‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 337 sur 552 · GRAND-DUC — GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

GRAND-DUC — GRANDE-BRETAGNE

de Luxemboura, et l'électeur de Hesse celui de grand-duc de Ful«a.

On est aussi dans l'usage de donner aux princes de la famille impériale de Russie le titre de grand-duc, tandis que leur qualification officielle, en russe, est grand-prince.

GRAND-DUC ( Ornithologie). Voyez Duc.

GRANDE ARMÉE, locution par laquelle on désignait, sous le premier empire, l’armée française quand elle était commandée par Napoléon 1°° en personne. On connait les Bulletins de la grande armée.

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE, United Kingdom of Great-Brilain and Ireland. Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, telle est aujourd’hui la dénomination officielle sous laquelle on comprend l’ensemble des possessions dont se compose l'empire britannique. Le nom de Grande-Bretagne ne s'applique, à bien dire, qu'à la grande île divisée en Angleterre, Pays de Galles et Écosse ( Great Britain); et c’est en ce sens que le mot Brifannia se trouve dejà employé par les anciens écrivains classiques. Une grande quantité d'îles voisines en

du North-Wales (Galles du Nord) par le Menai-Channel (Canal de Menai) ; Wan, placée entre l'Angleterre et l'Irlande ; le groupe des nombreuses iles Scilly ou Sorlingues, en avant de l'extrémité occidentale du comté de Cornouailles ; et les Jles Normandes, situées près des côtes de la Normandie, les unes et les autres formant autant de dépendances immédiates de lAngleterre. De l'Écosse dépendent les Hébrides, les îles du golfe de la Clyde, parmi lesquelles on remarque Lewis, Arran, Bute, Iona et Skye; plus les iles Orkney ou Orcades; enfin}, tout à l’extrémité septentrionnale, les îles Shetland, au nombre de cent environ. L’Irlande n’est flanquée d'aucune île de quelque importance.

La situation de ce groupe d'îles, le plus considérable de l'Europe, est éminemment favorable au développement d’une puissance maritime. A l’est, la mer du Nord avec les nombreux éléments de commerce et de civilisation qu’y déversent les grands fleuves de l'Allemagne : au sud, les États d'origine romane avec leur perpétuelle mobilité, et dont le sépare seulement un canal de peu de largeur; à l’ouest, l'océan Atlantique, limité par l'immense développement de côtes du continent américain, Ainsi placée, libre dans tous ses mouvements , la Grande-Bretagne domine toutes les voies maritimes de l’univers. Ses côtes, profondément échancrées sans Ctre hérissées de rochers d'un accès difficile, sont merveilleusement propres au rôle qui lui est assigné. Quoique située entre le 50° et le 61° de latitude septentrionale, l’ile de la Grande-Bretagne jouit d’un climat tempéré, analogue à celui du centre de l’Allemagne et même à celui de la Crimée, quoique située bien plus au Sud. En Irlande, la température est en moyenne sensiblement plus basse.

Séparée de l'Irlande par la mer d'Irlande, la Grande-Bretagne s’élend entre 49°57' et 58240! de lat. nord et 0°15! et 12° 55’ de longitude est, Sa plus grande longueur à partir du cap Dunnet, au voisinage des Orcades, ou du cap Wrath dans le comté de Sutherland en Écosse, jusqu’au cap Lizard, à l'extrémité sud-ouest de l'Angleterre, sur les bords du Canal, est de 977 kilom.; et sa largeur extrême, entre le cap Landsend (un peu à l'ouest du cap Lizard) et Yarmouth (à l’est de Norwich), en Angleterre, est de 514 kilom: Abstraction faite du point septentrional extrême de l'Écosse, sa moindre largeur, au nord de l’Angleterre, est entre le golfe de Solway et Tynemouth, non loin de Newcastle, où elle n’est que de 11 myriamètres; et en Écosse, entre le Frit of Clyde et le Frith of Forth, où elle ne dépasse même pas 7 myriamètres. Mais ce qu'on appelle indifféremment tantôt Royaume-Uni de laGrande: Bretagne et d'Iriande, tantôt Royaume-Uni tout court, ou encore empire Britannique, s'étend sur toutes les parties du globe. Ainsi, indépendamment de son principal groupe insulaire, ilcomprend ! encore on Europe quelques-uns des points les plus impor- |

dépendent; les plus considérables sont : Anglesey, séparée |

fants pour le commerce et pour la navigation; en Asie, la

plus belle, la plus riche portion de cette partie du monde;

en Afrique, un important développement de côtes et di-

verses îles; en Australie, plusieurs provinces déjà orga-

nisées et d'immenses territoires n’offrant que sur quelques

points des frontières sûres; et dans l'Amérique du Nord,

des régions pour ainsi dire sans limites. On évalue J'en-

semble de la superficie des possessions britanniques (1873)

à 12,034,496 kilomètres carrés; chffre dans lequel le Royaume-Uni proprement dit n'entre que pour un peu

plus de 223,000 kilomètres. Voici quelles sont en Eu-

rope les parties de territoire qui dépendent encore de la

Grande-Bretagne : Helgoland, dans la mer du Nord; et

dans la Méditerranée, Gibraltar, Malte et Goze. Quant

aux iles Ioniennes, placées depuis 1815 sous le protecto-

rat de cette puissance et administrées par elle, elles onf

été, en vertu du traité de Londres (14 novembre 1863), réu-

nies au royaume de Grèce, Parmi ses possessions et ses

colonies situées en dehors de l’Europe, les plus anciennes sont celles de l'Amérique du Nord (à partir de 1497). Le courant de l'occupation britannique se porta ensuite, soit par les voies pacifiques du commerce et de la colonisation , soit par les voies guerrières de la conquête, vers l'Amérique centrale; et un peu plus tard, vers l'Afrique. En Asie, après que la Compagnie des Indes se fut solidement établie à Bombay, en 1688, la puissance britannique en est venue peu à peu s'étendre sur un territoire de près de 2,558,000 kilomètres carrés. C’est en Australie qu'ont eu lieu ses plus récents accroissements.

