GRANDE-BRETAGNE — GRANDEUR
qui abolit la vénalité des grades. La chambre haute pro- |
nonca contre le ministère un vote de bläme qui fut confirmé dans les Communes par les conservateurs et les radicaux. M. Gladstone tint bon, et le bill sur l’armée obtint force de loi dans ses dispositions essentielles. Le gouvernement fit encore passer en 1871 le University tests bill, qui mettait fin à l'autorité exclusive du haut clergé sur les universités d'Oxford et de Cambridge, et ouvrait dans ces établissements l'accès des grades et des traitements à tous les citoyens ; la loi sur les Trades Unions, qui assurait de nouvelles garanties à la solution pacilique des conflits entre les travailleurs et les patrons; le Séatute law revision act, qui allégea la jurisprudence de plus de mille ordonnances surannées. La loi sur les titres ecclésiastiques, votée en 1850, au détriment des hauts dignitaires de l'Église catholique, etmonument d’intolérance religieuse, fut abrogée. L'adoption du ballof bill enfin, après l'accueil bienveillant que lui avait fait la chambre des communes, n’était plus qu'une question de temps.
GRANDE-CHANCELLERIE. Voyez CHANCELLERIE.
GRAND-ÉCHANSON. Voyez ÉCHANSON.
GRANDE-CHARTE. Voyez MAGNA CHARTA.
GRANDE-CHARTREUSE. Voyez CHARTREUSE (Grande).
GRANDE CULTURE. Voyez CULTURE,
GRAND-ÉCUYER. Voyez Écuyer.
GRANDE-GRECE (Magna Græcia). Les Romains apvelaient ainsi, par opposition aux quelques autres colonies grecques fondées en Italie, la partie de cette contrée qui s’étendait le long des côtes du golfe de Tarente, qui de bonne heure avait été peuplée par des colons grecs, et comprenant l’Apulie, la Calabre, la Lucanie et le Bruttium., Ils désignaïent de même diverses parties de la Sicile, où s’étaient aussi établis des colons grecs. La Grande-Grèce fut le théâtre de l'activité philosophique des disciplés de Pythagore, qui par les sages institutions dont ils dotèrent cette contrée méritèrent la reconnaissance des populations, mais à qui on put aussi reprocher de ne pas avoir su demeurer étrangers aux intrigues de la politique. Il serait assez difficile «de prouver d’une manière bien certaine l’épeque où eurent lieu les premières immigrations des Grecs dans cette partie de l'Italie; mais on peut, avec assez de vraisemblance, les faire dater de peu après la guerre de Troie. Il y vint successivement des Afhéniens , des Achéens, des häbitants de l'ile d’Eubée, et jusqu’à des Troyens. C’est à la suite de ces diverses émigrations que furent fondées les républiques de Tarente, de Sybaris, de Crotone, de Locris, de Rhégium , etc. Plus tard les Romains fondèrent aussi quelques colonies dans ces contrées; en l’an 272 avant J.-C. ils se trouvèrent maîtres de toute l’ftalie inférieure, ainsi que des diverses colonies grecques, où dès’ lors les mœurs et les lois particulières à la Grèce furent insensiblement remplacées par celles de Rome.
GRANDE-POLOGNE. On désignait ainsi aufretois la partie nord-est du royaume de Pologne, contrée généralement plate et au total très-fertile. Aussi passait-elle pour le grenier de la Pologne, et fut-ce la contrée où régnèrent d’abord les ducs polonais. La Grande - Pologne proprement dite se composait des woïwodies de Posen, Gnesen, Kalisch, Sieradz, Lenczic et du pays de Wielun ; plus tard, On Yÿ comprit également les woïwodies de Kujawie, de Plock, de Masowie, de Rawa et jusqu’au duché de Prusse avec l'Ermeland, la Pornérellie et le territoire de Culm. Par opposition à là Grande-Pologne, on donnait le nom de Pelile-Pologne aux autres parties du royaume situées au sud-ouest, Pays généralement montagneux. Dans son sens le plus restreint, celte dénomination ne s’appliquait qu'aux woiwodies de Cracovie, de Sendomir et de Lublin ; et dans une acception plus large elle comprenat également la Podfigues la Rous (aujourd’hui Gallicie), la Podolie et la Voliyuie.
