GRAVITE — GRAVURE
6°la gravure en couleur ; 7° la gravure au lavis ; 8° la gravure de musique; 9° lagravure mécanique, par la machine Conté ou par le procédé Collas; 10° la gravure héliogra- Phique, ete. La gravure en relief se fait ordinairement sur bois, tel que le buis ou le poirier, mais aussi quelquefois sur cuivre jaune et sur acier. On doit la äistinguer en : 1° gravure à une srrle taille; % gravure en camaiïeu; 3° gravure de vignettes sur cuivre jaune et sur acier.
Gravure en creux.
Nous ne rechercherons pas de quellenature était le métal sur lequel gravaient les anciens, ni quelle préparation on lui donnait; il nous suffira de nous occuper de cet art au moment où, vers le milieu du quatorzième siècle, il devint en peu d’années un objet de la plus haute importance ; par la découverte deMaso Finiguerra, qui en 1452 trouva le moyen de tirer épreuve d’une plaque de métal qu'il venait de graver pour l’église de Saint-Jean de Florence (voyez Niezce). Comme la gravure ne s’employait alors que pour orner les bijoux, les plaques dont on se servait étaient d’une très-petite dimension, et le métal qu’on employait était l’argent, quelquefois l'or. Lorsque, plusieurs années après, Mantegna et d’autres orfèvres gravèrent sur des planches plus grandes, et avec l'intention de tirer desépreuves, qui reçurent le nom d’es{ampes, on fit usage d’un métal moins précieux , tel que l’étain; c’est du moins ce qu’on doit présumer en voyant des épreuves si faibles, tirées de gravures dont cependant on rencontre assez rarement de bonnes épreuves , ce qui doit faire penser qu’elles ont été tirées à petit nombre. Enfin, plus tard, c'est-à-dire vers l’époque où vivait Marc-Antoine Raimondi, on commença à faire usage de planches de cuivre rouge, ce qui a continué jusqu’à nos jours, où cependant quelques graveurs se servent de laiton ou cuivre jaune. On emploie aussi maintenant des planches d’acier, dont on peut tirer facilement vingt mille épreuves, tandis queles planches de cuivre n’en donnent que trois ou quatre mille.
La planche de cuivre étant passée au laminoir, on la coupe à la grandeur convenable et on la plane, c’est-à-dire qu’en la plaçant sur une enclume, on la frappe à froid avec un marteau d’acier, de manière à rendre sa fermeté égale dans toutes les parties, en resserrant les pores ou les pelits trous qui peuvent se trouver à la surface du métal, Il faut ensuite enlever avec un grattoir toute la superficie, de manière à ce que le cuivre soit bien pur ét qu’il ne reste ni gerçure ni aucune partie oxydée; après quoi, on unit la planche, d’abord avec un morceau de grès, que l’on passe dessus, puis après avec dela pierre-ponce, et enfin avec un charbon, ayant toujours soin de mouiller la planche pendant ces diverses opérations. Le cuivre ainsi préparé doit rendre un son argentin, S'il n’est ni trop mou, ce qui l’empêcherait de donner beaucoup de bonnes épreuves, ni trop aigu, ce qui indiquerait que le cuivre est trop serré et trop sec, rendrait maigre le travail de la gravure, et donnerait plus de difficulté au graveur, par la casse fréquente de ses pointes et de ses burins. Quelque soin qu’apporte le graveur au choix de son cuivre, encore arrive-til souvent qu'il y est
trompé.
quise depuis le milieu du quinzième siècle, lorsqu'on eut |
Les différentes espèces Ge gravures peuvent être séparées |
en trois divisions : 1° la gravureen creux ou en laille-douce et sur métal ; 2° la gravureen relief ou en taille d'épargne, soit sur bois, soit sur métal; 3° la gravure en bas-relief ou de médailles et depierres fines.
La gravure en creux s'exécute ordinairement sur cuivre rouge; on grave aussi sur cuivre jaune etsur acier, On a commencé d’abord par graver sur de petites plaques d'argent, puis ensuitesur étain, avant de faire usage du cuivre. On doit comprendre dans cette division : 1° lagravure au burin ; 2° la gravure à l'eau-forte ; 3° lagravure au pointilié ; 4° la gravure dans le genre du crayon ; 5° la gravure en mezzo-tinte ;
Gravure au burin. C’est la gravure la plus ancienne et celle qui donne les plus beaux résultats; cependant il est rare d'employer le burin seul : ordinairement on se contente de terminer avec cet instrument le travail préparé d'abord par l'eau-forte. Pour graver au burin sur une planche de cuivre préparée ainsi que nous l'avons indiqué, on est dans l'usage de tracer légèrement son sujet avec une pointe, soit surla planche à nu, soit sur un vernis que l’on noircit avec de la fumée, afin de donner à l'œil la facilité de mieux voir le trait qui découvre la planche. Les figures ainsi tracées, on prend un burin, petit barreau d'acier trempé, dont le bout, que l'on nomme nes ou bec, est coupé de biais et présente ainsi une pointe, Lorsqu'on veut se servir du burin, on le place à plat sur le cuivre, tandis qu'on tient
GRAVURE
dans la main lemanche, qui ressemble à la moitié d’un champignon ; la manière de tenir cet instrument, comme on le voit, ne ressemble en rien à celle en usage pour dessiner au crayon , à la plume ou au pinceau. Le burin, dirigé par les doigts, est poussé par la paume de la main, qui reçoit l'impulsion du bras entier. Lorsqu'on veut aire une taille fine, la main doitrester à plat sur le cuivre; si on veut gonfler la taille, on doit progressivement lever le poignet, de manière à ce quelenez du burin, cessant d’être horizontal, entre davantage dans le cuivre et fasse une taille à la fois plus large et plus profonde. Quoique l'exécution de ce travail présente quelques difficultés pour arriver à la perfection, encore n'est-ce pas la partie difficile de l’art : ce qui distingue un artiste habile, c’est la disposition deses tailles et la variété de ses travaux.
Les tailles, dans la gravure, sont ordinairement croisées, excepté dans les parties qui approchent des lumières. Quelques graveurs cependant n’ont employé qu’un seul rang de taille ; cela peut être regardé comme une singularité ou un tour de force, qu'on ne doit pas chercher à imiter ; il serait également fâcheux de multiplier le croisement des tailles, et on ne le fait que dans les fonds et dans quelques parties d'ombre. La manière dont les tailles sont croisées est loin d’être indifférente : elles doivent passer du carré au losange suivant qu’on veutgraver des pierres ou d’autres objets inflexibles , des chairs ou des draperies; dans tous les cas, lorsqu’on croise les tailles, on doit tâcher d’en avoir une principale, qui soit placée dans le sens des muscles, si ce sont des chairs qu’on grave; dans le sens des plis, sice sont des draperies ; horizontale, inclinée ou perpendiculaire, suivant que la partie de terrain ou de monument présente une plus grande longueur dans un de ses sens. Il faut encore avoir soin, lorsqu'on dispose ses tailles dans un monument,
de les placer suivant la perspective, et tendant au point de
vue, afin qu’elles ne nuisent pas à l'effet. Les tailles ne doivent pas êlre toujours de la même force ; on les fait ordinairement plus fines et plus déliées dans les fonds et dans les demti-teintes ; souvent même, en approchant des lumières, on les termine par quelques points qui semblent encore prolonger la taille. Les travaux dans les premiers plans doivent être plus larges ; cependant on doit éviter l'abus dans lequelon est souvent tombé depuis quelque temps, de placer sur les devants des tailles qui choquent l’œil par leur épaisseur, et qui laissent entre elles des blancs, qu’on est obligé de remplir par de petits moyens, qui sont moins un principe de l’art qu’une ressource poux dissimuler une faute.
Quoiqu’on puisse rigoureusement se servir exclusivement du burin, encore est-il rare de n’employer que ce seul instrument; souvent les linges, les plumes et les parties les plus délicates des chairs sont terminées avec la pointe sèche, instrument d’acier, fort acéré, dont la dénomination de sèche indique que son travail n’a pas, comme la pointe ordinaire, besoin du secours d’un acide (l'eau-forte). La pointe sèche se tient comme un crayon; souvent elle coupe le cuivre aussi profondément que le burin, en donnant cependant moins d'ouverture à la taille. Enfin, dans la gravure au burin, la plupart des travaux sont ordinairement commencés et tracés à l’aide d’une pointe, dont l’emploi sera indiqué lorsqu'on parlera de la gravure à l’eau-forte. On peut même dire que maintenant tous les graveurs au burin préparent leurs travaux, et souvent même les avancent beaueoup, à l’aide de j’eau forte; mais dans le quinzième siècle ce moyen était inconnu. Au commencement du seizième siècle, on en faisait peu d'usage; et dans le dix-septième encore on trouve de très-belles gravures faites avec le burin seulement, par Augustin Carrache, Goltzius, Sadeler, Blæmært, Villamène, Poilly, Edelinck, Visscher, Paul Pontius, Vorstermann, Bolswert, Masson, Nanteuil, Roullet et autres. Au dix-huitième siècle, nous trouvons encore des chefs-d'œuvre dans les gravures de Balechan, Wille, Raphael Morghen, Bervicet Tardieu; le dix-neuvième-siècle, enfin, nous offre les noms de
Massard, Desnoyers, Toschi, Richomme, Henriquel Dupont,Calamattaet Forster. L’Angleterre nous fournira aussi des noms illustres, tels que Sharp, Wollett, Earlom et Green.
Gravure à l’eau-forle. Lorsqu'on veut graver à l’eauforte, on prend une planche de cuivre préparée, ainsi que cela a été indiqué précédemment; on la netloie avec du blanc d’Espagne délayé dans de l’eau, puis, plaçant de petits étaux sur les bords, on la pose sur un fourneau où se trouve un feu doux; alors, prenant un vernis préparé exprès pour cetle opération, et auquel on donne le nom de vernis mou, enveloppé dans un morceau de soie, on le frotte sur toute la planche ; après quoi, laissant toujours la planche sur le feu, on prend un tampon formé de coton, également enveloppé dans de la soie, et on le passe sur toute la planche, en frappant légèrement dessus, afin que le vernis se trouve élendu avec une parfaite égalité. C’est la seule manière usitée maintenant pour vernir une planche; maïs autrefois on employait fréquemment un vernis dur, dont se sont servis habituellement Callot,Bosse et La Belle. Cette opération terminée, on retourne la planche ;‘on Ja suspend en l’air au moyen des petits étaux dont nous avons parlé ; puis, allumant un flambeau, composé de plusieurs buugies dites rats-de-cave, on le tient au-dessous de la planche, afin que la fumée s’incorpore dans le vernis mis en fusion par la chaleur de Ja flamme. Il faut avoir soin, dans cette opération, de tenir la main sans cesse en mouvement, afin d'augmenter la fumée, et aussi pour éviter de brüler le vernis, ce qui aurait un grave inconvénient lorsqu'on viendra à faire mordre en versant l’eau-forte sur la planche. Ces préparatifs terminés, si on veut copier un tableau ou un dessin, on doit en avoir fait le calque, qu’on fixe sur la planche après l'avoir rougi au revers, avec de la sanguine; puis, avec la pointe à calquer, on fait un décalque sur le vernis. Alors, reprenant cette même pointe, formée d’une aiguille d'acier plus on moins fine, placée dans un manche de bois de la grosseur d’un crayon, et qu’on tient de même, on dessine, on copie ou on compose, suivant le goût ou la capacité de l’artiste qui travaille.
Dans la gravure à l’eau-forte, on en disti: gue de plusieurs natures : l’une, dite eau-forte de peintre, est à proprement parler cette manière à laquelle appartient le nom de gravure à l’eau-forte : elle est variée à l'infini dans ses moyens et dans ses résultats. Il serait difficile d’en présenter les principes, les uns se servant d’une pointe fine, d’autres d'une grosse pointe ou d'une échoppe, instrument semblable à la pointe, mais dont le bout, au lieu d’être un cône parfait, présente un triangle irrégulier, dans lequel, suivant la manière de le tenir, on trouve des pleins et des déliés ; d’autres variant la grosseur de leur pointe d’après le travail qu'ils veulent faire; quelques-uns mettant un peu de régularité dans leurs travaux; d’autres enfin affectant, au contraire, de n'avoir aucune méthode, et arrivant également à l'effet qu'ils désirent. Les plus remarquables parmi les peintres qui ont gravé à l’eau-forte sont : Berghem, Paul Potter, Swanevelt, Everdingen, Henri Roos, Rembrandt, Annibal Carrache, Guido Reni, Salvator Rosa,Castiglione, ClaudeLorrain, Bourdon,Coypel, etc. On doit aussi nommer parmi ceux qui se sont fait remarquer dans la gravure à l’eau-forte François M a zzuoli, dit Parmesan, auquel les Italiens ont attribué cette découverte, tandis qu'il est seulement le premier qui s’en soit servi en Italie, pendant que, d’un autre côté, les Allemands l'ont revendiquée en faveur d’Albert Durer. Cette question peut être maintenant résolne, mais d’une manière assez singulière; car, au lieu de laisser cette invention à l’un de ceux à qui on avait voulu en faire honneur, on peut assurer qu’elle est due à Wenceslas d’Olmutz, dont il existe au Brilish Museum une gravure extrêmement curieuse, représentant une figure allégorique et satirique, avec la date de 1496. Elle est relative aux discussions qui eurent lieu à cette époque entre quelques princes d'Allemagne et
échappé aux recherches de MM. de Heinecke, de Murr et de Bartsch, est extrémement curieuse, puisque par sa date elle montre une antériorité de dix-neuf ans sur les gravures d’Albert Durer, dont la plus ancienne porte l’année 1515, et que celles du Parmesan sont encore plus récentes, ce peintre n'étant né qu’en 1503.,
Une autre manière, nommée eaux:-fortes de graveur, est destinée à préparer le travail qui doit être terminé au burin. Elle ne présente pas autant de variété dans son apparence, elle est plus régulière ; lorsque les tailles s’y croisent , c’est avec un soin particulier, Suivant le goût de chacun, elle présente un travail plus ou moins avancé, mais qui ne sera jamais parfait que lorsqu'il sera terminé par le burin. Les graveurs qui se sont le plus distingués dans la gravure à l’eau-forte et au burin sont : Gérard Audran, Chasteau, Hollar, Desplaces, Duchange , Le Bas, Vivarès, Wollett, Bartolozzi. Quelques graveurs ont souvent employé l’eauforte seule, ou du moins ils ne se sont servis du burin que pour reprendre quelques parties qui n'avaient pas mordu à l’eau-{orte. Dans ce cas, leur travail présente la liberté de la pointe, et cependant une régularité de taille que n’offrent pas les eaux-fortes du peintre. On doit citer comme les plus marquants dans cette manière de graver : Piètre-Sante Bartoli, La Belle, Callot, Abraham Bosse, Sylvestre, Chauveau, Le Potre, Le Clerc, Morin, Perelle, Perier, Wagner.
Le travail de la pointe étant terminé sur le cuivre verni, pour que la planche devienne une gravure, il reste à faire une opération qu'on appelle faire mordre, et qui consiste à verser sur la planche de lacide nitrique mélangé d’eau, et auquel on donne le nom d’eau-forte. Il existe plusieurs manières de faire mordre : l’une est de placer la planche sur un plan incliné et de verser de l’eau-forte dessus à plusieurs reprises : celte méthode est peu usitée maintenant : l’autre est de border la planche avec de la cire molle , et de la couvrir d’eau-forte, qu’on laisse plus ou moins longtemps, une demi-heure, une heure , et même trois ou quatre, suivant la nature du travail, l'intensité de l'acide et Pétat atmosphérique de l’air; quelquefois on prend un acide très-faible, puis on tient la planche dans un mouvement léger et continuel, pour augmenter l'effet de l’eau-forte. Enfin, dans tous les cas, lorsque sur la planche il y a des parties dont les travaux doivent être plus ou moins mordus, on a soin de retirer l’eau-forte, de laver la planche, de la faire sécher et de couvrir ensuite, soit avec du suif, soit avec un vernis gras et coulant, toutes les parties qui doivent rester légères, tels que les ciels et les lointains. Il y a telle gravure où l’on recouvre alternativement des travaux jusqu’à quatre et cinq fois.
Gravure au pointillé. Quoique ce genre de gravure semble, au premier aperçu, dériver de la gravure dans le genre du crayon , et que ce nom ait été particulièrement adapté aux gravures qui ont élé si fort à la mode en Angleterre à la fin du siècle dernier, encore doit-on dire qu’avec des moyens différents, longtemps avant on avait des estampes qui présentaient quelques ressemblances avec ces dernières , en ce que, comme celles-ci, leurs auteurs n’employaient aucune espèce de taille, et que l’effet qu'ils obtenaient n'était dù qu'au nombre et à l'intensité des points irréguliers dont ils composaient leurs gravures. Les plus anciennes estampes de cette espèce sont du commencement du dix-septième siècle; elles furent exécutées , soit avec le burin seul, soit par le mélange du burin et de l'eau-forte, et présentent à l'œil un assemblable de points ordinairement triangulaires et d'une grosseur inégale. Morin, Boulanger et quelques autres ont gravé de cette manière des portraits et quelques sujets historiques. Un peu plus tard, on a gravé avec une pointe ou ciselet qu'on frappait avec un marteau ; celte manière a été nommée opus mallei. Lutma est presque le seul qui ait opéré ainsi, et il n'a laissé que quatre têtes on portraits dans ce genre. Enlin, à la fin du dix-huitième siècle, on a vu des graveurs habiles, tes que Bartolozzi, abandonner le burin pour se livrer exclusivement à cette
GRAVURE
la cour de Rome. Cette pièce, que je crois unique, et qui a |
méthode de pointillé, qui se trouva élevée presque au premier rang, et fut bientôt abandonnée , comme cela arrive à toutes les choses de mode,
Gravure dans le genre du crayon. Cette manière de graver à été inventée dans le siècle dernier. Quoiqu'il y ait eu alors quelque indécision pour savoir quel était réellement l'inventeur, il est maintenant certain que l'honneur de l’invention appartient à François, et que Demarteaux a perfectionné cette découverte au moment de sa nouveauté , à tel point qu’il a pu en être regardé comme le créateur. Le but de cette manière de graver a été de présenter aux élèves des modèles qui pussent être multipliés à un prix trèsmodéré, comme le peuvent être les épreuves d’une planche gravée, et cependant offrir en même temps l'effet d’un dessin,avec des hachufes ayant l’apparence de celles faites avec un crayon, et non pas des tailles sèches et maigres, comme le sont ordinairement celles du burin, lorsque le travail présente un grand écartement entre les tailles. Pour parvenir à imiter l’irrégularité d’un crayon passé sur les grains du papier, on prend un cuivre préparé et verni, ainsi que cela a déjà été dit; puis, après avoir contre-épreuvé le dessin que l’on veut graver , ou le calque qu'on en a pris, si le dessin original est trop précieux pour le soumettre à cette opération, on commence à graver; mais, au lieu de se servir de la pointe ordinaire, on emploie une pointe divisée
‘en plusieurs parties inégales, et on trace ainsi le contour
de sa figure; on imite ensuite les hachures, soit avec des pointes de même nature, soit avec des roulettes, qui présentent également à leur circonférence des aspérités inégales. Lorsqu'on à fait mordre ce premier travail, on continue avec les mêmes outils à enrpâter sur le cuivre lui-même, jusqu’à ce qu’on ait obtenu l’effet désiré. Si on veut imiter un dessin aux trois crayons sur papier de couleur, le travail se fait séparément sur plusieurs planches, dont l’une contient le travail du crayon rouge , une autre celui du crayon noir , et la troisième celui du crayon blanc ; puis, au moyen de repères, on imprime successivement ces frois planches sur le même papier. Cette manière de graver, qui était employée avec succès pour fournir des principes et des modèles dans un grand nombre d'écoles de dessin, est maintenant bien moins en usage. Elle est remplacée assez avantageusement par la lithographie.
Gravure en mezzo-tinte. L'invention de cette manière de graver est due à Louis Siegen, lieutenant au service du prince Robert, palatin, vers 1611; on ignore ce qui a pu lamener à la découverte de ces procédés, qui, du reste, sont maintenant bien perfectionnés. Lorsqu'on veut graver en mezzo-tinte, on prend un cuivre plané avec le plus grand soin, et souvent on préfère le cuivre jaune, parce que son grain étant plus serré et plus fin, il résiste davantage et s’use moins vite. La planche étant choisie avec soin, on y fait faire le grain par un ouvrier, au moyen d’un outil nommé berceau, et qui ressemble à un large ciseau, dont le bout, au lieu d’être droit, estla portion d’un cercle de 16 centimètres de diamètre ; le biseau de cet outil est strié de filets extrêmement fins, qui présentent à l'extrémité une succession de pointes aiguës, qui entrent dans la planche au moyen du mouvement que fait l'ouvrier en berçant sa main. Pour faire cetle opération avec régularité, on trace sur la planche, avec un crayon, des bandes parallèles de 2 centimètres environ ; on passe le berceau successivement dans chacune de ces bandes, de manière à ce qu’elles soient toutes couvertes de points, Divisant la planche sur l’autre sens, et ensuite par chaque diagonale, on répète à chaque fois la mème opération, qu’on recommence ensuile jusqu'à vingt fois de chaque côté, en variant à chaque fois de 6 millimètres le point de départ, afin d'éviter les nuances que pourraient amener des mouvements trop réguliers, L'épreuve qu'on tire alors donne un noir parfait si l'opération est bien faite. Le graveur, sans vernir sa planche, décalque son dessin sur le cuivre mème, après quoi il prend un instrument nommé rdcloir : c'est une lame aiguisée des deux côlts, aver
GRAVURE
laquelle il enlève ie grain de la planche, d’abord en entier dans toutes les parties claires, ensuite plus légèrement dans les demi-teintes et les parties plus où moins ombrées, Quelquefois, au lieu de récloir, le graveur emploie l’ébarboir, barreau d'acier à trois ou quatre faces, et dont les angles, moins aigus que celui du rdcloir, offrent un travail plus doux. Mais, en tout cas, dans les clairs purs le récloir ne suffit pas, parce qu’il pourrait lui-même occasionner quelques légères rayures, qu’on efface au moyen du brunissoir, instrument d’acier très-poli de la forme d’un crayon aplati. Cette manière d'opérer est donc entièrement opposée à celle de la gravure ordinaire; car la pointe ou le burin, dans la main du graveur, semble faire l'effet d'un crayon noir sur un papier blanc, tandis que dans la mezzo-tinte le râcloir produit celui d’un crayon blanc sur du papier de coulèur.
Gravure en couleur. Ce qu’on nomme gravure en couleur n’est pas, à proprement parler, une manière de graver, mais plutôt un procédé particulier &'imprimer des gravures, par le moyen duquel on obtient une estampe coloriée, qui a l'apparence d’un tableau, d’une gouache ou d’une aquarelle. C’est la mezzo-tinte ou la gravure au lavis qu’on emploie à cet effet, comme étant d'un travail facile et prompt, surtout comme ayant plus de ressemblance avec l'effet du pinceau, et présentant un velouté en rapport avec la peinture. Lorsqu'on veut graver un tableau et le rendre avec ses couleurs , on partage ce travail sur trois ou quatre planches, qui seront ensuite imprimées successivement sur la même feuille, et contribueront ainsi à la représentation du même objet.
Gravure au lavis ou aqua-tinta. Les épreuves des planches gravées au lavis offrent quelques ressemblance avec celles qu’on tire des gravures en mezzo-linte ; mais les procédés qu’on emploie dans cette manière de graver sont si variés et si longs à décrire, qu’il serait déplacé de vouloir les donner avec précision dans cet article. 11 suffira de savoir que le trait étant gravé et mordu, on revernit de nouveau la planche, mais très-légèrement et sans la noircir; ensuite, on met dessus de l’amidon en poudre, puis, avec une encre particulière, composée d’huile d’olive, d'essence de térébenthine et de noir de fumée, on lave au pinceau sur la planche , comme on le ferait sur un papier avec de l'encre de la Chine, et en commençant de préférence par faire tous les détails. Cette encre ayant la propriété de dissoudre le vernis, on enlève l’un et l’autre avec un linge fin, qu’on appuie avec précaution sur le cuivre, qui se trouve ainsi à nu; prenant alors une eau dans laquelle on a fait dissoudre du sucre et du savon, on mouille toute la partie découverte, puis, avec un famis de soie très-fin, on saupoudre partout de la résine en poudre, mais elle ne se trouve retenue sur la planche que dans les parties couvertes d’eau sucrée; alors, on chauffe légèrement le cuivre, et les petits grains de résine deviennent un peu adhérents à la planche, en laissant cependant entre eux un grand nombre de petits interstices, par lesquels s’introduira l’eau-forte, Cette préparation terminée, on borde la planche avec de la cire, ainsi que nous l’avons dit plus haut, puis on fait mordre. Mais il faut, pour cette opération, des précautions que ne demande pas la gravure ordinaire. On doit avoir deux bouteilles d'eau-forte de force inégale, l’une contenant un tiers d'acide nitrique et deux tiers d'eau, l’autre un quart seulement d'acide et trois quarts d’eau. L'eau-forte doit rester très-peu de temps sur la planche, c’est-à-dire environ deux minutes; un peu plus ou un peu moins, suivant la chaleur ou l'humidité de l'atmosphère; puis on la retire, onlave la planche, on la fait sécher, et on couvre avec du vernis ou du suif les parties qui doivent être les plus légères , et que l’on juge assez mordues, On verse de nouveau l’eauforte, ef on recommence cette opération huit ou dix fois. Après quoi, on nettoie enfièrement la planche, on la revernit encore; puis avec la même encre dont on a déjà parlé On lave les grandes masses, et on recommence toutes les opérations déjà décrites, pour faire mordre les parties com-
prises dans ce nouveau travail. On se sert aussi quelquefois dans cette gravure d’outils semblables à ceux qui ont été indiqués à Particle sur la manière de graver au crayon.
Gravure de musique. On se sert ordinairement de planches d’étain pour graver la musique; et quoiqu’on emploie le burin pour quelques parties, la plus grande part du travail se faisant avec des poinçons qu’on frappe avec un marteau, on pourrait, en quelque sorte, regarder cette manière de graver comme une espèce de ciselure. La première opération est de tracer sur la planche les portées ce qui se fait au moyen d’une griffe que l’on appuie fortement en la faisant glisser contre une règle; ensuite on frappe les divers signes et notes ; puis avec une échoppe on grave les barres, les croches et doubles-croches ; enfin, avec un burin, on fait les queues des notes et des accolades. Quant aux paroles, lorsqu'il y en a, elles se frappent aussi avec des poinçons.
[ Gravure mécanique. Sous ce titre, on peut réunir diverses machines, telles que celles de Conté et de M.Collas, La première sert à faireavecla plus grande régularité des séries de lignes parallèles, également espacées, comme cela est nécessaire pour les ciels des grandes gravures. Elle se compose essentiellement d’une règle ou d’un cylindre portant des ondulations que l’on fait mouvoir au moyen d’une vis de rappel d’un mouvement parfaitement régulier, et d’une pointe qui trace une ligne le long de cette règle ou de ce cylindre.
La machine Collas, invention très-remnarquable au point de vue de l’art, offre un grand intérêt pour la fabrication des billets infalsiliables, en tant que copie par la gravure. Que l’on soumette en effet à cette machine un bas-relief dont on ait enlevé irrégulièrement quelques parties et qui fera par suite un type unique, on pourra reproduire ce basrelief sur un billet, recouvert ainsi d’une quantité indéfinie de lignes variant d’écartement et d'intensité, et qu'aucun travail de gravure ne saurait imiter avec une exactitude suffisante pour tromper l’œil le moins exercé.
Gravure héliographique. Cette gravure, qui s'exécute sur acier et sur verre, n’a pas encore afteint un grand degré de perfection. Cependant elle a déjà fait certains progrès qui permettent d'espérer de beaux résultats pour l’avenir. Voici comment opère aujourd'hui l'inventeur de la gravure héliographique, le neveu de Nicéphore Niepce : Après avoir obtenu une bonne image à l’aide de la chambre obscure, il la place dans une boîte semblable à celle qui sert à passer la plaque daguerrienne au mercure. Dans le fond de cette boîte, qui ferme hémétiquement, il met une capsule de porcelaine contenant de Yessence d’aspic pure non distillée ou rectifiée, que l’on chauffe avec une lampe à alcool, de manière à porter la température de 702 à 80° au plus. Quelquefois il est nécessaire de recourir à une seconde fumigation. La plaque étant bien séchée à l'air, il la fait mordre par l’eau-forte, et la gravure est parfois obtenue avec assez de vigueur de ton pour que les retouches au burin soient inutiles. N'oublions pas de dire que la plaque sur laquelle on a fait agir la lumière doit être enduite d’un vernis ainsi composé : Benzine, 90 parties; essence de zeste de citron pure, 10; bitume de Judée, 2.
On avait antérieurement cherché à transformer en gravures les épreuves daguerriennes, mais par un procédé bien différent, puisqu'il fait intervenir l'électricité comme agent (voyez GALVANOGRAPHIE). ]
Gravure en relief.
La gravure proprement diteest celle que l’on fait en traçant en creux un trait, dont le bruit pourrait, en quelque sorte, avoir motivé le nom qu'on lui donne ; mais ce ne peut être là ce qui a fait donner le même nom à la gravure en laille d'épargne, qui se fait ordinairement sur bois, et dont les tailles, au lieu d’être crenstes comme dans la gravüre au burin, sont, au contraire, réservées et restenten relief, tandis qu'on enlève toutes les parties qui doivent rester claires lors de impression. C’est donc seulement comme produisant des épreuves semblables, quoique tirées par des
moyens fort différents, que cet art a été considéré comme une espèce de gravure.
La gravure en creux est tellement ancienne, qu’on en voit des traces chez presque tous les peuples ; la gravure en taille d'épargne est plus moderne : cependant on ne peut assigner non plus d’une manière précise le pays et l’époque où elle fut d'abord mise en usage; mais il est assez probable que les Chinois la pratiquaient dans le onzième siècle. Il est cerfain aussi que les Indiens en faisaient usage dans le treizième siècle, tandis que c’est seulement dans le commencement du quinzième siècle qu’on en aperçoit des traces en Europe. Cette manière de graver est beaucoup plus longue, plus difficile et moins agréable que l’autre. Elle n’a dû être mise en usage que longtemps après elle ; au contraire, l’impression en étant plus simple et plus facile, c’est de cette dernière gravure qu’on a tiré des épreuves en premier. Sans remonter aux impressions sur toiles , faites par les Indiens, nous trouvons des épreuves sur papier, d’un Saint Christophe, gravé sur bois en Allemagne dans l'année 1423, et d’un Saint-
Bernard, gravé probablement en France, par Bernard Milnet |
en 1445, tandis que, comme nous l’avons déjà dit, ce n’est
qu’en 1452 qu'on fit à Florence une épreuve sur papier de |
la gravure en creux sur métal.
La gravure en taille d'épargne s'exécute ordinairement sur le bois ; cependant on en fait aussi sur du cuivre, pour des estampilles, et sur de l’acier pour des poinçons, des vignettes ou des ornements, qu’on emploie particulièrement dans la fabrication des billets de banque, puis pour les ornements que les relieurs placent sur le dos des livres. La première, c’est-à-dire la gravure sur bois, a été d’un usage très-fréquent dans le quinzième et le seizième siècle, pour publier des estampes même d’assez grande dimension ; depuis elle n’a plus été employée que pour des vignettes, des fleurons et des lettres grises ; enfin, elle fut presque abandonnée vers la fin du dix-huitième siècle. Elle a repris quelque faveur
depuis une cinquantaine d’années, et même elle a reçu alors |
des améliorations assez notables.
Gravure à une seule taille. C’est ordinairement sur du buis qu’on exécute cette gravure; cependant on emploie aussi le poirier pour les objets de grande dimension, ou dont le travail n’exige pas autant de finesse, Lorsque la planche dont on veut se servir estbien dressée et bien polie, on la saupoudre de sandaraque, qu’on frotte avec un papier,
de manière à l'introduire dans les pores du bois, afin qu’en |
dessinant , l’encre ne s’étende pas irrégnlièrement comme
sur du papier qui boit, et que les traits soient bien nets. |
L'artiste alors dessine lui-même à la plume la composition qu’il veut publier. Quant à la gravure, elle s'exécute par des artistes d’un ordre inférieur, qui souvent même savent peu de dessin, et dont le talent se borne à enlever toutes les parties du bois restées blanches, et à laisser en saillie tous les traits, toutes les hachures , qu'a dessinées le peintre, et qui deviennent alors autant de £ailles. Cette opération se fait avec une lame longue et étroite, à laquelle on donne aussi le nom de pointe, et qui se trouve prise dans un manche rond et fendu par le milieu sur toute la longueur : cette lame est fortement resserrée dans son manche au moven d’une Icngue virole conique, qui ne laisse sortir qu’un bout de lame de 10 à 12 millimètres. On se sert de celte pointe de diverses manières , suivant que lestravaux ont besoin de plus ou moins de force : ainsi, pour faire des hachures ou des traits délicats, et pour lesquels il n’est pas nécessaire de creuser profondément, on tient cette pointe comme un crayon, en l’inclinant un peu à droite de la perpendiculaire; après avoir suivi le trait dessiné, on retourne la planche, pour suivre la hachure voisine, en laissant le haut de la pointe toujours légèrement incliné vers la droite; par conséquent , l’entre-taille se tronve enlevée, et le sillon triangulaire qu'elle laisse, quoique ressemblant à celui que forme le burin, n’y a aucun rapport, puisque dans la gravure en laille creuse le sillon du burin ou de la pointe doit être rempli d'encre et produire les traits aperçus sur l'épreuve,
GRAVURE
tandis que dans celle-ci ce qu’on enlève est la partie qui ne doit point laisser de trace sur le papier, et qu'on épargne les tailles qui doivent marquer à l’impression. Lorsque le contour ou la taille qu’on veut tracer est près d’une grande parie où il ne doit exister aucun travail, on sent bien que la coupure a besoin d'être plus profonde, afin que lors de l'impression le papier ne puisse pas atteindre le fond et produire quelque tache au milieu du clair. 11 faut donc, dans ce cas, enfoncer la pointe avec plus de force : alors, au lieu de la tenir comme un crayon, ainsi que nous venons de le dire, on la prend à pleine main en laissant passer le bout entre l’annulaire et le petit doigt, ayant toujours le soin de la tenir légèrement inclinée vers la droite. Par ce moyen, la force du coup ne dépend plus de celle des doigts, mais bien de celle de la main et du poignet. Comme on ne creuse profondément que le contour des parties qui présentent une surface de quelque étendue, il est facile de concevoir que la pointe ne suffit plus pour enlever le bois dans l'intérieur de ces larges parties. Pour cette opération, on se servait autrefois de petits fermoirs ; on les a remplacés par des bute-avant, outils d’acier à peu près semblables à une petite pelle à feu, dont la largeur varie depuis 0m, 0005 jusqu’à 0°,0067. Lorsque l’espace est très-grand, on n’emploie pas ces outils de petite dimension; on se sert de gouges, que lon frappe avec un maillet, et par ce moyen on enlève de grandes parties de bois. Les graveurs les plus célèbres dans cette manière sont : Jean Springinkle, Jean Brosame, Schæfling, Charles Sichem, Salomon Bernard, Stimmer, Papillon père et fils, Beugnet, etc. Depuis que l’on a recommencé à orner les livres avec des vignettes gravées sur bois, on a fait d’assez grands changements dans la manière d'opérer. Au lieu de graver sur des planches, suivant le fil du bois, on grave sur des tronçons de bois de bout; au lieu de pointe, on emploie souvent le burin, mais touiours pour enlever les entre-tailles, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut. C’est à l’aide de ces procédés
: qu'on doit la perfection des gravures publiées en Angleterre,
par Nesbitt; en Prusse, par Gubitz, et en France, par Bougon et Thomson.
