GRAVITATION — GRAVITE
bites estune puissance qui tend vers le centre du soleil (1'tet 2e loi); 2° cette puissance les attire vers le soleil en raison inverse du carré de leurs distances de cet astre (1"*et2° loi); 3° toutes les »lanètes placées à la même distance seraient également attirées ( 3° loi) ; et alors il posa comme le lien synthé:tique de ces trois corollaires la formule générale de la gr'avitation universelle : « Les corps s’attirent en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré de leurs distances. » Au moyen de cette formule générale, Newton démontra que tous les phénomènes du mouvement des corps célestes, les mouvements des planètes dans leurs orbites , leurs girations sur leurs axes, les mouvements de leurs satellites, et ceux des comètes elles-mêmes, pouvaient êlre expliqués en admettant une impulsion initiale primitive, combinée avec la puissance attractive du soleil; que dans Ja loi de la gravitation les planètes devaient nécessairement décrire une section conique ou courbe du second ordre, circulaire, elliptique ou parabolique ou hyperbolique; et que la nature de la courbe dépendait de la force de projection primitive et de la distance initiale de la planète au soleil; que la matière aurait pu s’attirer suivant toute autre loi que celle de la gravitation, mais que l'attraction en raison directe des masses, inverse du carré des distances était la seule qui pût engendrer un système planétaire stable. Depuis Newton le problème astronomique a pu être posé dans toute sa généralité, comme un vaste problème de mécanique céleste : « Étant donnés des sphéroïdes de masses connues, soumis à la loi de la gravitation, et projetés dans l’espace dans des directions arbitraires, avec des ‘vitesses initiales données, déterminer les rapports de position que ces sphéroïdes conserveront entre eux pendant un temps déterminé quelconque », problème qui dépasse encore de beaucoup toutes les ressources de l'analyse la plus élevée, mais que la science humaine devra nécessairement conquérir un jour, et vers la solution duquel elle a fait dans ces derniers temps des pas gigantesques.
La gravitation est donc la force, inconnue dans son essence qui lie le satellite à sa planète, la planète à son soleil, et les soleils même entre eux dans toute l’étendue de l’espace; detelle sorte que chaque élément de l'univers devient fonction de ensemble; fonction tellement intégrante, tellement essentielle, qu'il ne peut survenir dans un seul de ces éléments une seule perturbation, si minime qu'elle soit, qu’elle ne se traduise dans toute l’immensité de l’espace par d’innombrables oscillations , dont les périodes et l'étendue sont proportionnelles à l'énergie de la puissance perturbatrice : de telle sorte que s’il était donné à l’homme de modifier en quoi que ce füt la trajectoire du globe qu’il habite, il imprimerait, par ce fait-là même, une modification dans le système solaire tout entier. Et cette force inconnue, unique dans son essence et variée à l'infini dans ses manifestations phénoménales , cette force qui fait graviter l’un vers l’autre ces astres du firmament, si gigantesques que l'orbite de Neptune ne pourrait leur servir de ceinture, siimmensément éloignés l’un de l’autre que la lumière met des siècles à traverser la distance qui les sépare, c’est celle qui fait tournoyer autour de notre terre la lune sa compagne, c’est celle qui revêt notre globe d’une atmosphère de vapeurs, c’est celle qui distribue aux brins d'herbe les gouttes de pluie.
Les mouvements des corps célestes, suivant la loi de la gravifation, sont complétement indépendants de leurs grandeurs absolues et de leurs distances réciproques : ainsi, si l’on diminuait dans un même rapport et les masses planétaires, et les vitesses de translation, et les distances respectives de tous'les éléments du système solaire, l’on pourrait réduire ce système tout entier à des dimensions plus pelites que toute quantité donnée, sans troubler un seul instant l'équilibre général ou l’ordre de succession des phénomènes. La gravitation est identique dans son énergie et dans ses manifestations phénoménales, quelles que soient la nature intime et ia structure des corps planétaires ; car si le mode d'action du soleil sur la terre différait d'un
millionième seulement de son mode d'action sur la lune, cette différence déterminerait dans la longitude de notre satellite une variation de plusieurs secondes et une variation d’un quinzième de seconde dans sa parallaxe : or, comme il est difficile d'admettre une identité complète de substance entre la planète et son satellite ; comme il est impossible qu’une variation telle que celle que nous venons d'indiquer ait échappé à l'observation dans l’état si parfait de la théorie lunaire, il faut bien admettre que Ja gravitation est identique, quelle que soif la substance des corps graves. J1 faut admettre encore que la gravitation se maintient identique dans son énergie, quel que soit le milieu à travers lequel elle est transmise; car, d’une part, la stabilité absolue de l’état phénoménal actuel suppose nécessairement que les corps planétaires n’éprouvent aucune résistance de la part des milieux qu’ils traversent, ef par conséquent la gravitation se transmet à travers le vide absolu; et d'autre part, l’action du soleil dans la formation des marées suppose que la puissance attractive de cet astre agit simultanément et synergiquement sur toute la surface de l’Océan; et par conséquent la gravitation n’éprouve aueune modification sensible en traversant toute la masse du sphéroïde terrestre. Il faut admettre enfin que le laps des siècles ne modifie en rien l’énergie Ge cette force; car la stabilité du système astronomique actuel étant le résultat de l'équilibre des forces de projection primitives et des attractions réciproques des corps planétaires, il est évident que si l'intensité de ces attractions eût varié (les forces de projection demeurant nécessairement constantes), l’équilibre du système tout entier eût été anéanti.
