manière de vivre, Il retrouva en effet à la cour de Charles II des amours tout aussi faciles et des aventures non moins éclatantes ; son beau-frère Hamilton s’est chargé de nous en transmettre l’histoire dans un livre resté l’un des chefs-d’œuvre de la prose française. Ce comte Philibert de Gramont, qui fut le Fronsac, le Richelieu de son époque, mourut en 1707, à l’âge dequatre-vingt-six ans. Saint-Simon dit de lui qu’il excellait à saisir età peindre, en deux coups de langue irréparables et ineffaçables, le mauvais, le ridicule, le faible de chacun. « C'était, ajoute-t-il, un chien enragé, à quirien n’échappait. Sa poltronnerie reconnue le mettait au-dessus de toutes suites de ses morsures ; avec cela, escroc avec impudence, et fripon au jeu à visage découvert, et jouant gros jeu toute sa vie. Tombé assez gravement malade, un an avant de mourir, sa femme s’avisa de représenter à ce pécheur endurci, qui n’avait pas la moindre teinture d’aucune espèce de religion, la nécessité de faire sa paix avec Dieu. L’oubli entier dans lequel il en avait été toute sa vie le jeta dans une étrange surprise quand il entendit sa femme essayer de lui faire comprendre les grands et augustes mystères bases du christianisme. A la fin, se tournant vers alle : « Mais, comtesse, me dis-tu là bien vrai? » Puis, lui entendant réciter le Pater, « Comtesse, lui dit-il, cette prière est belle ; qui est-ce qui a fait cela? » La comtesse lui survécut peu; elle mourut en 1708, âgée de soixante-sept ans. Mme de Maintenon avait un instant été inquiète des attentions que lui témoignait Louis XIV, quand ce prince s'était mis à aimer les beautés déjà mûres.

Armand ve Gramonr, comte de Guiche, fils aîné d’Antoine, troisième du nom, fut un des premiers qui, se jetant dans le Rhin, en 1672, traversèrent ce fleuve à la nage, et par leur exemple entraînèrent toute l'armée, tandis que Louis XIV , demeuré prudemment sur le bord, y maugréait, nous assure Boileau, contre sa grandeur, qui l’attachait au rivage. Douze ans auparavant, le comte de Guiche avait été exilé en Hollande par son royal maître pour s’être mêlé à une intrigue d’alcôve, dont le but était de faire renvoyer Mie de Lavallière, Son exil n'avait pas duré moins de huit ans; car sur le chapitre de ses amours Louis XIV était impitoyable. I1mourut en 1773, de douleur d'avoir été battu dans la conduite d’un convoi qu’il avait été chargé d’escorter,

Louis ne Gramonr , colonel des gardes françaises et gouverneur de Navarre, fut tué d’un coup de canon sur le champ de bataille de Fontenoy.

Antoine-Louis-Marie, duc DE GrAmonr, né le 17 août 1755, avait été fait pair par Louis XVIII en 1814. I était en outre capitaine d’une des compagnies des gardes du corps, nommée d’après lui compagnie de Gramont. Il mourut à Paris, en août 1836. Son fils aîné, qui de son vivant prenait le titre de dué de Guiche, était l'un des ménins du duc d'Angoulème, et fut longtemps à la cour des Tuileries le modèle de l'élégance et du goût. I] mourut en 1854.

Son fils, Agénor-Alfred, duc ne Gramonr, né le 14 août 1819, à Paris, fut élevé avec le comte de Chambord. Ad-

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