Gravure à plusieurs tailles. En se servant de l’expression plusieurs tailles, il ne faut pas croire qu’on veuille parler du nombre des hachures, ni de leur croisement; mais comme ceux qui exerçaient la gravure sur bois étaient nommés ailleurs de bois, tailleurs de cartes à jouer, on a donné le nom de faille à la planche même qui avait été laillée ou gravée; par conséquent, lorsqu'on a fait avec des planches de bois des gravures en couleur, comme il fallait employer deux et même trois planches, on a nommé cette manière gravure à plusieurs tailles, ou gravure en camaïeu, gravure en clair-obscur. On a fait en Allemagne quelques gravures dans ce genre ; mais c’est plutôt en Italie qu'on s’en est occupé, et on pense que l'invention en est due à François Mazzuoli. Le but qu'il s’est proposé a été d’imiter des dessins lavés au pinceau ; aussi n’y a-t-il souvent que très-peu de hachures dans cette manière de graver. La première planche présente toutes les parties ombrées, depuis les teintes légères jusqu'aux ombres les plus fortes , ayant soin d'enlever seulement les clairs, qui laissent par conséquent le papier entièrement blanc ; la seconde planche offre les parties plus colorées, et la troisième, enfin, donne seulement les contours ou les ombres les plus vigoureuses, ets’imprimie d’un ton très-intense, Les graveurs les plus renommés dans cette manière sont : Andreani, Hugues de Carpi, J.-E. Vincentini, Antoine Fantuzzi de Trente, B. Coriolano, Burgmair, Jegher, qui tous ont travaillé dans le seizième siècle, Cette méthode, abandonnée, a été reprise en France, vers 1740, par Lesueur et autres; elle a aussi été exercée en Angleterre par Jackson, et à Venise par Anloine-Marie Zanelti; mais souvent alors on a substitué une planche de cuivre à l’une des planches de bois, La méthode employée pour l'impression des indiennes et des papiers peints a beaucoup de rapport avec cettegravure,
GRAVURE
Gravure en taille d'épargne sur cuivre el sur acier. Ces deux manières, quoique semblables en apparence à la gravure sur bois, sont exercées par les graveurs de cachets et les graveurs de médailles. Les premiers font toutes ces estampilles qu’on imprime à la main, sur les objets qu’on veut faire reconnaitre comme sortant de telle fabrique ou de telle administration; rarement elles sont un objet d'art. 11 n’en est pas de même des vigneltes gravées par Andrieux et Galle, soit pour les belles éditions imprimées par MM. Didot, soit pour les billets de banque,
On obtient encore une sorte de gravure en relief sur métal par les mêmes procédés que la gravure par l’eau-forte. Seulement les parties protégées par le vernis sont justement celles qu’indiquent les traits du dessin, et Pacide enlève tout ce que l’on couperait dans l’autre procédé. La gravure sur acier demande encore des perfectionnements pour pouvoir remplacer la gravure sur bois.
Gravure sur pierre lithographique. Le dessin étanttracé sur la pierre comme à l'ordinaire, on encre avec un vernis particulier; puis, bordant la pierre avec de la cire, on fait mordre par une petite quantité d’acide nitrique étendu d’eau; cinq minutes après on retire l'acide, on passe le vernis avec le rouleau, puis encore l'acide, etc. Le vernis ayant préservé les traits du dessin de l’action de l'acide, il se trouve conservé en relief.
Gravure en médailles.
On ne peut, à proprement parler, regarder la gravure sur pierre fine, sur verre, et en médailles comme de la gravure (voyez GLyprique); ces arts tiennent plutôt à la sculpture, et peuvent être considérés , relativement à elle, comme la miniature par rapportà la peinture ; cependant la gravure de | médailles, à laquelle appartient la gravure de cachets, a pu | recevoir ce nom, parce que, de même que les graveurs en | faille-douce, les artistes qui exercent cet art se servent ! pour creuser le métal d'outils nommés onglettes, qui ont quelque ressemblance avec le burin, mais sont plus courts, plus étroits, et ont un bec moins aigu. Les coins au moyen | desquels se frappe la monnaie ne sont pas gravés directe- | ment; on les obtient par la frappe d’un poinçon étalon, et on les trempe ensuite. Quant à la gravure sur pierres fines, | son résultat est en apparence le même que celui de la gravure de médailles; mais les moyens d’exécution sont tout à fait différents, puisque le seul outil qu’on emploie est un {owrel, espèce de tour aui met en mouvement la boulerolle, petit rond de cuivre ou de fer émoussé propre à user ou à entamer la pierre, et dont on augmente la puissance avec la poudre de diamant et quelque*liquide. Pour graver plus profondément, on emploie la pointe du diamant, qui entame toutes les pierres.
La gravure des poinçons d'imprimerie se fait par des procédés analogues à ceux de la gravure en médailles sur acier.
DUCHESNE ainé, conservateur des estampes à la Bibliothèque impériale, SÉAVORE EN MÉDAILLES. Voyez l’article précédent.
GRAVURE EN TAILLE-DOUCE. Voyez plus haut, | Gravure en creux, page 500.
GRAVURE SUR BOIS. Voyez plus haut, Gravure en relief, page 504.
GRAY. Voyez SAÔNE (Département de la Haute-),
GRAY ou GREY (Jane ), reine d'Angleterre, née en 1537, était fille de la marquise Françoise de Dorset, par conséquent petite-fille de la duchesse Marie de Suffolk , veuve du roi de France Louis XII, et arrière-petite-fille du roi d'Angleterre Henri VII. Le jeune roi Édouard V I, fils et successeur de Henri VIII, changeant arbitrairement et | contre l’avis du conseil d'État l'acte de succession de son { père, avait exclu du trône, à titre de rejetons illégitimes, ses deux sœurs consanguines Marie et Élisabeth, devenues | plus tard reines, et désigné par son testament pour lui succéder Jane Gray, qui Sétait montrée protestante élée |
ICT. DE LA CONVERS, — T, x,
— GRAY 505 Dudley, duc de Northumberland, avait été l'instigateur de cet acte, qui mettait à néant les droits de la descendance directe de Henri VIII. En même temps 1l mariait le plus jeune de ses fils avec Jane Gray, dont il faisait créer le père duc de Suffolk , en rattachant à cette alliance ses ambitieux projets. Quand, le 6 juillet 1553, Édouard vint à mourir, des suites du poison, à en croire la rumeur publique, le duc de Northumberland accourut annoncer à sa bru qu’elle était reine. Jane, qui jusque alars ne s'était occupée que de l'étude des lettres et des beaux-arts, n'ayant pas la moindre con« naissance de la politique et dénuée d’ambition, se rélus: d’abord à quitter sa position modeste. Les pressantes instances de ses plus proches parents et les décevantes illusions qu’ils firent miroiter à ses yeux purent seules la déterminer à consentir à son élévation si subite, mais non sans verser d’abondantes larmes.
On la conduisit alors à la Tour de Londres, séjour habituel des rois avant leur couronnement, et le 10 juillet elle fut proclamée reine à Londres et dans sa banlieue. La population comprenait tout ce qu’il y avait d’audacieux dans cet acte, mais elle se tut. Cependant Northumberland, qui avait pris toutes ses mesures avec une extrême habileté, échoua dans ses efforts pour s'emparer de la personne de la princesse Marie. Après avoir tenu la mort du jeune roi secrète pendant trois jours, il manda bien en toute hâte la princesse à Londres, afin qu’elle pât recevoir encore le dernier soupir de son frère mourant. Mais à une demi-journée de route de Londres le comte d’Arundel fit secrètement savoir à la princesse quelle était la véritable situation des choses ; et aussitôt celle-ci de s’en retourner en toute hâte à Kenning-Hall, dans le Norfolk. C’est de là qu'elle écrivit au conseil d'État, promettant une amnistie générale, et engageant la noblesse à prendre la défense de ses droits. La fiotte se déclara aussitôt en sa faveur, et autant en firent les protestants eux-mêmes, moyennant la promesse qui leur fut faite en son nom qu’ils auraient le libre exercice de leur culte. Le duc de Northumberland, apprenant que les comtes deBath et de Sussex levaient un corps de troupes pour la défense de la cause de Marie, alla à Cambridge prendre le commandement d’une armée d’environ 10,000 hommes, avec laquelle il comptait commencer la guerre civile. Mais dès le premier jour la débandade se mit dans les rangs de cette armée, et le duc, réduit à ne pouvoir plus rien entreprendre, se trouva dans la plus critique des positions, Les membres du conseil d’État se hâtèrent de mettre à profit cet instant favorable pour secouer le joug que faisait peser sur eux cet homme à lesprit orgueilleux et dominateur. Le 19 juillet 1553, ils tinrent dans la maison du comte de Pembroke un conciliabule où il fut décidé qu'on proclamerait Marie reine; et de concert avec les principaux magistrats ils procédèrent aussitôt à la mise à exécution de cette détermination, au milieu des acclamations unanimes du peuple. Le duc de Suffolk lui-même n’essaya d’opposer aucune résistance à ce mouvement, et sur la première sommation qui lui en fut faite fit ouvrir les portes de la Tour. Le même jour Jane déposa volontairement la couronne, qu'elle avait portée que pendant dix jours et au milieu de mille cruelles alarmes, puis rentra dans la vie privée.
Marie, dès qu’elle apprit qu’elle avait été reconnue reine d'Angleterre , donna l'ordre d'arrêter Northumberland et tous les individus marquants de son parti. En même temps le duc de Suffolk, sa fille Jane et son mari furent arrêtés et jetés à la Tour. Le 22 août suivant Northumberland périssait sur l’échafaud, comme principal instigateur de ce complot, tandis que Suffolk était provisoirement rendu à Ja liberté. Le jugement qui condamnait Jane Gray et son époux ne farda pas non plus à être rendu ; mais on n'avait pas alors l'intention de l'exécuter : aucun des deux n’avait encore dix-sept ans accomplis, âge nécessaire peur qu'il pût y avoir exécution capitale. La part prise par le due de Suffolk à l'insurrection ouvertement tentée par Thomas Wyat tontre la reine en 1554 précipita la malheureuse destinée
de Jane et de son époux. Marie, irritée par la résistance que rencontrait son autorité et naturellement portée à des actes sanguinaires, crut alors devoir se débarrasser de sa rivale. Elle accorda trois jours à Jane pour se préparer à mourir, et lui envoya un prêtre catholique, qui fit tout pour la déterminer à rentrer dans le giron de l’Église romaine. Jane persista courageusement dans sa foi religieuse, et exhorta sa sœur à faire preuve de la même persévérance. Le conseil d'État ayant craint que la jeunesse, la beauté et l’innocence de la victime n’excitassent les sympathies populaires en sa faveur, il fut ordonné que l’exécution aurait lieu à lintérieur de la Tour. Le 12 février 1554 fut le jour fixé pour le supplice de Jane Gray et de Guilford, fils de Northumberland. Pour conserver la fermeté si nécessaire en un pareil moment, et pour qu’il ne la perdit pas lui-même, Jane, en cet instant suprême, refusa de prendre congé de son époux, qu’elle aimait pourtant de l'amour le plus tendre, La force d'âme dont elle était douée était si grande, que de la fenêtre de son cachot elle put être témoin de son supplice et voir emporter son cadavre ruisselant de sang. Une heure plus tard elle montait à son tour sur l’échafaud et y faisait preuve de la même impassibilité, se bornant à déclarer aux personnes présentes, avant de placer sa tête sur le fatal billot, que son crime consistait à avoir prouvé qu’elle était digne de porter la couronne. Les partisans les plus ardents de la reine Marie, témoins du supplice de cette innocente victime de la politique, ne purent eux-mêmes retenir leurs larmes. Son esprit égalait ses charmes, et on est surpris de trouver tant d'instruction chez une si jeune femme. En effet elle savait le latin ainsi que le grec; et le matin de sa mort elle écrivit dans la première de ces langues, sur une espèce de souvenir, cette pensée touchante : « Si ma faute méritait punition, ma jeunesse du moins et mon imprudence étaient dignes d’excuse. Dieu et la postérité me seront favorables ! » Cinq jours après, son père, le duc de Suffolk, périssait aussi sur l’échafaud. Consulter Harris Nicolas, Memoirs and Remains of lady Jane Gray (Londres, 1832). La fin si tragique de Jane Gray a fourni le sujet d’un grand nombre de drames; on connaît aussi le beau tableau qu’elle a inspiré à Delaroche.
GRAY (Tomas), poëte anglais, né à Londres, le 20 décembre 1716, fit son éducation d’abord au collége d’Éton et plus tard à l’université de Cambridge, où il étudia le droit. Il accompagna ensuite son jeune ami Horace Wal pole dans son voyage en France et en Italie, et se sépara de lui à Reggio, pour revenir seul en Angleterre, en 1741. En 1768 il fut nommé professeur de langues modernes et d’hisloire à Cambridge, et mourut dans cette ville, en 1771. Son Ælégie sur un Cimetière, qui a été traduite dans toutes les langues modernes et qu’il composa en 1749, l’a fait ranger parmi les meilleurs lyriques et lui a valu le surnom de Pindare anglais. Ses autres poëêmes ( parmi lesquels il s’en trouve un en latin [ De Principiis Cogitandi, 1742 |), se composent en partie d’odes adressées, par exemple, au Collége @Eton, au Printemps, ete., et en partie d’hymnes, comme celle au Malheur, toutes riches en images, d’un coloris chaleureux et d’une admirable versification. Il a laissé aussi des lettres intéressantes sur son voyage en Italie.
GRA Y?S INN. Voyez GRANDE-BRETAGNE, page 461.
GRAZIOSO ( Musique ). Ce mot sert à exprimer la nuance gracieuse qu’il faut donner à l'exécution d’un passage. Son mouvement tient le milieu entre landante et l'andantino ; il w’est ni lent, ni prompt, ni trainant, ni rapide, mais toujours d’une grâce expressive,
GRAZZINI (ANronio-Francesco), poëte et conteur italien, surnommé il Lasca (le dard, espèce de poisson), naquit à Florence, en 1503. En 1540 il avait fondé l’académie des Umidi, dont il s'était vu exclure par suite de ses querelles avec les membres ses collègues. Brûlant de se venger, il fonda en 1582 une nouvelle académie, celle della Crusca, qui est devenue la plus célèbre et la plus utile peut-être de toutes celles que l'Italie renferme en si grand
GRAY — GREBE
nombre. On doit à Grazzini six comédies, des Sfances et Poésies diverses, La Guerra de’ Mostri, poëme bouffor (1584, in-4°), un recueil de Nouvelles (Florence, 1550 ; Paris 1756 et 1775, 2 vol. in-8°). Grazzini mourut dans un âge avancé, en 1583.
GREÉAL ou GRAL , terme dérivé, suivant toute apparence, de graalz, gréal, ou grasal, mots du vieux français, dont l’origine est peut-être bien celtique, et dont la forme latinisée est garalis, gradalis, etc., désignant un vaisseau de la forme d’un plat. Tel était le saint gral ( san gréal ), de la poésie du moyen âge, formé d’une seule pierre précieuse, et pourvu des plus merveilleuses vertns sanctifiantes et vivifiantes. C’étaïent des anges qui l'avaient apporté du ciel sur la terre, et qui d’abord furent préposés à sa garde. Par lasuite, ce soin fut confié aux Templiers, confrérie d’hommes d'élite, obéissant à un roi, et veillant à sa conservation sur une montagne inacessible , dans un château fort ayant l'apparence d'un temple, Cette légende semble provenir de cette fusion d'éléments orientaux et chrétiens qui s’opéra au commencement du douzième siècle en Espagne et dans le midi de la France, sous l'influence d'événements contemporains, tels que les luttes des Maures et des chrétiens en Espagne, pour formerun tout, devenu bientôt le sujet de chants populaires. Le Provençal Guiot, qu’on suppose avoir vécu entre 1160 et 1180, en fit le snjet d’un poëme, qu'il composa dans la langue française du nord; il indique comme sources auxquelles il aurait puisé, un manuscrit, vraisemblablement arabe, d’un Maure, appelé Flegetanis, manuscritqu’il trouva à Tolède, et une chronique latine du pays d'Anjou.
Après lui, Chrétien de Troyes et d’autres trouvères mélèrent à la légende du gréal tantôt les légendes du roi Arthur et de la Table-Ronde, tantôt la légende du chevaleresque apôtre des Celtes, Joseph d’Arimathie, d’après laquelle le saint gral serait le plat dans lequel Jésus-Christ aurait mangé l’agneau pascal, lorsqu'il fit la cène avec ses disciples. Joseph d’Arimathie, ajoutait-on, lavait emporté. chez lui; et lorsqu'il eut enseveli le corps du Sauveur, il mit dans le gréal le sang et l'eau qui avaient découlé de ses plaies et de son côté. D’où la fausse signification donnée au mot gral par certains auteurs, qui, se fondant sur une transposition de lettres (sang réal, au lieu de san gréal), l'ont regardé comme synonyme de sang royal, sang du Seigneur. Joseph alla ensuite, avec le saint gral, en Angleterre, et en confia la garde à l’un de ses neveux, après avoir converti toute la contrée. Par la suite, ce précieux vase, ou plat, ayant été perdu, plusieurs chevaliers entreprirent de le retrouver. De là le récit de leurs aventures, qui forme le sujêt d’un grand nombre de romans du moyen âge. Wolfram d’Eschenbach est le premier poëte allemand qui, au treizième siècle, en ait fait le sujet d’un poëme, après avoir choisi l'histoire de Parzival dans l'œuvre de Guiot pour la traiter métriquement. Vers l’an 1270, l’auteur du poëme de Titurel le Jeune le traila avec beaucoup plus de développements, et, après y avoir rattaché la légende de Klinsor et celle de Lohengrin, y joignit aussi celle du Prêtre-Jean, chez lequel il fait arriver le saint gréal, qui, selon des poëtes antérieurs, était retourné au ciel.
GRÈBE, genre d'oiseaux plongeurs de l'ordre des palmipèdes, dont cinq espèces serencontrenten Europe et se voient assez souvent dans diverses parties de la France, notamment dans celles qui avoisinent le lac de Genève, où les grèbes abondent. Leur plumage, lystré comme celui de toutes les espèces qui passent une partie @e leur vie dans l'eau, ne laisse pas que d’être assez recherché (surtout celui dela poitrine et du ventre, à cause de sa finesse, qui permet de l’employer à des objets de toilette pour les dames ). Cet oiseau a une physionomie toute particulière, grâce à son corps oblong, emmanché presque verticalement sur des tarses assez courts, à sa tête arrondie, entourée de longues plumes et portée par un long cou, à ses yeux à fleur de tête, et à sa queue absente. 11 se nourrit de poissons, d'insectes et de plantes marines; mais sa chair a une saveur désagréable,
GRÈCE
célèbre surtout dans ! l’Othrys, la chaîne principale du Pinde, après avoir envoyé
GRECE, contrée de l’ancien monde, C l'antiquité par ses lois, ses arts, Sa littérature, subjuguée à
x à Ml FE l'origine de notre ère, reparaissant à peine aujourd'hui sous |
la forme d’un petit royaume.
Géographie et Statistique.
La GRECE ANCIENNE, dans le sens historique et géographique attaché àce mot, ou dans un sens plus large, la Hellade, se compose d’une presqu'île s'étendant dans la
Méditerranée au sud de la Macédoine et de l'Illyrie, à partir !
environ du 40° de latitude septentrionale, entre la mer Égée
à l’est et la mer Ionienne à l'ouest, dans la direction du |
nord au sud, sur une longueur d'environ 37 myriamètres, et
avec une largeur variant entre 20 et 7 myriamètres environ. Cette presqu'île est une contrée .de nature tout à fait mon- |
tagneuse, avec un petit nombre de vallées et de plateaux de peu d’étendue; et sa configuration est déterminée d’un
côté par les montagnes qui la sillonnent et de l’autre par la |
mer qui l’entoure. Le caractère de ce groupe de montagnes, dont les pies les plus élevés, le Pinde et le Parnasse, at-
teignent une altitude de 2,300 à 2,500 mètres, répond tout |
à fait à celui des autres montagnes de la presqu’ile turque. Composées aussi le plus généralement de rochers calcaires, elles s'élèvent en pics abruptes, renferment de profondes fondrières, de vastes cavernes et des vallées le plus généralement petites; et ces montagnes, comme toute la contrée
elle-même et les diverses îles qui l’avoisinent, semblent être | le produit d'un soulèvement sous-marin; les nombreuses | anfractuosités du littoral, les saillies abruptes et vive- | ment accusées de ses côtes, qui forment un grand nombre de |
promontoires et de golfes, de même que de nombreuses traces d’origine volcanique, donnent la plus grande vraisemblance à cette opinion. Les îles d’origine volcanique qui avoisinent la Grèce, et où se trouvent encore aujourd'hui des volcans en activité, la confirmeraient au besoin. La conséquence de cette configuration du sol, c’est de diviser la Grèce en trois parties bien distinctes : La Grèce continentale, ie Péloponnèse, qui forme une île presque parfaite, et les deux îles qui l’avoisinent. La première, ou La Hellade proprement dite, est en grande partie formée d’une chaîne de montagnes qui, se détachant du mont Hæmus ou Balkan, situé au nord, traversent ce pays du nord au sud, en envoyant une foule de chaînes latérales jusqu’à la mer, où elles forment divers golfes et presqu’iles, et au sud se terminent aux golfes de Corinthe et Saronique, en nese rattachant aux montagnes du Péloponnèse que par l’étroit soulèvement de sol formant l’isthme de Corixthe. Il en résulte que la Grèce con tinentale forme à son tour trois régions distinctes. La chaîne de montagnes dont il a été question plus faut, et venant du nord, qui à son entrée en Grèce reçoit le nom de Pinde, y envoie aussitôt deux chaînes courant parallèlement : à Vest, les monts Cambuniens, se terminant à l'Olympe, et séparant la Grèce de la Macédoine; et à l’ouest les monts Cérauniens, qui la séparent de l’Illyrie, et par le cap Acrocéraunien s’avancent jusqu’à ce qu’on appelle aujourd’hui le golfe d’Avlona. Le Pinde occupe ensuite à peu près la partie centrale du pays, et, dans la direction du nord au sud, pénètre jusqu’au 39° de latitude nord, où il envoie à l'est la chaine de l’Othrys, qui s'étend à travers l’isthme entre le golfe Malique (aujourd'hui golfe de Zeitouni) et celui de Pagasæ (aujourd’hui golfe de Volo), puis de là tourne au nord, suit la côte, et se termine au mont Ossa, situé en face du mont Olympe, en formant une profonde vallée arrosée par le Pénée, dont les eaux n’ont qu’une étroite issue entre l’Olympe et l’Ossa. A l'extrémité occidentale et opposée du Pinde, la mer Ionienne pénètre profondément dans le pays, sous le même degré de latitude que POthrys dans le golfe d’Ambracie (aujourd’hui golfe d'Arta), et limite ainsi avec le mont Thyamus (aujourd’hui Grabovo), qui se prolonge jusqu’au Pinde, le côté méridional du plateau situé à l’ouest du Pinde, et terminé au nord par les monts Cérauniens. Mais au sud du oint de départ de
vers le golfe dit aujourd’hui de Patras un embranchement latéral qui avec les montagnes d’Acarnanie, situées en face, forme la vallée de l’Achéloüs (aujourd'hui l’'Aspropotamos ), se dirige au sud-est, et se divise alors en deux chaines : celle du mont Œta et celle du Parnasse avec l’Hélicon, dont la première constitue avec l’Othrys la vallée du Sperchius (aujourd'hui Hellada ); puis, à partir du détroit des Thermopyles, forme le versant nord-est de la Grèce centrale, vers le détroit d'Eubée; tandis que la dernière, le Parnasse et l'Hélicon, forme le versant méridional de la Grèce centrale, vers le golfe de Corinthe, en même temps qu'avec le
mont Œta une vallée intermédiaire, celle du Céphise ou du
Pinde (aujourd’hui Mavropotamos ), lequel se jette dans le lac Copaïs (aujourd’hui Lac Topol). Au sud-est de cette vallée intérieure, les deux chaînes se réunissent en empêchant ses eaux de s’écouler vers la mer. Elles prennent ensuite les noms de mont Cithæron et de mont Parnes, puis s’abaissent insensiblement en formant le Pentélique et l'Hymette, à l'extrémité sud-est de la Grèce centrale, où elles aboutissent au cap Sunium (aujourd'hui cap Colonna), en atteignant au nord-est la mer Égée et au sud-est le golfe Saronique (aujourd’hui golfe d’Égine); tandis qu'au sud-ouest elles se rattachent par les Gérania aux hauteurs de l’isthme de Corinthe. Ainsi, entre les monts Cambuniens, le Pinde et l’Obrys, se trouve la Thessalie; à l’ouest de cette contrée, entre les monts Cérauniens, le Pinde, le golfe d’Ambracie et le Thyaneus, l’Épire; et au sud de celle-ci la Livadie moderne avec PAcarnanie, l’'Étolie, la Doride, les trois Locrides, la Béotie, la Mégaride et l’Attique.
L'autre principale partie de la Grèce, le Péloponnèse, est également une contrée tout à fait montagneuse, avec cette différence toutefois qu’elle n’est point traversée dans toute sa longueur par une même chaîne de montagnes, mais que d’un plateau central et .assez élevé se détachent diverses hautes chaînes se dirigeant en sens divers et atteignant, comme le mont Taygète et les monts Achéens, jusqu’à 2,500 mètres d'altitude.
La troisième partie principale se compose des Îles, les unes situées dans son voisinage immédiat, les autres dispersées à une certaine distance. Parmi les premières on re-
| marque lesilesToniennes, à l’ouest; Cythère, aujourd'hui
Cérigo, au sud ; Hydra et Spezzia, Égine et Salamis, et l'ile d'Eubée à l’est. Dans les dernières sont comprises la Crète, aujourd’hui Candie, et les diverses îles de l’Archipel, notamment les Cyclades et les Sporades.
Après les montagnes et les mers, les fleuves ne jouent plus qu’un rôle sans importance dans la configuration du sol de la Grèce, car il n’en est pas un seul qui soit navigable. Indépendamment du Pénée, du Sperchius, de lAchéloüs et du Céphise, dont il a déjà été question, il n’y a plus guère à citer dans le Péloponnèse que l’Eurotas et d’Alphée.
La superficie totale du sol de la Grèce, dans les limites que nous venons de lui assigner, peut être évaluée à 1,460 myriamètres carrés, dont 1,060 pour le continent, 400 pour le Péloponnèse, et 200 pour lesles. Le climat de la Grèce,
. en raison de l’extrème diversité d’élévation du sol, varie
beaucoup. Tandis qu’il est d’une rudesse extrême dans les régions montagneuses les plus élevées , il est extrèmement doux dans les contrées basses et plates ; et entre ces deux points extrêmes , on {rouve une variété infinie de nuances. Au total on peut dire que le climat de la Grèce est un peu plus froid que celui des contrées de la Méditerranée situées sous le même degré de latitude. Toutefois, dans les parties les moins élevées du pays on ne sait pas à bien dire ce que c’est que l'hiver avec ses neiges et ses glaces. Ce n’est guère qu’une saison de pluies, tandis que dans les mois d'été, du commencement de mai jusqu’à la fin d’août, il ne tombe pas une seule goutte d’eau, sauf les plus hautes montagnes, et que jamais le moindre nuäge n’y vient troubler la pureté de l'atmosphère. La sécheresse constitue donc le caractère dominant du sol comme du climat de la Grèce,
pays où tout se dessèche en été et la plupart des cours d’eau tarissent. J1 n’y a que la rosée qui maintienne la végétation ; de même que des vents soufflant régulièrement chaque jour, soit du côté de la mer, soit du côté de la terre, y tempèrent s’extrême chaleur, qui n’est vraiment intolérable que dans les vallées les plus profondes, là où ne peuvent pas se faire sentir ces vents bienfaisants. On peut dire en revanche que le ciel de la Grèce conserve partout son antique renommée, et qu’il n’est pas au monde de pays où l'atmosphère soit si pure, si radieuse, si lumineuse, azur du ciel plus foncé, et où tous les objets revêtent de plus brillantes couleurs. ‘La mer, qui baigne amoureusement les côtes en y formant une innombrable quantité de golfes, de baies , d’anses, de criques, etc., en même temps que les ports les plus sûrs, n'offre pas de moindres beautés en son genre. Quant à la faune et à la flore de la Grèce, elles n’ont point de caractère qui leur soit exclusivement propre, et elles répondent en général à celles de tout le bassin de la Mediterranée, et plus particulièrement de l’Italie et de l'Espagne.
La Grèce, on le voit, est un pays du caractère géographique le plus vivement accusé; séparé des contrées limitrophes par de hautes montagnes; fractionné à l’intérieur en de nombreuses et distinctes parties, reliées en revanche entre elles, comme il l’est lui-même aux contrées voisines par la mer, qui l’environne de tous côtés; occupant sur la carte de l’Europe la position la plus favorable qui se puisse imaginer pour devenir le point intermédiaire entre les civilisations de l'Orient et de l’Occident ; doué d’une belle, mais non d’une luxuriante nature ; dans les conditions de sol et de climat les plus diverses, mais surtout dans celles qui favorisent la vie au grand air. Ces circonstances physiques ont dû réagir puissamment sur le caractère du peuple qui l’habitait, comme le prouve tout le développement de la civilisation grecque vendant l'antiquité. On remarque dans ce développement deux périodes bien distinctes : l'époque héroïque et l’époque historique (voyez, ci-après, le chapitre spécial consacré à l’histoire de la Grèce). On retrouve dans l’une et l’autre ce qui constitue les traits essentiels et caractéristiques de la physionomie générale du peuple grec, à savoir la prééminence de l’individualité, la direction tout extérieure des idées, l’heureuse aptitude de lesprit à saisir avec finesse, à apprécier avec intelligence et à reproduire avec habileté les objets extérieurs, une imagination aimant à se repaître d’images sensuelles et l’amour de la beauté physique, La séparation si tranchée des races et des États, de rhême que l'infinie variété de degrès de civilisation, sont à l’une et à l’autre époque la conséquence des conditions physiques où la Grèce se trouvait placée. Toujours aussi on voit les Grecs faire preuve d’un goût tout particulier pour la vie et les habitudes du marin, pour les aventures et les expéditions maritimes; de même que, soit effet de la nature du sol, soit résultat du caractère national, on a lieu d’observer chez eux en tout temps et en tous lieux une grande sobriété, jointe à un penchant des plus prononcés à la volupté. Dans les deux périodes on trouve des peuples unis sans doute par une communauté de mœurs, de langage et d'intérêts, mais se combattant souvent entre eux et se subjuguant tour à tour ; la croyance aux mêmes divinités ; un culte joyeux et sensuel; la monogamie en vigueur, mais sans que la femme jouisse tout à fait des mêmes droits que l’homme, et le concubinat toléré; le principe de la liberté personnelle consacré en faveur des individus nés libres et une tendance générale à affranchir la vie de toute contrainte , à la faire tendre bien plus à la jouissance qu'au travail. Toutefois, ces traits généraux subissent aux deux époques des modifications très-diverses. Ce qui différentie surtout ces deux époques , c’est qu'aux temps héroïques toutes ces particularités existaient déjà dans le caractère national sans que le peuple en eût la conscience, consacrées qu’elles étaient par d’antiques usages et par les mœurs. C’est ainsi que dès l’époque la plus reculée nous voyons l’état patriarcal dominer com-
GRÈCE
vers organes de l'État et de la famille ne s'étaient point encore séparés et n'avaient pas acquis des droits dictincts, De là l'existence de rois, chargés suivant l’antique usage de régler les affaires publiques d'accord avec les anciens et les plus considérés d’entre le peuple, de rendre la justice et de commander à la guerre ; de là l'absence de toute subdivision et de toute différence dans les droits des hommes libres ;
| de là aussi l'unique distinction de castes établie et reconnue
dans le peuple, la caste des hommes libres et celle des esclaves, ces derniers provenant de la conquête et de la réduction des populations vaincues en captivité. En ce qui est des mœurs privées, C’est la vie de famille qui domine partout. De là l'importance plus grande des femmes et leur influence sur tous les détails de la vie; les soins de l’économie domestique exclusivement confiés au sexe le plus faible ; un caractère de sainteté plus grand prêté à tout ce qui est affaire de piété, aussi bien entre les hommes et la Divinité , que d'homme à homme et surtout entre parents; enfin, des relations patriarcales entre les maîtres et les serviteurs, l'hospitalité la plus illimitée, une situation des arts et de l'industrie bien supérieure à la grossière rudesse de l’état de pature, et surtout légalité des hommes libres en ce qui est des rapports sociaux et de fortune. Que si, au contraire, on examine l’état des Grecs dans les temps historiques, ce qui frappe plus particulièrement, et ce qui établit entre eux et la civilisation des peuples asiatiques une différence bien caractéristique, c’est la prétention de tout soumettre à des règles positives et invariables, prétention qui apparaît dans les moindres circonstances de la vie et dans toutes les opérations de l'esprit, et limitée uniquement par des traditions religieuses. En ce qui à trait aux affaires publiques , nous voyons cette prétention prendre souvent, comme à Sparte par exemple, les proportions les plus ridicules. Là, à force de vouloir tout réglementer et régler à l'avance, on en vient à ce point que la vie de famille n’exerce plus aucune influence sur la vie publique, et que ce sont au contraire les relations publiques qui règlent et déterminent tous les actes de la vie privée. On y a détruit ia vie intime et en méme temps toutes les vertus, toutes les qualités qu’elle admet. La femme y a perdu toute espèce d'importance; ellen’a plus d’autre mission que de faire des enfants ; et le rôle humiliant auquel on la réduit provoque la venue des Létaires, comme il donne aussi naissance à des vices honteux, pour lesquels l’âge hércique n’avait pas de noms. C’est ainsi qu’il s’établit dans les différents États grecs une variété infinie de conditions pour les individus, suivant leur origine, leur lieu de naissance, leur profession. Nous voyons. toute une échelle de castes (des nobles et des hommes libres, des citoyens exerçant tous les droits de cité et d’autres n’en possédant que la moitié, des patrons et des manants, des serfs et des esclaves) constituées peu à peu par l'usage ou par la loi, ou bien imposées soit par un conquérant, soit par des envahisseurs, et qui à leur {our ont produit la plus extrême diversité dans les constitutions politiques. Depuis l'oligarchie la plus superbe jusqu’à la démocratie la plus effrénée, on trouve en Grèce toutes les formes de gouvernement possibles, avec les mille nuances dent ils sont susceplibles, suivant que domine dans l'État tel ou tel élement social. Nulle part ailleurs la politique n’a en matières de constitutions essayé de plus de combinaisons. L’extrème diversité de la législation politique engendra naturellement celle de la législation civile, quoique, à la différence de ce qui arriva à Rome, celle-ci nait jamais pris autant d'importance que celle-là, par la raison que la vie publique y avait complétement absorbé la vie privée et que l'homme n'y vivait pas pour lui-même, mais pour l’État. Ce qui distingue essentiellement la vie publique dans la période historique, c'est que le gouvernement patriarcal et monarchique y avait partout fait place au gouvernement républicain, surtout là où, comme à Sparte, il restait encore des rois qui ne l’élaient plus que de nom. Cette époque
plétement dans la vie publique et privée, alors que les di- | historique nous présente naturellement le spectacle du dé-
GRÈCE
seloppement du génie grec atteignant son apogée dans la littérature, dans l’art et dans la religion. En même temps que la vie de famille disparaît de la vie privée, les professions se trouvent de plus en plus distinctes. Les professions libérales, que celui-là seul peut exercer qui est né ‘comme libre, sont séparées par une profonde ligne de démarcation de celles qui sont réservées aux esclaves. Toutefois, cette différence était plus ou moins sensible suivant le degré de civilisation auquel les Etats étaient parvenus. Dans ceux où les intérêts politiques l’emportaient sur tous autres, comme à Sparte, les choses en vinrent à ce point que la chasse, le maniement des armes, la participation aux affaires publiques et la culture des arts et des lettres étaient les seules occupations qu’on jugeât dignes dun citoyen en possession de tous les priviléges qu'assurait ce titre de noblesse. Pour que la condition sociale de l’homme se trouvât si haut placée, il fallait que celle des serfs et des esclaves fût d'autant plus humble et opprimée. Les antiques relations patriarcales qui existaient entre les hommes libres et leurs esclaves disparurent presque complétement des États arrivés à un degré de civilisation plus développé, et firent place à un abime où tout l’État social devait finir par périr, en raison de l’augmentation fncessante du nombre des esclaves en même temps que diminuait rapidement celui des hommes libres. Les différences profondes établies entre les classes et les professions reparurent dans les mœurs publiques, de même que la diversité des institutions réagit puissamment sur la politique. Ainsi, on voit en Grèce des États où , comme en Arcadie, dominait la vie pastorale et où régnait la civilisation la plus simple; d’autres, restés essentiellement agricoles, comme la Thessalie; d’autres encore où le commerce était la grande préoccupation des populations, comme à Corinthe; enfin, quelques autres devenus militaires avant tout, Sparte par exemple. Cependant, dans le plus grand nombre, il y avait fusion entre ces diverses conditions de la vie sociale. La civilisation grecque atteignit son plus haut degré de splendeur là où, comme à Athènes et dans la plupart des îles et des États maritimes, cette fusion avait produit la plus vive activité et les froissements les plus bienfaisants. Là, au contraire, où il y avait séparation absolue des castes et genre de vie uniforme, comme dans l'intérieur du Péloponnèse et dans la Grèce septentrionale, et où se faisait sentir l'influence pernicieuse des peuples barbares limitrophes et des rapports forcés qu’on avait avec eux, en Épire notamment, l’État social des populations demeura constamment voisin de la barbarie, et offrit le contraste le plus saïllant avec cette civilisation si raffinée.