La nature du sol de la Grande-Bretagne n’est pas la même en Angleterre qu’en Écosse; et on peut dire, généralement parlant, que l'Angleterre est un pays de collines, l'Écosse un pays de plateaux, et l'Irlande un pays plat. Cependant, dans certaines parties de l’ouest de l'Angleterre, le sol ne laisse pas que d'atteindre encore des altitudes assez considérables. De lélévation générale de la Grande-Bretagne il résulte que tous les fleuves, lors même que le cours en est peu étendu, offrent assez de profondeur et sont naturellement navigables, ou bien le deviennent aisément par la main de l’homme, de même que leurs embouchures, ordinairement vastes et spacieuses , forment autant de ports naturels. Voilà aussi pourquoi la Grande- Bretagne et l'Irlande présentent bien plus de ports et de havres que la France sur ses côtes baignées par l'Atlantique, où il a fallu que l’art vint au secours de la nature. Ainsi on n’y compte pas moins de cent ports de premier ordre, pouvant abriter des bâtiments de guerre et des bâtiments de commerce du plus fort tonnage, et environ cinq cents rades. Parmi ses fleuves, naturellement très-bornés dans leur cours, la Tamise est le plus long (35 myriamètres) et en même temps le plus important. Les lacs d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande offrent proportionnellement des masses d’eau beaucoup plus considérables ; et partout où il pouvait importer d'établir des communications entre les fleuves, les lacs et la mer, on n’a pas non plus manqué de le faire; tâche dans l'accomplissement de laquelle il a été déployé autant d’habileté que d'énergie. 11 est donc exact de dire qu’il n’y a pas au monde de pays qui offre une aussi admirable quantité d'éléments de prospérité politique et commerciale que la Grande-Bretagne.

Les Tables of revenue, population and commerce, publiées par le Bureau de Statistique, fournissent sur la popnlation de la Grande-Bretagne des renseignements exacts et basés sur les recensements généraux qui ont lieu tous les dix ans, depuis 1801, par ordre du parlement, Le recensement de 1871 donnait à l'Angleterre et au pays de Galles 22,911,296 habitants ; à l'Écosse, 3,358,613; aux iles qui en dépendent , 144,430 ; par conséquent à la Grande-Bretagne proprement dite, 26,414,349 habitants; et il portait la population de l'Irlande à 5,402,759 âmes ; total général pour le Royaume-Uni : 31,817,108 habitants, Si on compare ces résultals avec ceux qu'avait donnés le recensement de 1841, ils ne présentent d'augmentation que pour

GRANDE-BRETAGNE

la Grande Bretagne : cette augmentation est de 7,756,000 âmes, tandis que pour l'Irlande il y à une diminution de

2,772,365 habitants. D'après les indications détaillées

fournies par le recensement de 1871, on comptait en An-

gleterre 162 habitants par kilomètre carré; 63 dans le

pays de Galles; 43 en Écosse, el 65 en Irlande. L’accrois-

sement de la population avait été pour la période décen-

nale 1861-1971 de 13,15 pour 100 en Angleterre et Galles,

de 9,70 en Écosse, et la décroissance de 6,80 en Irlande.

Sous le rapport des races, la population du Royaume-Uni

se partage en deux groupes bien distincts : la race germaine et la race celte. Cette dernière, aujourd’hui complétement asservie et subjuguée, est la plus ancienne. Elle se compose de deux familles fort proches parentes, celle des Æymrs ou Brites, et celle des Zrses ou Gaels. Les Gallois et les Cambriens du Westmoreland et du Cumberland appartiennent à la plus ancienne race celte, et sont proches parents des habitants de notre Bretagne. La famille gaélique se divise en deux branches : celle des Erses ou Ires, en Irlande, et celle des Gaels en Écosse, dans l'ile de Man et les Hébrides. De ces deux races distinctes, les {res forment les 3/8, les Kymrs 1/35, et les Écossais 1/27 de la population totale. Les Anglais, race d’origine germaine, forment au delà de la moitié. Provenus, immédiatement après la chute de la domination romaine, du mélange des Anglo-Saxons et des Scandinaves , ils furent remplacés plus tard avec beaucoup de bonheur par les Normands-Français, de sorte qu’il en résulta un mélange de peuples parfaitement tempéré. Outre ces nationalités dominantes, il existe encore dans la Grande- Bretagne 18,000 Bohémiens ou Gitanos, et 130,000 juifs dans les grandes villes. Le partage de la population en castes a ses racines profondément implantées dans la constitution anglaise même (voyez ci-après, page 448, le chapitre du présent article consacré à la constitution politique de la Grande-Bretagne ); or, cette expression a ici une tout autre signification qu'ailleurs. En effet, ce n’est pas la loi qui a établi ces différences de castes; mais ce sont les mœurs, toujours autrement fortes que les lois, qui les maintiennent inébranlablement. Cette circonstance imprime des caractères bien distincts à l'État essentiellement commercial qu'on appelle la Grande-Bretagne et à celui qu’on désigne sous le nom d'Union Américaine du Nord. Tout y pivote sur le sentiment impérieux du devoir, sur le noble et orgueilleux respect de soi-même; et ce sont là des idées qui

y ont pris de si puissants développements, qu'il en est |

résulté une saisissante unité dans {out ce qui constitue la nationalité britannique, unité offrant le plus saillant contraste avec {a grandeur propre aux États-Unis de l'Amérique du Nord, produits du mélange de toutes les nations du globe. L'Anglais quand il fait du commerce est toujours et partout négociant; l'Américain du Nord, lui, n’est jamais qu’un brocanteur, alors même qu’il se trouve mêlé aux plus importantes transactions commerciales.

De même, les: Anglais ont dû donner à leur Église une forte et grande position. Quand, après la restauration des Stuarts, l’Église épiscopale (voyez ANGLIcaANE [Église]) fut rétablie complétement dans ses droits comme Église officielle pour l'Angleterre et l'Irlande, l'Église presbytérienne obtint en Écosse les mêmes droits et priviléges. Le catholicisme demeura, jusque dans ces derniers temps, tout à fait en dehors du droit commun ; et le gouvernement fit d’autant plus preuve de rigueur à son égard, qu'après la chute des Stuarts on soupçonna en lui un dangereux partisan de l’ancienne maison royale et presque un révolutionnaire. En ce qui est des dissidents protestants, de ceux qui au sein même de l’Église officielle, en repoussaient certains dogmes, certaines doctrines, l'esprit de tolérance trouva une bienfaisante expression dans l’édit de Guillaume III de 1689. Dans son culte et dans sa discipline, l'Église officielle a conservé beaucoup de traces du catholicisme; tandis que le caractère