La transmission de la gravitation à travers l’espace estelle instantanée ou successive? ou, en d’autres termes, le point A ayant été doué à un moment quelconque d’une puissance attractive, cette puissance a-f-elle été transmise instantanément jusqu’au point B, situé comme l’on voudra dans l’espace, ou bien a-t-elle exigé pour sa transmission un temps appréciable, quelque minime qu’on le suppose ? Ce problème, qui a été longuement débattu, est jusque ici demeuré sans solution. Quelques astronomes ont bien pensé que l'accélération observée dans le mouvement moyen de la lune était due à la transmission successive de la gravitation, et le calcul avait démontré que pour produire un effet analogue la vélocité de cette transmission devait être 50 millions de fois plus grande que celle de la Jumière. Mais l’on sait aujourd'hui que l’accélération dans le mouvement moyen de Ja lune dépend d’une cause complétement différente, à savoir la diminution graduelle de l’excentricité de l'orbite terrestre. Nous croyons que le problème: dont on a ainsi cherché la solution est, par sa nature même, complétement insoluble. On a procédé par voie d’analogie, et l’on a pensé que parce qu’il était possible de démontrer la successivité dans la transmission de la lumière, de la chaleur, du fluide électrique, la même successivité devait nécessairement exister dans la transmission de la gravitation : maisil est manifeste que l’analogie dont on a argué n'existe réellement pas : la lumière, quelle que soit l'hypothèse que l’on adopte, est un corps matériel qui se meut dans l'espace, et le mouvement de la matière suppose nécessairement la successivité; mais la gravitation n'est qu'un rapport qui existe entre deux ou plusieurs corps inertes et libres dans l’espace absolu , rapport dont nous possédons bien la formule, mais dont la nature ou l'essence nous est parfaitement inconnue. La formule newtonienne affirme seulement que le phénomène astronomique se comporte comme s’il existait réellement une force d’attra ction,etc., mais il ne suit nullement de là que cette ettraction existe, et que ce soit une entité matérielle se mouvant successivement dans l’espace. BELFIELD-LEFÈVRE.
GRAVITE (Physique). Voyez PESANTEUR.
GRAVITE (Morale). Un homme grave est un homme sérieux qui parle ou agit avec un air sage, avec circonspection ct dignité. Par extension, le mot grave s'applique aux
choses qui excluent toute idée d’enjouement, de plaisanterie, de gaieté.
« Grave, au sens moral, dit Voltaire, tient toujours du physique : il exprime quelque chose de poids ; on dit in-
différemment un homme de poids, ou un homme grave. |
Le grave est au sérieux ce que le plaisant est à l’enjoué; il a un degré de plus, et ce degré est considérable : on peut être sérieux par humeur, et même faute d'idées; on est grave, ou par bienséance, ou par l’importance des idées qui donnent de la gravité. Il y a de la différence entre é/re grave et étre un homme grave. C’est un défaut d’être grave hors de propos. Celui qui est grave dans la société est rarement recherché. Un homme grave est celui qui s’est concilié de l'autorité plus par sa sagesse que par son maintien, L’air décent est nécessaire partout ; l'air grave n’est convenable que dans des fonctions importantes. »
Un auteur grave est celui dont les opinions sout suivies dans les matières non sujettes à contestation. Le style grave évite les saïllies, les plaisanteries, S'il s'élève par hasard au sublime, si dans l’occasion il est touchant, il rentre bientôt lans cette sagesse, dans cette simplicité noble qui est l’ennemie de son caractère. Il a de la force , mais peu de hardiesse. La plus grande difficulté en lemployant est de ne pas tomber dans la monotonie, La gravité est ridicule chez les enfants, chez les sots , chez les êlies avilis par quelque métier infâme : le contraste du maintien avec l’âge, le caractère, la conduite, la profession soulève alors le mépris. La gravité ne suppose pas toujours la sagesse : elle est l'opposé de la irivolité, et non de la gaieté; elle diffère enfin de la décence et de la dignité, en ce que la décence recèle les égards qu’on doit au publie, la dignité ceux qu’on doit à sa position, la gravité ceux qu’on se doit à soi-même.
GRAVITÉ (Centre de). Voyez CENTRE DE GRAVITÉ.
GRAVOIS. Ce mot vient certainement de gravier, et désigne les petits fragments de plâtre qui n’ont pu passer au panier, c’est-à-dire à travers une espèce de crible en osier. Ces petites pierres, sous le nom de gravois, sont battues de nouveau ef passées au sas ou tamis de crin.
Lorsqu'on démolit des plafonds ou autres parties de bâtiment en plâtre, on trie ces démolitions : les plus gros fragment sont conservés sous le nom de plétras, et employés pour des cloisons, quelquefois pour des corps de cheminée ; le reste s’enlève sous le nom de gravois ou gravalts, et les voituriers qui conduisent ces tombereaux aux décharges publiques portent le nom de gravatiers. La butte des Moulins et celle de Bonne-Nouvelle à Paris ne sont formées que de gravois et autres objets de démolition. DUcnEsne aîné,
GRAVURE, Ce mot vient du grec yodgw, je trace; et en effet la gravure consiste à tracer un dessin quelconque surune matière dure. C’est de tous les arts celui qui a été exercé
le plus anciennement, et on trouve encore quelques patères |
ou d’autres pièces en métal sur lesquelles on voit des figures, des compositions , des ornements gravés par les Romains, les Grecs, les Italiotes et les Égyptiens. On peut même citer un exemple de gravure chez les Hébreux, puisque le bonnet de leurgrand-prèêtre était orné d’une plaque d’or sur laquelle était tracé le nom de Dieu, Jehova. Mais la gravure dans ces temps anciens n'avait pas. l'importance qu’elle a ac-
découvert le moyen de tirer épreuve d’une planche gravée,