La GRÈCE MODERNE se compose de la partie méridionale de Ja presqu'île que nous avons décrite plus laut, des îles de Archipel qui l’avoisinent et des îles Ioniennnes. Séparée , au nord, des provinces turques d’Albinie et de Thessalie par une ligne à peu près droite, tirée depuis le golfe d’Arta à l’est à travers le mont Othrys jusqu’au golfe de Volo, sous le 39° de latitnord, laterre ferme comprend l’ancienne Grèce centrale ou l’Hellade proprement dite, et l’extrémité méridionale de la Thessalie en deçà de l’Othrys. Il faut y ajouter la grande île d’Eubée ou de Négrepont, la plupart des Cyclades, quelques-unes des Sporades et les îles Ioniennes. Le tout occupe 52,189 kilom carrés de superficie. La Grèce a été divisée, en 1833, en 10 nomes et 54 épurchies ; en 1838, en 24 gouvernements; et depuis 1867 en 13 nomes ou nomarchies (départements), savoir, 3 dans l’Hellade : Attique et Béotie, Phocide et Phtiolide, Acarnanie et Étolie; 5 dans le Péloponnèse : Argolide et Corinthe, Achaïe et Elide, Arcadie, Messénie, Laconie; 5 dans lesfles : Eubéeet Sporades, Cyclades, Corfou, Zante, Céphalonie. Ces nomes sont divisés en 59 éparchies (arrondissements), et chacun de ceux-ci en un certain nombre de dèmes ou comunes.
La Grèce est loin d’être un pays fertile; il n’y a guère de sa superficie lotale que 7,435 kil. carrés en culture;
11,748 kil. sont susceptibles d’en recevoir ; 5,420 sont cou-
verts de forêts, 18,600 de montagnes et de rochers , et
838 d’étangs et de marécages. La terre en général appar=
tient à un petit nombre de propriétaires; mais il y a un
grand nombre de paysans qui cultivent un petit fonds pour
leur compte , d’autres d’après le système du métayage,
d’autres enfin, tenanciers de PÉtat, lui payent une rente de
15 p. 100 du produit brut, Ces détails indiquent tout ce que
l'appropriation du sol à des buts d'utilité laisse encore à
désirer. Dans les années même les plus heureuses, on ne récolte pas assez degrains pour les besoins de la consommation locale; et chaque année il y a nécessité de tirer des quantités considérables de froment de l'étranger, notamment des ports russes de la mer Noire Après le manque de moyens suffisants d'irrigation, il faut surtout attribuer la situation si peu satisfaisante de l’industrie agricole en Grèce au peu de développements qu'y ont pris l'élève du gros bétail et la production chevaline. En revanche, les immenses troupeaux de chèvres et de moutons qu’on rencontre dans l’intérieur des montagnes ont une grande importance pour le pays. Dans les autres branches de l’économie agricole, on ne peut guère signaler que la culture de la vigne et de l'olivier et la préparation des raisins secs. On récolte beaucoup de vin, notamment dans les îles, où sont situées les meilleurs crûs (Voyez Grèce ! Vins de ]). Les raisins secs constituent un produit extrêmement: important, et à bien dire le principal moyen d'échange de l’agriculture grecque ; et depuis l’administration de Capo d’Istria cette industrie spéciale a provoqué de nouvelles plantations de vignes sur une échelle des plus vastes. Jusqu’en 1821 le commerce des raisins secs était exclusivement resté aux mains des négociants autrichiens, qui chaque année employaient de 30 à 40 bâliments à transporter à Trieste des ports de Patras et de Vostizza en Achaïe environ 10 millions de kilogrammes de ce produit ; et de Trieste on en approvisionnaït l’Autriche, l'Allemagne et même l’Angleterre. A l’époque de la révoluthon grecque et après, ce fructueux commerce passa aux mains des spéculateurs anglais ; et il n’arriva plus que de faibles quantités à Trieste. Ce n’est qu’à partir de 1849 que plusieurs propriétaires se sont mis à vendre leurs produits sans intermédiaires, ou bien à les expédier pour leur propre compte soit en Angleterre, soit à Trieste. En 1849 la récolte des raisins secs pour la Grèce occidentale seule monta à dix millions de kilogrammes ; en 1850 ellenefutquede9 miliions. Les bois d’oliviers ont beaucoup souffert à l’époque de la guerre de l'indépendance ; cependant dès 1842 on comptait de nouveau de 7 à 800,000 pieds d’arbres appartenant, pour les quatre septièmes à l'État, et pour les trois autres septièmes aux particuliers, La sériciculture , singulièrement favorisée par la nature du climat, et qui était autrefois une source importante de richesse pour le pays, est aujourd’hui fort négligée. La guerre de l’indépendance a eu pour résultat d’anéantir la plus grande partie des müriers, d’où est résultée forcément une diminution considérable dans la production de la soie. Toutefois, les efforts qu’on fait aujourd'hui pour raviver cette culture promettent d’être couronnés de succès. On récolte aussi un peu de coton, mais de qualité médiocre et qu’on consomme même en grande partie dans les manufactures de Patras et de la Grèce orientale. De même on cultive le mastic et le figuier. En 1850 dans la Grèce occidentale seule on récolta 4,125,000 boucauts de figues. La production de la garance est en diminution sensible; en revanche, la culture du tabac est en voie de progression constante (le meilleur croît dans l’Argolide), en raison de la consommation toujours plus grande qui s’en fait dans le pays et des demandes de plus en plus considérables de l'étranger. Faute d'aménagement intelligent les forêts de la Grèce ont beaucoup souffert, et l'usage de la vaine pâture nuit sinsulièrement à ce qui en reste encore. Les forêts les plus con: sidérables sont celles de l'intérieur de la Morée. La récolte des noix de galle va toujours en diminuant, en raison de lémigration toujours croissante des bergers de lA-
carnanie sur le sol turc. En 1849 elle avait encore été dans la Grèce occidentale de 9,920,000 livres; en 1850 elle
était plus déjà que de 8,960,000. L’apiculture est une |
source de richesse assez importante pour le pays, et le miel de la Grèce a conservé de nos jours tout son antique renom. La cire se consomme pour la plus grande partie dans le pays même, La pêche sur les côtes et dans les îles constitue une industrie importante. L’exploitation des mines n’a lieu que dans des proportions minimes, quoique les montagnes contiennent assez de métaux, notamment du fer, du plomb et du cuivre, ainsi que quelques gisements houillers, nofamment dans l'ile d’Eubée, On y trouve en outre des marbres et de l’écume de mer de première qualité, des sels de diverses espèces et d'excellente argile. Jusqu'à ce jour cependant le célèbre marbre de Paros est resté le plus hnportant des produits minéraux de la Grèce.
L'industrie n’a pris éxa'ement que de très-faibles développements en Grèce. A exception d’un petit nombre de filatures de coton, fabriques de chapeaux, etc., ce pays ne possède pas d'industrie manufacturière agissant su” une vaste échelle; aussi chaque année l'importation des produits étrangers continue-t-elle à dépasser de beaucou l'importance des exportations en produits du sol et en produits fabriqués. En 1849 les importations s’élevèrent à 19,620,000 fr. et les exportations à environ 12,000,000. Depuis cette époque le commerce g'néral de la Grèce s’est accru de 40 p. 100 à Pentrée et de 10 p. 100 à la sortie. Voici les résultats pour 1865 : importation 67,954,040 fr.; exportation, 37,316,592 fr., chiffre dans lequel les raisins secs entraient pour près de moitié (16,196,000 fr.), l'huile pour 5,728,000, et le coton en laine pour 3,736,400 fr. Dans l’ensemble du commerce grec l’Angleterre occup? depuis longtemps le premier rang : elle y figure pour plus du tiers. Ainsi elle envoie des tissus de coton et de laine, des fis, du sucre, et elle reçoit des raisins secs, de l’huile, du tabac. Viennent ensuite la Turquie, qui expédie des céréales et des bestiaux; l'Autriche, la France, la Russie, la Roumanie et lItalie,
C'est dans les Îles que règne le plus d’activité industrielle, car elles ont sous tous les rapports devancé de beau: coup les pays de terre ferme, et elles sont les grands centres du commerce de la navigation. Cette dernière forme l'élément essentiel de l’activité nationale; et b'eu qu’elle ait eu, elle aussi, beaucoup à souffrir des suites de Ja guerre de l’indépendance, l'aptitude toute particulière que les Grecs ont montrée à toutes les époques pour la mer n’a point fardé à la faire refleurir. La marine marchande grecque se composait déjà, en 1841, de 3,200 bâtiments, jaugeant ensemble 111,300 fonneaux et montés par 17,000 marins. En 1866 ce chiffre était de 5,744 bâtiments, jaugeant 326,690 tonneaux et ayant pour équipage 32,513 hommes: il n’y avait encore alors qu’un seul navire à vapeur. Outre leurs propres bâtiments montés par des marins indigènes, justement renommés pour leur habileté et leur courage, les négociants grecs possèdent encore dans la Médilerranée un grand nombre de bâtiments étrangers; le cabotage de l’Archipel et des côtes qui l’avoisinent est presque exclusivement entre leurs mains.
Les principaux centres de ce commerce sont : Jermo: polis ou Syra, dans l’île de Syra; le port du Pirée, près d'Athènes; Patras, Corfou, Corinthe et Nauplie. De ces divers ports, celui de Syra est resté, ea raison de sa situation heureuse, le principal entrepôt des produits manufacturés de l’Europe pour la Grèce et le Levant. Les relations commerciales entre ces ports et l'intérieur du pays sont rendues difficiles par l'absence presque totale de bonnes voies de communication par terre et par le défaut absolu de sécurité sur celles qui existent (21 en tont); c’est à ce qui fait préférer l'emploi du cabotage , en vue duquel on a établi un bn système de pilotes et de phares. La banque fondée à Athènes en ‘1841 ne contribue pas peu à facilifer les transactions commerciales. Le premier chemin de
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GRÈCE
fer a été ouvert, en 1869, en're Athènes et le Pirée.
D’après le recensement de 1862, la population de la Grèce se composait de 1,096,810 hab:ta its. Celui de 1871 a donné, avec les îles Toniennes récemment annexées, un chiffre de
1,457,89% habitants, dont356,918 sur le continent, 645,389 dans le Péloponnè:e, et 414,719 dans les iles ; ce qui donne 28 habitants par kilomètre carré, moin s qu’en Turquie, Après la capitale, Athènes, dont la population est de 46,000 âmes et de 52,000 avec le Pirée, les principales villes son! Patras, 26,191 hab.; Syra, 25,000; Corfou, 24,091; Zante, 20,480; Nauplie et Hydra.
En ce qui est des races, les habitants du royaume de la Grèce se composent en grande partiedeGrecsmodernes et d’Albanais (voyez ALBANIE) : ceux-là fixés plus particulièrement en Morée et dans les îles; ceux-ci dominant au nord du royaume; plus, de valaques, d’un petit nombre d’Arméniens (30,000 environ )et d’encore bien moins d’'Européens et de Juifs (500 au plus ). fln’est resté qu’un for petit nombre de Turcs. Au point de vue moral, et malgré les exceptions honorables que présentent Athènes et les principales villes de commerce, cette population est demeurée de nos jours encore dans un état de grande infériorité; comme les idées d’ordre public lui répugnent, elle se montre en général hostile à la civilisation européenne, et persiste opiniätrément dans ses idées etses habitudes à moitié barbares. Les deux racesdominantes, les Grecs modernes et les Albanais, se distinguent au même degré parla vivacité de l'intelligence, la finesse, l'aptitude au commerce et à la navigation, par des labitudes hospitalières, de la sobriété et des habitudes d'économie, mais aussi par quelque chose d’extrémement superficiel dans les appréciations, par l'inconstance et la légèreté, par des habitudes superstilieuses, par l'horreur du travail, par le penchant à la volupté, à l’avarice et à la cruauté. Au total, les A/banais sont plus grossiers, mais plus braves et plus loyaux que les Grecs modernes. Le brigandage, sur terre comme sur mer, continue à être regardé par les classes inférieures comme un métier n'ayant en soi rien de honteux. A l'exception d'environ 24,000 adhérents de l’Église romaine, fixés surtout dans les iles et dans les grands ports de la terre ferme et dépendant d’un archevêque dont le siége est à Naxos, et de trois évêques établis à Syra, à Timos et à Santorin, la population du royaume appartient à l’Église grecque orthodoxe. Placée autrefois sous la juridiction du patriarche de Constantinople, cette Église s’en est séparée en 1833, en vertu d’un décret rendu par le synode national de Nauplie ; elle est aujourd’hui administrée par un saint synode permanent, qui toujours se trouve dans la ville où réside le roi, et composé de cinq évêques et d’un fonctionnaire
représenfant le gouvernement. Le pays compte 94 sièges épiscopaux, dont 11 archevêques et un métropolitain à Corfou ; les prêtres du clergé inférieur ne sont pas salariés par l’État. En 1820 on supprima 320 couvents; en 1830 on réduisit à 30 le nombre des couvents de religieuses, et on confisqua un grand nombre de propriétés ecclésiastiques. Néanmoins, le clergé est encore très-nombreux, et jouit de riches possessions territoriales. Quelque crasse que soit son ignorance, il forme un ordre qui continue à être l'objet de tous les respects de la nation. D'ailleurs, il n’y a pas de peuple au monde qui soit plus attaché que le peuple grec à la foi et à son Église, et il faut bien reconnaître que c'est surtout à l'influence de son clergé et à la puissance de l’idée religieuse que la Grèce est redevable de la conservation de sa nationalité,
Aux termes de la constitution de 1844, modifiée en 1864 la Grèce forma une monarchie constitutionnelle, Voici quelles étaient les bases principales de cette constitution : l'Église orthodoxe est la religion d'État; mais toutes les autres religions sont tolérées : l’Église nationale grecque est administrativement indépendante, mais dogmatiquement unie à la grande Église orthodoxe d'Orient. Tous les Grecs ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Les citoyens grecs sont seuls aptes à remplir des emplois pu.
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blies. La liberté individuelle est inviolable. Personne ne peut être poursuivi, a rrêté et condamné que dans les termes voulus par la loi. Le droit de pétition, la liberté de parler et d'écrire sont garanlis à chacun. La confiscation complète des propriétés, l'esclavage et la question sont interdits, Le roi, la chambre des députés et le sénat exercaient collectivement la puissance législative, et possédaient chacun le droit d'initiative; mais le roi seul exerce, par l'intermédiaire de ses ministres, la puissance exécutive. Il est inviolable, mais ses ministres sont responsables. Le roi norme et renvoie les ministres et les divers fonctionnaires publics; il est le chef suprême de la force armée, conclut tous les traités de paix, sanctionne et promulgue les lois, convoque, ajourne, proroge, clotdes sessions de, chambres, dissout la chambre des députés et a le droit dé faire grâce. Toutefois, il ne saurait octroyer de titres de noblesse ni tous autres, non plus qu’autoriser ceux ac. cordés par des souverains ét rangers. La couronne e:t héréditaire en ligne directe; tout héritier du trône doit appartenir à l’Église grecque. Le roi est tenu de prêter serment à la constitution. Si le trône vient à vaquer, il y estpourvu par l'assemblée au moyen d’une élection nouvelle. Les chambres sont convoquées tous les ans. En vertu de la constitution de 1844, les députés étaientélus pour trois ans; Ils devaient être âgés de trente ans et citoyens grecs. Les sénateurs étaient nommés par le roi; ils devaient avoir quarante ans accomplis, et s'être distingués par desservices
rendus au pays. Les princes de la famille royale faisaient |
partie du sénat dès l’âge de dix-huit ans. La chambre des députés pouvait mettre les ministres en accusation devant le sénat. En vertu de la nouvelle constitution votée le 29 octobre 1864 et jurée par le nouveau souverain, Georges 1%, le sénat a été remplacé par un simple conseil d'État consultatif; ce corps, composé de 15 à 25 membres nommés par le roi pour dix années, a pour mission d’anender les projets de loi présentés à la chambre; mais il doit le faire dans un laps de dix jours, sinon la chambre passe outre. La chambre unique est élue pour quatre ans; elle s’assemble chaque année et sa session a une durée de trois mois ou de six au plus, Elle se compose de 188 députés, soit un par 10,000 habitants.
La justice est 1endue en Grèce par une cour de Cassa= tion, 3 cours d’appel siégeant à Athènes, Corfou et Nauplie, 10 tribunaux de première instance, 3 tribunaux de commerce et 120 justices de paix. Le code civil de la Grèce parti. cipe du droit romain, du code français et de la législation allemande ; ses codes pénal, de procédure et de commerce sont calqués sur les nôtres. AR
Depuis la constitution de la Grèce en État indépendant il n’y a eu, | our ainsi die, aucun budget normal qui n’ait offert un délicit. On ne possède sur ce sujet que ces estimations; depuis 1859 les documents officiels manquent, et Von ne connaît point l’état réel des recettes et des dépenses. Pour obvier au déficit qui s’accroit sans cesse on a eu recours d’une part aux emprunts, de l’autre à la création de 13 à 14 millions de bons du trésor à cours forcé, Excepté les soluats et les marins, aucun fonctionnaire, jusqu’au roi lui-même, n'est payé régulièrement, Le budget de 1870 évaluait les recettes à 30,692,700 fr. et les dépenses à 38,679,377 fr. Celui de 1869 quand il a cté présenté se soldait galement en bénéfice; et ce bénéfice s’est plus tard changé en un déficit qu’on n’a point indiqué. La dette publique est de deux svrtes : la dette consolidée, qui en 1870 éLait de 218,239,103 fr., et la dette flottante évaluée tantôt à 2, tantôt à 150 millions.
L'armée se recrute par voie de conscription avec faculté de replacement; la durée du service est de six ans, dont trois dans la réserve. D’après la loi du 15 janvier 1867 sa force doit être portée à 31,000 hommes de troujes régulières et irrégulières; mais en 1870 il n’y avait sous les drapeaux que 8,500 hommes, dont l’entretien coûtait 7 à 8 millions par an. Quart à la flotte de l'État elle se com-
51t posait à la même date de 34 bâtiments (2 frégates blindées, 1 frégate, 2 corvettes, 1 vapeur à aubes, 5 vapeurs à bélice, 23 petits navires et chaloupes canonnières), montés par un millier d'hommes.
L’instruction publique, qui avait reçu autrefois limpulsion la plus puissante et la plus salutaire, a de nouveau pâti, comme toutes les branches de l’administration, de la fâcheuse situation des affaires; mais elle a fait des progrès dans ces dernières années. La Grèce possédait, en 1868 (îles Ioniennes comprises), 148 ‘ tablissements supérieurs d'instruction publique : université d’Alhènes, dont les cours étaient suivis par 1,200 étudiants; 4 écoles de médecine, une d’asriculture, une des beaux-arts, une militaire, une de théologie; 16 gymnases ou lycées, avec 1,900 élèves; et 123 écoles helléniques. L’instruction élémentaire était donnée dans 1,067 Ccoles fréquentées par 60,000 enfants. Nous citerons encore parmi les établissements d'instruction publique l'observatoire d'Athènes, la Bibliothèque nationale, quelques musées naissants , fondés par des souscriptions particulières. On comptait em Grèce 77 journaux et 13 revues périodiques, 15 imprimeries, et plusieurs sociétés savantes. Consultez Wordsworth, Greece piclural, descriptive and historical (Londres, 1839); Strong, Greece as a Kingdom (Lontres, 1842) ; Maurer, das Griechische Volk (Heidelberg, 1835, 3 vol.); About, {a Gièce contemporaine (Paris, 1851, in-18); Rhangabé, Helléniques (Athènes, 1853 et suiv., 3 vol.); Lacroix, Zles de la Grèce (Paris, 1861, in-8) ; Strickland, Greece, ils condilion and resources (Lonüres, 1863); J. Schmidt, Beitræge zur physicalischen Geographie von Griechenland (Leipzig, 1864-1870, 3 vol.); sir Th. Wyse, Impressions of Creece (Lond., 1871, in-8); Mansolas, Notice statistique de la Grèce (Athènes, 1867, in-8°) ; Murray, Handbook for travellers in Greece(Lond., 1872, in-18);, Isambert, La Grèce et la Turquie d’Europe (2° édit., Paris, 1873, in-18.).
Histoire ancienne.
Depuis les temps fabuleux jusqu'à la domination romaine.
[ Temps fabuleux. La Grèce était bornée au nord par PIIlyrie, la Macédoine et la Thrace. Ce ne fut qu’au temps de Philippe, père d'Alexandre, que la Macédoine fut comprise dans le corps hellénique : la Thrace et l’Illyrie n’en firent jamais partie; mais ces deux pays n’en sont pas moins liés à la Grèce par une foule de traditions mythiques et historiques.
Ce serait une question intéressante que d'examiner de quels éléments primitifs, puis de quelles accessions successives purent se former les populations de la Grèce; mais sur ce point on n'aura jamais que des conjectures, et la Grèce, menteuse plus que tout autre pays, a ouvert un vaste champ aux systèmes des érudits, gens, selon moi, presque aussi imposteurs mais bien moins ingénieux que les mythologues.
D’antiques traditions et même des observations physiques font supposer l'existence du pays de Zec{onie, qui occupait jadis une partie de la mer qui sépare la Grèce de l'Asie Mineure. Selon ces traditions, un tremblement de terre ébranla les fondements de ce pays., et les eaux le submergèrent en entier : « peut-être, dit Jean de Müller, fut-ce à la même époque où la mer qui couvrait les champs de la Scythie força le passage du Bosphore et se réunit aux flots de la Méditerranée. D’après cette supposition, les nombreuses îles de l’Archipel ne seraient que les débris du pays de Zeclonie, qui, selon toute apparence, avait facilité aux tribus asiatiques l'entrée de notre Europe. Le sol de la Grèce était humide et froid. Un lac immense couvrait la Thessalie avant que le Pénée se fit jour à travers les rochers. »
Les traditions des Grecs, d'accord avec l'Écriture Sainte, nous présentent les contrées orientales de l’Europe comme ayant été peuplées avant les régions septentrionales. En effet, Japhet, le troisième fils de Noé, dont le fils Javan vint s'é- {ablir en Grèce, habitait non loin des côtes de la mer Cas-
pienne, au pied du mont Caucase, si fameux dans les traditions des Grecs par le supplice de Prométhée, fils de Japhet. Javan ou Ion eut quatre fils : Ellas ou Élischa, qui donna son nom aux Grecs; Tharsis, le père des Thraces ; Cettim, qui peupla la Macédoine, que l'Écriture appelle toujours le pays de Cettim; enfin Dodonaïm, du nom duquel on veut tirer le nom de Dodone, ville d'Épire. La Grèce fut donc peuplée par le Nord, et elle formait déjà un corps de nation lorsque des hommes du midi, Égyptiens et Phéniciens, vinrent y apporter la civilisation. Ainsi que les vieux Hellènes, les Pélasges paraissent avoir été les peuples primitifs de la Grèce. Les Pélasges se dirigèrent insensiblement du nord au midi. Est-ce à des Pélasges, est-ce à des Hellènes, qu’il faut attribuer la fondation de Sicyone dans l’Argolide, que l’on fait remonter à 2164 ans av. J.-C., et qui eut pour premier roi Égialée? II est du moins à peu près prouvé que le Péloponnèse fut, environ vingt siècles avant Jésus-Christ, le théâtre d’une invasion pélasgique, et cette partie de la Grèce est remplie de constructions pélasgiques attestant l’existence de ce peuple gigantesque dans son architecture grossière.
Après la fondation de Sicyone, le premier événement isolé que présente l’histoire de la Grèce, est l’arrivée de l'Égyptien Inachus en Argolide, vers lan 1986 avant notre ère. Argos fut fondée par lui, selon Hérodote; par Phoronée, son fils, selon Pausanias, Phègesen Arcadie, Mycènes en Argolide, Sparte en Laconie, furent bâties par ses descendantsimmédiats. L'an 1883, Pélasgus I°, issu d’Inachus à la quatrième génération, alla s'établir en Thessalie. Un second Pélasgus fonda Parrhasia en Arcadie (1796). Un troisième (1733) passa en Thessalie avec ses deux frères Achæus et Pthius; de là les provinces de Pélasgiotide, Achaïe et de Phtiotide dans cette contrée.
Vint ensuite l’émigration de l’Égyptien Ogygès en Attique, qui reçut alors le nom d’Oyygia, Éleusis et, selon quelques anciens, Thèbes en Béotic lui doivent leur fondation; mais ce qui rend surtout célèbre Ogygès, c’est le déluge qui porte son nom. Le lac Copais déborda, désola la Béotie et engloutit de1x villes.
Dix ans après, le Chananéen Lélex s’établiten Laconie; 3es compagnons, nommés ZLéléges, s’étendirent en Messénie. De là les liens qui, selon l’Écriture Sainte, unissaient la république de Sparte à celle des Juifs.
Sous Gélanor, neuvième descendant d’Inachus, Danaüs venant d'Égypte, aborda en Argolide, sur un pentécontore (vaisseau à 50 rameurs), devint roi d’Argos et importa de nouveaux germes de civilisation, Pélasgus IV, fils ou proche parent de Gélanor, alla fonder en Arcadie un royaume. 1l apprit à ses nouveaux sujets à se faire des cabanes, à se couvrir de peaux de sanglier, et à substituer pour leur nourriture le gland aux feuilles d'arbres.
Deux siècles après Ogygès, l'Égyptien Cécrops(1578) vint enseigner aux Pélasges de PAttique l’agriculture, le mariage et le culte des dieux. Cranaüs, son fils et son successeur, forma le tribunal de laréopage, seule institution politique appartenant à la Grèce pélasgique qui se soit maintenue sous les Hellènes. Cependant le Phénicien Cadmus sétablissait en Béotie ; il enseigna aux Grecs l'écriture alphabétique (1550). Il institua le culte de Bacchus , et apprit à ses nouveaux sujets à faciliter l'écoulement des eaux par le moyen de canaux.
Pendant que la race pélasgique dominait en Grèce, Deucalionetses fils, chefs dela race, non pas nouvelle, mais jusqu’alors peu connue, des Hellènes, entrèrent en Thessalie , où les Pélasges de la colonie de Pélasgus JI habitaient depuis environ six générations (1539). Deucalion était fils de Prométhée et petit-fils de Japhet. 11 occupa les environs du Parnasse, et les Pélasges allèrent habiter d’autres contrées, PÉpire, les Cyclades, la Crète, etc. Chassé de ce pays dix ans après par le déluge qui porle son nom, et qu'ont rendu si fameux les traditions mythologiques, il visita Athènes, qui avait pour roi Cranaüs, et y fit un sacrifice à Jupiter. Ce voyage de Deucalion en Attique prépara sans doute l'élé-
GRÈCE
vation d'Amphictyon, son fils, qui régna sur ce pays après Cranaüs. A celte époque, les Thraces vinrent menacer d’une invasion la Thessalie, à peine repeuplée depuis le déluge. Amphictyon rassembla les peuples voisins des Thermopyles, et les engagea à prendre en commun des mesures pour la défense du pays et de ses lieux. C’est là l’origine du conseil amphictyonique.
Mais de tous les fils de Deucalion, le plus important à connaître est Hellen, qui donna son nom aux peuples appelés avant lui Pelasgi on Graii. Ses États comprenaient toute la Thessalie. La nation des Hellènes se divisa sous ses trois fils et sous ses petits-fils en quatre branches :
DYEUCATION.
BELLIN, . a + l'ORUS, XUTHUS. ÉOLUS, tige des Doriens. tige des Éoliens, ACHLÆUS, ION,
tige des Achéens, tige des loniens, ‘
Ces# quatre branches d’une tige commune demeurèrent dans les siècles suivants constamment distinctes les unes des autres, par la différence des dialectes, des mœurs et des constitutions politiques, indépendamment des provinces de la Grèce qu’elles pouvaïent occuper. Des trois fils d'Hellen, Éolus et Dorus se partagèrent les États de leur père. Éolus eut la Thessalie, la Locride et la Béotie. Sa nombreuse postérité s’étendit en Acarnanie, en Phocide, dans la Corinthie, dans la Messénie. Dorus eut la contrée voisine du Parnasse. Xuthus, chassé par ses frères, se relira en Attique, où il fonda plusieurs villes, Achæus, son fils aîné, s’établit dans la partie du D ISPORIEES voisine du golfe de Co rinthe, qui s'appelait alors Égialée, et qui de lui et des siens prit le nom d’Achaïe ; il passa ensuite en Laconie, et finit ses jours en Thessalie, où il régna sur les peuples de la Phthiotide. De là des Achéens près de l’isthme de Corinthe, en Laconie, en Thessalie, Le second fils d’Achæus, Ion, père des Joniens, forma d’abord un établissement dans une partie de l'Égialée; mais ses descendants en furent chassés : ils se réfugièrent d’abord en Attique, d'où ils allèrent se fixer pour jamais sur les côtes de l’Asie Mineure. Dès ce moment l’Ionie d’Égialée perdit ce nom, et prit celui d’Achaie.
Cependant, la civilisation faisait toujours quelques nouveaux progrès en Attique, durant les règnes heureux d’Érichthonius, qui institua les Panathénées, de Pandion 1°", d'Érechthée, qu'on croit venu d'Égypte, de Cécrops II, de Pandion II, enfin d'Égée, au nom duquel se rattachent tant de traditions mythologiques. Sous les successeurs de Danaüs, Lyncée, Abas, Prœtus, Acrisius et Persée, le royaume d’Argos devint glorieux et florissant. Prœtus résidait à Tirynthe ; et Persée transféra le siége de sa domination d’Argos à Mycènes. Ces deux princes confièrent aux Cyclopes ( caste de mineurs et de forgerons) le soin d’entourer d'une enceinte de murailles Tyrinthe et Mycènes. Ces constructions cyclopéennes étonnent encore aujourd’hui les voyageurs. Elles sont composées de blocs non taillés, dont la dimension donne une grande idée de la force des hommes à cette époque. Le royaume d’Argos fut divisé en quatre principautés, dont deux appartenaient à la famille de Danaüs, et deux autres aux Hellènes Melampus et Bias. Ces partages, suivis de plusieurs guerres civiles , et en dernier lieu des querelles entre les Héraclides et Eurysthée, préparèrent l’usurpation des Pélopides. Pélops, fils de Tantale, qui régnait à Smyrne, était de race pélasgique aussi bien que les Treyens du royaume de Dardanie. Après une guerre désastreuse, soutenue par son père contre le Dardanien Ilus, il passa en Thessulie avec de grands trésors, rallia autour de lui les Achéens phthiotes, et conquit une partie du Péloponnèse, auquel il donna son nom (1362). Les alliances de ses fils avec les familles royales d’Argos et de Sparte assurèrent aux Pélopides la prépondérance en Élide, en Laconie, en Argolide, Le plus puissant de ces princes fut Atrée.