de ses dogmes est essentiellement protestant, Ses 2 arche- Nèques et ses 26 évêques ont siège et voix délibérative

dans la chambre haute. L'État leur a constitué une magni fique dotation; mais le bas clergé, en général, est demeuré dans une position mistrable. Le primat de toute la monarchie est l'archevêque de Cantorbéry; celui d’York est le primat particulier de l'Angleterre. Il existe en outre un archevêque de Dublin et un archevêque d’Armagh ; toutefois , celui-ci ne siège pas à la chambre haute. Les 26 évêchés de l'Angleterre et de Galles se partagent en 2 provinces: 1° Cantorbéry, Bangor, Bath et Wells, Chichester, Ely, Exeter, Gloucester et Bristol, Hereford, Lichfield, Lincoln, Llandaff, Londres, Norwich, Oxford, Peterborough, Rochester, Saint-Asaph, Saint-David, Salisbury, Winchester, Worcester ; 2° York, Carlisle, Chester, Durham, Manchester, Ripon, Sodor et Man. En Irlande il y a (1873) 2 archevêques et 10 évêques «nglican:, Dans les recensements de la population, on évite de la diviser au point de vue des croyances religieuses. L'Église officielle com pte environ 15.000,000 d’adhérents Quant à l'Église catholique, longtemps opprimée, elle jouit aujourd’hui d’une liberté complète; et compte environ 6,500,000 adhérents, dont la grande majorité sont Irlandais. Depuis son émancipation, plusieurs couvents ont été fondés. Le pape a divisé l’Angleterre en 12 diocèses, un archevêque à Westminster (depuis 1852, Wiseman, puis Manning) et 12 évêques suffragants. En Irlande résident quatre archerêques, ceux d’Armagh, de Cashel, de Dublin et de Tuam, auxquels se rattechent, dans les possessions extérieures de la Grande-Bretagne, les trois archevêques de Malte, de Québec etde Sidney. 11 en dépend en outre 23 évêchés. L’Éulise presbytérienne (plus spécialement constituée en Écosse) compte plus de 2,600,000 adhé! rents. Le reste de la population du Royaume-Uni se partage entre les nombreuses sectes de dissidents, dont la plus importante est celle des wesleyens ou méthodistes. D’ailleurs dans toute la nation, dans les hautes comme dans les basses classes, c’est pour chacun une affaire capitale que tout ce qui a trait à la religion, à l’église, et à leurs intérêts respectifs. L’instruction générale ne répond pas à beaucoup près au brillant développement que l'Église en général a pris dans la Grande-Bretagne. On doit même reconnaître que l'instruction élémentaire y est extrêmement négligée. Deux circonstances expliquent comment il a pu arriver qu’on fit si peu de chose sous ce rapport. D’une part, les tendances conser vatrices propres au génie britannique, qui l’aftachaient trop servilement aux formes et aux traditions reçues, de telle sorte que les progrès réalisés dans la science et dans l'éducation lui semblaient non avenus; de l’autre, sa tendance à appliquer immédiatement toutes les forces actives lafin d’en tirer tout de suite tout le parti possible. C’est là aussi Ge qui explique que dans la nartie la plus éclairée, la plus civilisée du royaume, en Angleterre et dans le pays de Galles, ‘les choses en aïent pu arriver à ce point que plus de la moitié des enfants (9/14) ne recevaient en 1818 aucune espèce d'instruction. En 1846 un tiers environ Ces enfants restaient privés de tout enseignement. Ce fut en 1833 que pour la première fois le gouvernement, dans le but d'améliorer la situation des écoles, accorda une subvention annuelle de 50,000 fr., laquelle fut portée successivement à 3,125,000 fr. en 1849; à 9,240,000 fr. en 1855; et à 21,018,000 fr. en 1869. C'est seulement en 1870 qu’une loi d'ensemble a été votée pour organiser l'instruction primaire; en Vertu de cette loi chaque paroisse doit être pourvue d’une école, placée sous la surveillance d’un comité spécial, et accessible aux enfants de cinq à treize ans; ceux dont les parents seront nécessiteux seront admis gratuitement. L’instruction est rendue obligatoire, du moins chaque comité a pour devoir de n'y laisser soustraire aucun enfant. Le budget de l'instruction primaire a été en même temps augmenté : il était fixé en 1870 à la somme de 914,721 liv. st. (22,868,025 fr.) pour la Grande- Bretagne, non compris 12 millions environ provenant &e donations et de souscriptions publiques. En Irlande le gou-

vernement avait dépensé pour le même objet 9,500.,000 fr. Aussi le progrès des écoles élémentaires a-t-il été rapide : en 1862 on en comptait dans la Grande-Bretagne 7,569, fréquentées par 1,476,240 enfants ; et en 1870, il y en avait 10,949 avec le double d’écoliers. Le bon sens pratique particulier aux populations anglaises à d’ailleurs été ici un auxiliaire aussi puissant qu’utile. C’est d’Angleterre que proviennent non - seulement les écoles lancastériennes, mais encore le développement des écoles du dimanche; et il n’est pas de pays au monde où existent un si grand grand nombre d'associations pour l'éducation du peuple. Les grammar schools et les colleges ont pour but de donner un degré d'instruction supérieur. Parmi ces derniers, où l’on peut acquérir une instruction classique assez élevée, on distingue surtout Eton, Westminster, Harrow et Winchester. Ces colleges sont pour les classes élevées de la société ce que les academies sont pour les classes moyennes. La fondation des universités de la Grande-Bretagnes remonte en grande partie aux temps les plus reculés. Les deux plus importantes qu’il y ait en Angleterre, Oxford et Cambridge, datent du treizième siècle. Vinrent après celles de Dublin (1320 ) et d'Édimbourg (1581 ); toutefois, la première ne s’ouvrit qu’en 1591. Les universités de Glasgow, d’Aberdeen et de Saint-Andrews sont d’une création plus récente. De nos jours (-le 1°" octobre 1828) a eu lieu l'ouverture de l’université de Londres, de l’enseignement de laquelle la théologie est expressément exclu, et dont les principaux fondateurs furent lord Brougham et lord John Russell. Plus tard a également eu lieu dans la capitale la fondation du King's college, la contrepartie de cette institution à tendances toutes modernes, et placé sous le patronage spécial du haut clergé et des tories. Les antiques universités de la Grande-Bretagne ne ressemblent d’ailleurs en rien à celles de l’Allemagne ou de la France. Celles d'Écosse présentent } cet égard plus d’analogies ; quant à l’université de Londres, les établissements de l’Allemagne lui ont servi de modèles.