GRANDE ROUTE. Voyez Roure,
DICT, LE LA CONYERS. = T, X
GRANDES COMPAGNIES. COMPAGNIES (Grandes).
GRANDESSE. La grandesse était, en Espagne, le plus haut titre d'honneur que la noblesse pût posséder. Le nom de grand est ancien, et l’on ne saurait dire absolument qu’il ait succédé à celui de ricos kombres; caril servait déjà de distinction pendant que l’autre était le plus en usage par toute l'Espagne, non-seulement en Castille, mais aussi dans les royaumes d'Aragon et de Portugal, Presque tous les seigneurs titrés prirent le nom de grands et usèrent du privilége de se couvrir et de s'asseoir devant le roi. Mais au couronnement de Charles-Quint, à Aïix-la- Chapelle, les princes de l'Empire lui ayant déclaré qu’ils ne pourraient pas assister à la cérémonie de son sacre si les grands d'Espagne voulaient user du droit de se couvrir, l’empereur employa le crédit du duc d’Albe pour persuader à ceux-ci de s'abstenir de leur privilége dans cette circonstance. Ils y condescendirent, et Charles en prit occasion de borner le nombre des grands et de faire dépendre ce titre de la couronne. C’est ainsi que des personnés de qualité aux Pays-Bas et en Italie devinrent grands d'Espagne. Ferdinand VII accorda, vers la fin de sa vie, les honneurs de la grandesse à un capucin.
Les grands étaient divisés en trois classes, dont le sombrero ou le chapeau et le moment où l’on avait la permission de le mettre devantle roi faisaient la différence principale. Un grand de la première classe parlait au roi et l’écoutait toujours couvert; un de la seconde ne se couvrait qu'après avoir achevé sa harangue ou son compliment ; enfin, ceux de la froisième ne se couvraient qu'avec la permission du roi. Les uns et les autres étaient qualifiés par le roi de mi primo (mon cousin), tandis que les nobles ordinaires ne reçoivent de lui d'autre quälification que celle mi pariente (mon parent). Dans les assemblées d'états, ils siégeaient immédiatement après les prélats, et avant les simples fitulados. Ils jouissaient des grandes entrées dans le palais du roi, et aux occasions solennelles ils prenaient place à la chapelle immédiatement à côté de l'autel. Leurs femimes jouissaient à la cour de priviléges analogues, et pour les recevoir, la reine quittait son siége.
On raconte que, lorsque les Français entrèrent à Madrid, les grands d’Espagne se plaignirent qu’on ne leur rendait plus les honneurs militaires. « Mais, dit le prince Murat, à quoi diable peut-on les reconnaître? — Monseigneur, ils sont tous un peu bossus. — Dans ce cas, que l’on porte les armes à tous les bossus! »
Sous le gonvernement de Joseph Bonaparte et après la révolution de 1820 on abolit la grandesse, que les restaurations ultérieures ont rétablie, mais sans lui rendre ses antiques prérogatives. L’Es{atudo real de 1834 donnait aux grands d’Espagne le premier rang dans la chambre des proceres. DE REIFFENRERG.
GRANDEUR, GRANDEURS. La grandeur est la qualité de ce qui est grand : l’élévation de l'âme, la noblesse des sentiments, la droiture du cœur, constituent bien plus la grandeur morale que la dignité, la majesté unies à la puissance, éléments dont nos pères la formaient, sans soupçonner qu’elle m'était qu’un masque respecté. A part le titre de Grandeur que prennent chez nous les archevêques et évêques, la grandeur est rare aujourd’hui en France; car la dissimulation officielle est moins consommée, et l’homme a la franchise de publier son égoisme. S'il fallait chercher des exemples de grandeur dans notre histoire contemporaine, on en trouverait peu.