GRÈCE
Époque héroïque. Ici commencent les temps héroïques; ici se placent les travaux d’'Hercule, qui institua les jeux Olympiques (1384-1350) ; l'expédition des Argonautes dans la Colchide (1350); la grande puissance maritime de Minos I, roi et législateur de Crète (1330-1315); les exploits de Thésée, qui réunit les 12 bourgs de l’Attique en une seule ville, et fit du gouvernement d'Athènes une démocratie avec un roi (1322); les malheurs d’Œdipe, la guerre des sept chefs alliés contre Thèbes (1318); enfin, celle des Épigones contre cette même ville (1307). On a dit de la double guerre de Thèbes qu'elle fut la première où les Grecs montrèrent quelque connaissance de l’art militaire, et cet esprit d'association qui fonda chez eux l'unité nationale. Ce fait ressort bien davantage de la guerre de Troie.
Depuis la guerre de Troie jusqu'à la querre des Perses. Le royaume de Troie avait été fondé au pied du mont Ida en Phrysie, vers l'an 1547, par le Pélasge Dardanus. Dans l’espace de trois siècles, les rois de Troie avaient soumis plusieurs peuples asiatiques, et s'étaient emparés de la Thrace et de la vaste contrée qui s’étendait jusqu'aux frontières de la Thessalie, Priam était considéré comme le plus riche monarque de cette partie de l’Asie. Les chefs des peuplades grecques se réunirent contre lui pour venger Ménélas, roi de Lacédémone, dont la femme avait été enlevée par Pâris, Jun des fils du roi troyen. Assemblés à Mycènes, ils reconnurent pour chef le fils et successeur d’Atrée , Agamemnon , roi d’Argos et frère de Ménélas. Les nombreux vaisseaux des confédérés prouvent combien déjà la Grèce était florissante. La guerre de Troie, qui dura dix ans, eut lieu de 1280 à 1270, et se fermina par la ruine de cette ville. En même temps, la longue absence des chefs occasionna dans leur patrie des troubles qui devinrent funestes aux princes du sang de Pélops. Malgré ces tempêtes, qui n’atfeignaient que les têtes élevées, jamais la civilisation ne s'était plus heureusement développée en Grèce. Les captifs troyens y apportèrent les arts de l'Asie. Déjà le siége de Troie avait fait briller, même dans le camp des assiégeants, les talents de l'ingénieux et disert Ulysse, de Calchas, à la fois orateur et poëte, de Podalyre et Machaon, médecins, qui se signalèrent encore comme guerriers, poêtes et musiciens; enfin, d'Épéus, ingénieur, sculpteur et tacticien, comme Palamède, à qui l’on doit l'invention des échecs. Les communications avec la riche et industrieuse Asie devinrent de plus en plus faciles. Plusieurs poëtes fleurirent, précurseurs du chantre d'Achille, qui sans doute a profité de leurs essais contemporains. L’art de la ciselure, à en juger par les descriptions que fait Homère des armures de ses héros, était déjà très-avancé. La peinture fut frouvée : invention de l’amour, l’art du dessin remontait à une haute antiquité.
Depuis le voyage des Argonautes, le génie avenfureux des Grecs les portait chaque jour à de nouvelles expéditions maritimes. La seconde guerre de Thèbes avait donné lieu à plusieurs émigrations, tant sur les côtes de l'Asie Mineure que dans le Latium. Après la prise de Troie, Idoménée, Philoctète, Diomède, les Pyliens de Nestor, les Locriens d’Ajax, les compagnons d'Ulysse, etc., formèrent de nombreux établissements dans la partie méridionale de l’Ifalie qui s’appelait Grande-Grèce (1270-1266). Enfin, Teucer, fils de Télamon, bâtit Salamine dans l’île de Chypre.
Quatre-vingts ans après la prise de Troie, les Héraclides, ou descendants d’Hercule, que les Pélopides avaient chassés du Péloponnèse, y rentrèrent avec les Doriens et les Étoliens. Is avaient trois chefs : Témène, Cresphonte, et Aristodème. Fémène eut Argos, Cresphonte obtint la Messénie, et Aristodème, mort pendant l'expédition, transmit à ses deux fils jumeaux, Eurysthène et Proclès, le royaume de Sparte, où . Ja royauté demeura partagée entre deux rois (1190). L’É- ‘dide fut donnée à l'Étolien Oxylus. Environ trente ans après, Aléthès , autre Héraclide qui était demeuré en Doride, vint rejoindre ses frères et s’empara de Corinthe (1160). Ainsi, des territoires d’Argos, de Sparte, de Mycènes et de Co-
DICT, DE LA CONVERS, —T, X
rinthe, enlevés à leurs anciens habitants les Achéens, deviennent doriens. Les Achéens à leur tour chassèrent les loniens, et s’établirent dans le pays appelé depuis Achaïe. Les Athéniens accueillirent les Ioniens. Tandis que les invasions amenaient dans les autres États de fréquents changements, Athènes se distinguait par la conservation de la race indigène et des mœurs primitives. Une autre suite de ces migrations fut l'établissement, tant dans l’Asie Mineure et sur les côles du Pont-Euxin qu’en Italie et en Sicile, de nombreuses colonies grecques, fondées d’abord par les Éoliens, bientôt après par les Loniens et par les Doriens eux-mêmes. Ces colonies eurent la plus grande influence sur le développement ultérieur de la nation hellénique; mais il me paraît inutile d’en présenter l'indication, qui ne pourrait être ici qu’une sèche nomenclature, « Une colonie, nous dit M. Saint- Marc-Girardin, partait de la Grèce sous la conduite de quelque héros, fils des dieux, emportant avec elle Le feu pris aux autels de la Métropole et quelque obscure réponse de l'oracle de Delphes qui lui désignait le lieu où elle devait s'établir. Elle trouvait ce lieu prédestiné; elle y élevait un temple à Mercure £cbasius (qui protége les débarquants) ou à Apollon Archagète (qui sert de chef ou de conducteur ) ; elle y bâtissait une ville ; mais bientôt les habitants du pays, étonnés et vaincus un moment, attaquaient la colonie naissante; souvent elle périssait. Alors quelque autre ville grecque envoyait à son tour une colonie aux mêmes lieux; car les colonies suivaient volontiers les traces de leurs devancières. Les Hellènes abordaient où avaient abordé les Pélasges; les Ioniens succédaient aux Éoliens : le flotsuivait le flot, et c’est ainsi que les villes grecques de la Thrace, du Bosphore, du Pont-Euxin et de l’Asie Mineure eurent plusieurs fondateurs successifs ; c’est ainsi que les traditions sont diverses sans être mensongères. » Dans les deux siècles qui suivirent le retour des Héraclides, des gouvernements républicains se formèrent dans les différents États de la Grèce, à l’exception de l’Épire. +La révolution commença à Thèbes, l’année même du retour des Héraclides (1190). Dans une guerre contre les Doriens, Codrus, roi d'Athènes, sesacrifia pour la patrie (1132). Les Athéniens déclarèrent qu’ils ne reconnailraient plus d'autre roi que Jupiter. A l’héroïque Codrus ils substituèrent Médon, son fils aîné, sous le titre d’archonte à vie. Quatre cents ans plus tard, l’archontat fut réduit à dix ans (734); enfin, l’on créa neuf archontes annuels (684).
L’an 984 l’Argolide s’érige en république. On ne connaîpas les circonstances qui assurèrent la liberté des habitants de l’Achaïe, de la Sicyonie, de la Locride, de la Phocide. Malgré ce morcellement de la Grèce en une foule de petits États indépendants, séparés les uns des autres par des intérêts divers et même hostiles, certaines institutions entretinrententre eux cette union, qui fit d'eux la première des nations de lantiquité. Ces institutions furent l’oracle de Delphes, les jeux Olympiques, rétablis par Iphitus, roi d’Élide (776), et le conseil des amphictyons, dont l'influence tutélaire se trouva fortifiée par l'établissement des Doriens dans le Péloponnèse. L'objet de toutes ces institutions était la religion; le but de l'assemblée des amphictyons elle-même était encore plus religieux que politique. Les Grecs seuls pouvaient prendre part aux jeux qu’on célébrait à Olympie. L'oracle de Delphes secondait les héros et les législateurs. Ce fut après que la pythie lui eut adressé ces mots : « Mon oracle incertain balance s’il te déclarera dieu ou homme; je te crois plutôt un dieu, » que Lycurgue donna cette législation qui, subordonnant la morale à la politique, fit de Sparte, avec deux rois et un sénat, une république sans troubles, une royauté sans abus. Il plaça les Spartiates sous l'empire de l’exaltation patriotique, à peu près comme Moïse avait par la loi placé les Juifs sous l’empire d'une sorte d’exaltation religieuse. La législation de Lycurgue est de l'an 766. On ne sait si l’on doit lui attribuer l'institution des éphores, magistrats annuels, tirés de la
classe populaire et chargés de défendre le peuple contre l'oppression. On ne peut douter que leur grande puissance ne soit d’une époque postérieure à Lycurgue. Il avait défendu aux Spartiates de faire longtemps et avec acharnement la guerre aux mêmes ennemis. Les deux guerres de Messérie, qui eurent lieu au mépris de cette loi, procurèrent à Sparte la suprématie parmi les États du Péloponnèse. Durant la première de ces guerres, les rois de Messénie Euphaëès et Aristodème tinrent tête pendant vingt ans aux farouches Spartiates à la funeste journée d’Ithome força les Messéniens à rendre les armes et à céder aux Lacédémoniens la moitié de leurs terres. Trente-neuf ans après la prise d’Ithome, la Messénie, sous le héros Aristomène, secoue ses fers. Pendant dix-huit ans (de 683 à 668), la fortune reste indécise entre les deux peuples; Sparte, qui doit ses victoires à l’Athénien Tyrtée, général et poëte, finit par l'emporter. La Messénie est rayée du nombre des nations de la Grèce. Les habitants qui restent dans le pays sont réduits à l’esclavage, et, sous le nom d’ilotes, se confondent avec les peuples serfs qui cultivent la terre pour la fière et oisive Lacédémone, Les autres se réfugient en Arcadie; mais tout ce que la nation messépienne conserve d'hommes énergiques vont s'établir en Sicile, où ils donnent à la ville de Zancle le doux nom de leur patrie (Messine).
Athènes(car durant cette époque que dire d’intéressant sur les autres cités de la Grèce?) Athènes cependant vivait en proie aux désordres d’un gouvernement sans base et sans règles. Il n’existait point de lois écrites : fout s’y décidait d’après la tradition et les usages. Le peuple, qui se lasse de l'anarchie, charge l’archonte Dra co n de rédiger un code. Ce législateur, par ses lois sévères jusqu’à la cruauté, manque le but en le dépassant (624). Le désordre est au comble : l’'ambitieux Cylon veut asservir sa patrie (598). Ji est massacré dans la citadelle de Minerve. Athènes, souillée par la profanation de ce lieusaint, appelle un homme inspiré, le Crétois Épiménide (596). Il fait construire de nouveaux temples, érige au Dieu inconnu cet autel que saint Paul reconnaîtra six siècles plus tard, et par des règlements utiles tâche de rendre les Athéniens au calme et au bonheur. A peine les a-t-il quittés, les factions se rallument : le peuple alors se jette dans les bras de Solon , qui devient son législateur (582).
Solon élait du nombre de ces sept hommes célèbres de la Grèce qui firent leur étude de la véritable sagesse, et qui s’appliquèrent à renfermer dans de courtes sentences le résultat de leurs méditations. La plupart d’entre eux étaient des hommes d’État. Solon abolit les lois de Dracon, à l’exception de celles qni concernaient le meurtre. Ses lois criminelles étaient les plus sages de l'antiquité; maïs il toucha peu au gouvernement d’Athènes. Dans ses lois sur la vie privée, il subordonna la politique à la morale : Lycurgue avait fait tout le contraire. Solon lui-même a jugé sa législation en disant « qu’ilavait donné aux Athéniens non les meilleures lois, mais les meilleures qu'ils pussent supporter ». Cette grande œuvre accomplie, il s’éloigna d'Athènes : à son retour, après vingt aus d’absence, il trouva touten combustion.
Bientôt Pisistrate s'empare de la tyrannie (560) : il observe des lois de Solon toutes celles qui se concilient avec son usurpation; et il use de son pouvoir avec une modération qui a fait voir en Jui le précurseur de Périclès. Hipparque, fils de Pisistrate, eut les qualités brillantes de son père; maisæne passion honteuse et déréglée, trop commune chez les Grecs, le perdit. Ayant offensé le bel Harmodius, il s’attira sa haine et la rivalité furieuse de son ami Aristogiton, et péril sous leurs coups au milieu d’une fête publique. Hippias, frère d'Hipparque, qui lui survit, gouverne avec sévérité : les Athéniens, irrités, appellent les Lacédémoniens à leur secours. Cléomène, roi de Sparte, chasse Hippias, qui se réfugie auprès du roi de Perse Darius. La constitution de Solon fut rétablie dans son entier.
Depuis la querre des Perses jusqu'à la fin de lu querre de Péloponnèse, Le moment était venu où le colosse persan
GRÈCE
allait se briser contre les petites républiques de la Grèce. En 513, Darius, à la suite d'une expédition malheureuse contre les Scythes, rendit la Macédoine et la Thrace tributaires. Déjà, sous Cyrus, l’Ionie, la Carieet la Doride ( c’està-dire la Grèce de l'Asie Mineure), avaient été subjugnées par le grand-roi. En 500 les Athéniens brulèrent Serdes , en soutenant la révolte des Joniens contre Darius.
La révolte d’Ionie, l'incendie de Sardes, demandaient vengeance : la conquête de la Grèce fut résolue. Le jeune Mardonius, gendre du grand-roi, part avec une armée nome breuse, perd ses vaisseaux dans une tempête, 20,000 hommes chez les Thraces, et revient à Suze couvert de honte. Darius n’en fut que plus irrité. Il avait promis à ses femmes des esclaves athéniennes, et les héraults qu’il avait envoyés aux Athéniens et aux Spartiates pour demander la terre et l’eau avaient été, par une cruelle dérision, précipités dans des fosses ou dans des puits. Une nouvelle armée plus nombreuse, sous la conduite de généraux plus habiles, le Mède Datis et Je Perse Artapherne, part avec l’ordre d'amener chargés de chaînes tous les habitants d'Athènes et d'Érétrie, ville de l'Eubée. Érétrie est d’abord enlevée d'assaut, livrée au pillage, à l'incendie, et tous les habitants réduits en servitude. Fière de ces succès, l’armée des Perses, guidée par Hippias, débarque dans l’Attique. Toutes les villes grecques, épouvantées, envoient leur soumission. Maïs trois héros, Miltiade, Aristide et Thémistocle, relèvent le courage des Athéniens. On prend les armes avec enthousiasme; les esclaves même sont enrôlés. Chacune des dix tribus fournit mille soldats, les Platéens un pareil nombre; puis, avec 11,000 hommes seulement, Miltiade accable, dans les plaines de Marathon, la multitude des Perses (490). Les Spartiates n’arrivent qu'après la victoire accomplie. Miltiade, avec la flotte d'Athènes, veut purger les mers et les ports de la Grèce de ce qui reste des barbares : il échoue devant Paros, est accusé de trahison, et condamné , par l’ingrate république qu'il a sauvée, à payer les frais de l’expédition. 11 meurt en prison, faute de pouvoir payer l’amende, et sa pauvreté est sa plus noble justification. Darius meurt en léguant à son fils Xerxès ses projets de vengeance (485). En Grèce, Thémistocle, à qui les lauriers de Miltiade ôtaient le sommeil, le remplace à la tête de la république. 11 supplante le vertueux, le juste Aristide, qu'il fait bannir par l’ostracisme , augmente la marine d'Athènes, et en combattant les Éginètes, qui disputent à sa patrie l'empire de la mer, il prépareles Athéniens à une lutte bien autrement importante contre les Perses. Xerxès, avec dixsept cent mille hommes et douze cents trirèmes, sans compter les vaisseaux de transport, si l'on en croit Hérodote, arrive à l’Hellespont. 11 passe la mer sur un pont de bateaux , et s’avance vers la Macédoine, à travers les tribus hostiles de la Thrace. Les villes de Thessalie, les peuplades du Pinde, de l'Ossa, de Olympe, envoient leur soumission. La Béotie suit cet exemple, excepté Thèbes et Platée, dont les députés vont joindre à l’isthme de Corinthe les représentants de la Grèce. Sparte est à la tête de la ligue, et Thémistocle, sous les ordres du Spartiate Eurybiade, dirige la flotte confédérée. L é onidas, roi de Sparte, avec 7,000 hommes, se poste au défilé des Thermopyles. Après quelques jours d’une héroïque résistance , la trahison livre aux Perses les hauteurs environnantes, Toute défense devenait inutile; mais Léonidas veut rester fidèle à son serment. 11 renvoie tous les Grecs, et ne garde avec ses 900 Spartiates que 400 Thespiens, qui refusent de les abandonner. Cette glorieuse élite, si grande dans la postérité, combat jusqu’à la mort de son dernier soldat, pour obéir aux lois de Lacédémone ; mais l’ennemi a perdu 20,000 de ses meilleurs guerriers.
Pendant que la flotte de Xerxès, repoussée par les Grecs au promontoire d’Artémisium , perdait 200 vaisseaux par une tempête, le despote entre en Phocide, reçoit les Thébains dans son alliance, et occupe toute la Grèce centrale, Athènes est livrée aux flammes, La victoire navale de Sala: mine couronne ces nobles prévisions, Elle est l'œuvre de Thé-
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mistocle , qui a su à la fois tromper Xerxès par de faux avis, endormir la susceptibilité jalouse de Sparte et se réconcilier avec Aristide, La flotte du grand-roi est détruite, son armée décimée par les privations etles maladies , ses alliés, les Car-
thaginois (voyez CarrmaGe), accablés par Gélon en Sicile. 11 |
fuit précipitamment, repasse l’'Hellespont sur une barque de pêcheur, et va cacher sa honte à Suze, au fond de son sérail. Là il apprit la double victoire que les Grecs remportérent le même jour (479) sur les forces qu’il avait laissées en Grèce, aux ordres de Mardonius. Le danger passé, Athènes, avec toute sa gloire, ne trouva pas grâce devant les Spartiaies , qui s’opposaient à la reconstruction de ses murs et de ceux du Pirée. Pendant que Thémistocle entame à ce sujet une insidieuse négociation, tous les Athéniens mettent la main à l'œuvre, et Athènes est de nouveau fortifiée. Les hauteurs de Pausanias , le vainqueur de Platée, révoltent les alliés, qui transportent aux Athéniens lecommandement jusqu’alors dévolu aux Spartiates. Pausanias conspire contre la liberté de la Grèce : il expie son crime par une mort cruelle. Thémistocle, qu'on accuse d’avoir partagé ses projets, s'éloigne à temps, et se retire auprès du roi de Perse, qui le comble de richesses et d’honneurs. La modération d’Aristide, qui administre les subsides des alliés, consolide l'influence @Athènes et la rend chère à la Grèce. Aristide a pour élève le fils d’un grand homme : c’est Cimon, fils de Milliade. Ses victoires et ses conquêtes éfendent la puissance de sa patrie ; son triomphe près du fleuve Eurymédon rend la liberté aux Grecs de l'Asie Mineure (472). Mais les temps d'Aristide se passent ; l’orgueil d'Athènes croît avec sa puissance, et soulève contre elle ses alliés de la Grèce. Sparte, à moitié détruite par un tremblement de terre et par la révolte des Messéniens et des Ilotes, ne peut encore profiter des fautes de sa rivale. Cependant Périclès, chef du parti démocratique à Athènes, s'empare du gouvernement , et fait exiler Cimon. Il livre aux Spartiates la bataille sanglante et indécise de Tanagre. Mais ie rappel de Cimon, proposé par Périclès lui-même, fait cesser cette guerre intestine. Cimon dirige contre la Perse l'humeur inquiète de ses concitoyens, soutient la révolte de l'Égypte, et dicte à Artaxerxès le fameux traité qui, après cinquante etun ans de combats, bannit la marine persane de toutes les mers helléniques et garantit la liberté de tous les Grecs de l’Asie (449). Le même navire apporta dans Athènes l'instrument de ce traité et les restes inanimés de son auteur.
Périclès l’Olympien occupe la scène après Cimon: Pambition de cet heureux héritier des projets de Pisistrate précipite la Grèce dans un abñme de maux. Pour dominer Athènes , il a besoin d’une lutte contre Sparte. Son éloquence et surtout son habileté à tout conduire sans semontrer lui procurent une royauté sans titre, fondée sur l’enthousiasme aveugle du peuple. Son pouvoir ne trouve de contrôle que dans l'opposition timide de Thucydide , représenfant de laristocratie. Thucydide est banni. Du reste, Périclès emploie son influence à la grande satisfaction de la démocratie qui lesoutient. Athènes se couvre de monuments, et Por des alliés en fait les frais. Athènes devient le siége de tous les arts, la patrie de tous les savants; et son peuple, qui wa d'autre soin que d’assiter aux fêtes et aux assemblées publiques, est pour cette assiduité payé aux dépens de Ja Grèce. Un peuple si heureux peut-il craindre les revers ? Aussi, dans son enthousiasme Athènes se lance aveuglément dans la guerre du Péloponnèse où Périclès l’entraine,
Guerre du Péloponnèse. Un débat sanglant s'était élevé entre Corcyre et Corinthe, sa métropole: Athènes prit parti pour Corcyre. Corinthese venge en faisantsoulever Potidée, colonie d’Athènes, déjà travaillée par les intrigues de Perdiccas II, roi de Macédoine. Les Corinthiens, vaincus, dénoncent à la Grèce ambition d'Athènes. Une ligue se forme à Sparte ; Argos et Platée se rangent du côté @’Athènes ; la guerre du Péloponnèse commence (431). Cette guerre, qui dura vingt-sept ans, et qui moissonna la fleur de la Grèce, a cela de remarquable, dit un auteur moderne, qu’elle ne fut
| pas seulement uneguerre contre les peuples, .aais aussi contre les constitutions des États. La politique d'Athènes, pour établiret maintenir son influence chez les étrangers, était de soulever partout la populace contreles citoyens riches et puissants et de se créer partout un parti démocratique ou athénien, pour l’opposer au parti lacédémonien on aris{ocratique (431). » Les Thébains envahissent Platée, et sont chassés. La première année de la guerre est signalée de partet d'autre par d’affreux ravages. Tandis que le roi de Sparte, Archidamus, désole lAttique, Périclès contraint les Athéniens à rester enfermés dans leurs murailles. Ainsi qu'il l'avait prévu, la famine a bientôt chassé les Spartiates. Périclès, à la tête des galères d'Athènes, détruit la flotte des Locriens. La population athénienne se porte fout entière aux rivages de la Mégaride. Après cette campagne,
Périclès prononce l'éloge funèbre des héros morts pour la patrie, et Athènes se trouve consolée. La peste, décrite si énergiquement par Thucydide, si savamment par Hippocrate, vient ajouter à tous ces maux (430). Dans leur désespoir, les Athéniens retirent le pouvoir à Périclès; ils le rappellent presque aussitôt, mais il succombe aux atteintes de la peste, Cet homme, doué de qualités brillantes, habile capiaine, grand homme d’État, orateur surtont, réussit pendant trente ans, moins par ses services et ses exploits que par la puissance de la parole, à conduire à songré le plus variable des peuples de l’antiquité. Mais qu’importent à sa gloire les maux de quelques années qu’il atfira sur sa patrie, puisque son nom sera éfernellement placé à la tête des grands hommes dont l'influence a fait marcher l'intelligence humaine?
Les Athéniens prennent Potidée (437 ), punissent la défection de Lesbos, mais ne peuvent empêcher la prise de Platée , dont les généreux défenseurs sont froidement égorgés par les Thébaïns. La ville est détruite de fond en comble; mais Platée vit éternellement dans le bel épisode que lui a consacré Thucydide. Le général athénien Démosthène frans: porte la guerre dans le Péloponnèse, s'empare de Pylos, baf les Lacédémoniens, malgré la valeur de Brasidas : quatre cents Spartiates, enfermés dans l'ile de Sphactérie, sont obligés de se rendre. Cythère est prise par Nicias; les Corinthiens sont battus; les Ilotes se révoltent, et les Messéniens, rétablis à Pylos, menacent les Lacédémoniens jusque dans Sparte. Athènes triomphante peut dicter la paix à sa rivale, qui l'implore; mais elle veut toujours la guerre : la fortune l’abandonne. Ses troupes sont vaincues à Délium (424). Brasidas lui enlève la Thrace et lui accorde une suspension d'armes. L’Athénien Cléon , fougueux démagogue, entraîne de nouveau sa patrie dans la guerre. Aussi mauvais général que funeste orateur, il est vaincu et tué. Les Spartiates, qui ont aussi perdu sous les murs d’Amphipolis leur chef, Brasidas, veulent la paix : elle est conclue pour cinquante ans (421). Alcibiade, qui aspire à l'héritage de Périclès, porte les Athéniens à violer le traité, malgré les avis du sage Nicias, qui est à ce jeune ambitieux ce que Thucydide avait été pour Périclès. Après quelques faits d'armes instgnifiants, les Athéniens, dont l'ambition téméraire ne recule devant aucune entreprise , tournent leurs armes contre la Sicile , où les appellent les Ségestins. Alcibiade commande l'expédition, dont les préparatifs sont immenses. 11 à pour collègues Nicias et Lamachus (415). A peine a-t-il quitté Athènes que ses ennemis l’accusent de sacrilége. Il est rappelé de Sicile, où d’éclatants succès couronnaient déjà ses armes. Alcibiade s'enfuit à Sparte, brûlant de se venger de ses concitoyens. Dès lors plus de succès pour Athènes. Nicias, qui à perdu un temps précieux devant Naxos, assiége trop tard Syracuse. Le Spartiate Gylippe sauve la ville, bat les Athéniens sur terre et sur mer. Leur armée est prise ou détruite. Nicias ne survit point à tant de désastres. Les carrières de Syracuse étaient encombrées de prisonniers athéniens. Quelques-uns adoucissent leur captivité en récitant à leurs maitres les beaux vers d’Euripide (415). Athènes, un instant consternée, se montre bientôt supérieure à la fortunes Une flotte sortie du Pirée arrête les progrès des ennemis
us,
dans la mer Égée, et rappelle Alcibiade, qu’un éclatant adultère a fait bannir de Sparte, et qui s’était retiré auprès du satrape de Carie, Tissapherne ( 312). Les alliés, vaincus dans deux batailles navales et dans deux combats sur terre, épuisés d'hommes et d’argent, abandonnés par le satrape d’Ionie Pharnabaze, implorent une paix que leur refuse Athènes. Alors Alcibiade ramène dans sa patrie sa flotte victorieuse. Ilest reçu au milieu des transports d’une joie délirante, et replacé à la tête du gouvernement de la république. Six mois après il errait en fugitif sur les côtes de l’Asie Mineure. Une faute de son lieutenant Antiochus lui avait attiré la disgrâce de ses légers compatriotes (409). Les dix généraux qui le remplacent détruisent la flotte lacédémonienne aux îles Arginuses. Mais une tempête les empêche d’ensevelir les morts’ et la superstition athénienne oublie leur victoire. Ils subissent la mort des traîtres et des sacrilèges. Ce fut le Spartiate Lysandre qui cette fois châlie Athènes, dont il détruit la flotte près d’Ægos-Potamos; il ameule contre elle tous ses alliés, et jusqu'à la Perse, puis vient mettre le siége devant ses murs : il fallut céder et livrer tous ses vaisseaux, foutes ses richesses, et recevoir garnison lacédémonienne (404). Trente tyrans , créatures de Lysandre, exercent dans la malheureuse ville un odieux despotisme, La même révolution s'opère dans toutes les villes grecques d'Europe et d'Asie. Elles reçoivent des karmostes ou commandants militaires de Sparte.
Depuis la guerre du Péloponnèse jusqu’à la bataille de Chéronée. Mais Sparte commence à craindre pour sa propre liberté. Lysandre songe à renverser les lois de Lycurgue au profit de son ambition. Sparte, pour rester libre, sent qu’elle a besoin d’Athènes libre. Elle favorise l’Athénien Thrasybule (403), qui chasse les trente tyrans et rétablit l’ancien gouvernement démocratique. Ici se place le grand crime athénien, lacondamnation de Socrate(400). Athènes a perdu l'empire de la Grèce, et Sparte régente à son gré tous les États helléniques. Cependant, le roi de Perse a mis à profit la rivalité des républiques grecques. En les soutenant tour à tour, il à épuisé l’une par l’autre, et c’est lui maintenant qui va dominer la Grèce. Un moment, pourtant, son empire fut en danger. Le jeune Cyrus, en ébranlant, à la tête d’une ar. mée grecque, le trône d’Artaxerxès, son frère, avait ouvert le chemin que suivit bientôt Agésilas ; et la retraite des dix mille, gloire éternelle de l’Athénien Xénophon, annonça ce que pouvait une poignée de Grecs. Ce fut bien autre chose lorsque le roi de Sparte Agésilas, vainqueur de Tissapherne et de Pharnabaze, s’élança au milieu de PAsie, suivi de 20,000 Grecs et d’une foule de barbares. Mais l'or du grand-roi avait formé derrière lui une ligue terrible , qui s'annonce par la défaite et la mort de Lysandre. Sparte rappelle Agésilas à la défense de ses foyers. Il trouva toute la Grèce armée contre sa patrie. La bataille de Coronée ne décida rien. L’Athénien Conon et le satrape Pharnabaze venaient de détruire la flotte lacédémonienne. Sparte semblait perdue. Agésilas désarme la. Perse par le traité d’Antalcidas, qui met les villes grecques et la plupart des Îles d'Asie sous l'empire du grand-roi. Athènes, à qui on laisse Imbros, Scyros et Lemnos, ne s'oppose point à cette honteuse transaction. Ainsi, l’œuvre du traité de Cimon est#détruite, tant en Asie qu’en Grèce. Sparte, sûre de dominer sous le patronage des Perses (386), donne pleinement carrière à son ambition. C’est sur la Thrace qu’elle dirige ses efforts. Phæbidas , héros des temps héroïques par sa valeur brillante, mais tout dévoué à la politique immorale de sa patrie, s'empare de Thèhes par surprise (381). On se récrie contre cette violation du droit des gens : les éphores condamnent Phœbidas et gardent la ville, Thèbes est bientôt vengée : l’'exilé Pélopidas part des murs d'Athènes avec sept compagnons, entre dans Thèbes (379), surprend les tyrans établis par les Spartiates, et les massacre, Thèbes est libre, Athènes s'empresse de la secourir, Toute la jeunesse thébaine vole aux armes, sous la conduite de Pélopidas et d'Épami no ndas, de qui l’Ane élevée inspire aux lourds
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Béotiens un cou «ge dont jusqu'alors ils avaient paru peu susceptibles. Le roi de Sparte Cléombrote est repoussé trois fois, Agésilas lui-même ne peut vaincre leur opiniâtreté, 11 abandonne Thespies et Platée, pendant que les généraux. d'Athènes, Chabrias le tacticien et l’heureux Timothée, humilient en maints combats la flotte lacédémonienne. Les alliés de Thèbes jalousent bientôt ses succès et sa nouvelle puissance. Athènes se détache de la ligue. Une paix générale est signée à Sparte. Épaminondas y représente sa patrie : il veut, si Thèbes renonce à dominer la Béotie, que la Laconie soit libre aussi du joug de Sparte. Ce fier lan-
gage irrite Agésilas, qui de sa main efface Thèbes du traité .
(371). L'éclatante victoire de Leuctres, cette première et immortelle fille d'Épaminondas, met le comble à la. gloire de Thèbes, qui s'annonce comme Ja libératrice de la Grèce. Les anciens ennemis de Sparte se soulèvent par tout le Péloponnèse. Les Arcadiens fondent Mégatopolis ; ils appellent le heros thébaïin, qui parait bientôt avec 70,000 hommes, et fait voir aux femmes de Sparte, pour la première fois, la fumée d’un camp ennemi. Les talents d’Agésilas sauvent sa patrie. Épaminondas , obligé dè se retirer, veut, en quittant le Péloponnèse, laisser des ennemis aux portes de Sparte. Il rétablit l'Arcadie et la Messénie en corps de nation, et fonde Messène (369). Sparte s'allie avec le grand-roi, avec Syracuse; elle est secourue par Athènes. Chabrias sauve Corinthe, menacée par Éparuinondas, et le force à rentrer dans la Béotie. Les Arcadiens, qui croient pouvoir se passer de Thèbes, affrontent l’armée spartiate : ils sont vaincus par Archidamus à la bataille sans larmes (367 ). Cependant Pélopidas soutenait en Thessalie la gloire des armes et de la politique thébaines contre Alexandre, odieux, mais habile tyran. Surpris par celui-ci , il est promené captif dans une cage de. fer, et délivré par Épaminondas. Il veut se venger du perfide, et succombe en soldat près de Cynocéphales (365). Épaminondas, qui, à la suite d’une troisième invasion dans le Péloponnèse, a conçu le projet de donner aux Thébains l'empire de la mer, parcourt l’archipel hellénique à la tête de cent trirèmes, et fait révolter les villes maritimes contre Athènes (364). Rappelé une quatrième fois dans le Péloponnèse par les troubles qu’y excitent les Arcadiens, profanateurs du temple d’Olympie, il rallie sous ses étendards tous les ennemis de Lacédémone, Une grande bataille s'engage sous les murs de Mantinée : elle doit décider du sort de la Grèce. Épaminondas, vainqueur et blessé à mort, expire dans la joie de son triomphe. Avec lui Thèbes semble avoir rendu l’âme (363). A l’école d’Épaminondas, un jeune barbare, laissé en otage à Thèbes, avait appris à vaincre la Grèce. Ce barbare était Philippe, fils du roi de Macédoine Amyntas. Monté sur le trône de ses pères (360), après de longs troubles, il adopta et suivit le plan de Jason, tyran de Thessalie (assassiné en 370), qui avait rêvé à la fois l’asservissement de la Grèce et la conquête de la riche Asie, Philippe aguerrit ses troupes en subjuguant les Illyriens et d’autres barbares voisins de ses frontières. Aux dépens de la Thrace, il étend jusqu’au Bosphore et à l'Hellespont la domination de la Macédoine, qui,. naguère reléguée au fond du continent, devient une puissance maritime. Mais c’est à la Grèce qu'il en veut : il gagne la Thessalie ; divise, trompe , et réduit les Phocidiens à la faveur de cette guerre sacrée, qui montre dans la Grèce une nation fanatique à la fois et sans croyances; puis, comme vengeur du dieu de Delphes, il force la Pythie à philippiser, et acquiert, par le droit de siéger au conseih amphictyonique, son adoption dans la grande famille des Hellènes. De Byzance jusqu’au Péloponnèse, on ne parle que: de ses victoires, de sa grandeur d'âme, de sa clémence, de sa popularité. Alors seulement Athènes lance ses décrets et prépare ses armes contre Philippe : ce n'était pas la faute de Démosthène si elle ne s'était pas réveillée plus tôt. « Cet orateur semblait avoir été donné aux Grecs pour leur prédire les malheurs qu'accumulaient sur leurs.