On se tromperait toutefois si de l’état d’infériorité où est restée en Angleterre l'instruction élementaire on voulait induire que l'instruction générale de la nation est aussi fort arriérée. L'erreur ne serait pas moindre si le caractère grandiose des universités était un motif pour croire à l’existence de connaissances scientifiques étendues dans les classes supérieures ou au dévouement de celles-ci aux intérêts de la science. Le génie éminemment pratique des Anglais a été un préservatif contre le premier de ces résultats, en même temps qu’un obstacle au second.

Le caractère moral de la nation est d’ailleurs extrêmement respectable, Malgré les progrès toujours croissants du luxe et des richesses, l'insécurité des personnes et des propriétés a toujours été en diminuant. Circonstance bien remarquable, l'augmentation du nombre des crimes ne s’est pas produite là-où la population est devenue de plus en plus agglomérée et l'industrie de plus en plus active, mais là où la population est restée le plus clair-semée, là où le travail manuel, et notamment le travail agricole, est demeuré prédominant, Ainsi , tandis que depuis le commencement du siècle la moyenne annuelle des crimes s’est accrue en Irlande d’un septième, cet accroissement n’a été que d’un sixième en Écosse, et d’un cinquième seulement en Angleterre et dans le pays de Galles. Les enfants naturels sont plus nombreux dans les endroits de fabriques, là où existe une population compacte; et voici dans quelles proportions ils se trouvent en Angleterre et dans les Pays de Galles par rapport aux naissances légitimes : En 1830, la proportion était de 1 à 18, en 1840 de 1 à 14, en 1848 de 1 à 15. Consultez à cet égard Fletcher, Summary of the moral Statislics of England and Wales (Londres , 1849).

Si on prend d’autres pays pour points de comparaison, on peut dire qu’il n’est pas de contrée en Europe où le peuple jouisse de plus de bien être réel qu'en Angleterre; résultat que prouve le chiffre de la mortalilé, plus favorable de beaucoup que partout ailleurs la Norvège el la Suède

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seules exceptées. On n’a à cet égard de données positives que pour l’Angleterre et le pays de Galles, et ici encore ik y a de grandes variations, suivant les différentes régions, du nord-ouest au sud-ouest, Dans le Cheshire et le Lancashire, le chiffre de la mortalité est de 1 à 38,7 ; dans les comtés de Wilts, de Dorset, de Cornwall, de Somerset et de Devon, comme { à 53,4; à Londres, comme 1 à 42,7; de sorte que la moyenne générale est de 1 à 46,2. Ce rapport favorable est la preuve la plus convaincante qu’on puisse fournir du bien-être dont jouissent les populations britanniques ; ce bien-être n’est pas le partage des seules classes riches, et il s’en faut que le pauvre lui-même vive aussi misérablement en Angleterre et en Écosse qu’en Allemagne, par exemple. Mais les développements immenses que prennent le commerce et l’industrie ont l'inconvénient de rendre autrement visible le paupérisme là où il se produit, et de lui prêter de plus grandes proportions. Que si dans ces derniers temps Pétat des choses n’a fait à cet égard qu'empirer, ceci s’explique par l'immigration de plus en plus considérable des Irlandais, populations restées au plus bas degré de l'échelle sociale; car cette immigration a eu pour conséquence de provoquer la concurrence des forces mécaniques. Du reste, les communes, l'État et les associations particulières ont pris les mesures les plus propres à prévenir l’extension indéfinie du prolétariat. Dès l’époque d’Élisabeth, à l’aurore même de la grandeur britannique , la loi des Poor rates imposait aux communes l’obligation de n’avoir pas de pauvres dans leur sein; et cette loi a reçu de nos jours une extension nouvelle, d’abord en 1834 par le Poor rales amendement act, et surtout en 1847 par le Poor law extending act applicable à l'Irlande. Comme il serait impossible d’établir une maison de pauvres dans chaque localité, les indigents sont envoyés dans les maisons de pauvres de district ( Union workhouses), dont il ex istait 607 en 1851, 645 en 1871 pour 1,081,926 indigents (Angleterre et Galles); 150, en 1871, pour 74,692 indigents (Irlande). Il existe en outre une foule d’associations ayant pour but de venir au secours des indigents, les unes fo ndées au sein de l’Église, les autres dans le monde des fabriques, etc. Le gouvernement fait du paupérisme l’objet de ses plus constantes sollicitudes, ainsi qu’on en a la preuve au budget. D’après un rapport fait en 1871 au parlement voici la marche qu'a suivie la taxe des pauvres pour l'Angleterre et le pays de Gal'es : en1750 elle était de 730,137 liv. st.(18,253,425 fr.), c’est-à-dire de 2 fr. 85 c. par an et par habitant; en 1785, de 7.10; en 1803, de 14.45; en 1815, de 16.90; en 1826, de 13.25; en 1834, de 14.30; en 1841, de 9,50; en 1851, de 9.40; en 1861, de 9.80; en 1870, de 12.30. Les effrayantes peintures que certains écrivains se plaisent à faire de la profonde misère à laquelle sont en proie les classes pauvres de la Grande-Bretagne sont en général fort exagérées, et n’ont guère de vérité que lorsqu’elles se rapportent àl’Irlande, pays où la misère n’est pas moins poignante que dans certaines parties de la Silésie prussienne êt de l’Erzegebirge saxon, Toutes proportions gardées, il y a bién plus de pauvres en Belgique que dans la Grande-Bretagne. Consultez à cet égard l'ouvrage intitulé : On cases of death and starvation among the kumbler classes (Londres, 1540 ); Chadwick, Report on the sanitary condition of the labouring population of Great-Brilain (1843); Gilbert, Summary of the occupation of the people of England (1844); Thornton , Over population and its remedy (1846). L’émigration fournit un excellent dérivatif pour un pareil état de choses ; et c'est là un topique dans l'emploi duquel les Anglais apportent des idées toutes différentes de celles des autres peuples, des Allemands par exemple. Les premiers abandonnent le sol de la patrie pour aller fonder au loin un nouvel élément de la puissance nationale; les seconds, dans l'espoir de se confondre avec les populations au milieu desquelles ils comptent s'établir, Chaque année aussi le mouvement d’émigration s'accroît dans la Grande-Bretagne. En 1849, le chiffre total dès émigrations fut de 299,498 indi-