Les grandeurs étaient et sont bien différentes de la grandeur : elles ne laissent pas cependant d’attirer la même considération ; et leur similitude avec elle sous ce point de vue est aussi réelle que celle de leur nom. Le pouvoir, les dignités, les honneurs, ont constitué les grandeurs; mais elles sont tellement matérialisées aujourd’hui, leur représentalior est devenue tellement nulle et peu imposante, que l'idole de nos aicux est brisée: les grandeurs ne sont
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Voyez
plus à présent qu’une chimère dont on rit; elles ont même perdu leur nom, qui sera bientôt complétement tombé en désuétude.
En mathématiques , on appelle grandeur tout ce qui est susceptible d'augmentation et de diminution, comme la quantité, ou plutôt, d’après l'Encyclopédie, ce qui est composé de parties : on distingue la grandeur abstraite, dont la notion ne renferme aucun signe particulier, comme les nombres, et la grandeur concrète, dont la notion renferme un sujet particulier, comme le temps et l'étendue.
En termes d'optique, on entend par grandeur apparente d’un objet celle sous laquelle il paraît à nos yeùx. Quand les objets sont fort éloignés de l'œil, leurs grandeurs apparentes sont proportionnelles aux angles sous lesquels ils sont vus. Aussi, quoique le soleil et la lune soient fort différents l’un de l’autre pour la grandeur réelle, leur grandeur apparente est à peu près la même, parce qu’on les voit à peu près sous le même angle.
GRANDEUR D’ÂME, On appelle ainsi çette supériorité morale qui consiste à s'élever au-dessus des faiblesses de l'humanité et à se montrer dans ses sentiments et dans ses acfions plus grand que ses semblables, en méprisant les biens auxquels le vulgaire est le plus attaché, et en commandant aux passions qui asservissent la plupart des hommes. Quelle grandeur d’âme dans Socrate, qui méprise assez la vie pour accepter la ciguë plutôt que de fuir comme un coupable, quand ses amis lui ouvrent les portes de sa prison ! Il est peu d'hommes qui eussent, comme Alexan-
dre, vidé à l'instant la coupe que lui présentait son médecin, ! qui pour servir la vengeance du cardinal de Richelieu sus-
et à qui la crainte de la mort n’eût fait perdre cette confiance | sublime dont ne put se défendre le noble cœur du héros ma- :
cédonien. L'oubli des injures, le pardon accordé à un ennemi coupable et vaincu, révèlent toujours beaucoup de grandeur d'âme ; car il n’est rien de plus difficile à éteindre dans l’homme que le ressentiment et la soif de la vengeance. Auguste pardonnant à Cinna mérite mieux le surnom d’Auguste par cette action que par sa puissance absolue et par l'empire de l'univers. En un mot, toutes les fois qu’un homme semble supérieur aux sentiments terrestres qui ont le plus de prise sur l’âme humaine, comme l'ambition, la haine, la crainte de la mort, c’est avec raison qu’on lui attri. bue de la grandeur d’âme. Le mot grandeur indique assez qu'il s'élève au-dessus de ses semblables et de la nature commune par la noblesse de son âme, qui le rapproche ainsi de la Divinité.
La grandeur d’âme semble se confondre avec l’héroisme. Cependant, on qualifie plus volontiers de ce dernier nom les actions de dévouement et d'éclat, ou un déploiement extraordinaire d’activité morale, accompli au milieu de luttes et de souffrances. La grandeur d’âme emporte avec elle l’idée d’une force qui agit avec calme et majesté. Ses traits, si on la représentait sous une forme visible, seraient empreints de cette noble sérénité qui caractérise une puissance supérieure aux mortels, inaccessible aux orages de leurs passions, et accomplissant le bien sans efforts, quoique avec énergie.