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têtes leur indifférence pour le bien public, la corruption de leurs mœurs et de leurs principes. Mais ils furent sourds à ses prédictions, comme les Troyens l’avaient été à celles de Cassandre (Müller). » Malheureusement pour la Grèce, le vertueux Phocion, qui sut remporter quelqnes victoires contre Philippe, professait une politique opposée à celle de l’orateur Démosthène, qui ne savait que fuir devant l'ennemi. La prise d'Étalée avait ouvert les yeux même aux Thébains : une bataille eut lieu dans les plaines de Chéronée en Béotie. Les Athémiens et leurs alliés combattirent en vrais défenseurs de lPantique liberté; ils furent vaincus ; le bataillon sacré des Thébains périt en entier (337). Philippe, vainqueur, respecte Athènes. « frai-je détruire, dit-il, le théâtre de la gloire, après avoir fait tout pour elle? » Mais jamais un conquérant ne peut s'arrêter. Il lui faut occuper son armée et distraire les Grecs, par une grande entreprise nationale, du sentiment douloureux de leur défaite. Comme chef des amphictyons, il a résolu de venger les dieux outragés jadis par Xerxès, et de faire expier aux successeurs de ce prince les maux qu’il avait fait subir à la Grèce. Au milieu des préparatifs de la guerre, Philippe tombe sous le fer d’un assassin, laissant à un enfant de vingt ans l’héritage de ses projets et de ses conquêtes (335). Dès ce moment l'histoire grecque n’est plus que l’histoire de Macédoine.
La Grèce sous la domination macédonienne. Mais quels étaient ces Macédoniens qui, selon l’Écriture, élevèrent la troisième monarchie, c’est-à-dire la monarchie des Grecs? Leur origine remontait à une colonie d’Argos, qui, sous la conduite des Téménides, de la race d’Hercule, alla s'établir dans l’Émathie, et jeta les fondements du royaume de Macédoine, vers l'an 813. Malgré cette origine incontestée, malgré l'influence politique qu'avait obtenue en Grèce le roi de Macédoine Perdiccas II pendant la guerre du Pélo: ponnèse ; malgré le règne brillant d’Archélaüs, qui fit beaucoup pour là civilisation de ses peuples, les Grecs n'avaient jamais voulu avouer les Macédoniens pour leurs frères. Il leur fallut bien pourtant, sous Philippe et ses successeurs, les reconnaître pour dominateurs.
Alexandre, après avoir réduit les Illyriens et les Triballes révoltés , détruit la ville de Thèbes, et par cette acte de sévérité enlève aux Grecs tout espoir de recouvrer leur indépendance. Toutefois, respectant les formes républicaïines , il se fait nommer à Corinthe généralissime des armées de la confédération hellénique contre les Perses (336). Il part ensuite de Pella avec trente-cinq mille soldats, trente talents et l’espérance. Le combat du Granique luiouvre l’Asie Mineure (334) ; la bataille d’Issus lui en donne la conquête (333); le siége de Tyr, qui dure sept mois (331), et l’occupation de l'Égypte le rendent maître de la mer. En fondant Alexandrie, il voulut, dit Heeren, s'élever à lui-même un monument plus durable que toutes ses victoires. Du fond du désert d'Ammon, il s’élance sur l’Asie intérieure. Après la journée d’Arbelles (1% nov. 331), après la mort de Darius- Çodoman, victime de la trahison du satrape Bessus, tout l'empire persan se prosterne devant le héros macédonien. Cependant le repos intérieur de la Grèce paraissait assuré par la politique habile et ferme d’Antipater ; et la fortune d'Alexandre voulut que le plus habile des généraux persans, Memnon de Rhodes, périt obscurément devant Mitylène, au moment où il méditait contre la Macédoine une invasion qu'aurait favorisée le mauvais vouloir des Grecs. En effet, l’année même de la mort de Darius, les Thraces se révoltent, les Spartiates arment 20,000 hommes. Antipater, après avoir dompté les Thraces, marche en Arcadie : les Spartiates sont vaincus ; ils perdent 5,000 soldats et leur roi Agis (330). La monarchie persane à pris fin ; mais Alexandre à encore à faire sa plus rude conquête, celle de la Bactriane et de la Sogdiane (329). Dès lors le fleuve Jaxartes, ancienne limite de la monarchie persane, paraît devoir borner la conquête macédonienne ; mais l'attrait d’une entreprise gigantesque, joint à de grands projets de découvertes, de navigation et de commerce, entraine Alexandre dans l'Inde
1 dont il ne subjugua que la partie septentrionale, jusqu’à l’Hyphase. Les Macédoniens ne veulent pas aller plus loin; Alexandre, de retour à Babylone, meurt, à l’âge de trentedeux ans , des suites de ses fatigues et de ses excès (393). Il fut plus regretté des Asiatiques que des Macédoniens, qui voyaient avec mécontentement ses projets, tendant à « réunir en un seul empire tous les peuples soumis par lui, à les élever au même degré de civilisation, à fondre ensemble toutes les races..……, et à accoutumer les Européens et les Asiatiques à se considérer comme compatriotes. » (Muller.) Par cette mort prématurée , le monde fut ébranlé des bords du Nil à ceux de l’Indus. La famille d’Alexandre conserva pendant quelques années une ombre de pouvoir dans le royaume de Macédoine, où ses lieutenants, Antipater et Cratère, ont d’abord la direction des affaires. Tandis que les mercenaires et les Grecs, colonisés par Alexandre dans la haute Asie, s’arment pour retourner dans leur patrie, la Grèce se soulève à la voix de Démosthène. La moitié de la Grèce suit cet exemple; sept peuples restent seuls fidèles à la Macédoine. Les Spartiates et les Arcadiens sont neutres. Alors commence la guerre Lamiaque. Antipater est vaincu et renfermé dans Lamia. Léonnat, autre lieutenant d’Alexandre, qui vient à son secours, est battu et tué. Les vainqueurs, enivrés de leurs succès, licencient une partie de leurs troupes, et sont défaits près de Cranon par Cratère et Antipater. Athènes, prise, reçoit pour administrateur Phocion, qui s'était opposé à la guerre. Démosthène, condamné par le peuple d'Athènes , échappe au supplice par le poison (322), Les autres villes reçoivent garnison; Antipater meurt (320). Une réaction s'opère. Polysperchon, ami et successeur d’Antipater, qui veut supplanter Cassandre, fils de celui-ci, proclame par toute la Grèce le gouvernement démocratique. Athènes se soulève, et l’injuste mort de Phocion signale le retour de la démocratie (318). Bientôt Cassandre s’empare d'Athènes, rétablit l'aristocratie, et donne pour administrateur aux Athéniens le philoscphe Démétrius de Phalère, qui pendant onze ans les gouverne avec sagesse. Cependant, Polysperchon triomphe un moment dans le Péloponnèse : toutes les cités chassent ou massacrent les administrateurs d’Antipater. Un échec qu’il éprouve devant Mégalopolis, demeurée fidèle à Cassandre, change ces dispositions; plusieurs cités retournent au fils d'Antipater, qui étend son autorité sur la Thessalie, sur la Grèce centrale, où il rebâtit Thèbes , et sur la moitié du Péloponnèse, où ilenlève Argos et la Messénie à Alexandre, fils de Polysperchon (316). Dans tous ces pays, il domine par ses gouverneurs et ses garnisons. L'autorité de Polysperchon et d'Alexandre ne se soutient plus que dans l’Achaïe, la Sicyonie, la Corinthie. Parmi les Grecs, les Spartiates, une partie des Étoliens , ont seuls conservé leur indépendance. Antigone, déjà maître de l’Asie Mineure et de la haute Asie, envoie ses lieutenants contre Polysperchon et contre Cassandre, qui, gardant réciproquement leurs conquêtes , sont, d’ennemis, devenus alliés. Polysperchon et son fils ne conservaient plus que Sicyone et Corinthe; Cassandre, qu’Athènes, Mégare, et la Thessalie, mais il est maître de la Macédoine (314-312). Il se joue du traité qu’Antigone lui impose en 311,et ne rend la liberté ni aux cités grecques ni à la Macédoine. La guerre recommence (308). Démétrius Poliorcète s'empare d’Athènes ; la démocratie se relève, et la générosité du vainqueur a besoin de protéger contre les cruels et mobiles Athéniens leur administrateur Démétrius de Phalère. Ce peuple, déjà en possession de s’avilir par les excès de l’adulation, déclare rois et sauveurs Démétrius Poliorcète et Antigone ; des prêtres sont institués pour ces divinités d’un jour. Démétrius affranchit pereillement Mégare; mais son père Antigone le rappelle en Orient. Cassandre relève son parti, et assiéce Athènes. Démétrius arrive avec sa flotte (393), force Cassandre à se retirer, le poursuit jusqu'aux Thermopyles, et proclame la liberté de la Grèce : les Grecs, à leur tour, le nomment à l’isthme de Corinthe chef de tous les Grecs. Cassandre se voit perdu; il se ligue avec Lysimaque, Ptolémée
et Séleucus, rivaux d’ambition d’Antigone et de Démétrius. La bataille d’Ipsus (302), qui enlève à Antigone la vie et l'empire de l'Asie, prépare pour la Grèce de nouvelles révolutions. Démétrius, qui conserve Tyr, Sidon, l’île de Chypre et quelques villes dans le Péloponnèse, se rend encore une fois maître d'Athènes, à laquelle il pardonne après en avoir chassé l’usurpateur Léocharès (297). Cassandre était mort sur le trône de Macédoine, l’an 298. Ses trois fils le suivent au tombeau. Démétrius Poliorcète, proclamé roi de Macédoine (295), domine sur la Thessalie, sur Athènes, sur Mégare et sur une partie du Péloponnèse : deux fois ( 293 et 292) Thèbes devient sa conquête. Après un règne de sept ans, il est chassé par les Macédoniens, qui voient un nouvel Alexandre dans son rival Pyrrhus, roi d'Épire (288 ). Les Athéniens profitent du malheur de Démétrius pour chasser sa garnison. L'ancienne constitution est rétablie avec des archontes. Démétrius, toujours maître du Péloponnèse, prend une troisième fois leur ville, et se laisse fléchir par le pbilosophe Cratès. C’est là le dernier beau jour de Poliorcète. Dépouillé de la Macédoine, il veut ravir l’Asie à Séleucus, et meurt captifen 284. Pyrrhus, qui occupe le trône de Macédoine, en est chassé à son tour par le vieux Lysimaque (286). En moins de six ans six rois montent successivement, pour en descendre, sur ce trône si périlleux et si disputé. Cependant, des hordes de Gaulois ont franchi «le pas des Thermopyles, qui n’avait plus de Léonidas (Müller) ». Mais la superstition supplée à l’héroïsme pour sauver la Grèce : les Grecs, animés par leurs prêtres, profitent des hauteurs pour accabler les Gaulois, à la faveur d’un violent orage, qui fait croire aux barbares que le Dieu combat contre eux. Is fuient, et vont fonder en Asie des établissements que détruiront les Romains. Quand tous les généraux d’Alexandre eurent péri, et qu’une guerre de quarante-quatre ans eut fatigué les nations, le sage Antigone-Gonatas, fils de Démétrius Poliorcète, releva la Macédoine (283) : sa politique, adroite et modérée, fit croire aux Grecs qu'ils étaient ses alliés et non ses sujets; maïs la prise de Corinthe, une des entraves de la Grèce, les avait mis entièrement dans sa dépendance (251). Après un règne de quarante ans, il laissa deux fils, Démétrius II (243) et Antigone (233), qui surent maintenir leur puissance par leur habileté. Mais la formation de la ligue étolienne et celle de la ligue achéenne avaient changé totalement lesrapports intérieurs de la Grèce. Athènes, Thèbes, Sparte et Corinthe semblaient éclipsées. Mais, grâce aux efforts des deux ligues, surtout de celie d’Achaïe, la Grèce devait avoir un brillant crépuscule,
Ligue achéenne. C'était en 280 qu’au sein de lAchaïe, Patræ et six autres villes du Péloponnèse se mirent en liberté, et renouvelèrent l’ancienne ligue achéenne. Quatre ans plus tôt (284) les Étoliens avaient formé une ligue semblable, Quant à la ligue béotienne, elle n’eut aucun caractère. Bientôt s'établit entre les confédérations d’Achaïe et d'Étolie une rivalité dont les rois de Macédoine ne surent que trop bien profiter. Aratus délivra Sicyone, sa patrie (251), et la réunit à la ligue achéenne, à laquelle il attacha successivement Corinthe, Mégare, Trézène, Épidaure, Argos, Athènes, Mégalopolis, ete. En 229 la ligue achéenne embrassait toute la Grèce, excepté la Locride, la Béotie, Sparte, et la Laconie. A Sparte cependant, Agis IT trouva la mort, en voulant remettre en vigueur les lois de Lycurgue (241). Dès ce moment Sparte n’a plus qu'un seul roi. L'exemple d’Agis n'effraye point Cléomène IIF, qui accomplit la réforme, et sous lui les Spartiates deviennent à l'extérieur ceux de Lycurgue et de Léonidas. Cléomène ne refusait pas d'entrer dans la ligue achéenne; mais il voulait en être le chef. Aratus n’admit point cette prétention d'un jeune ambitieux. La guerre éclate entre l’Achaïe et Sparte : Aratus, serré de près par Cléomène, appelle à son aide Antigone-Doson, qui commence par se faire livrer Corinthe (222). Cléomène, vaincu à Sellasie par les Achéens et les Macédoniens, va chercher dans Alexändrie la mort d'un aventurier, Sparte, dont l'unique roiest en butte au despotisme con-
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tradicteur des éphores, ne se repose de l'anarchie que sous la tyrannie atroce de Nabis, qui traite les Spartiates en ilotes. L'alliance de l’Achaïe avec la Macédoine, et surtout la guerre des deux ligues (221 à 217), rend tout-puissant le Macédonien Philippe III, neveu et successeur d’Antigone-Doson, Il paraissait destiné à devenir le modérateur de la Grèce; mais les Romains avaient franchi l’Adriatique, et devant le peuple conqaérant toutes les dominations, toutes les libertés grecques s’évanouirent, A l’histoire de Rome appartient le récit de ces derniers et tristes jours de la Grèce.
Une première invasion des Romains en Épire leur donne l'alliance des Étoliens et quelques places conquises sur Philippe. Une seconde guerre se termine par l’humiliation de la Macédoine à Cynocéphales. Philippe, pour obtenir la paix, livre ses flottes, licencie ses armées, évacue toutes les places de la Grèce (196). Les Étoliens, par qui les Romains ont vaincu, n’obtiennent rien, et Flamininus proclame aux jeux Isthmiques la liberté de la Grèce. Ce proconsul, qui se joue des Grecs, tandis qu'ils lui dressent des autels, oppose Nabis à la confédération achéenne. Les Étoliens font justice de ce tyran; Sparte accède enfin à la ligue achéenne (191). Philopæmen, alors prétenr des Achéens, abolit les institutions de Lycurgue à Lacédémone, « parce qu’au lieu de contenir la populace dégénérée de cette ville, elles la rendaient plus féroce, plus turbulente et plus indomptable » (Müller). Les Étoliens avaient perdu la Grèce en se liguant avec Rome contre la Macédoine. Leur chef Thoas, irrité de voir ses services mal récompensés, anime contre les Romains Antiochus le Séeucide., Ce prince leur déclare la guerre, et choisit pour champ de bataille la malheureuse Grèce. Il est défait aux Thermopyles. Chassé de la Grèce, il perd une seconde bataille près de Magnésie, dans l'Asie Mineure, et achète la paix par la cession de l'Asie Mineure et de ses trésors. Les Étoliens, dont les principales places ont été conquises, reçoivent leur pardon. Rome ne veut pas que la Macédoine et l’Achaïe demeurent sans ces incommodes voisins. Cependant, Philopæmen soutenait la dignité de la ligue achéenne : un tel homme gênait l'ambition romaine : il meurt empoisonné, et dès ce moment le sénat de Rome se fait un parti parmi les Achéens. Le successeur de Philippe, Persée, ose attaquer les Romains : pendant deux ans il soutient la guerre. Il a pour lui l’Épire, l’Étolie, les vœux secrets de toute la Grèce. Enfin, Paul- Émile accable Persée à Pydna. L'administration de ce consul en Grèce est encore plus terrible que ses armes. IL approuve tous les excès commis sur les partisans de Persée, admet toutes les accusations portées contre eux, et emmène à sa suite tout ce que l'Étolie, l’'Acarnanie, la Béotie et l’Achaïe, possèdent de citoyens suspects à la politique romaine. L’Illyrie et la Macédoine sont organisées en républiques (168). La tentative d’Andriscus pour relever le trône de Macédoine (152) ne fit que hâter le moment où ce pays fut réduit en province romaine. Après Philopæmen, la ligue achéenne s'était noblement soutenue sous l'influence de Lycortas, père de l'historien Polybe; mais du moment qu’elle eut pour chef un Callicrate, pensionnaire des Romains, l’Achaïe n'était plus qu'une province du sénat. L'exemple d'Andriseus électrisa les populations achéennes; la liberté grecque aux abois fit un dernier effort sous les vaillants préteurs Critolaüs et Diœus. Vaincus tous deux par Métellus le Macédonique, ils ne survivent pas à la défaite; et le farouche Mummius, par l'incendie de Corinthe, marque le dernier jour de l’Achaïe (206). Thèbes et Chalcis eurent le même sort; Athènes et Sparte ne furent pas jugées dignes de la vengeance du sénat.
La Grèce depuis le commencement de la domination romaine jusqu'à la chute de l'empire Bysantin. Après PAchaie, réduite en province romaine, l'histoire n'a rien à dire de la Grèce que pour signaler ses malheurs, Mithridate un moment voulut réveiller le lion grec endormi ; mais ce lion n’était plus qu’an agneau timide , et si Athènes attira par sa resislance les armes de Sylla, c’est qu'elle avait
GRECE
pour maître un tyran vendu à Mithridate, le rhéteur Aris- ! en l'an 312 par Constantin accorda le libre exercice de leur
tion. Dans ce siége trop mémorable (87), les jardins de l'Académie furent dévastés, et le sang rejaillit dans les rues jusqu’à hauteur d'homme. Sylla pardonna aux Athéniens en faveur de leurs ancêtres ; et les Athéniens, qui lui avaient prodigué les plus sanglantes moqueries pendant le siége, épuisèrent alors pour lui les flatteries les plus exagérées. Athènes, qui seule de toutes les cités de la Grèce conserva un gouvernement démocratique, devint l’école des Romains, qui commençaient alors à se civiliser. Pomponius, l'ami lettré de Cicéron, se glorifiait de ne porter que le nom d’4fticus. Dans la grande lutte entre César et Pompée, la Grèce, qui devint leur champ de bataille, était pompéienne ; Ja Grèce fut encore le théâtre de la guerre de Biutus et Cassius contre Antoine et Octave. Athènes prodigua les honneurs divins à Antoine : elle le proclama Bacchus; elle Jui fit épouser Minerve, et le triumvir n’oublia pas d'exiger la dot. Enfin, la Grèce fut encore témoin et victime de la dernière lutte d’Actium ; et tout près de ses rivages expira pour jamais la liberté romaine. Dans le partage que fit Auguste des provinces de l'empire pour l'administration, l’Achaïe et la Macédoine furent abandonnées au sénat. Néron, dans un voyage en Grèce, parodia Flamininus, en proclamant la liberté hellénique. Vespasien abolit ce décret dérisoire.
Lorsque Constantin transporta à Byzance le siége de l'empire, la Grèce prit sous certains rapports sa revanche sur lItalie : la langue grecque devint officielle; on dit indifféremment l'empire grec ou l'empire romain ; mais rien ne fut fait pour rendre à la Grèce sa nationalité. Depuis cette époque, envahie, pillée, ravagée par cent nations différentes, Goths, Scythes, Huns, Alains, Gépides, Bulgares, Africains, Sarrasins, etc., elle devint en 1204 la proie des Francs de la quatrième croisade. L'empire latin effaça un instant l'empire grec, et les chevaliers français, allemands, italiens, se partagèrent l’ancienne Achaïe : il y eut des ducs d'Athènes, des marquis de Corinthe, des seigneurs de Messène, ctc., titres qui jurent avec les vieux noms si chers à la liberté. C'était au surplus un digne fruit de cette croisade, qui fut un contre-seus perpétuel. Ajoutons que les Latins furent d’avides et cruels dominateurs pour la Grèce, dont la croyance schismatique indignait leur fanatisme.
La prise de Constantinople par Mahomet II, en 1453, fut bientôt suivie de la réunion de l'empire turc et de tontes les petites dominations gréco-féodales qui avaient survécu à l’empire latin. La Grèce, livrée pièce à pièce par les der-
niers successeurs des Paléologues (Thomas et Démétrius), |
n'eut alors qu'un véritable champion : ce fut l’Albanais Scanderberg (Georges Castriota), qui se prétendait issu de Pyrrhus et d'Alexandre : « Encore aujourd’hui son nom est chanté dans les montagnes de l’Épire (Michelet). » La victoire chrétienne de Lépante (1570) fut pour la Grèce un jour d'espérance, qui n’eut pas de lendemain. L'Europe, qui tant de fois au nom des vieux souvenirs de liberté a soulevé la Grèce, l’abandonna toujours honteusement aux vengeances musulmanes, au temps de Charles VIII comme au dix-huitième siècle. Mais les nations sont comme Dieu, elles peuvent attendre, et, au moment où j'écris, la Grèce, rendue à elle-même, a pris parmi les nations un rang incontesté. Charles Du Rozoir.]
Histoire moderne.
Le christianisme, introduit peu de temps après sa naissance à Athènes et à Corinthe par saint Paul, semble n’avoir d’abord fait que de minimes progrès er Grèce. Si l’on voit quelques communes chrétiennes se constiluer dans le courant du premier et du deuxième siècles, du moins elles ne prirent point d'importantes proportions ; et ce n’est guère avant le milieu du deuxième siècle qu’on aperçoit des traces de persécutions exercées contre les chrétiens dans quelques grandes villes, comme Thessalonique, Larisse, Athènes, Corinthe, Sparte, ou bien encore dans les îles de Crète et de
culte aux communes chrétiennes de l’Achaïe, sans que pour cela les adorateurs des anciens dieux, qui peut-être s’y
| trouvaient en majorité, fussent forcés d’embrasser le christia-
nisme, Mais de la présence d’un certain nombre d’évêques d’Achaïe au concile de Nicée, on doit conclure qu’à cette époque les chrétiens formaient déjà la majorité dans cette contrée. Dès lors tous les Grecs adoptèrent les articles de foi proclamés par ce concile ; circonstance d’une importance majeure, car elle ne contribua pas peu au développement pacifique de l’Église chrétienne en Grèce (voyez ci-après Particle GRecquE [ Église ]). La province d’Achaïe et Athènes notamment furent l’objet de faveurs particulières de la part de Constantin et de celle de ses successeurs, dont il semble que l’on eut rarement lieu d’y appliquer les sévères édits contre les païens. Du moins, en voyant l’empereur Julien choisir de préférence à toute autre province l'Achaïe pour y mettre à exécution ses projets de restauration du paganisme, on doit penser que l’ancien culte y comptait encore un grand nombre de partisans, tant déclarés que secrets. Élevé en partie à Athènes et versé dans la connaissance des lettres grecques, Julien, dès qu'il eut clairement annoncé ses projets, fut reçu avec enthousiasme par toutes les villes de la Grèce. Sur la foi de ses promesses on rouvrit à Athènes les temples des anciens dieux, on releva leurs autels, on y célébra des sacrifices et des fêtes comme avant l'introduction du christianisme. La mort de l’empereur Constance ayant rendu Julien comp étement maître de ses actions, la civilisation grecque reprit tout aussitôt un éclat momentané; qui ne fit qu’ajouter à la vivacité des tristes regrets qu’un avenir très-rapproché devait amener à sa suite. Après la mort inopinée de Julien, en 363, cet éclat factice disparuit d'autant plus rapidement que les successeurs immédiats de ce prince, Jovien, Valentinien et Valens, se montrèrent peu disposés à suivre les mêmes voies que lui en politique. Quoique toléré encore, le paganisme perdit de plus en plus de ses forces, alors que le christianisme en acquérait chaque jour de nouvelles. Toutefois les rigoureux décrets de l’empereur Théodose, qui en 396 dépouilla les prêtres païens de leurs priviléges et de leurs droits, puis bientôt après la destruction des temples païens, furent encore impuissants à amener le complet anéantissement du paganisme, comme le prouvent les lois rendues par l’empereur Théodose le jeune, qui, en 426, fit renverser ou changer en églises chrétiennes les anciens temples païens. Mais le paganisme n’en continua pas moins de subsister encore dans les parties de la Grèceles plus lointaines ; parexemple, parmi les Maïnotes, qui n’adoptèrent pas le christianisme avant le neuvième siècle, sous le règne de l’empereur Basile le Macédonien.
Cependant, à la suite de l'invasion de l’Europe par les Huns, en 376, les Goths avaient recommencé leurs incursions sur le territoire grec. Déjà ils avaient fait de la Thessalie presque tout entière un vaste désert, quand, en l’an 376, l’empereur Valens se vit réduit à leur abondonner la partie de la Dacie située en deçà du Danube, ainsi qu’une partie de la Moœæsie et de la Thrace. La défaite essuyée en l’an 378 sous les murs d’Andrinople par l’armée romaine commandée par Valens leur eût peut-être donné l'empire d'Orient, si par son habileté et sa résolution Théodose n’était point parvenu à les refouler sur leur territoire. La mort de ce prince fut le signal d’une invasion générale des barbares. Grâce à la trahison de Rufin, administrateur de l'empire d'Orient, Alaric pénétra en Grèce à la tête d’une armée, sans rencontrer nulle part le moindre obstacle. Dans les derniers jours de l’année 395, il arriva jusque sous les murs de Constantinople, d’où, parla Thrace et la Macédoine, il se dirigea sur la Thessalie, franchissant le défilé des Thermopyles sans résistance, par suite de ses secrètes intelligences avec les chef de divers corps de l’armée impériale, et ravageant sur sa route la Locride, la Phocide et la Béotie. Il épargna Athènes, qui vraisemblablemen{ se racheta du pillage par une
Chypre. L'édit de tolérance universelle publié à Mediolanum ‘ contribution volontaire. En revanche, il détruisit Éleusis et
Mégare. Pénétrant ensuite dans le Peloponnèse, il s'empara de Corinthe, d'Athènes, de Sparte et de toutes les localités intermédiaires, et Porta le fer et le feu dans toutes les parties de la presqu’ile. L'année suivante, refoulé vers le nord par Stilicon, qui dans l'intervalle était accouru d’Italie, il dévasta encore dans sa retraite l'Étolie et l’'Acarnanie, prit une forte position daus ivs montagnesde l’Épire, et contraignit, en 398, l’empereur Arcadius à lui accorder le gouvernement suprême de l’Ilyricum, province qui comprenait aussi alors l’Achaïe; et pendant quatre ans il exerça l'autorité souveraine la plus absolue et la plus incontestée, jusqu’à ce que son étoile le conduisit en Occident. Il est vraisemblable qu’adors la pius grande partie de l’Achaïe n’était déjà plus qu’un désert. 11 n’y eut que les grandes villes, comme Corinthe, Sparte, Argos, qui réussirent à se relever de leurs ruines; et la population se concentra de plus en plus dans les villes maritimes. Un long intervalle de repos procura alors quelque soulagement à ces contrées épuisées. Dans son expédition à travers les provinces de l'empire romain (vers 435), le roi des Huns Attila ne toucha point à l’Achaïe; les expéditions postérieures des Ostrogoths, sous Théodoric(475),ne dépassèrent pas le nord de la Thessalie; et il est assez vraisemblable que les brigandages des Vandales, venus du sud scus les ordres de Genséric, en 466, n’eurent d'autre théàtre que quelques villes des côtes de l’Illyrie, de l’Épire, de la Hellade, ou encore le Péloponnèse. La grande irruption des Bulgares, sous l’empereur Anastase, ne refoula jusqu'aux Thermopyles, notamment enl’an 517, que quelques-unes des hordes de barbares qui déjà s'étaient établies en Macédoine et en Épire. Ce fut seulement sous le règne de Justinien 1€" qu’une autre horde de barbares, composée en grande partie de Slaves, arriva en l’an 540 sur le sol de la Grèce, qui jusqu’à l’isthme fut dévastée par ces envahisseurs. En 558, une horde de Huns pénétra jusqr’aux Thermopyles. En 578 des Slaves, qui jusque alors étaient toujours demeurés paisibles sur les bords du Danube, s’avancèrent encore plus loin; et il est vraisemblable que dès cette époqueils s’établirent dans quelques-unes des localités de la Grèce qui étaient devenues désertes. Ce ne fut toutefois qu’en 626 qu’ils eurent toute liberté de s'étendre davantage au sud, lorsque sous Héraclius la puissance des Avares eut été détruite et que, à l’invitation de ce même empereur, les tribus slaves des Croates et des Serbes eurent pris possession de la Dalmatie, de la Dardanie, de l'Ilyrie et de la Mœsie supérieure jusqu'aux frontières de l’Épire; d'autant plus que c’est aussi à la même époaue qu’une population complétement slave s'établit plus à l’est, dans la Mæsie inférieure et dans l’ancienne province désignée sous le nom de Dacia ripensis. Cependant leurs perpétuelles querelles avec les empereurs byzantins, et l'invasion des Bulgares, sous le règne de Constantin Pogonat, en 678, empêchèrent les Slaves d'entreprendre de plus grandes émigrations vers le sud; et il n’y eut qu’une très-faible partie des Slaves refoulés par les Bulgares, à qui l'empereur Zustinien II assigna, en l’an 687, des terres à cultiver en Macédoine.
Sous l'influence de la paix extérieure, la Grèce avait aussi subi de profondes modifications intérieures. Le partage de empire romain que Théodose l’ancien effectua en faveur de ses fils, et par suite duquel la Grèce tout entière, comme partie intégrante du diocèse de Macédoine, continua à appartenir à l'empire d'Orient, n’apporta pas d'abord de changement essentiel dans l'administration de cette province. Mais l’ancien proconsulat d’Achaïe, dont l'histoire continue à faire mention jusqu'au milieu du cinquième siècle, déchut de plus en plus à partir de la domination du barbare Alaric; et vraisemblablement il finit par disparaitre complétement dans les stratégies de la Hellade, du Péloponnèse, de Nicopolis et des îles de la mer Égée. Le nom d’4chaïe lui-même en vint peu à peu à tomber complément en désuétude, I ne resta plus çà et là que quelques lambeaux des anciennes constitutions de villes, lesquelles devinrent peut-être dans les siècles postérieurs la base des instilu-
GRÈCE
tions municipales modernes, tandis que l'Église et tout ce qui s’y rattache recevaient une organisation et des règles toujours plus précises. Ce qui y contribua surtout, ce fut la prise d'armes des Grecs en 727, à la suite des décisions des conciles qui interdisaient le culte des images. L’audacieuse tentative faite alors par les habitants de la terre ferme et des Cyclades de s’en aller à Constantinople détrôner l’empereur aboutit, il est vrai, à une Lonteuse défaite; mais cette expédition maritime même est une preuve évidente que les habitants de la Grèce étaient alors de nouveau en possession d'un certain état de bien-être, de même qu'ils étaient parvenus à une certaine énergie morale, qui disparut ensuite bien plutôt par les suites désastreuses de leffroyable peste qui ravagea la Grèce de 746 à 747, que par les résultats decette expédition. Cette peste durait encore quand les invasions slaves recommencèrent. Refoulés au sud par les Bulgares, les Slaves parcoururent alors toute la Grèce, franchirent l'isthme et s’établirent dans diverses parties du Péloponèse, notamment au pied du mont Taygète. Ilest avéré qu’à partir de ce moment il exista toujours dans le pays plat, à côté des anciennes cités grecques ou romaïques, des communes slaves qui peu à peu arrivèrent à former des districts particuliers (zupanies) liés entre eux par les mœurs, les usages et les lois de leur souche commune ; qui, d’abord paisibles, s’assimilèrent beaucoup d’éléments grecs en ce qui est des mœurs, des usages et de la langue; puis, lorsqu'elles furent devenues plus nombreuses et plus puissantes, finirent par se trouver dans les rapports de l’antagonisme le pius prononcé à l’égard des villes et des communes grecques. Les Byzantins, après des luttes opiniâtres, parvinrent à les subjuguer ; elles adoptèrent le christianisme, et se considérèrent dès lors comme tributaires de l’empereur de Constantinople. C’est en 783, sous le règne de l’impératrice Irène, qu’une expédition fut formellement entreprise pour la première fois à Constantinople contre les populations slaves de la Grèce. De nouvelles insurrections slaves eurent lieu au commencement du neuvième siècle, surtout lorsqu’en 823 les Arabes, qui n’épargnèrent pas non plus la Grèce, fu- ” rent venus s'établir en Crète, dontle nom fut dèslors changé en celuide C'andie. Il parait que vers le milieu du neuvième siècle l'empereur Michel III soumit à son autorité par la force des armes toutes les populations slaves de la Grèce, à l'exception des deux tribus des Mélinges et des Épérites, habitant les gorges du mont Taygète (Pentedactylos), qui offrirent spontanément de lui payer tribut. Vers l’an 930 ces Mélinges et ces Épérites donnèrent encore quelques inquiétudes aux maîtres de Constantinople, tandis que les Slaves de la terre ferme avaient depuis longtemps reconnu leursouveraineté, qu’ils avaient adopté le christianisme sous le règne de l’empereur Basile (867-886), et s'étaient de plus en plus confondus avec l’ancienne pcpulation grecque ou romaïque de la Grèce.