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vidus, dont 41,367 pour les possessions anglaises de l’Amérique du Nord, 219,450 pour les États-Unis, 32,091 pour l'Australie, 6,590 pour le Cap, l'Afrique méridionale, etc- En 1850, le chiffre de l'émigration redescendit à 276,843 individus. En 1852 il fut de 368.767, un peu plus de 1,000 par jour; en 1861 il tomba à 91,770, dépassa 200,000 dans les années 1863 à 1866 , et s’éleva de nouveau, en 1870, à plus de 256,000, Le produit total de l’én igration du Royaume-Uni de 1825 à 1850 a été de 2,562,027 individus; et de 1851 à 1871 il a été de 4,225,932; soit pou ces deux périodes, 6,787,959 individus, d'origine irlandaise pour les deux tiers, ont quitté leur patrie pour aller s'établir aux États-Unis surtout, puis dans l'Amérique

anglaise du Nord, l’Australie, etc. De grandes asso-,

ciations se sont formées, surtout depuis 1848, à l'effet de favoriser l'émigration ; et en 1849 il s’en est constitué une à Londres, dont le out est de faciliter plus particulièrement l’'émigration des femmes, Le gouvernement vient en général en aide à l'émigration pour les colonies britanniques; c’est ce qui fait que nous voyons aujourd’hui l'élément et la puissance britanniques prendre sur tous les points du globe une extension presque illimitée.

Quand on s’avise de décomposer la population pour la diviser d’après la nature spéciale des travaux auxquels elle se livre, on arrive à des résultats tout autres que ceux auxquels on se serait attendu d’après la première impression que produit l’ensemble. En 1831 voici comment se décomposait encore le chiffre total de la population : 31,51 sur 100 individus s’occupant de travaux agricoles ; 39,65, de commerce et de travaux de fabriques ; 28,84, professions diverses. Mais dans les années suivantes on voit les forces vives de la nation abandonner toujours de plus en plus les travaux de la terre pour ceux du commerce et de industrie, de sorte qu’en 1861 déjà les rapports ci-dessus indiqués se trouvaient modifiés comme suit : La population agricole de l’Angleter re et du pays de Galles était de 10,1 sur 1005 la population industrielle et commercante, 27,4; professions diverses, 62,5 ; en Écosse, 12,5, 25,6 et 61,9; pour la Grande-Bretagne en général, 40,9 67,5 et 191,6. En 1861 on comptait dans la Grande-B retagne et les îles qui en dépendent (l’Irlande exceptée) , 2,389,063 individus s’occu pant d'agriculture, dont 2,010,454 en Angleterre et dans le pays de Galles, et 378,609 en Écosse, dans les îles de Man, de Jersey, etc. Toutefois, en Irlande, sur1,472,787 familles il y en a encore 988,999 qui s’adonnent à l’agriculture. Le rapport des individus du sexe masculin et du sexe féminin travaillant dans les fabriques et les manufactures de tissus présentait cette même année les résulfats suivants : on comptait en Angleterre, dans le pays de Galles et en Écosse 1,465,485 individus ( ou 54 pour 1,000) employés spécialement à la fabrication du coton; 167,251, à la fabrication des laines ; 83,818, à celle de la soie; 85,21 à celle des toiles ; totai : 800,246, dont 181,738 pour l'Écosse. En Irlande, on comptait 665,239 travailleurs, dont 138,609 occupés à la fabrication des toiles; 177,746, à la fabrication des lainages ; et 6,415 à celle des cotonnades. On comptait 16,350 ouvriers employés à la fabrication des machines, dont 14,362 en Angleterre et 2,188 en Écosse. Le chiffre total de la population ouvrière s’occupant de travaux métallurgiques (fer, cuivre, plomb, étain, etc.) était de 36,209, dont 32,124 pour l'Angleterre et 4,085 pour l'Écosse. Sur ces chiffres, l’industrie du fer absorbait 29,497 travailleurs ( dont 25,878 pour l'Angleterre et 3,619 pour l’Écosse). On comptait dans les différentes mines 193,831 travailleurs, dont 173,275 en Angleterre et dans le pays de Galles, et 20,556 en Écosse, L'exploitation des mines de houille absorbait la plus grande partie de ces chiffres, à savoir, 118,233 individus. Venaient ensuite les mines de cuivre occupant 15,407 travailleurs ; les mines de plomb, 11,419; et les mines de fer, 10,949.

On voit par les chiffres ci-dessus indiqués que l’agritulture est loin de jouer un rôle secondaire et subordonné

à celui de l'industrie; et il est encore exact de dire que l'agriculture anglaise peut servir de modèle à l’univers enlier. Trois cinquièmes de la superficie du sol de la Grande- Bretagne, de l'Irlande et des îles, ou lui sont immédiatement consacrés, ou sont utilisés comme pâturages et pacages. L'esprit inventif et le bon sens pratique du peuple anglais se sont déployés merveilleusement dans cette voie, et tous les jours on trouve les moyens de restituer à la culture, surtout dans l’est, des portions du sol qu’on n’y avait point encore appropriées. On évalue de 45 à 50 millions de quarters le produit des récoltes de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, ensemble d’une valeur de 6 à 7 millions st., dont 18 à 20 millions de quarters de froment, 15 à 20 d'avoine et 8 à {0 d'orge. Toutes proportions gardées, c’est l'Irlande qui fournit la plus grosse part dans ces résultats. En 1846 cette ile a fourni à sa voisine 1,814,802 quarters de froment, d'orge et d'avoine, et en 1848, 1,496,814 quintaux de farine. Le froment est un objet de grande consommation, car l'usage du pain blanc est général dans les populations. Chaque année les produits du sol augmentent de quantité, par suite des soins toujours plus grands apportés à sa mise en valeur, des efforts tentés par les sociétés économiques, etc. Toutefois, en raison de l’agglomération si compacte de la population, dont une grande partie se trouve absorbée par les travaux de l’industrie et du commerce, il y a nécessité de recourir pour son alimentation à l'introduction des céréales étrangères; et le gouvernement de même que les particuliers y pourvoient. L’abolition complète, quia eulieu le {°° février 1849, de la taxe que depuis 1775 on prélevait à l’entrée sur les grains étrangers, et qui dès 1846 avait été singulièrement abaissée, a produit au total les plus heureux résultats. Peu de temps avant l'adoption de cette mesure, la valeur des céréales importées dans la Grande-Bretagne s'élevait annuellement à 5 millions sterling. Tout aussitôt après elle fut poussée à 19 millions. En 1850 la Grande- Bretagne reçut de l'étranger 7,999,435 quarters de grains et 3,873,908 quintaux de farine. Sur les importations de céréales faites en 1849, La plus grande partie du froment venait de la Prusse : 616,914 quarters; et la majeure partie de l’orge, du Danemark : 671,665 quarters. Les États-Unis avaient fourni la plus grande partie de la farine de fro-