Cette fusion des races fut de la plus haute utilité pour la Grèce. Il ne tarda point à en résulter une grande activité dans les diverses branches de l'industrie humaine, notamment dans les villes maritimes du Péloponnèse, où se développa un bien-être remarquable ; et l'administration politique de la province de Grèce, divisée alors en sept démes, et comprenant aussi l'Épire, la Thessalie et les iles, semble avoir formé à cette époque le plus avantageux contraste avec celle des autres provinces de l'empire d'Orient. L'insuccès même des tentatives faites à diverses reprises par les Arabes pour s'établir sur la terre ferme prouve qu’on avait tout au moins su y prendre les mesures de précaution nécessaires pour repousser leurs invasions, Déjà sous le règnede l'empereur Basile, vers l'an 867, ils s'étaient vainement attaqués aux villes maritimes de l'Illyrie et al'lile d'Eubée ; et quand plus tard ils essiyerent de débarquer sur divers points du Péloponnèse, comme à Patræ, à Corinthe et à Méthone, ils y furent toujours repoussés avec perte, Depuis lors ils n'inquiétèrent plus guère que les îles. Jusqu'à ce que par la prise de Samos, arrivée sous le règne de l'empe-
GRECE
reur Léon VI, en 886, ils acquirent une certaine prépondérante dans ces parages; après quoi ils s’emparèrent successivement, en 896, de Démétrias, au nord de la Grèce; de Lemnos, en 901; eten 904 de Thessalonique, qui était déjà parvenue alors à un remarquable état de prospérité. Mais leur puissance ne tarda point à décliner, et en 961 ils perdirent jusqu’à la Crète elle-même. En revanche, à partir du dixième siècle la Grèce eut à subir le contre-coup de la grande invasion des Bulgares, qui depuis longtemps inquiétaient la Macédoine et la Thrace. Dès l’an 933 les Bulgares s’'emparèrent de la ville de Nicopolis, où ils fondèrent uné colonie bulgare; mais ils restèrent alors tranquilles pendant longtemps, et même de 971 à 975, cédant à la nécessité, ils reconnurent la souveraineté de l’empereur de Byzance. Ce fut seulement en 978 qu’ils recommencèrent leurs irruplions au sud; ils pénétrèrent en Thessalie, et y dévastèrent complétement la ville de Larisse. Plusieurs campagnes malheureuses entreprises contre eux par l’empereur Basile II (987-989), provoquèrent de leur part de nouvelles entreprises. En 995, ils envahirent pour la seconde fois la Thessalie, franchirent le Pénée et parcoururent la Béotie, l’Attique et une partie du Péloponnèse. Mais à leur retour ils essuyèrent une déroute complète, qui eut pour résultat de débarrasser d’eux la Thessalie, tandis que la colonie bulgare fondée précédemment sur la côte occidentale, depuis Nicopolis jusqu'à Dyrrhachium, continuait toujours de subsister, et, comme toute la Bulgarie, était incorporée en {019 à l'empire byzantin. Une insurrection postérieure des Bulgares, en 1040, ne nuisit pas d’une manière sensible à l’état de prospérité dont la Grèce jouissait à ce moment.
Les expéditions militaires des Normands eurent incontestablement pour la Grèce des suites plus funestes et plus durables. Sous prétexte d’aider l’empereur Michel ( Parapinace ) à remonter sur le trône dont on l'avait expulsé, Robert Guiscard arriva en l’an 1080 sur les côtes de l’Epire à la tête d’une armée, s’empara de quelques îles , des ports importants d’Aulum et de Dyrrachium, puis de toute la partie de la terre ferme s'étendant jusqu’à Thessalonique. Lorsque l’état des affaires de l’Italie le contraignit à s’en retourner dans ce pays, son fils, Bohémond, continua ses conquêtes jusqu'au moment où l’insuccès d’une attaque tentée contre Larisse, insuccès dû à la trahison, le contraignit à battre en retraite, après avoir reperdu tout le territoire dont il s'était jusque alors emparé. Une seconde expédition, entreprise par les Normands en 1084, leur donna Corcyre, Aulum et Buthrotum; mais par suite de la mort imprévue de Robert Guiscard, force leur fut d'abandonner encore une fois toutes leurs conquêtes dès le commencement de l’année suivante. L'expédition entreprise à l’époque de la première croisade par Bohémond , en sa qualité de prince de Tarente, n’eut aussi d'autre résultat qu’une occupation passagère de Dyrrhachium et de la contrée qui l’avoisine; et ce fut en 1146 seulement que par son expédition en Orient le roi Roger de Sicile exposa la Grèce à un danger véritable et permanent. La cause de cette expédition fut l’insuccès des négociations ouvertes par Roger à l'effet d'obtenir pour son fils la main d’une princesse de la maison impériale des Comnènes. Il devasta complétement la ville de Thèbes, qui était alors fortriche, et fit éprouver le mêmesort à Corinthe. Il parait {outefois que la Grèce se releva encore bientôt de ce rude Cup; car vingt années plus tard environ Thèbes et Corintne jouissaient de nouveau de la plus brillante prospérité. À côté des habitants indigènes , des communes juives étaient venues dans les grandes villes donner comme une vie nouvelle à l’industrie et au commerce, singulièrement favorisés par les relations avec l'Occident, devenues plus fréquentes à la suite des premières expéditions des croisés. On peut dire que dans la seconde moitié du douzième siècle a Grèce élait lune des plus riches et des plus florissantes provinces de l'empire d'Orient, et que dès lors elle eût pu rivaliser en ce qui touche les progrès de la civilisation avec
DICT, DE LA CONVERS., — T, X
le reste de l’Europe, si au freizième siècle les invasions des Francs n'étaient pas venues anéantir encore une fois dans son germe sa prospérité renaissante, Vers cette époque en effet la Grèce commença à devenir de plus en plus indépendante de l'empire de Byzance, et il est vraisemblable qu’à l'instar de l'Italie il s’y serait alors formé des principautés indépendantes et nationales, si les conquêtes des Francs n'étaient pas venues y changer complétement la face des choses. Thibaut de Champagne, Boniface de Montferrat, le doge Dandolo de Venise, etc., abandonnèrent leurs projets de croisades, et ne convoitèrent plus que l'empire grec. La baine réciproque des Grecs et des Francs eut pour résultats » la prise d'assaut de Constantinople en 1204 et un partage de empire, dans lequel le marquis Boniface de Montferrat eut pour sa part Thessalonique avec les contrées adjacentes et le titre de roi. C’est de Thessalonique que Boniface commença ses expéditions de conquêtes. Il occupa en peu de temps toute la Macédoine, pénétra en Thessalie, battit aux Thermopyles l’armée grecque, commandée par Léon Spuros, et entra presque sans coup férir à Thèbes et à Athènes ; après quoi, l’ile d'Eubée reconnut spontanément sa souveraineté. Son plan de pénétrer en Morée (c’est le nom qu’à partir du douzième siècle on donna au Péloponnèse) échoua sous les murs de Corinthe et de Napoli, que Léon Spuros défendit avec le plus entier succès. Après un long et inutile siége, il se vit rappelé en Macédoine par la tournure nouvelle qu’y avaient prise les affaires, et où ilne tarda pas à trouver la mort, en 1207, dans une bataille contre les Bulgares. Toutefois, cet événement n’affranchit point la Morée de la domination des chevaliers francs; car presque au moment même où Boniface assiégeait Corinthe et Napoli, Guillaume de Champlitte, de la maison des comtes de Champagne, y était débarqué à la tête d’une bande de chevaliers francs. Peu de temps après ce nouvel arrivant s’'emparait de Patras, d’où il allait rapidement occuper Andravida, Corinthe et Argos, à l'exception de leurs citadelles ; et nonseulement il se faisait reconnaître par Boniface, revenu en Macédoine, en qualité de suzerain des principautés fondées en Béotie et en Attique, mais encore comme seigneur ef souverain de la Morée par les villes et Les propriétaires fonciers tant en Élide qu’en Messénie. Là où s’élevait une résistance quelconque, on en triomphait aussitôt par la violence; conduite qui amena en 1205, dans la forêt d'oliviers de Condura, une bataille décisive, livrée contre une armée composée d'habitants grecs et slaves de la terre ferme, et dont le résultat fut de placer la partie occidentale de la Morée jusqu’au pied du mont Taygète sous la domination des Francs. Cependant, des affaires de famille forcèrent Champlitte à s’en retourner en France; mais avant son départ, dans une assemblée générale, tenue à Andravida, il partagea, suivant les usages en vigueur parmi les Francs, sa conquête en un certain nombre de grands et de petits fiefs, qu’il distribua aux chevaliers qui l'avaient accompagné dans son expédition. Il confia à Godefroid de Ville-Hardouin, comme à son représentant, l'exercice de ses droits de suze-
.raineté pour en jouir jusqu’à ce qu'il envoyät un nouveau Jusq
lieutenant choisi parmi les membres de sa famille, en déclarant expressément que les pouvoirs confiés par lui à Ville-Hardouin demeureraient héréditaires dans sa descendance si sous le délai d’une année il n’avait pas envoyé en Morée le membre de sa famille auquel il destinait sa succession. Afin de conserver la conquête et de la défendre contre toute attaque, on y organisa le ban et l’arrière-ban , comme cela se pratiquait dans le système féodal des Francs, en même temps que les Assises de Jérusalem étaient adoptées comme code devant servir de base et de règle à toutes les sentences judiciaires, En matières ecclésiastiques, au contraire, l’introduction du rit de l’Occident y fit bientôt prévaloir le droit canon avec les appels en cour de Rome.
Quand Godefroid de Ville-Hardouin eut agrandi et corisolidé sa puissance par de nouvelles conquêtes ainsi que par sa prudence, il Jui fut d'autant plus facile de mettre à exé-
cution le plan qu’il avait conçu pour maintenir la souveraineté de la Morée dans sa: famille, qu’il rencontra de l'appui parmi ses chevaliers et méme parmi les familles d’archontes indigènes. Il réussit par la ruse à empêcher le chevalier Robert, envoyé par Champlitte en Morée, d'y arriver avant que le délai d’une» année fût expiré; puis quand, après mille difficultés, celui-ci se trouva enfin au terme de son voyage, il lui montra la convention formelle précédemment intervenue entre lui et Champlitte, et se fit alors solennellement proclamer souverain de la Morée par ses chevaliers, Pour consolider encore mieux sa puissance, il se rendit maître de divers points importants, comme l’Acrocorinthe et le Haut-Argos, et mourut peu avant l’année 1216, emportant au tombeau les regrets universels. Son fils aîné, Godefroid II, fut créé prince à la suite de son mariage avec la fille de l'empereur de Constantinople, Pierre de Courtenay; mais comme prince d’Achaïe il demeura sous la suzeraineté de l’empereur. Des discussions et des querelles qu’il eut avec le clergé l’empêchèrent de continuer vigoureusement la guerre, et il mourut à la fleur de l’âge. Son frère Guillaume, qui lui succéda dans la souveraineté, reprit les armes contre les Moréotes non encore soumis, s’'empara de Nauplie et de Monembasie , et soumit à son autorité Mélengos et Maïna. En revanche, il eut aussi maille à partir avec les feudataires possessionnés en dehors de la Morée, avec le grand-seigneur (megascyr) d’Athènes, Othon de Laroche, avec le marquis de Bododitza en Béotie et les petits princes de Négrepont; querelles à la suite desquelles les uns et les autres furent d’ailleurs forcés de reconraitre sa souveraineté. Le grandseigneur d'Athènes, contraint d’abandonner lui aussi la cause du roi de France, reçut à cette occasion le titre de duc, que ses successeurs conservèrent jusqu’à la fin de la domination des Francs en Grèce. La part que Guillaume prit aux guerres soutenues par le despote d'Épire contre Michel Paléologue eut pour lui des suites plus funestes. 1 fut fait prisonnier par l'empereur, qui ne consentit à lui rendre sa liberté et la souveraineté de la Morée que contre la cession des trois importantes places fortes de Monembasie, de Maïna et de Leuctres. 1 perdit encore davantage dans une guerre inconsidérément entreprise à quelque temps de là avec l'espoir de reconquérir les villes que force lui avait été de céder. Le dernier empereur latin, Baudouin II, forcé vers le même temps de se sauver de Consfantinople, ayant cédé la souveraineté de la Morée au roi de Sicile Charles d'Anjou, dans l'espoir de reconquérir avec son assistance le trône qu’il avait perdu, il surgit de ce côté des prétentions auxquelles il ne fut mis un ferme qu'après la mort de Guillaume, par suite d’un mariage négocié et conclu entre Isabelle, sa fille, et Philippe, fils de Charles d'Anjou. La principauté d’Achaïe, dès lors de plus en plus chancelante, demeura encore jusqu’au milieu du siècle suivant, et sous la suzeraineté de la couronne de Sicile, en la possession des descendants d'Isabeile de Ville- Hardouin, qui à la mort de Philippe se remaria encore deux fois, la première avec Florent de Hainaut et la seconde avec Philippe de Savoie; circonstance qui plus tard fournit un prétexte aux princes de la maison de Savoie pour élever, eux aussi, des prétentions à la souveraineté de la principauté d’Achaie.
Le duché d'Athènes demenra jusque vers la fin du treizième siècle la propriété de la famille Laroche. Isabelle, fille de Guillaume, dernier duc de cette maison, ayant épousé Hugues comte de Brienne, il passa au fils issu de ce mariage, Gaultier de Brienne, dans la maison duquel il resta jusqu’à ce qu’au quatorzième siècle les Catalans en firent la conquête.
Au nord de la Grèce, la mort prématurée du marquis joniface de Monferrat , roi de Thessalonique , mort arrivée en 1207, avait d’abord rendu la domination des Francs rien moins que certaine, L'empereur latin, Henri de Flandre, se vit forcé d'entreprendre une expédition contre
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Thessalonique à l'effet d'assurer à Démétrius, successeur désigné de Boniface, la paisible jouissance du droit qne lui contestait son frère aîné. Le despote d’Épire Michel, lni aussi, qui dans une guerre malheureuse contre Venise s'était vu enlever Dyrrhachium, se lia bientôt après d’amitié avec l’empereur; mais cette amitié fut de courte
durée, et, en contradiction avec les termes formels de
son traité avec l’empereur, dont le frère Eustache devait à la mort de Michel hériter de la souveraineté de l’Épire, il désigna pour son successeur son propre frère Théodore, qui vivait à la cour impériale de Nicée. Théodore accrut en peu de temps sa domination par des extensions de territoire faites surtout au nord. Il repoussa les Bulgares, battit les forces combinées du prince d’Achaïe et du duc d’Athènes en Thessalie, province quitomba alors com= plétement en son pouvoir. Pénétrant ensuite en Macédoine, il s’empara de Thessalonique, et se fit couronner empereur dans la cathédrale de cette ville ; après quoi, il céda le despotat d'Épire à Michel Lange, qui bientôt après (1226) en obtint la confirmation de l’empereur de Nicée. Cependant , en 1230, Théodore reperdit déjà la plus grande partie de ses conquêtes dans la guerre qu'il entreprit contre les Bulgares, lesquels s'emparèrent’ de presque toute l'Épire. Il ne res{ait plus que Thessalonique au fils de Théodore, Jean; mais cette ville ne tarda pas non plus à être prise par l’empereur de Nicée, Vatacès, qui la concéda encore à Jean, à titre de despotat relevant de son empire. Le successeur de Vatacès, Michel Paléologue, en reconquérant l’Épire, se rendit maître du nord de la Grèce, qui depuis lors conlinua toujours à faire partie des États placés sous la domination des Paléologues, jusqu’à ce qu'au milieu du siècle suivant les Albanais d’abord et les Turcs ensuite en conquirent la plus grande partie.
Les îles de l’Archipel, dont les unes avaient déjà été occupées antérieurement par les Vénitiens, et dont les autres ne lavaient été que lors de la fondation de l'empire latin, se trouvèrent à peu de temps de là tellement menacées par les pirates, que le sénat de Venise non-seulement arma aux frais du trésor public une flotte destinée à protéger les côtes des possessions de la république dans la mer Égée, mais encore rendit en 1207 un décret autorisant les nobili et tous autres à entreprendre à leurs propres frais des croisières dans cette mer et des expéditions dans l'Archipel, avec la garantie donnée à l'avance que les conquètes qu’ils y pourraient faire leur resteraient en toute propriété sous la suzeraineté de la république. La flotte armée aux frais de l'État s'empara d’abord de Corfou, alors au pouvoir d’un pirate génois appelé Léon Vetesani, et y fonda une colonie, qui comptait au nombre de ses membres dix des principales familles de Venise; elle occupa ensuite les ports de Modon et de Coron, et acheva la colonisation de Candie, cédée à la république de Venise par Boniface de Montferrat en échange de Thessalonique, Pendant ce tempslà, la mer Égée en était venue à être couverte de petites escadres appartenant à des nobles vénitiens et qui tentèrent avec succès la conquête des îles les moins importantes. C’est ainsi que Marino Dandolo devint seigneur d’Andros ; Ghigi, de Ténédos, de Mykone, de Seyros et de Scopélos; Philocales Navagero, de Lesbos; Pietro Giustiniani et Domenico Michieie, de Zea; et un eertain Francesco, de Céphalonie et de Zante, lequel en enleva la souveraineté à Venise, en les plaçant sous la suzeraineté du prince d'Achaïe. Mais le plus puissant de tous ces petits dynastes fut Mario Sanudo, qui s'empara de l'ile de Naxos, alors en possession d'une grande prospérité, Il s’y fortifia d’une manière formidable, gagna les cœurs des habitants en ne portant point atteinte à la foi de l'Église grecque, et avec leur secours étendit en outre sa domination sur les iles de Paros, d’Antiparos, de Santorin, d'Anaphé, de Cimolis, de Milo, de Siphanto et de Polyeandro. Alors 1l se déclara indépendant de Venise, et finit par être reconnu par l'empereur de Constantinople en qualité de due souverain et
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indépendant de tout l'Archipel. A sa mort (1220) ses héritiers conservèrent toute sa puissance , bien qu'ils eussent accordé aide et protection à l’empereur latin Baudouin, expulsé de Constantinople, et que plus tard, adversaires des Paléologues, ils se rattachassent tantôt aux Génois, tantôt aux Vénitiens. C’est dans le cours du seizième siècle seulement que l'ile de Naxos partagea les destinées du reste de la Grèce et fut incorporée à l’empire ottoman. Au contraire, la domination des différents nobili vénitiens sur les autres îles n'eut qu'une durée éphémère, attendu que dès l’année 1347 Vatacès de Nicée avait réuni à ses États plusieurs de ces îles, telles que Lesbos, Mitylène, Scios, Samos, Icarie et Cos. Inutile d’ailleurs d’ajouter que l’é- Poque de la domination des hommes de l'Occident en Grèce fut l’une des plus tristes périodes de l’histoire de cette contrée. Ses forces matérielles se trouvèrent presque complétement épuisées à la suite de la conquête, par l'esprit de rapacité insatiable dont firent preuve les chevaliers et par leurs incessantes querelles intestines ; en même temps qu’en imposantaux populations vaincues leurs mœurs, leurs usages et leur langue , les envahisseurs les corrompaient et les démoralisaient toujours de plus en plus.
Au commencement du quatorzième siècle toute la Grèce, à l'exception de la principauté d’Achaïe, du duché d'Athènes et de quelques États insulaires francs, se trouvait de nouveau réunie sous les lois de l’empereur de Byzance. Les despotats de Thessalie et d'Épire, comprenant la plus grande partie de la Grèce septentrionale et les districts du Péloponnèse cédés à Michel Paléologue par les princes d’Achaïe, furent érigés en fiefs relevant de l’empire et attribués en apanages aux princes de la famille impériale. Jusqu'à la mort d’Andronie le jeune (1341) l'Épire et la Thessalie demeurèrent dans la famille du premier despote, Michel. Pendant les troubles provoqués par la mort de cet empereur, et par l’usurpation de Jean Cantacuzène, le kral de Servie, Stéphan Duscian, envahit la Macédoine, conquit la plus grande partie de l’Épire et de la Thessalie, prit le titre d’empereur, et octroya la souveraineté de l’Épire et de la Thessalie à Prolupus, l’un de ses généraux, tandis qu’il cédait à son frère Simon l'Étolie et l’Acarnanie à titre de despotats indépendants. Après la mort de Stéphan Duscian et celle de Prolupus, Simon chercha à s'emparer de tout l'empire; mais cette tentative lui coûta son despotat, que lui enleva un Grec d’Acarnanie, Nicéphore. Celui-ci s’en maintint en possession jusqu'à sa mort, arrivée dans un combat livré contre les Albanais, qui à cette époque s’étendirent toujours de plus en plus vers le sud, et commencèrent par s’emparer de l’Étolie et de l’Acarnanie. Sauf ces deux provinces, Simon redevint bien alors le maître de la partie septentrionale de la Grèce; mais il la céda an fils de Prolupus, appelé Thomas. Celui-ci eut à soutenir des luttes continuelles contre les Albanais ; par sa conduite tyrannique il provoqua une insurrection générale de ses sujets, et périt en 1385, en cherchant à la comprimer, Sa veuve épousa l’année suivante Izaüs, comte de Céphalonie, qui réunit entre ses mains la Souveraineté de l’Épire et de la Thessalie et qui sut préserver ses États des irruptions des Albanais en épousant, après la mort de sa première femme, la fille de l’un de leurs plus puissants chefs, Szalas. Mais tout aussitôt après sa mort (1407), les Albanais recommencèrent leurs irruptions, chassèrent du pays Spuros, le successeur d’Izaüs, et occupèrent toute l’Épire jusqu’à ce qu’en 1432, après une résistance acharnée et vaincus par le nombre, ils durent céder la place aux Turcs, commandés par Mourad JI et par Bajazet 1°. Il n’y eut alors qu’un très-petit nombre d’Épirotes qui, sous les ordres de l’héroïque Scanderbeg, conservèrent encore pendant quelque vingt ans leur indépendance, jusqu'a ce qu’en 1467, à la suite de l'épuisement complet des populations et de la mort subite de leur héroïque chef, cette partie de PÉpire devint à son four la proie es Osmanlis sous la domination desquels elle ne tarda
pas à tomber dans le plus déplorable état d’épuisement.
Le duché d'Athènes, après avoir éprouvé les calamités les plus diverses et subi de nombreux changements de souverain, eut le même sort que l'Épire. Le troisième et dernier duc de la maison de Brienne trouva la mort dans un combat soutenu contre les Catalans, entrés dans l'empire de Byzance au commencement du quatorzième siècle comme troupes mercenaires au service de l’empereur Andronic l’ancien, contre les Turcs. Le supplice de leur chef, Roger de Laflor, qui eut lieu, par ordre de l’empereur, à Andrinople, détermina ces Catalans à se révolter; et alors, sous le nom de Grande Compagnie catalane, ils parcoururent l'empire en le dévastant. Après une inutile attaque contre Thessalonique, ils envaliirent la Thessalie, traversèrent ensuite la Béotie et l’Attique, où ils combattirent d’abord en qualité de mercenaires les ennemis du duc, les seigneurs de Patras et d’Arta ; mais plus tard, mécontents du lot qui leur avait été assigné dans le partage des conquêtes, ils tournèrent leurs armes contre le duc lui-même, s’emparèrent d'Athènes et de Thèbes et proclamèrent duc l’un de leurs chefs, Roger Deslau. Pendant son règne, leur puissance augment{a encore, il est vrai; mais à sa mort il se présenta un si grand nombre de concurrents pour hériter de sa puissance, qu’ils se décidèrent à céder le duché au roi de Sicile, Frédéric, qui le fit gouverner par ses lieutenants. Dès avant la fin du quatorzième siècle, une guerre qui éclata entre le Florentin Reniero Acciajuoli, vers cette époque souverain de Corinthe et de quelques autres districts de la Morée, et la comtesse Hélène de Soula, qui avait des possessions en Attique et en Béotie, mit tout à coup fin à la domination des Catalans en Attique. Alliés de la comtesse, ils furent vaincus dans une bataille décisive par Reniero, en faveur de qui s'étaient déclarés les Génois de Négrepont, et en 1386 forceleur fut d'abandonner Athènes et Thèbes à leurs vainqueurs. A sa mort, Reniero Acciajuoli céda aux Vénitiens Athènes, que déjà les Turcs serraient de près; mais son fils Antonio, qui dans l’héritage paternel n’avait eu pour lot que les possessions situées en Béotie, la leur enleva presque aussitôt, et chercha à s’en assurer la jouissance en contractant alliance avec Mourad I‘. Antonio étant venu à mourir sans laisser d’héritier mâle, un de ses parents, Nerio, s’empara de la souveraineté à Athènes, que lui &isputa encore pendant quelque temps son frère Antonio, tandis que vers l’année 1435 les Turcs s’emparaient de Thèbes et de toutes les possessions de la maison Acciajuoli situées en Béotie. Son fils Francesco lui succéda sous la protection du sultan ; maïs en faisant assassiner son beau-père, coupable d’avoir visé à la puissance suprème, il fournit au sultan un prétexte pour se déclarer contre lui. Une armée turque, commandée par Omer-Pacha, arriva sous les murs d'Athènes, contraignit le due, après la plus héroïque résistance, à capituler, et en 1456 réunit tout le duché à l'empire ottoman. En 1467, les Vénitiens, commandés par Victor Capello, occupèrent encore une fois Athènes à la suite d’une surprise ; mais les Osmanlis la leur enlevèreft presque aussitôt après, et en restèrent alors maîtres jusqu'à l’époqu: des guerres survenues plus tard entre Venise et la Porte ottomane.
C'est aussi vers la même époque que fut accomplie la soumission de la Morée, où la principauté franque d’Achaïe et les despotats de Corinthe et de Lacédémone aveient encore prolongé leur misérable existence. La principauté d’Achaïe était restée dans la famille Ville-Hardouin, ligne féminine, jusqu’à Robert, prince de Tarente et d’Achaïe; puis elle avait passé comme legs à son épouse, Marie de Bourbon, à la mort de laquelle elle échut au duc Louis de Bourbon, qui la transmit à divers petits princes de Morée. Mais pendant ce temps-là la maison de Savoie avait aussi fait valoir ses prétentions à la possession de l’Achaïg ; et Marie de Bretagne, veuve de Jacques de Savoie, prince de Piémont, avait, sans autres formalités, disposé de la principauté tout entière en faveur du grand-maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Jean-Ferdinand
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de Heredia. Allié avec les Vénitiens, celui-ci essaya d’en disputer la souveraineté aux Turcs. Il réussit, à la vérité, à s'emparer de Patres; mais fait prisonnier bientôt après, à la suite d’an combat malheureux, il lui fallut racheter sa vie au prix de sa conquête. Plus tard, les Piémontais tentèrent bien à diverses reprises de s'établir en Morée; mais il leur fut impossible de résister à la puissance toujours croissante des Osmanlis. Les despotats de Corinthe et de Lacédémone furent ceux qui tinrent le plus longtemps. La conscience de sa faiblesse avait déterminé le despote Théodore à céder Arsos aux Vénitiens et Corinthe avec Lacédémone au grand-maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Mais comme cette convention déplaisait beaucoup aux habitants, la déroute essuyée en 1402 près d’Ancyre par Bajazet 1°° parut à Théodore une circonstance qui lui permettrait encore de conserver ses États; il reprit donc l'exercice de la souveraineté, qui passa d’abord à son neveu Théodore, et de celui-ci à Constantin Paléologue, lequel, comme empereur, la céda à ses deux frères Démétrius et Thomas, dont le premier résidait à Misthra et le second à Cvrinthe. Tous deux, après la chute de Constantinople, achetèrent la possession ultérieure de leurs despotats au moyen d’un honteux tribut payé au sultan, lequel, à peu de temps de.là, sous prétexte de les protéger contre les irruptions des Albanais, envoya un corps de troupes en Morée. Malheureusement pour eux, les deux despotes se laissèrent induire en erreur par les rumeurs qui représentaient une coalition des puissances de l'Occident contre les Osmanlis comme un fait sinon déjà accompli, du moins imminent, et crurent alors pouvoir prendre une attitude hostile à l'égard du sultan, en même temps qu'ils s’abstenaient de lui payer le tribut convenu. Aussitôt Mahomet IT, envahissant en personne la Morée. dévasta lintérieur de la presqu'île, et contraignit en 1457 les despotes, réduits à fuir devant ses armées, à signer un ignominieux traité, par lequel ils abandonnaient au vainqueur la paisible jouissance de toutes ses conquêtes. Ils conservèrent ainsi pendant trois ans cncore la plus misérable des souverainetés; mais alors un nouveau refus de leur part ou leur impuissance d’acquitter le tribut détermina Mahomet à entreprendre une seconde expédition en Morée. Démétrius se soumit à la première sommation ; tandis que ce ne fut que l'épée à la main, et seulement lune après l’autre, que Thomas abandonna au vainqueur l’Achaïe, l’Élide, l'Arcadie et Lacédémone. II tint encore plus d’une année dans une petite forteresse située sur la côte occidentale, et qu’il n’abandonna qu’à toute extrémité pour aller chercher un asile en italie. C’est ainsi qu’en 1460 toute la Morée, à l'exception de quelques points occupés encore par les Vénitiens et des gorges ou défilés les plus impraticables, tomba au pouvoir des Osmanlis,
La conquête des possessions vénitiennes et des îles de l’archipel, dont les unes étaient gouvernées par quelques chefs de familles aristocratiques de Venise et les autres par le duc de Naxos, offrit autrement de difficultés aux Turcs. Diverses attaques qu'ils dirigèrent contre les îles de la mer Égée n’eurent que des succès partiels. Modon, Coron, Argos, Napoli di Romania, et quelques autres points importants demeurés au pouvoir des Vénitiens devinrent tout de suite le sujet des hostilités qui éclatèrent alors entre Ja république de Venise et le sultan. Dès 1461 Omer-Pacha dévasta la contrée qui avoisine Lépante, et s'en vint attaquer Coron et Modon, pendant que Josué, autre général des armées de Mahomet II, s’'emparait d’Argos par trahison. En 1463 les Vénitiens armèrent en conséquence une flotte placée sous les ordres @’Alvisio Loredano et portant 25,000 hommes de troupes de débarquement , commandées par Bertoldo d’Este, lequel avait ordre d’entreprendre le siége d’Argos, et s’empara effectivement de cette ville après une courte résistance. Agissant de concert avec a flotte de Loredano, Este rétablit les fortifications détruites d’Hexamilion, et se disposa ensuite à envoyer une partie de
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ses forces dans l’intérieur de la Morée, à l'effet de les mettre à l'épreuve en leur faisant entreprendre les siéges de Misthra et de Léondari, tandis que lui-même, à la tête du gros de son armée, irait assiéger Corinthe. Sa mort, sous les murs de cette ville, eut pour résultat la levée du siége; et dès lors la gnerre dégénéra de part et d’autre en brigandages et en dévastations. L'année suivante s’écoula aïnsi tout entière sans être autrement signalée que par quelques inutiles attaques tentées par les Vénitiens contre Mitylène, dont les Turcs s'étaient emparés en 1461, et contre Sparte. Ce fnt au printemps de l’année 1466 seulement que le successeur de Loredano, Victor Capello, donna un caractère plus énergique aux opérations dont la mer Égée était le théâtre. En peu de temps il s'empara successivement de l’ile d’Eubée, de Larsus dans le golfe de Salonique, d’Imbros et même dAthènes; mais il perdit la meilleure partie de ses forces dans une attaque malheureuse tentée contre Patras. Cette circonstance, jointe aux guerres que les Turcs avaient à soutenir en Épire, fut cause que dans les trois années suivantes il ne fut rien tenté de sérieux de part ni d'autre. Ce fut seulement lorsqu'il eut conclu la paix avec les montagnards de l'Épire, que le sultan se trouva libre de tourner toutes ses forces contre les Vénitiens. Après s'être emparé de l’ile d'Eubée, il ouvrit aussitôt des négociations pour la paix : elles se poursuivirent au milieu même des hostilités et n’aboutirent, en 1478, qu’à la conclusion d’une trêve. Once années plus tard Bajazet recommença la guerre, et dans l’espace de deux années s’empara de Lépante, de Modon, de Coron et de Navarin, tandis qu’il employa encore inutilement deux autres années à essayer de réunir à ses États Napoli di Romania, la dernière possession qui restât à la république de Venise sur le sol de la Grèce. En conséquence, un traité de paix fut conclu en 1503, aux termes duquel les deux parties contractantes conservèrent leurs conquêtes respectives , lesquelles, pour Venise, se bornaïent à Céphaionie et à quelques petites fles de la mer Égée. Mais ce qui prouve combien peu c'était là une paix solide et durable, ce sont les démêélés continuels qui eurent lieu entre les deux puissances dans la période de temps suivante, signalée par la conquête des îles de l’Archipel, dont les unes avaient jusque alors échappé à la rapacité turque, grâce aux formidables ouvrages de défense qui les protégaient et à la bonne contenance des garnisons, comme Rhodes et Naxos, et dont les autres demeurèrent épargnées beaucoup plus tard, encore à cause de leur minime importance,
Depuis le commencement de la domination turque jusqu'à la fin de la guerre de l'indépendance. La paix conclue en 1503 avec Venise avait consacré le droit de souveraineté des Turcs sur la Grèce; elle eut aussi pour résultat de substituer peu à peu dans ce pays les mœurs et les usages turcs tant dans la vie publique que dans la vie privée, ainsi que d’en bannir les derniers vestiges de la civilisation européenne. C’est à cette époque que se constitua la Grèce moderne, en ce qui est de la langue, du caractère national et des mœurs, et où elle dépouilla complétement les derniers lambeaux du génie grec, qui s’étaient encore conservés à travers tout le moyen âge. La situation des Grecs à l'égard de leurs nouveaux maîtres, les Turcs, ne fut point d’abord aussi opprimée qu’elle le devint plus tard; et jusqu’à la mort de Soliman 1°° notamment, la Grèce souffrit bien moins de la domination turque que d'être devenue une pomme de discorde entre la Porte ottomane et les puissances maritimes de l'Occident, Les parties de la Grèce demeurées encore indépendantes ou bien au pouvoir des Vénitiens furent, à partir de 1522, conquises par les Tures à la suite de diverses guerres heureuses. Le traité de paix intervenu en 1573 entre eux et les Vénitiens, et qui ne laissa à ceux-ci que quelques forts sur la côte d’Albanie, Candie et les îles loniennes, compléta la soumission de la Grèce aux Turcs, Elle devint alors tout à fait une province turque, gouvernée par un beglerbeg. Suivant l'usage ture, elle fut subdivisée en un certain nombre de sand-
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jaks, dont le plus important était celui de la Morée, administré par un bey. Dans les Cyclades, la Porte se contenta d’abord de prélever un tribut annuel et fixe. Mais les attaques fréquentes dirigées contre ces Îles par les chevaliers de Malte changèrent ce paisible état de choses ; et il en résulta que les Cyclades demeurèrent de fait indépendantes, n’acquittant un faible tribut que lorsque le capitan-pacha apparaissait avec toute sa flotte dans les eaux de la mer Égée pour les contraindre à déférer aux ordres du sultan. Une guerre nouvelle qui éclata entre les Turcs et les Vénitiens, et qui dura depuis 1645 jusqu'à 1669, enleva à ces derniers la possession de Candie. Les Vénitiens prirent une éclatante revanche dans la guerre suivante (1687-1699), qui leur valut la possession dela Morée. En peu de temps ils réussirent à profondément modifier la situation de cette contrée par les routes, les édifices et les ouvrages de défense qu’ils y construisirent, et aussi par l'administration régulière, mais despotique, qu’ils y i£troduisirent. Cependant ils reperdirent la Morée dès la guerre nouvelle qu'ils déclarèrent à la Porte, en 1715, etaux termes de la paix de Passarowitzils durent la céder aux Turcs ainsi que quelques autres points. La Grècese trouva de la sorte encore une fois complétement turque; elle fut alors divisée en pachaliks et soumise à l'autorité du Rumeli- Vallessi (grand-juge de la Roumélie), tandis que les trenteet-une îles de la mer Égée étaient nominalement placées dans les attributions administratives du capitan-pacha et d'autres fonctionnaires turcs; mais en réalité la Porte les leur abandonnait, pour les exploiter de leur mieux et à leur profit personnel. Un tel système administratif ne tarda pas à devenir des plus oppressifs, surtout en raison de l'état de faiblesse intérieure de la Turquie. La Porte était réduite à se contenter du tribut annuel que lui envoyaient les gouverneurs, sans exercer aucune influence sur les procédés employés pour le prélever, non plus que sur la manière dont le pays était administré. Qu'on ajoute à cela la vénalité des fonctionnaires et leurs fréquents changements, l’arbitraire qui présidait à la répartition de l’impôt et les moyens tyranniques et vexatoires employés pour le faire rentrer, et on ne sera pas surpris d'apprendre que l'administration de la Grèce sous la domination turque offrait le plus effrayant exemple de la mise en pratique d’un système d’épuisement à jet continu. Par suite de ce système, et aussi en raison de ce que la plus grande partie de la propriété foncière en était venue à se trouver concentrée entre les mains des Turcs , il se produisit une paralysie complète de la force de production du pays; la seule compensation que les Grecs trouvassent pour un pareil état de choses, c'est que leurs maîtres leur abandonnaïent complétement le commerce; or, dans cette voie laissée à leur activité il y avait un moyen de salut pour leur nationalité. De toutes les parties du pays, celles qui souffraient le moins étaient encore les îles , lesquelles, loin de leurs gouverneurs et placées immédiatement sous des autorités choisies par elles-mêmes, n'étaient pas exposées à tant d'actes arbitraires et oppressifs que la terre ferme et en étaient quittes pour l’acquit d’un tribut annuel, s’élevant en tout à 300,000 piastres environ. Cependant, dans de telles circonstances, la nationalité grecque eût nécessairement fini par succomber, si le pays w’avait point conservé deux institutions essentielles : son Église et sa religion grecques, avec une organisation communale tout à fait indépendante, C'est leur religion qui seule pouvait encore donner aux Grecs l’espoir d’un meilleur avenir, qui leur inspirait le courage nécessaire pour supporter les misères et les calamités du temps présent; c'est l'Église qui seule avait encore conservé une espèce de juridiction sur ses coreligionnaires; c’est elle seule qui, par l'intermédiaire du patriarche et du saint synode à Constantinople, défendait encore leurs droits devant la Porte; seule elle offrait un point central de réunion aux divers éléments de la nationalité grecque ; et l'influence qu’elle exerçait sur les affaires intérieures de la nation était d'autant plus grande, que cette influence était tout à la fois religieuse et politique. En ce
qui est de l’organisation communale particulière aux Grecs, obéissant à des primats de leur choix, elle éveilla parmi eux l'esprit de l’indépendance; le besoin de se gouverner par eux-mêmes devint un obstacle à leur fusion politique avec les Turcs, en même temps qu’elle devait plus tard servir de base à leur régénération politique. N’omettons pas de mentionner encore les armatoles, les klephtes et les Fanariotes au nombre des causes qui contribuèrent essentiellement au maintien et à la conservation de l'élément grec. Une circonstance qui exerça aussi une immense influence sur la régénération de la Grèce, ce fut ce besoin d'instruction qui s’y manifesta partout à partir du dixhuitième siècle, ainsi que l'extension de plus en plus grande que prirent les relations commerciales de ce pays. Ce furent des négociants grecs qui fondèrent en Turquie même les premiers établissements grecs d'instruction publique qu’on eût encore vus; créations auxquelles les Turcs imposèrent d’abord d’assez gênantes restrictions, mais qui vers la fin du dix-huitième siècle, et grâce à l'appui de la Russie, prirent toujours plus de développement.
C’est là ce qui fait que dès l’époque de Pierre le Grand les Grecs s'étaient pris à considérer la Russie comme leur protectrice naturelle, comme la puissance de laquelle ils devaient attendre leur affranchissement. Le règne de l’impératrice Catherine IL exerça une influence décisive sur les destinées de la Grèce, parce que cette princesse fut la première qui chercha à réaliser les projets de conquête au sud conçus depuis longtemps en Russie. Elle songeait sérieusement à les mettre à exécution, lorsqu’en 1768 la Porte, prévenant ses intentions, lui déclara la guerre ; à ce moment déjà la Russie fit d'immenses efforts pour déterminer les Grecs à se soulever. L’émissaire russe Pappas-Oglou échoua pourtant dans les menées secrètes dont il fut chargé à cet effet; et ce fut seulement lorsqu'une partie de la flotte russe, partie de Cronstadt pour la Méditerranée, vint débarquer le 28 février 1770 à Vitylo, en Morée, sous les ordres de Féodor Orloff, et prit possession de divers points stratégiques, que les Grecs s’insurgèrent en Morée et même au nord de la Grèce, notamment à Missolonghi, et dans les îles. Mais l’affaire prit bientôt une tournure fâcheuse, car les Albanais recrutés par la Porte reprirent Missolonghi, où ils égorgèrent toute la population mâle, et battirent les Russes en Morée. A la suite de ces désastres, la soldatesque turco-albanaise se livra à l'égard des Grecs, maintenant abandonnés, aux actes de la plus hideuse férocité: 8,000 Albanais promenèrent le fer et le feu dans toutes les parties de la Morée, taillèrent en pièces le corps russe chargé de l'oceupation de Modon, et marchèrent ensuite sur Navarin. A ce moment, Féodor Orloff, démoralisé, se rembarqua en toute hâte avec les débris de son corps de débarquement, et abandonna les malheureux Grecs à leur sort. La destruction de la flotte turque à Tschesmé par Alexis Orloff n'eut point d’ailleurs de conséquences durables pour la Grèce. L'expédition entreprise pour seconder son affranchissement aboutit donc à un avortement complet; et quelques stipulations insérées en faveur des Grecs dans le traité de Koutschouk-Kaïnardji (amnistie génerale, libre exercice de leur culte, liberté de voyager à l'étranger) en furent les uniques fruits. Mais la Porte était elle-même dans l'impuissance d'observer ces stipulations; et les bandes albanaises qui avaient replaté la Morée sous la domination turque, les considérant comme nulles, fraitèrent alors en pays conquis la Grèce, qui pendant neuf années fut abandonnée à leurs brigandages et à leurs exactions. Pour y mettre un terme, il fallut que la Porte prît les mesures les plus énergiques, et ie 10 juin 1779, à Tripolitza, Hassan-Pacha anéantit presque complétement ces hordes sauvages. La Grèce, pendant si longtemps victime de leurs dévastations et de leurs cruautés, put enfin respirer; et la tranquillité intérieure dont il lui fut donné de jouir alors , en ranimant son commerce, lui permit de se remettre peu à peu des terribles épreuves par lesquelles elle venait de passer, Dans
Ja guerre qui ne larda point à éclater de nouveau entre les Turcs et les Russes, les Souliotes et les Chimariotes, déjà engagés dans une lutte à mort contre Ali, pacha de Janina, prirent les armes contre la Porte, à l'excitation des agents russes. Néanmoins, abandonnés et sacrifiés encore une fois par la Russie, lors du traité de paix conclu à Jassy le 9 janvier 1799, il leur fallut continuer seuls la guerre, qui se termina la même année, parce qu’ils obtinrent de la Porte qu’elle les déclarât indépendants du pacha de Janina. Le seul avantage que la paix de Jassy valut aux Grecs fut la confirmation des clauses déjà insérées à leur profit dans le traité de Koutschouk-Kaïdardji et l'autorisation de navisuer librement sous pavillon russe,
Pendant la période de paix qui suivit alors , le commerce de la Grèce, notamment dans les îles, où le joug ottoman se faisait moins sentir, prit un essor prodigieux. Beaucoup d'écoles grecques furent alors fondées, tant dans les villes grecques de la Turquie elle-même qu’à l'étranger. Les terribles agitations politiques auxquelles l’Europe se trouva ensuite en proie ne manquèrent point d’avoir leur contre-coup en Grèce, où elles reveillèrent avec une énergienouvelle l'idée de l’indépendance nationale. Des hommes tels qu’Alexandre Maurocordatos l'aîné , Alex. Ypsilanti l’ainé, Ant. Gazis et surtout Rhigas, de qui provint l’idée première de l’héfairie, embrassèrent cette idée avec une chaleur qui promettait dès lors les plus brillants résultats, pour peu qu'on.apportt plus de prudence dans l’exécution de l'œuvre. Mais le supplice de Rhigas (1798) déjoua momentanément les projets conçus pour l'affranchissement de la Grèce. Bientôt après, la guerre éclata de nouveau entre Ali, pacha de Janina, et les Souliotes ; elle donna le signal au renouvellement des scènes de férocité et de barbarie , aux actes de brigandage et d’impitoyable dévastation qui avaient signalé la lutte précédente, et aussi de la part des Grecs aux mêmes actes de courage héroïque et d’admirable dévouement à la patrie. Après avoir duré pendant plusieurs années, elle se termina en 180% par l’anéantissement presque complet de la population souliote et par la soumission entière de l’Albanie, placée désormais sous l'autorité dAli. Celui-ci réussit en outre à se débarrasser de ses autres ennemis les uns après les autres, de sorte qu’en 1810 il se trouvait en fait maitre de la plus grande partie de la Grèce septentrionale et avait même pu prendre pied en Morée, Gardiki, qui osa lui résister en 1812, paya sa résolution et son courage du massacre de la majeure partie de sa population, et Parga seule continua bravement à lutter jusqu’en 1819. Plus les affaires avaient pris une tournure fächeuse pour les Grecs, et plus il y avait pour eux de motifs de consolation et d’espoir dans les progrès incessants de leur développement intérieur. A côté des élablissements d'instruction publique, on vit surgir alors une nouvelle littérature nationale, qui , préparant l'œuvre de laffranchissement de la Grèce, acquit bientôt une haute importance politique. En outre, la prospérité du commerce grec était toujours en voie de progression; et dès 1813 la marine marchande grecque comptait environ 600 bâtiments en partie bien armés et montés par 2,000 matelots. Ainsi se formait une pépinière pour la future guerre maritime ; de même que, de retour dans leurs foyers, les Grecs qui avaient pris du service dans les armées française, anglaise ou russe, y rapportèrent esprit militaire ainsi que des idées mieux mûries sur les moyens à employer pour améliorer la situation politique de la Grèce. La nouvelle Ad/airie, dont on peut reporter la création à l’année 1814, contribua surtout à préparer le soulèvement de la nation contre ses oppresseurs, Ce fut d’ailleurs le congrès de Vienne qui en provoqua indirectement la naissance, en trompant l'espoir que la Grèce avait dû concevoir de voir enlin les grandes puissances s’uccuper d'améliorer son sort, eten ne lui laissant plus d’autre alternative que l'emploi de la force pour arriver à son affranchissement, L'Aétairie, dont à l’origine le centre d'action était au sein même des États russes, se propa-
GRÈCE
gea rapidement en Grèce de même que dans toutes les villes. commerçantes de l’Europe et de l’Asie où les Grecs avaient pu fonder des établissements, Dès 1817 elle comptait dans ses rangs tous les primats les plus importants, ainsi que les principaux d’entre les armatoles et les klephtés; et. elle avait des affiliés dans la plupart des communes, La fermentation croissait donc de jour en jour parmi les Grecs. Les klephtes du nord de la Grèce, notamment les Souliotes, à qui Ali-Pacha s'était adressé dans la position critique où il se trouvait maintenant, crurent qu’une alliance avec lui était le meilleur moyen à employer pour la réalisation de leurs projets. Une réunion d’hélairistes, tenue en novembre 1820 à Vostizza, s'était déjà préparée à une prise d'armes; puis elle en était venue à penser que l'heure favorable n’avait pas encore sonné, quand la mort de l’hospodar de Valachie Soutzo, arrivée le 11 février 1824, fit éclater l'insurrection au moment où on s’y attendait le moins. Georgakis, colonel valaque, l’un des plus ardents hétairistes,, à qui Alexandre Ypsilanti le jeune, alors chef de l’hétairie , avait confié le soin de préparer les voies à l'insurrection en Valachie, crut l’occasion favorable venue, et aussitôt après
la mort de l’hospodar envoya le Valaque Wiladimiresko dans la petite Valachie à la tête de 180 hommes, en le chargeant
de soulever cette contrée. Mais ce perfide agent avait un: but tout autre. Il promit au peuple des campagnes de l’af-
franchir du joug que faisaient peser sur lui les princes et
les boyards grecs, réunit de la sorte une grande masse de: pandours, et marcha à leur tête sur Bukarest, sans autre intention que de s’y faire proclamer lui-même hospodar.
Ypsilanti, qui ne se doutait nullement de la direction qu'a-
vait prise l'insurrection, franchit le Pruth dès qu’il en reçut Ja première nouvelle, et entra le 7 mars à Jassy, où il appela toute la population grecque aux armes contre les Tures, et où il parvint à réunir en peu de temps des forces assez
considérables ayant pour noyau un escadron dit sacré, et composé de jeunes Grecs enthousiastes, accourus aussitôt
de toutes les parties de l’Europe. Mais la résistance que cette entreprise rencontra de la part du boyard valaque, le desavœu officiel de la Russie, l’indécision, l'absence de plan, le manque d’habileté et d'énergie avec lequel elle fut conduite par Ypsilanti la firent complétement avorter. Les Turcs ne furent pas plus tôt entrés en Valachie, qu'ils battirent les insurgés ets’emparèrent de Galacz et de Bukarest. Enfin, la bataille livrée à Dragaschân anéantit l’armée des insurgés.
Hs tinrent un peu plus longtemps en Moldavie; maïs à la
suite de la défaite qu’ils essuyèrent le 20 juin (à Skuleni) et de la mort de l’héroïque Georgakis dans le couvent de Sekka. (26 août 1821), il ne leur resta plus d'autre alternative que de se soumettre.
Pendant ce temps-là, l'insurrection avait également éclaté en Morée au commencement d'avril 1821, et elle y avait eu. pour principal chef et instigateur l'archevêque de Patras,. Germanos. Les débuts en furent des plus heureux. Les insurgés, dont les chefs étaient Théod. Kolocotroni et Pietro Mauromichalis, eurent l'avantage dans diverses rencontres avec les troupes turques ; ils s’emparèrent de plusieurs villes, et, sous la dénomination ‘de sénat de Messénie, constituèrent à Kalamata une espèce d’assemblée nationale, qui commença ses travaux le 9 avril, s’occupa tout de suite d’organiser l'insurrection, et fonctionna comme gouvernement. Mais dès la fin d'avril et le commencement de mai les Tures. reprirent partout l'offensive; ils repoussèrent les Grecs sur divers points, reprirent les villes de Patras, de Vostizza et d'Argos, et livrèrent les deux premières au fer el au feu. Divers avantages remportés par les insurgés en Morée relevèrent le courage des populations grecques, et le nouveau gouvernement provisoire établi par le sénat sut donner une meilleure organisation administrative à Ja partie du territoire national au pouvoir de l'insurrection. Le mouvement s'était produit en même temps dans les îles. Dès le courant d'avril, Spezzia, Psara et Hydra proclamaient leur indévendance ; et une escadre d’insurgés commandée par Tome
GRÈCE
basis, décidait les autres îles, à l'exception de Chios, à se déelarer en faveur de l'insurrection. Au nord-ouest dela Grèce, des Souliotes consolidèrent leurs nouvelles conquêtes; et au nord-est, la Phocide, la Béotie et PAttique se mirent complétement en insurrection, tandis qu'Athènes tombait . Au pouvoir des insurgés, qui bioquaient étroitement la garnison turque de VAcropole. Le mouvement se propagea au delà même des Thermopyles; à Magnésia et en Macédoine, on courut sus aux Turcs. La Porte était encore fort imparfaitement renseignée sur le caractère et la portée de Pinsurrection, quand ses yeux se dessillèrent par suite de la découverte, à Constantinople même, d’une conspiration ayant pour but d’incendier la flotte et l'arsenal, d’assassiner le sultan et de distribuer des armes à la population grecque. Des massacres effroyables, exécutés par la populace turque dans les parties de l’empire habitées par des Grecs, et surtout à Constantinopke, massacres dont on évalue les victimes à 30,000, qui durèrent trois mois, et dans lesquels périrent égorgés les hommesles plus considérés et les plus importants de la nation grecque, furent la suite de cette découverte. La Porte, redoutant qu'il n’en résultât pour elle un conflit avec la Russie, renforça en toute hâte son effectif militaire au nord, et par là dégarnit ses provinces méridionales ; circonstance qui servit admirablement l’insurrection grecque. La flotte de l'amiral grec Tombasis battit le 8 juin, dans les eaux de Mitylène, la flotte turque, tandis qu’une antre escadre grecque déterminait Missolonghi, Anatolico et par suite l’Étolie ainsi que l’Acarnanie à faire cause commune avec l’insurrection. Vers la même époque, c’est-à-dire à la fin de juin 1821, Démétrius Ypsilanti arriva en Morée, et son arrivée fit tout aussitôt éclater la discorde parmi les chefs de l’insurrection, jusque alors si unis. À ce moment les Turcs ne possédaient plus en Morée que neuf places fortes, et bientôt même, eur ce nombre, ils en perdaient trois, Navarin et Monembasia par capitulation, et Tripolizza à la suite d’un sanglant assaut. Toutefois, la cause grecque prit dès la fin de 1821 une tournure fâcheuse en Morée. Les attaques tentées sur Patras et Nauplie échouèrent complétement ; le désordre, la misère, la famine et le découragement allaient toujours croissant dans les rangs des insurgés.
Au nord-ouest de la Grèce, l'insurrection fit des progrès moins rapides , parce que Kourschid-Pacha, commandant du corps d'armée turque réuni pour agir contre le pacha de Janina, conserva une supériorité marquée, malgré leur bravoure bien connue, sur les Souliotes, commandés par Marco Botzaris; et à la fin de cette même année il avait réduit les Souliotes à se tenir sur la défensive à la suite de diverses attaques toujours repoussées avec succès.
Au nord, les affaires des insurgés allaient encore plus mal. Dès le mois &e mai, ils y perdaient successivement la Livadie et Thèbes, et ils échouaïent dans leurs efforts pour empêcher la prise de Magnésia, livrée par les vainqueurs au pillage et à l’incendie, De même, l'insurrection des moines du mont Athos et des klephtes de Macédoine échoua complétement et se termina par la soumission absolue de la presqu'île de Chalcidice..
Les derniers mois de la première année de l’insurrection ne furent signalés par aucun événement important, et l’avenir ne se présentait pas pour elle, à beaucoup près, sous un aspect plus favorable. Elle manquait tout à la fois et d’armée, et de trésor public, et d'un chef capable de donner le mouvement en même temps que de lui imprimer une direction unique; or, l'assemblée nationale convoquée par Démétrius Ypsilanti fut impuissante à les lui trouver. En outre, la Russie et l'Autriche s'étaient formellement prononcées contre cemouvement; la France observait une stricte neutralité, tandis que l'Angleterre, à cause de ses îles Joniennes, faisait preuve d'une hostilité manifeste. Mais ce qui était encore plus fatal que tout cela, c'était la discorde qui cliaqueJour faisait plus de progrès parmi les Grecs, et qui provenait surtout de l’insubordination que les différents chefs monfraient en campagne, chacun d'eux prétendant alors
agir à sa guise, 11 y avait donc impossibilité d'imprimer une direction commune et unique à l'insurrection et à ses efforts; d’où un esprit d’intrigue et d’égoïsme qui se manifestait partout, provoquait des tentatives isolées presque toujours malheureuses, des accusations et des récriminations sans fin, voire même la guerre civile et jusqu’à des actes de trahison, et qui les années suivantes précipita ce malheureux pays dans toutes les horreurs de l’anarchie. C’est ainsi que la loi fondamentale, délibérée et adoptée dans l'assemblée nationale, puis promulguée au commencement de 1822, constitution connue sous le nom de loi organique d’Épidaure, composée de 107 articles, et rédigée dans un esprit très-libérai, mais contenant un grand nombre de dispositions tout à fait inapplicables en raison de l’état encore si peu avancé du pays, ne fut jainais exécutée; et que le gouvernement qu’elle institua avec Maurocordatos à sa tête, n’exerça jamais la moindre influence. C’est ainsi, enfin, qu’à l'assemblée nationale qui s’ouvrit à Astros, au mois de mars 1823, on ne vit régner parmi les chefs que la plus complète désunion. Le parti militaire, ayant à sa têle Kolocotroni, Ypsilanti ef Odysseus, voulait établir un gouvernement militaire et absolu. Ce projet échoua, parce que le parti opposé, à la tête duquel étaient Pietro Mauromichalis et Maurocordatos, et qui était aussi le plus fort, réussit à faire nommer le premier, président, et le second, secrétaire de la commission de gouvernement. Quant aux opérations de la guerre, les Grecs, par suite de ces causes différentes, durent plutôt dans les années 1822 et 1823 éprouver des pertes que faire des progrès. C’est encore en Morée, où Kolocotroni commandait en chef, que les affaires allaient le moins mal. Il nuisit singulièrement alors, ilest vrai, à la cause de l'indépendance par son esprit de domination et par l’avidité avec laquelle il recherchait toutes les occasions de s’enrichir; mais c'est du moins à son énergie que l’on dut les victoires remportées sur Dram-Ali, la prise de Nauplie (1822) et celle de Corinthe (1823). Au nord-ouest de la Grèce, Missolonghi dut, dans le cours de ces deux années, supporter deux siéges rigoureux. Les Souliotes, qui après la mort d’Ali, pacha de Janina, avaient bravement continué pour leur compte la guerre contre Kourschid-Pacha, essuyèrent à Pata, le 16 juillet 1822, une déroute complète, dans laquelle le bataillon des philhellènes fut anéanti, et par suite de laquelle il leur fallut, pour la seconde fois, abandonner leurs foyers. Ce fut l’année suivante seulement, en exterminant à leur tour l’armée du séraskier Mustapha, qu’il leur fut donné de prendreleur revanche de ces désastres; mais ils payèrent chèrement leur triomphe : il leur coûta leur intrépide chef, Marco Botzaris.
En Macédoine et en Thessalie, la situation des choses était encore pire, car les Grecs en furent complétement expulsés. En revanche, à l’est les affaires étaient conduites avec assez de succès par Odysseus, dont l'attitude était d’ailleurs des plus équivoques. L’Acropole d'Athènes, entre autres, tomba par capitulation en 1822 au pouvoir des Grecs, qui à cette occasion se rendirent coupables de la plus infâme violation de la foi jurée. En revanche, les forces navales grecques , placées sous les ordres de Miauiis, furent presque partout victorieuses dans le cours de ces deux premières années de la guerre d'indépendance. Battue en diverses rencontres par Miaulis, la flotte turque ne put pas tenir la mer; et si en avril 1822 ie capitan-pacha, Kara-Ali, réussit encore à s'emparer de l'ile de Chios et à y exercer les plus épouvantables dévastations, cette victoire fut brillamment vengée dans la nuit du 18 au 19 juin 1822, par la destruction complète de la flotte turque, que Cana ris opéra près de l’ile de Ténédos.
A la fin de l’année 1823, les deux partis, l’un ayant à sa tête Kolocotroni et la plupart des chefs de l’armée, l’autre Maurocordatos avec la majorité des primats et des meme bres de l’assemblée nationale, en étaient venus à une scission ouverte et déclarée, de laquelle résultèrent d'abord des tiraillements de toutes espèces, puis des actes d’insubordination et de violence, et enfin la guerre civile. A cette
totale, venait encore se joindre l'attitude de plus en plus hostile des grandes puissances de l’Europe. Il fut répondu, en leur nom, aux agents que la Grèce envoya au congrés de Vérone, qu’elle n’avait à attendre ni à espérer d'elles le moindre appui, attendu qu’elle n'était point un Éfat indépendant. En revanche, l'opinion publique se prononça partout alors avec une extrême énergie en faveur des Grecs. En Angleterre, en France, en Allemagne, etc., il se forma des comités pour venir en aide à la Grèce, et plusieurs particuliers, tels que Byron et Eynard, contribuèrent beaucoup par leurs sacrifices personnels au succès des efforts de ces associations. La conclusion à Londres, le 21 février 1824, d’un emprunt grec de 809,000 liv. st. (20 millions de francs) fut un des résultats de cette favorable disposition des esprits. Mais que pouvaient de tels secours en présence du danger qui vint alors d’un autre côté menacer la Grèce? Ibrahim- Pacha, nommé par la Porte pacha de Morée, était parti d'Alexandrie au commencement de juin à la destination de la Grèce avec une flotte composée de 30 frégates, de plusieurs bâtiments de guerre de dimensions moindres et 159 transports, portant à bord 22,000 hommes de troupes de débarquement. Sans doute le brave Miaulis réussit encore à contraindre, d’une part, le capitan-pacha, qui avait dévasté Ipsara, à regagner précipitamment les Dardanelles, et Ibrahim-Pacha à s’en aller demander un refuge pour sa flotte à Candie, qui, après avoir pris part depuis plusieurs années à la lutte pour l’indépendance, venait à ce moment d’être livrée aux Turcs par la trahison des Sphaciotes. Mais l’année d’après (1825) les Grecs se trouvaient dans l’évidente impossibilité de résister à l'immense supériorité numérique des Égyptiens, quoiqu'il régnât maintenant beauconp plus d’union dans leurs rangs, et malgré les ressources plus grandes mises à leur disposition par l'emprunt conclu à Londres en leur faveur. Le 24 février 1825, Ibrahim-Pacha débarquait à Modon ; peu de jours après, il s’emparait de Navarin ; et à la fin de l’année, en dépit de tous les efforts tentés par l’armée grecque, il était maître de la plus grande partie de la Morée, où ses troupes commettaient les plus horribles dévastations. 11 marcha ensuite sur Missolonghi, dont il se rendit maître à la fin d'avril 1826, malgré la plus héroïque résistance, puissamment secondé dans cette circonstance par Reschid-Pacha, qui opérait au nord. La guerre prit alors le caractère le plus hideux. Ibrehim-Pacha envoya en Égypte comme esclaves des cargaisons entières de Grecs ; il porta le fer et le feu en tous lieux, et à la fin de l'automne il avait réussi à faire de la Morée un désert. Reschid-Pacha se dirigea ensuite vers l’est de la Grèce, qu'il soumit presqu’en entier, et où, en dépit de la défense désespérée que lui opposèrent les Grecs, il prit Athènes d’assaut le 17 août, en même temps qu’il mettait le siége devant l’Acropole. La désorganisation intérieure des Grecs était alors arrivée à son comble ; on manquait absolument d’argent ; les îles se séparèrent de la terre ferme pour se livrer à la piraterie; la flotte demeurait inactive, faute d'entretien ; chacun ne pensait plus qu’à soi; les chefs de corps étaient devenus la plaie du pays, et avaient renvoyé les commissions de gouvernement de Nauplie à Égine.
L'arrivée de lord Cochrane en Grèce parut avoir opéré une réconciliation des partis dans l'assemblée nationale, qui, au printemps de 1827, s'était de nouveau réunie à Trézène., On l'y nomma à l'unanimité commandant en chef des forces navales grecques, et un autre philhellène, sir Richard Church, fut appelé à prendre le commandement supérieur des forces de terre; enfin, le comte J.-A. Ca po d'Estria, alors à Paris, fut élu le 14 avril, pour sept ans, président de la république grecque, et on institua une commission chargée de diriger les affaires jusqu’à son arrivée. Mais ce bon accord ne dura pas longtemps; les vicilles haines, les vieilles discordes ne tardèrent point à se produire de nouveau, et il vint encore s’y ajouter la jalousie des chefs militaires pour les étrangers qu'on avait placés à leur tête, C'est aux
GRÈCE
désorganisation intérieure, signe avant-coureur d’une ruine |
effets de cette jalousie qu'il faut surtout attribuer l’inutilité des efforts tentés à diverses reprises pour dégager l’Acropole,
| et en dernier lieu l’insuccès complet de la grande opération
entreprise dans ce but par le général Church. 11 semblait donc à ce moment que la Grèce, retombée tout entière au pouvoir des Turcs, à l’exception des îles et de quelques points en Morée, fût à tout jamais perdue, quand ses destinées prirent tout à coup une direction plus favorable.
La prolongation même de cette lutte si acharnée avait fini par décider les grandes puissances à y intervenir, de peur qu’elle n’entraïnât un jour de regrettables complications dans le système général de la politique européenne. A la longue, il serait devenu impossible d'empêcher une intervention quelconque de la part de la Russie; intervention qui n’eût pas manqué d’assurer à cette puissance une décisive prépondérance dans toutes les questions relatives à l'Orient. Pour empêcher que cette intervention fût l’œuvre d’une seule puissance, l'Angleterre ouvrit à Saint-Pétersbourg des négociations qui, dès le 4 avril 1826, amenèrent la conclusion d’un protocole par lequel ces deux puissances, auxquelles la France vint se joindre plus tard, convinrent que la Grèce serait gouvernée par un prince indigène, jouirait d’une complète liberté de conscience et de commerce, mais constituerait toujours un État vassal et tributaire de la Porte. Ce protocole n’eut pas d’ailleurs d’autres suites pour le moment. Mais le refus absolu de la Porte d’y accéder, et notamment son wlfimatum en date du 10 juin 1827, qui ne laissait aux trois puissances d’autre alternative que d'abandonner leurs projets de médiation ou de les réaliser par la force des armes, amenèrent la signature du traité du 6 juillet 1827, qui garantissait l'indépendance de la Grèce. Par suite de ce traité les trois puissances donnèrent, le 17 juillet, aux amiraux commandant leurs flottes respectives dans la Méditerranée l’ordre de s'opposer à tout nouvel envoi de troupes égyptiennes en Grèce, mais de n’en venir à des hostilités directes que dans le cas où les Turcs voudraient forcer le passage. Cependant, par suite d’un enchaînement tout particulier de circonstances, une bataille s'engagea, le 20 octobre 1827, dans les eaux de Navarin, et la floite turcoégyptienne y fut anéantie, La manière équivoque dont les puissances médiatrices considérèrent cet évérement eut d’ailleurs ce résultat, que la Porte n’en reprit pas moins tout aussitôt le langage le plus hautain et exigea notamment la soumission absolue des Moréotes, Les ambassadeurs des trois puissances ne pouvant, sur une telle base, entrer dans aucune espèce de négociation, quittèrent Constantinople le 8 décembre 1827.
Cette victoire de Navarin remonta un peu l'esprit public en Grèce, où l'on remporta de nouveau quelques avantages sur les troupes turco-égyptiennes. Mais en janvier 1828 lord Cochrane abandonna la Grèce, où la jalousie des divers chefs placés sous ses ordres l’empêchait de rien entreprendre d’utile, En revanche, le comte Capo d'Istria , atten: du depuis si longtemps, arriva enfin à Nauplie ie 18 janvier ; et tout aussitôt la commission de gouvernement établie à Égine abdiqna ses pouvoirs entre ses mains. Il s'agissait maintenant d'organiser le jeune État et de donner à sa politique extérieure un caractère plus ferme et plus fixe. La seconde partie de la tâche qui incombait au président n'en était pas la moins difficile; car tout aussitôt après la bataille de Navarin on avait vu la Russie prendre une position d'isolement; un an après elle déclarait même ia guerre à la Porte, guerre qui retarda encore de deux ans la fixation des destinées de la Grèce.
Érection de la Grèce en royaume. Capo d’Istria mit momentanément un terme aux incessantes luttes intestines des Grecs; il fonda un panhellénion, conseil composé de vingt:sept membres, etdont il se réserva la présidence, chargé de constituer le pouvoir politique suprème; et, à l'aide d’une foule de mesures nouvelles, il s'efforça de complétement réorganiser l'administration civile et militaire du pays. Toutefois, il rencontra dans l'exécution de ses divers p, ojets de nombreu-
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ses difficultés, provenant sartout de la continuation de l’absence absolue de ressources financières, et provoqua une opposition dont les forces s’accrurent encore quand le gouvernement eut pris le parti de s'abstenir à l'avenir de convoquer l'assemblée nationale. En fait d'opérations militaires datant de cette époque, il n’y eut d'important que la campagne entreprise par Church dans l’ouest, et qui se termina, en mai 1829, par la reprise d'Anatoliko et de Missolonghi. On ne tenta rien contre Ibrabim-Pacha, Cornme, en dépit de toutes les sommations qui lui étaient adressées, il se refusait absolument à évacuer la Morée, le général Maison y débarqua le 29 août 1828, à la tête de 14,000 Français, et le contraignit à en partir. Il ne resta plus alors en Morée que 5,000 Français, comme corps d'observation, tandis que les puissances, par leur traité en date du 16 novembre 1848, plaçaient formellement la Morée et les îles sous leur garantie. Dans ces circonstances, et par suite de l'infatigable activité déployée par Capo d’Istria, tant à l’intérieur qu'à l’extérieur, la Grèce vit ses plaies commencer à se cicatriser, encore bien que de toutes parts surgissent des mécontents. On réclamait surtout la réouverture de l'assemblée nationate, qui se réunit enfin de nouveau à Argos, le 23 juillet 1829. Le gouvernement s’y trouva en majorité, et le pouvoir exéeutif confié au président y fut confirmé. Un sénat, dont les membres étaient presque exclusivement à la nomination du président, remplaça désormais le panhellénion. Après la clôture de l'assemblée, l'opposition devint d'autant plus vive qu’on accusait généralement le président de vouloir réunir tous les pouvoirs entre ses mains, et dès la fin de l’année elle prit le caractère le plus menaçant. Des révoltes éclatèrent parmi les palikares, eton accusa ouvertement le président de n’étre qu’un agent de la Russie, ou encore de viser à constituer une monarchie héréditaire en faveur de sa famille. C’est préoisément à cette époque qu’un protocole, portant la date du 3 février 1830, et émanant de la conférence des trois puissances tenue à Londres pour le règlement de l'affaire grecque, déclara la Grèce État indépendant, et détermina les limites exactes de son territoire, Un autre protocole attribua la couronne souveraine de la Grèce au prince Léopold de Saxe- Cobourg, qui d’abord l’accepta, mais qui plus tard (21 mai) y renonça par suite du refus des puissances d’accorder à la Grèce les frontières que ce prince jugeait nécessaires à son indépendance et à sa sécurité. La Porte accéda Je 24 avril aux stipulations du protocole du 3 février.