: ment: {,779,362 quintaux ; venait ensuite la France, pour

1,013,373 quintaux. La mesure qui exonérait désormais de tous droits l'introduction des grains étrangers causait naturellement un tort immense aux fermiers (qui forment les deux septièmes de la population agricole, et qui pour la moitié environ occupent des travailleurs); elle provoqua dès lors de leur part les plus violentes démonstrations. Mais il est exact de dire qu’au total elle a profité à la nation tout entière, et plus particulièrement à la grande majorité des classes ouvrières, en rendant bien moins onéreuses les bases mêmes de leur alimentation. En 1870 la Grande-Bretagne a reçu de l'étranger une valeur totale de 854,241,000 fr. en grains et farines. Consultez Grey, Agriculture and the CornLaw (1842) ; Macqueen, Slalistics of agriculture, manufacture and commerce (1850).

L'élève du bétail n’a pas fait de nos jours moins de pragrès que l’agriculture ; peut-être même a-t-elle pris des développements encore plus larges. En 1871, il y avait dans le Royaume - Uni 9,346,216 têles de gros bétail, 4,136,616 porcs, 31,403,500 moutons, etc., et le poids moyen de ces animaux dépasse de beaucoup celur auquel on arrive sur le continent. La moyenne du poids du bœuf est 400 kilogr., celle des veaux 150, celle des moutons 125, En 1849, la valeur des bestiaux amenés sur les grands marchés de Londres s’éleva à 6 millions sterling. La consommation de la viande a d’ailleurs considérablement augmenté aussi en Angleterre ; elle va aujourd’hui à 67 kilogr, par tête. Aussi depuis la suppression des droits y a-t-on fait entrer une grande quantité de bestiaux étrangers, tirés notamment du Holstein et de la Hollande. Les importations d'Irlande, qui pour l’année 1849 s'étaient élevées à

201,811 bœufs el vaches, 241,061 moutons, 18,055 porcs et 9,831 veaux, avaient été insuffisantes pour la consommation de PAngleterre et de l'Écosse; et en 1850 il avait fallu demander à l'importation étrangère 46,708 bœufs et vaches, 137,646 moutons et 19,754 veaux, sans parler d’énormes quantités de viandes salées ou seulement mi-sel. Toutefois, dans ces derniers temps la baisse survenue dans le prix de la viande a quelque peu diminué les importations étrangères.

L'industrie minière dépasse à beaucoup d’égards tout ce qui existe en ce genre dans d’autres pays, notamment comme application à l’industrie manufacturière et au commerce. Ce n’est pas que la Grande-Bretagne soit riche en ce qu'on appelle métaux précieux ; mais en revanche les minéraux utiles au travail y abondent. Les gisements houillers, surtout, y sont aussi nombreux que puissants. Le vroduit de leur exploitation va croissant d’année en année. En 1850 il s’est élevé à 31 millions de tonnes, ou 621 millions de quintaux, en 1860 à 80 millions de tonnes, et en 1869 à 107 ,427,557 tonnes, ayant une valeur de 672 Millions de fr., production d’un tiers supérieure à celle de l’Europe entière. L'Angleterre et le pays de Ga les fourvissent la majeure partie de celte production, et les grands centres en sont Newcastle, Sunderland et Stockton , ainsi que les mines voisines de Manchester. Le charbon du pays de Galles convenant d’une façon toute particulière pour la navigation à la vapeur, l'extraction en prend des développements de plus en plus considérables. L'envoi des charbons à Londres a litu dans de si vastes proportions, qu’en 1849 une bourse spéciale a été instituée pour les négociants intéressés dans ces sortes d’affaires; et dans l'année 1870 il n’était pas entré dans Londres, par mer ou voie ferrée, moins &e 6,759,101 tonnes de houille. On compte (en 1869) dans le Royaume-Uni 2,900 houillères en exploitation et montées sur un capital de 30 millions sterling. La plus ancienne exploitation de charbon que l’on sache est celle de Newcastle, et date de l’année 1222. En 1850, l'exportation totale des houilles s’est élevée à 3,247,707 tonnes, et en 1870 à 11,495,092 tonnes, dont la plus grande partie a été absorbée par la France et l’Allemagne d’abord, puis par la Russie, l'Italie, le Danemark, etc. La valeur déclarée s’en était élevée, en 1870, à 137,672,250 fr.

En ce qui est de l’industrie des fers, la Grande-Bretagne l'emporte également sur toutes les autres nations. L’extraction du fer y commença de très-bonne heure ; fet des hauts fourneaux y étaient déjà en activité avant la venue de Guillaume le Conquérant. Cette exploitation ne devint pourtant réellement productive qu’à partir de lan 1619, lorsque lord Dudley eut appris à traiter le minerai de fer par la houille. Aujourd’hui cette industrie est en grande partie concentrée en Écosse et dans le pays de Galles, En 1849 on comptait 20 hauts fourneaux en activité en Écosse. Le plus important de ces établissements était celui de Coalbridge, qui produit 34,000 quintaux de fer brut par semaine ou par an {,800,000 quintaux. Celui de Dowlais, dans le pays de Galles, qui fournit chaque semaine 30,000 quintaux de fer brut à la consommation, ne lui cède guère en importance. Dans cette usine, comme dans celles du pays de Galles en général, on fabrique surtout des rails pour les chemins de fer. En 1869, la production totale du fer pour l'Angleterre et l'Écosse avait été de 5,445,757 tonnes, dont plus du tiers avait été livré à l’exportation, et le reste consommé à l’intérieur. 11 faut remarquer toutefois que si le le fer anglais revient à extrémement bon marché, parce qu'il est traité à la houille, les fers d'Allemagne, traités au bois, lui sont préférables sous plus d’un rapport. En 1848 il fut importé en Angleterre 53,547 quintaux de fers et aciers étrangers. N'oublions pas non plus de dire que ces matières, par les nombreuses préparations qu’elles reçoivent dans les manufactures anglaises, acquièrent une grande valeur et deviennent encore l'objet d'importantes exportations,

Il en est de même du cuivre , dont on importe d’immenses quantités (72,000 tonnes, en 1870) rien que pour y être affinées ; car la Grande-Bretagne ne consomme pas plus de cuivre que ne lui en fournit l'exploitation de ses propres

| mines. Les magnifiques usines où l’on affine le cuivre sont

situées dans le golfe de Bristol, sur la côte méridionale du pays de Galles, notamment dans la presqu’ile de Cornouailles, sur les rives du Swansea. Les importations de ce métal proviennent de la Norvège, de la Toscane, du Chili, de Cuba, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, et surtout de l’Amérique, mais rien que pour y être affné; elles en sont venues à présenter une si grande importance, que depuis 1842 elles ont pu ëtre frappées d’un léger droit d’entrée. Le grand profit de cette industrie provient de la division du travail qui s’est faite, il y a plus d’un siècle : entre l'extraction du minerai de cuivre et son affinage. Sur la production totale du minerai de cuivre dans le monde entier, qu'on peut, d’après une moyenne de dix années, évaluer à 52,400 tonnes, il en arrive 28,600 aux fonderies de la Grande-Bretagne, dont 13,100 tonnes provenant des mines de Cornouailles et du Devonshire, 2,700 des autres parties du Royaume-Uni, et 12,800 de l'étranger. La Grande- Bretagne n’en emploie pas elle-même au de-là de 10,000 tonnes : sa consommation reste donc à cet égard inférieure à sa production. C’est depuis environ vingt-cinq années, depuis 1835 surtout, qu’a lieu l’importation du minerai de cuivre pour y être soumis à l'opération de l’affinage ; cependant on a pu depuis 1844 remarquer dans cette industrie une tendance à se restreindre dans ses proportions.

L'exploitation des mines d’élain était autrefois bien plus importante que celle des mines de cuivre ; l’une et l’autre ont d’ailleurs les plus étroits rapports. La production de l’étain a beaucoup varié dans ces derniers temps. L'exportation, qui en 1827 s'était élevée à 49,744 tonnes, était tombée en 1835 à 7,775. On la voit ensuite monter, en 1842, jusqu’à 61,783 tonnes, pour redescendre, en 1871, à 35,330. La valeur dé- «larée pour cette dernière année était de 27,054,650 fr.

On manque de renseignements positifs sur la production du plomb ; mais en tenant compte de la consommation intérieure, elle ne laisse pas que d’être considérable, à en juger par le chiffre de l'exportation de ce métal en 1848, 74,960 quintaux, tandis que l'importation du plomb étranger ne s'était élevée qu’à 70,140 quintaux.

Enfin, pour ce qui est de la production du sel, les salines de la Grande-Bretagne sont aussi au nombre des plus importantes qu’il y ait en Europe; et sur les 50 millions de quinfaux de sel que produit annuellement notre continent, l'Angleterre à elle seule en fournit le quart. Lesprincipaux gisements de sel sont situés sur la côte occidentale, dans les comtés de Chester et de Worcester. L’exportation s’en était élevée en 1848 à 18,959,322 boisseaux, dont la plus grande partie était allée aux États-Unis de l'Amérique du Nord. En 1850 le chiffre de cette exportation n'avait élé que de 15,824,780 tonneaux.

Ce sont ces divers éléments de prospérité, mais plus particulièrement la houille, qui constituent la base, aussi vaste que sûre, de l’industrie britannique, dont les gigantesques développements datent surtout de l'invention de la machine à vapeur, qui depuis l’année 1769, époque où James Watt la fixa dans ses parties essentielles, n'a point subi de changements importants; de même que l'extension prodigieuse qu’a prise l’industrie du coton date de l'invention de la machine à filer par Hargreaves et Arkwright. Malgré le riche système de voies de communication existant en Angleterre et dansge pays de Galles, les diverses industries y ont toutes tendu à se localiser. Par exemple, les manufactures de cotonnades, de lainages, de toiles et de soieries dans les comtés du nord, où des ports et des canaux nombreux facilitent la rapidité des échanges et des transactions. Les distriets du centre semblent avoir accaparé la fabrication des machines et des articles en fer et en acier; la raison en est qu'ils possèdent de grandes richesses minérales,

GRANDE-BRETAGNE

Mais les filatures et les fabriques de tissus occupen incontestablement le premier rang dans l’industrie manufacturière, Les usines de ce genre existant en Angleterre disposent (en 1870), tant en chutes d’eau qu'en machines, d’une force de 308,870 chevaux et occupent 450,087 ouvriers; le nombre des métiers à lisser s'élevait à 441,276 et le nombre des broches à 38,218,758. En 1851 on importa dans la Grande-Bretagne 330 millions de kilogrammes de coton, dont 66 millions furent réimportés, après avoir reçu par la main-d'œuvre une énorme augmentation de valeur (un demi-kilogramme de coton brut, représenfant une valeur de trois shillings (3 fr. 75), vaut jusqu’à 25 iv. (625 fr.) quand en l'a converti en fil). Le surplus de cette quantité de coton fournie par l'importation ne restait d’ailleurs pas dans le pays; et il en sortait encore de temps à autre des parties considérables sous forme de tissus. À l’aide des machines, on obtient un fil tellement délié, qu'un demi-kilo de coton produit une longueur de fil de 238 milles (383 kilom.). D'un autre côté, le prix des étoffes de coton a tellement baissé, tant à cause du bas prix auquel est arrivée la matière première que par suite de la substitution des machines aux bras de l’homme comme force motrice, qu’en 1849 la pièce de calicot imprimée aunant 28 yards 1/2 (26 mètres) valait de 3 shillings 6 pence à 6 shillings (4 fr. 35 à 7 fr. 15), tandis qu’en 1810 l’yard se vendait 2 shillings 6 pence (3 fr. 10). L'importation a subi de grandes fluctuations, surtout pendant la guerre civile des États-Unis, où elle est descendue jusqu’à 238,407,000 kilog (1862); depuis 1866 elle s’est relevée, et en 1870 le coton importé atteignait le chiffre de 608,929,040 kilogr,, représentant une valeur de 1,275 millions de fr.; sur ce dernier chiffre 107,667,000 kilogr. avaient été exportés, et le surplus consommé à l’intérieur. Les principaux centres de cette industrie sont : Manchester, puis les localités voisines, Bolton, Bury, Staleybridge, Stockport, et en général tout le Lancastre,

La fabrication des lissus de laine n’atteint que le tiers de l'importance de celle des tissus de coton. Sa réputation est plus ancienne; mais, malgré ses développements toujours croissants, elle est en réalité beaucoup moins importante. La laine mise en œuvre est en grande partie fourniepar la production étrangère et lesmoutons de la GranderBetagne produisent en moyenne plus de laine que ceux d’Espagne et d'Allemagne , mais la qualité de cette laine varie beaucoup. L’espèce ovine à longue laine domine en Angleterre , surtout dans les comtés de Kent, de Leicester et de Lincoln ; l’espèce à laine courte se trouve plus particulièrement en Écosse et en Irlande. Toutefois, la plus belle laine d'Angleterre n’approche pas encore pour la finesse des laines d’Espagne et de Saxe. D’après les renseignements officiels le norubre des fabriques de lainages s'élevait, en 1870, à 1,829, occu] ant 125,130 ouvriers, et mettant en œuvre 48,140 métiers et 2,692,761 broches, d’une forcede 62,302 chevaux, Depuis 1850 a production indigène, tout en conservant une haute valeur, n’a pu fournir aux besoins de l’industrie; c’est surtout à l'Australie que l’Aneleterre demande aujourd’hui la laine, et l’exportation s’accroît de plus en plus. En 1857 elle était de 59,036,158 kilogr.; en 1864, de 93,946,234 ; et en 1870, de près de 120 millions, dont un tiers a été exporté. On estime à cette dernière date la valeur totale de la laine employée ou mise en œuvre en Angleterre à plus de 4 milliards et demi fr. Les grands foyers de cette industrie sont Leeds, Bradford, Halifax , Gloucester, l'Écosse, etc. Il faut remarquer qu'il y à dans cette partie quelque chose de plus Stable et plu; fixe que dans la partie des cotons dont le sort tient à tant de circonstances fortuites et d'évènements

poliliques. ;

La fabrication des toiles a son grand centre en Irlande, puis subsidiairement en Écosse et au nord de l'Angleterre, Au dix-huitième siècle, on s’est efforcé d’en favoriser les développements dans la première de ces îles au moyen de

DiCT, DE LA CONVERS. — 7, x.

primes. Cependant la grande prospérité de cette industrie, prospérité à laquelle il n’y à rien à comparer dans les autres pays, ne date, à bien dire, que de l'invention de la machine à filer le lin. On évalue (en 1870 ) le nombre des fabriques qu'elle emploie à 620, celui des broches à 2 millions 131,442, et ce lui des ouvriers à 109,557. En Irlande, où au total les tendances indæstrielles sont très-faibles, on estime que le nombre des ouvriers employés à la fabrication des toiles s’est augmenté dans ces dix dernières années. L'exportation des produits fabriqués atteignait, en 1868, une valeur de 135,600,000 francs; en 1869, elle avait légèrement baissé, et s'était élevée, en 1870, à 937,145,000 fr. Un quart environ de la fabricat on était consommé dans la Grande-Bretagne même. L’accroissement qu'a pris la fabrication des toiles dans la pauvre Irlande à eu cet heureux résultat que, grâce aux efforts tentés par une association linière fondée en 1810 et répandue aujourd’hui dans toute l’île {Belfast flax improvement Society, from the promotion and improvement of the growth of flax), une superficie de 60,000 acres de terre a été appropriée à la culture du lin.

La fabrication des soieries , jallis singulièrement entravée par des droits de douanes, s’est relevée dans ces dernières années, grâce aux importations de soie srège venint de Chine et du Japon, à l'introduction du métier à la Jacquard, et aux modifications introduites par Peel dans le tarif des douanes. On estime à plus de 6 millions de livres pesant La masse de soïe grège introduite chaque année dans la Grande-Bretagne. Londres, Manchester, Glasgow, Coventry, Macclesfield sont les principaux centres de celte industrie ; et la fabrication s’est tellement améliore, que les foulards anglais l’emportent aujourd’hui sur ceux qu’on fabrique dans les Indes orientales, En 1870 on évaluait à près de 380 millions de francs la valeur des étolfes de soïe fabriquées en Angleterre ou importées de Pétranger. Il y avait 800 fabriques, mettant en mouvement 1,400,000 broches et occupant 40,000 personnes. Consultez Baines, History of the Cotton Manufacture in Great-Britain (Londres, 1835); Head, & Home lour through the manu- Jacturing districts of England (1836); Senior, Le!ters on the factory a@ (1837).

La fabrication des articles en mélal et la construction des machines n’occupent pas un rang moins distingué que l'industrie des tissus ou que la filature, et trouvent dan: l'extrême richesse des produits minéraux de la Grande- Bretagne de singulières facilités pour se développer. Sheffield et Birmingham en sont les grands centres. La première con somme annuellement en articles dits d'acier 250,000 quintaux de fer et 6 millions de quintaux de houille. Les grandes pièces proviennent de Colebrook-Dale et du Staffordshire, dans le pays de Galles. Depuis 1825 le prix des articles communs a diminué de moitié, sans que pour cela la qualité en ait sensiblement souffert. Les fabriques de plumes d'acier de Birmingham sont justement célèbres ; elles en livrent à la consommation au delà de 300 millions, et en fournissent l’univers entier. On évalue à 17 millions de liv. sterling la valeur annuelle des articles fabriqués en métal, non compris celle des machines, pour la fabrication desquelles chaque localité d’une certaine importance possède les usines nécessaires, et dent ik s’exporte annuellement à l’étrarger pour plus de 5 millions sterl. En revanche, la mise en œuvre des métaux précieux, auxquels dans l’usage on substitue de plus en plus des articles en plaqué, va toujours en perdant de l’importance qu’elle avait autrefois.

La production des articles en terre de pipe, grès,

faïence et porcelaine, dont le cengre est, situé dans la

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