Les événements mémorables qui agitèrent l’Europe à la suite de la révolution de juillet 1830 vinrent interrompre les travaux de la conférence de Londres au sujet de l'affaire grecque. La Grèce, se trouva de la sorte encore une fois abandonnée à elle-même, et par suite la position du président devint des plus critiques. L’arrangement à la veille d’être conclu avec la Porte fut remis en question, et les idées mises en mouvement par la révolution trouvèrent de l'écho jusqu’en Grèce, où l’on vit aussi se former un parti républicain. Des troubles éclatèrent dans le Maïna; il fallait recourir à l'emploi de la force armée pour faire rentrer les impôts, et on manquait toujours des ressources financières les plus indispensables. Quoique le président eût considérablement augmenté plusieurs impôts, les besoins étaient devenus si urgents au commencement de l’année 1831, qu'il y avait impossibilité de payer aux fonctionnaires publics plus du cinquième de leur traitement en espèces. Un tel état de choses et diverses fautes commises par le président accrurent tellement le nombre des opposants ainsi que l’animadversion publique dont le comte Capo d’Istria était de venu l’objet, qu’il suffisait maintenant du moindre incidenpour amener une explosion. La conduite tenue par le président à l'égard du sieur Polyzoïdès , rédacteur d’un journal d'opposition, ayant pour titre Apollon, la provoqua ; les Hydriotes s'étant refusés à livrer Polyzoïdès, qui était venu se réfugier parmi eux, se séparèrent, à l'instar des Psariotes, du gouvernement du président, exemple que suivirent bientôt les Mainotes at la plupart des iles. Une guerre civile ne
DICT, DE LA CONVERS, — T, X
tarda point à éclater tant sur terre que sur mer ; et le commandant de la flotte russe dans la Méditerranée, ayant insisté pour qu'on lui livrât toute la flotte grecque réunie à Paros, Miaulis prit la terrible résolution de l’anéantir plutôt que de la voir passer aux mains des Russes et devenir pour le président un meyen de plus d'opprimer la Grèce. Le 13 août il livra aux flammes vingt-huit bâtiments, représentant une valeur de plus de 30 millions de francs, et fit sauter les fortifications du port de Paros. Comme déjà les deux partis s’armaient, l’un pour résister, l’autre pour punir l'attentat qui venait d’être commis, il semblait que la Grèce allait périr dans les convulsions de la guerre civile, quand l'assassinat du comte Capo d’Istria vint établir une trêve tacite entre les partis en présence. Le sénat réuni à Nauplie nomma tout aussitôt un gouvernement provisoire, composé de trois membres et présidé par Augustin Capo d’Istria. Les Hydriotes firent des ouvertures pour un arrangement amiable; mais elles furent rejetées. Le nouveau gouvernement s’obstina tout au contraire à lutter contre l'opposition dans le même esprit que le président, c’est-à-dire en employant les moyens violents, et à ne reculer devant aucune mesure, si illégale qu’elle pôt être, pour s'assurer dans l’assemblée nationale une inajorité dévouée. Il en résulta un nouveau soulèvement des Hydriotes et des Maïnotes, qui réclamaient avant fout une assernblée nationale librement élue. Puis, quand, au mépris de ces vœux si justes, le gouvernement persista à convoquer son assemblée nationale pou le mois de novembre 1831, et eut recours à tous les moyens pour y faire nommer, le 20 février, Augustin Capo d’Istria en qualité du président provisoire, sans avoir égard aux réclamations et aux protestations de l'opposition, généralement composée de Rouméliotes, celle-ci se constitua en assemblée nationale, tandis que le gouvernement se réfugiait avec la sienne à Nauplie. De là tout aussitôt de sanglants conflits. L'assemblée rouméliote continua à se réunir à Pérachore, au milieu même des luttes de la guerre civile; elle eut sa propre commission de gouvernement, avec Kolettis pour présideït, et parvint à porter à 8,000 hommes l'effectif des troupes dont elle disposait. Au contraire, à Nauplie, la démoralisation prenait chaque jour de plus grandes proportions; et ce fut à grand’peine qu’on parvint à y réunir 2,000 hommes pour iles faire marcher contre les Rouméliotes. Ceux-ci avaient déjà franchi l’isthme et le 2 avril 1832 ils étaient entrés à Argos, quand on reçut en Grèce le protocole du 7 mars, qui appelait le prince Othon de Bavière à monter sur le trône de la Grèce. La joie des populations à cette nouvelle fut sans bornes, et par suite presque tous les officiers des troupes du gouvernement étant venus se mettre à la disposition de Kolettis. Augustin Capo d’Istria comprit qu'il n'avait plus qu’à donner sa démission, et s’'embarqua tout aussitôt après pour Corfou. Malgré cela, son parti continua à intriguer plus activement que jamais ; et ce ne fut qu'après de longues négociations poursuivies à l’effet d'arriver à la conclusion d’un compromis, qu’on parvint à faire agréer par
‘ un et l'autre parti une commission de gouvernement com-
posée de sept membres. Cela eût même abouti, suivant toute apparence, à une nouvelle révolution, si les Maïnotes ne s’étaient pas prononcés de la manière la plus décidée en faveur du gouvernement et n’avaient pas de la sorte déjoué les plans des partisans de Capo d'’Istria, à la tête desquels figurait toujours Kolokotroni.
Cependant le traité en date du 7 mai 1832 avait été signé entre Les trois puissances et la Bavière; il désignait formellement le prince Othon de Bavière en qualité de roi de a Grèce, instituait une régence chargée de gouverner en son nom jusqu’à l’époque de sa majorité, promettait la garantie des trois puissances à un emprunt de 60 millions de francs en faveur de la Grèce, et de la part de la Bavière le prochain envoi de la régence et d’un corps auxiliaire de 3,500 hommes. Alors eut lieu, le 8 août, l'élection à l'unanimité, en qualité de roi de la Grèce, du prince Othon par la nouvelle assemblée nationale réunie à Nau-
plie. Toutefois, de graves mésintelligences éclatèrent bientôt entre cette assemblée et le sénat ; et les choses en vinrent à <e point qu’un jour l'assemblée nationale se vit assaillie par les chefs de palikares, qui enlevèrent et rnaltraitèrent un certain nombre de ses membres. La guerre civile sévissait encore une fois, et l'anarchie était aussi complète que jamais, en même temps qu'il y avait absence absolue des ressources financières, et que les chefs de palikares, Kolokotroni à leur tête, continuaient à se livrer sans obstacle à tous les actes du plus brutal arbitraire. Ce fut en effet le 6 octobre seulement qu’eut lieu à Munich la nomination de Ja régence, composée du comte Armansperg, du général Heidegger et du conseiller d'État de Maurer. Le 30 janvier 1833 elle arriva devant Nauplie avec le jeune roi Othon 1“; mais elle ne descendit à terre que le 6 février, après le débarquement des troupes bavaroises qu’elle avait amenées avec elle. Les mesures énergiques auxquelles eut recours la régence rélablirent bientôt le calme et la tranquillité dans le pays. Toutes les places fortes furent occupées sans conteste par les troupes bavaroiïses, et en eoncentrant les palikares sur certains points donnés, on les empêcha de pouvoir devenir dangereux. La régence fit constamment preuve en cela d'autant de prudence que de résolution, et bientôt il résulta de ses efforts une notable amélioration dans la situation du pays. On forma alors un véritable ministère; des gouverneurs généraux furent institués pour la Morée, la Livadie et l’Archipel; on créa trois conrs centrales de justice, et la Grèce reçut une organisation administrative tout à fait analogue à celle des autres États européens. Il n’y eut que les klephtes, au nord de la Grèce, et les Maïnotes qui refusèrent de se conformer au nouvel état de choses et qui continuèrent à se livrer comme par le passé à leurs actes de brigandage et d’insubordination. Pour forcer ces derniers à se soumettre et à se tenir tranquilles sous la protection d’un gouvernement régulier, il fallut recourir formellement à une expédition des troupes bavaroises; quant aux premiers, on en vint à bout en établissant des blockhaus sur la frontière du nord et en faisant marcher contre eux en 1835 un petit corps de troupes.
Malgré les efforts faits par le gouvernement pour ramener le calme et la paix dans le pays au moyen de mesures utiles et de dispositions bienfaisantes de tous genres, le parti Capo d’Istria persistait dans ses menées et ses intrigues secrètes. Au mois de mars 1834 on découvrit une conspiration ourdie par lui pour renverser la régence, et par suite Kolokotroni et Kolliopoulos furent condamnés à vingt années d’emprisonnement. Vers la même époque, la Grèce renoua des relations diplounatiques avec la Turquie, tandis que la création d’un synode grec particulier avait pour but de mettre un terme aux rapports ecclésiastiques existant entre la Grèce et le patriarche grec de Constantinople. Dans le Courant de cette même année 1834, toutes les troupes bavaroïises s’en retournèrent en Bavière, et furent remplacées par des recrues nouvelles levées en Bavière, en même temps qu’on organisait des troupes grecques régulières. La désunion qui s'était tout d'abord produite au sein de la régence amena, vers la fin de 1834, de véritables collisions auxquelles le roi de Bavière mit un terme en maintenant au comte Armansperg, homme entièrement dévoué auxintérêts anglais, tous ses pouvoirs comme président de la régence, et en rappelant ses deux principaux adversaires, MM. de Maurer et d’Abel, qui par Leurs efforts pour organiser un système judiciaire etun système administratif dans le pays avaient bien mérité de la Grèce. ils furent remplacés par MM. Kobell et .Greiner.
Le 1° juin 1835, après que la résidence royale eut été transiérée de Nauplie à Athènes dès le 10 janvier précédent, le roi Othon, devenu majeur, prit en main les rênes de l’État, Le comte Armansperg reçut de lui le titre de chancelier, et les autres membres de la régence s’en retournèrent en Bavière, Kolokotroni et Kolliopoulos furent à cette occasion graciés et mis en liberté. Sauf une expédition contre les
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klephtes récalcitrants, kes années 1835 et 1836 se passèrent tranquillement , de sorte qu'on put s’occuper avec le plus grand soin de l’organisation administrative du pays. Quoique le ministère Armansperg tout au début de la régence eût commis ia faute de prendre beaucoup trop pour modèles les institutions bureaucratiques de la vieille Europe, il aurait été peu à peu porté remède à cette faute première, si aux éléments de fermentation intérieurs n'étaient pas venus se joindre encore d’autres influences hostiles, c’est-à-dire la rivalité toujours croissante des trois puissances protectrices, chacune d’elles s’efforçant de profiter de sa part d'influence sur le gouvernement grec pour mettre à exécution ses plans égoïstes. De la part de la Russie il semblait que ces plans consistassent à empêcher autant que possible la consolidation en Grèce d’un état de choses régulier. C’est en se créant chacune dans le pays un parti à elle, que les trois puissances entendaient arriver à leur but. Il y avait donc un partianglais, un parti français, et un parti russe ; et, des trois, il faut bien reconnaitre que c'était après tout le parti français qui faisait preuve des vues les moins intéressées et les moins égoïstes. En outre, les positions faites à des étrangers, à des Allemands notamment, dans l'administration tant civile que militaire, avaient développé un nouveau ferment de discorde; et la haine de l'étranger, des Allemands surtout, établissait encore dans la nation deux grands partis, le parti national et le parti de l'étranger. Celui-ci était toujours pour le gouvernement, parce qu’il n’y avait pas de gouvernement qui pût se maintenir sans l'appui de l'étranger; celui-là, au contraire,se confondait avec le parti de l'opposition, dans les plans duquel il entrait de représenter toute espèce d'administration comme anti-nationale. Naguère, sous l’administration d’Armansperg, c’est l'influence anglaise qui avait prédominé. Les ennemis de ce ministre, aussi bien dans les cours des grandes puissances qu’en Grèce et en Bavière, profitèrent en 1836 de l’absence faite par le roi Othon et de son voyage à l’occasion de son mariage pour remplacer le comte Armansperg par un autre fonctionnaire public bavarois, le président de régence Rudhart. A Munich on avait mal interprété les tendances du comte à s’émanciper de plus en plus de {a tutelle du gouvernement bavaroïis. Le roi Othon arriva au Pirée le 14 février 1837 avec sa jeune femme ; il amenait aussi avec lui M. de Rudhart, qui fut nommé président du nouveau ministère qu’on conslitua alors. Mais en dépit des meilleures volontés, celui-ci ne put point se main-
| tenir au pouvoir; et son obséquiosité par trop grande pour
les désirs et les volontés de la cour de Bavière finit par lui mettre en Grèce tous les partis à dos. Remarquons encore qu’on manquait toujours du grand moyen de gouvernement, l'argent, attendu que la Russie comme la France se refusaient au payement de la troisième série de emprunt, Dès le mois de décembre Rudhart était donc contraint de donner sa démission, et un soi-disant ministère national, ayant Zographos à sa tête, prit alors la direction des affaires.
Malgré la nationalité de ce ministère, laquelle consista surtout à renvoyer les troupes auxiliaires allemandes et les Allemands employés comme fonctionnaires publics, il échoua dans ses efforts pour consolider le gouvernement et pour apporter de l’ordre et de la régularité dans les finances. Tout au contraire, l’audace et les intrigues des partis s'accrurent alors tellement que le pouvoir se trouva tout à fait déconsidéré. C’est ce que prouva bien la déconverte d’une conspiration tramée par la société des Philorthodoxes, conspiration qui, sous prétexte de défendre l'Église grecque menacée, n'avait d'autre but que de placer complétement ja Grèce sous la tutelle de la Russie, peut-être bien aussi de renverser le gouvernement existant et d'insurger les populations chrétiennes de la Turquie. Les circonstances qui accompagnèrent la découverte de ce complot, à la tête duquel se trouvaient Augustin Capo d’Istria et Stammatopoulos, provoquèrent la nomination d’un nouveau ministère. Quoique sons cette administration nouvelle les intérêts de la Grèce aieut été en voie de progrès, elle se montra impuissante
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à dominer la menaçante agitation qu’en 1840 la question d’Orient répandit surtout en Grèce. Candie, qui sur ces entrefaites vint à s’insurger contre la domination turque, trouva dans le peuple grec des secours de tous genres et le plus chaleureux appui. On voulait mettre à profit une circonstance si favorable et déclarer la guerre à la Turquie. A cette disposition de l'esprit public venait encore s'ajouter la haine toujours croissante pour la Bavière, à qui on attribuait surtout l'attitude anti-nationale et anti-militaire gardée par le gouvernement. Sous ces deux rapports, l'agitation était en tretenue, excitée de toutes les manières possibles par le parti russe et par le parti dit napistique. Les suites immédiates d’un tel état de choses furent, indépendamment des perpétuelles hésitations du gouvernement manifestées par de fréquents changements de ministère, des mesures militaires, que le gouvernement ture jugea utile de prendre en 1841 pour défendreson territoire et ses prétentions. L'intervention des grandes puissances réussit, il est vrai, à mettre un terme à ces belliqueuses velléités, et le parti de la guerre perdit ainsi en Grèce toutes chances de réussite. Mais de là aussi dans l’esprit public un redoublement de mécontentement et d’hostilité à l'égard des hommes placés à la tête des affaires ; et il suffisait désormais du moindre incident pour déterminer une explosion. Ce fut la situation des finances qui la provoqua.
L'’emprunt de 60 millions de francs garanti par les trois puissances protectrices avait été peu à peu épuisé, sans que le gouvernement eût réussi à se créer des ressources nouvelles suffisantes pour assurer le payement des intérêts et l’amortissement de ce capital. Au lieu de consacrer de préférence et avant tout le produit de cet emprunt à seconder et favociser le développement des intérêts matériels du pays, on l'avait employé à l’entretien d’un système d’administration des plus compliqués, et ne répondant enrien aux besoins particuliers du pays, ainsi que d’une foule d'institutions et de rouages inutiles, enfin à soutenir un ruineux état milifaire en toute disproportion avec les besoins du pays. Par cette conduite, qui avait surtout en vue d’assurer au gouvernement une grande influence de patronage, les choses en étaient venues à ce point, que le gouvernement manquait absolument des ressources nécessaires pour faire face non pas seulement aux obligations contractées en même temps que l'emprunt, mais encore aux exigences intérieures. Tous es partis s’accordaient à le représenter comme anti-national, àréclamer le renvoi de tous les étrangers, c’est-à-dire des Allemands, et la miseen vigueur d’une constitution. La presse périodique commençait à prêcher ouvertement la nécessité d’une révolution ; et sous le patronage du ministre de Russie Katakazy il s’organisait une véritable conspiration, d’où sortit effectivement plus tard une révolution. Le parti napistique, ou russe, était de tous les trois partis le plus actif. Il remuait toutes les sympathies et toutes les antipathies, soit politiques, soit religieuses, du peuple, et ne travaillait rien moins qu’à amener la chute du gouvernementet un changement de dynastie. C’est ce que prouva surabondamment un libelle composé et répandu par ce parti dans le courant de lété 1843, et où on sommait le roi d’embrasser la religion grecque, d’éloigner tous les étrangers et d’octroyer une constitution libérale; enfin, l’état du pays s’y trouvait dépeint sous les couleurs les plus sombres. Ces menées avaient étéautorisées par la publication d’une note du cabinet russe en date du 7 mars 1843. Dans cette note, le gouvernement grec était vivement critiqué aux yeux de son peuple, non-seulement à cause du non-payement des intérêts de l'emprunt des 60 millions de francs, mais encore et surtout à cause du système de politique adopté par lui à l'intérieur. On insistait sur le payement des intérêts échus et, pour y parvenir, sur la nécessité d'introduire les plus sévères économies dans toutes les parties de l'administration. Dans la perplexité où il était, le gouvernement crut trouver une ressource dans la mise en pratique de ce dernier conseil. Au mois d'août 1843, de larges réductions eurent lieu dans toutes les branches de
l'administration publique, et notamment dans le département militaire, à tel point qu’on supprima les allocations les plus minimes, les plus indispensables, jusque alors accordées à des objets d’un intérêt général, par exemple à l'instruction publique, et qu’on négligea de faire droit aux justes réclamations élevées par un grand nombre de philhellènes et d'hommes ayant bien mérité de la Grèce. Toutes ces mesures furent impuissantes à prévenir la catastrophe dont on était menacé, car la France et l'Angleterre voyaient d’un tout aussi mauvais œil que la Russie la prépondérante influence acquise par la Bavière sur les destinées de la Grèce. Il en résulta la signature à Londres, par les représentants des trois puissances, d’un protocole et ensuite d’une note collective remise au roi Othon le 5 septembre 1843, où on l'engageait à consacrer le montant des impôts les plus productifs à assurer le payement des intérêts et l'amortissement de l’emprunt, à éloigner tous les étrangers de l’administration publique et à convoquer une assemblée nationale,
Maintenant que l’irritation des trois puissances protectrices à l'égard de la Grèce était chose patente, les conspirateurs n’hésitèrent plus à en appeler à la force. Dans la nuit du 15 septembre 1843, il éclata à Athènes une insurrection qui réussit dans ses fins, soutenue qu’elle fut par les troupes aux ordres de Kalergis et de Makryjannis. Le roi se vié forcé de renvoyer son ministère, d’en prendre un qu’on qualifia de national et que présida Métaxas, homme à la dévotion de la Russie, de décréter la convocation d’une assemblée nationale chargée de rédiger une constitution nouelle, et de renvoyer tous les étrangers investis de fonctions publiques.
Cetterévolution, qui se propagea avec unerapidité extrême, eut pour resultat d’une part de relâcher tous les liens de l'ordre publie, et de l’autre de provoquer une réaction qui se manifesta surtout par l’expulsion de tous les étrangers, des Allemands notamment, mesure exécutée avec autant d’injustice que de rigueur, par le bannissement des ministres et d’autres personnages influents, enfin par l’élimination impitoyable de tous les fonctionnaires publics qui jusqu’alors s'étaient montrés dévoués au gouvernement. Au. point de vue politique, elle eut d’ailleurs des suites tout autres que celles qu'avait eues en vue le parti napistique. En effet, au lieu d’être suivie d’une abdication du roi, elle amena la mise en vigueur d’une constitution qui en réalité n'eut d’autre utilité pour ce parti que de lui servir à masquer ses autres projets. La Russie ne recueillit donc point de cette révolution les fruits qu’elle s’en était promis, et en 1844 force lui fut de donner formellement son assentiment au nouvel état de choses survenu en Grèce. Dès le mois d'octobre 1844 l'Angleterre et la France lui en avaient donné l’exemple; c’est à ces deux puissances surtout qu'il faut attribuer l'issue modérée et constitutionnelle de la révolution, la consolidation du nouvel ordre de choses et les rectrictions momentanément apportées à l'influence exclusive de la Russie. Une fois ce nouvel ordre de choses passé à l’état de fait accompli, l'Autriche et la Bavière le reconnurent. Mais les discussions relatives à la future constitution et les élections pour l’assemblée nationale provoquèrent tout aussitôt les déchirements et les luttes de partis les plus déplorables, aussi bien dans les diverses classes de la population qu'au sein même du gouvernement. La lutte prit un caractère plus violent que jamais dans l'assemblée nationale qui s’ouvrit le 20 novembre 1843 pour délibérer sur le nouveau projet de constitution. Les différents partis semblaient rivaliser surtout d’égoisme étroit , ainsi qu’en témoignèrent les délibérations sur jes droits des citoyens grecs. C’est uniquement grâce à la présence de quelques vaisseaux de guerre anglais et français dans les eaux du Pirée et aux sommes d'argent dépensées par la France et par l'Angleterre, que l'assemblée nationaio constituante put venir à bout de son œuvre, en votant une constitution où sont loin de dominer les principes uitrademocratiques et sacerdotaux professés par le parti napistique, el à laquelle la charte française de 1830 servit de point en
point de modèle. Le 30 mars 1844 le roi prêta serment au nouveau pacte social, et l'assemblée nationale se sépara. Mais au lieu de s'appliquer à mettre cette constitution en activité, on vit alors les partis recommencer à lutter entre eux comme auparavant ; et la discorde apparut au sein même du ministère, composé d’éléments trop héterogènes pour pouvoir utilernent fonctionner. L'élément russe, représenté par Metaxas, finit par y avoir le dessous, et un nouveau cabinet, présidé par Maurocordatos, se constitua le 11 avril, sous l'influence de la France et de l’Angleterre. Mais dès ses débuts il provoqua la plus violente opposition. Les excès de la presse provoquèrent en mai suivant diverses insurrections à Iydra et dans la Maïna, où elles furent réprimées sans trop de difficultés ; mais il fallut l'intervention des marines française et anglaise pour détruire les bandes insurgées à la tête desquelles Kriziotis parsourait l'ile d’Eubée. L’insurrection qui éclata au commencement de juin en Acarnanie, avec Grivas à sa tête, offrait un caractère plus dangereux; on ne parvint à la comprimer qu’en attirant par de belles promesses Grivas à Athènes où d’abord le gouvernement voulut le retenir prisonnier. Cependant, il lui fut permis de prendre passage à bord d’un bâtiment de guerre français et de se réfugier en Égypte. De toutes ces tentatives insurrectionnelles, la plus grave fut celle qui éclata contre le gouverneinent à Athènes même, le 23 juin, et que l'intervention énergique de Kalergis à la tête de la force armée parvint seule à déjouer. Les principaux instigateurs - detous ces troubles furent les chefs de palikares, qui avaient pris une part très-active à la révolution de septembre, dans l'espoir de reconquérir leur ancienne influence. C’est dans ces circonstances que se firent les élections pour la prochaine session des chaabres; elles furent accompagnées des désordres et des actes de violence les plus déplorables. Le ministère, préoccupé de cette lulte électorale, de l'issue de laquelle dépendait son existence, ne put rien faire dans l'intérêt du pays. Tous ses efforts tendirent à se rendre les élections favorables; mais ils échouèrent. Le 14 août des désordres de la nature la plus grave éclatèrent à propos des élections à Athènes même; et comme on se défait avec quelque raison des véritables dispositions de la troupe, le roi seul, par son intervention personnelle, put les faire cesser, Ceci amena la chute du ministère Maurocordatos et ia retraite du gouverneur d’Athènes, de Kalergis lui-même, le principal instigateur de la révolution de septembre, qui maintenant qu'il prenait en main la défense de la constitution et des lois était devenu pour le peuple l’objet d'autant de haïines qu'il inspirait jadis de sympathies.
Le nouveau cabinet, installé le 18 août 1844 et provenant de la coalition des partis français et anglais, avec Kolettis pour président et Metaxas pour ministre des finances, débuta par des proscriptions de fonctionnaires, par des distributions de places et d'emplois à ses partisans, et continua ensuite la lutte électorale dans son intérêt. Les chefs de palikares triomphaient; Grivas lui-même, rappelé de son exil, fut accueilli à Athènes comme le bienfaiteur de la nation. Avec cela, les actes de brigandage, les assassinats, les dévastations et les incendies de forêts allaient toujours leur train, en même temps que toutes les sources de la prospérité publique étaient successivement taries par l'anarchie générale à laquelle le pays se trouvait en proie. Le ministère avait pourtant à sa tête un homme d’une valeur et d’une importance incontestées, bien capable assurément de remédier à un tel état de choses. Il proposa des lois ayant pour but d'établir de l’ordre dans les finances , d'introduire une meilleure division administrative du pays, des simplifications dans l’organisation judiciaire, dans le service des dimes; mais il ne trouva pas plus d'appui parmi ses collègues que dans la nouvelle représentation nationale. Les chambres perdirent plusieurs mois en vérificatiqns de pouvoirs et en discussions de partis ; elles s'oceupèrenf ensuite de la révision de la constitution, qui ne put être soumise au roi dans sa
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forme définitive qu’en avril 1845. Ce qui rendit surtout difficile la position du cabinet, ce fut la politique suivie à l'extérieur par Koleftis. Appuyé sur la diplomatie française, celui-ci visait à émanciper complétement la Grèce de l'influence anglo-russe ; mais par là il se fit de ces deux puissances d’irréconciliables adversaires. La Russie avait dans lun des collègues de Kolettis, Metaxas, le représentant de ses intérêts, et sut au moyen de celui ci annuller l’activité de celui-là. L’Angleterre profita des réclamations d'argent qu’elle était en droit d'élever, pour inquiéter et menacer un malheureux pays absolument sans ressources. La Russie voyait avec répugnance à la tête des affaires un homme capable de contrecarrer ses projets, et l'Angleterre redoutait toujours de voir l'influence de la Russie finir par l'emporter, quand bien même elle rencontrerait dans Kolettis un abstacle momentané à ses vues ambitieuses, La malheureuse Grèce se trouvait donc sans cesse le jouet de ces différents intérêts étrangers, dont le conflit pouvait à chaque instant provoquer une crise européenne. La lutte intestine mais sourde à laquelle le ministère était en proie aboutit, dans l'été de 1845, à une scission éclatante. Métaxas était visiblement au fond de toutes les intrigues et de toutes les petites conspirations essayées contre le gouvernement; de sorte qu'il fallait de toute nécessité que l’un des deux ministres finit par se retirer : Kolettis resta à la tête des affaires, et Métaxas donna sa démission (août). Il y eut dès lors plus d'unité dans le cabinet ; mais l'hostilité de la politique anglaise et russe s’en accrut encore, surtout quand on vit Kolettis s’abandonner de plus en plus aux suggestions de la France, et le ministre de France à Athènes, Piscatory, exercer toujours plus d'influence sur la direction des affaires de la Grèce. Les élections pour l’assemblée nationale qui devait se réunir le 22 février 1845 avaient, il est vrai, été généralement favorablesau gouvernement, etune modification opérée au commencement de 1846 dans la composition même du cabinet avait encore ajouté à l'influence exercée par Kolettis ; mais les désordres, les brigandages, les dévastations continuaient de plus belle, de même qu’il y avait absence de sécurité publique et toujours la même confusion dans l'administration de la justice. Les réclamations réitérées de l’Angleterre et de la Russie à l’effet d'obtenir le remboursement des intérêts échus de l'emprunt ne contribuaient pas peu à entretenir cette triste situation des choses et à accélérer l’agonie d’un pays ruiné financièrement et politiquement parlant. La crise attendue éclata enfin en 1847. Les dispositions des deux chambres étaient maintenant devenues hostiles ; le rétablissement de l'ordre dans les finances, question vitale pour le pays, fut le terrain choisi par les partis pour engager la lutte. Dès le mois d'avril , le ministre des finances était contraint de résigner son portefeuille à la suite d’une discussion relative à son déparlement; de là une dislocation partielle du cabinet. Kolettis et Tzavellas continuèrent à en faire partie; Rhigas, Palamidès, Kurfiotaki, Kolokotroni, Glaraki et Bulgari y furent appelés. Le plan du gouvernement avait été d'introduire un nouveau système pour le recouvrement de l'impôt, système consistant à substituer la perception directe de l'impôt par des agents de l’État à son affermement ; mais ce projet échoua, et n'aboutit qu'à une dissolution des chambres. Pendant que le pays était en proie à cette agitation intérieure et que, suivant l'usage , les élections nouvelles donnaient lieu à de sanglantes collisions sur plusieurs points, notamment dans le Maïna, Th, Grivas excitait successivement deux insurrections, aussitôt comprimées, il est vrai; Kriziotis levait de nouveau l'étendard de la révolte dans l'ile d'Eubée, et l'étranger, la diplomatie anglaise surtout, se montrait manifestement sympathique à tout ce qui était hostile au gouvernement; enfin l'imminencs d’un conflit avec les puissances étrangères semblait do plus en plus compromettre toute l'existence politique du royaume.
L'envoyé turc à Athènes, Mussurus (lui-même Grec de nation, et en liaison intime avec le résident anglais, ST
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Edmund Lyons), refusa un passeport pour Constantinople au colonel Karatassos, aide de camp du roi, et qui au reste avait joué un rôle des plus suspects comme chef de bandes lors des troubles de 1841. Le roi regarda ce refus comme une injure personnelle, et dans un bal donné à la cour (25 janvier) exprima combien Mussurus l'avait vivement offensé en respectant si peu la garantie d'un roi. Mussurus, après avoir rendu compte à sa cour de cet incident, exigea que satisfaction complète lui fût donnée, et sur le refus du gouvernement grec, s’éloigna de son poste (février 1847 } En vain le roi Othon essaya d’arranger l'affaire en écrivant au sultan une lettre conciliante; le sultan répondit d’une manière amicale, mais évasive, et l'affaire ne put point se terminer. La diplomatie étrangère ne négligea rien pour attiser cet incendie naissant ; et on vitalors le peuple grec, sesjournaux etses chambres rivaliser pour exagérer les forces nationales et démontrer que rien n’était plus aisé à la Grèce que de recourir aux armes pour humilier le Croissant. La Porte ne retira aucune de ses exigences; elle demandait que le ministre des affaires étrangères de la Grèce exprimät à Mussurus, quand il reviendrait à Athènes, ses regrels au sujet de cet incident ; et Kolettis ayant demandé que la Porte envoyât tout au moins un nouveau plénipotentiaire en remplacement de Mussurus, le gouvernement turc inter- 2vmpit ses rapports diplomatiques avec la Grèce (avril). La France seule soutenait énergiquement le gouvernement grec; l'Angleterre, au contraire, prenait non moins chaudement en main la cause dela Turquie, tandis que la Russie et l'Autriche semblaient engager le cabinet grec à faire preuve
de condescendance. Inutile sans doute d’ajouter que tous |,
les ennemis de Kolettis, les agents russes y compris, saisirent avec empressement cette occasion de travailler à le renverser du pouvoir. Mais Kolettis les prévint. Le 12 septembre 1847 il succomba à une violente maladie; et dans la situation des choses, cette catastrophe devait nécessairement modifier toutela position politique. Tzavellas, considéré avec ses collègues Korfiotaki, Glaraki et Bulgari, comme dévoué à la politique russe, le remplaça à la direction des affaires. Le conflit survenu avec la Turquie prit alors fin. Après d’inutiles efforts tentés par l'Autriche à l'effet d'amener un arrangement amiable, la Porte avait eu recours en août à des mesures coercitives, dont l'effet avait tout aussitôt réagi de la manière la plus fâcheuse sur lecommerce grec. Kolettis une fois mort, la Russie offrit sa médiation, et l'affaire se terinina par une satisfaction donnée aux exigences de la Porte en la personne de Mussurus, qui vint alors reprendre son poste à Athènes.
Pendant, ce temps-là les rapports de la Grèce avec l’Angleterre étaient devenus de plus en plus tendus. Les sommes que la Grèce devait à l’Angleterre, et qu’elle était hors d'état de lui payer, étaient réclamées par la diplomatie anglaise avec toujours plus d’'insistance et d’aigreur. Ces réclamations , d'un intérêt relativement minime, n'étaient évidemment qu’un prétexte pour attaquer un ministère haï; et tes démarches faites par le philhellène Eyna rd pour aplanir ces difficultés demeurèrent sans résultat. Le conflit prit d’autant plus de gravité qu'ici encore lord Palmerston put reconnaître l’action du gouvernement français, auquel depuis l'affaire des mariages espagnols il avait voué une haine à mort. La conduite, tout au moins équivoque, tenue parle consul anglais à Prevesa lors de l'insurrection de Grivas , donna lieu à une plainte de la part du gouvernement grec. Lord Palmerston y répondit (4 octobre) par une note remplie d’assertions les plus violentes; le système suivi par feu Kolettis y était qualifié de système impie, de système d’illégalité, de corruption , de violences, d’injustices et de tyrannie. Puisque le système de Kolettis était encore celui de ses successeurs, il était clair qu'il provenait d’autres influences, qui le maintenaient toujours en vigueur. À ce véritable acte d'accusation le gouvernement grec répondit avec non moins de vivacité, d'où un contraste d'autant plus saillant avec la condescen-
dance dont à ce moment même il faisait preuve à l’égard de la Turquie, mais qui s'explique par cette circonstance que lors des événements de Patras, les rebelles vaincus avaient pu trouver asile à bord des navires anglais. D'ailleurs, les plaintes contre le système d’illégalité et de violence à l'ordre du jour continuaient toujours. On accusait hautement le ministère de malversation et d’avoir employé des deniers publics à acheter des voix. Les événements politiques survenus à ce moment dans l’ouest de l’Europe, la chute de Louis-Philippe et du ministère Guizot rendirent là position du cabinet Tzavellas intenable. A la fin de mars 1848 , les ministres donnèrent leur démission, et furent remplacés par un cabinet présidé par Conduriotis et où entrèrent Mansolas, Christinitis, Rhodios et Christakopoulos , et dévoué mi-partie à l'intérêt français etmi-partie à l'intérêt russe. Seule l'influence anglaise ne s’y trouvait point représentée. La nouvelle administration débuta par des mesures de conciliation, notamment par une amnistie en faveur des nombreux individus placés sous le coup de poursuites judiciaires. Mais l’anarchie allait croissant, et la situation financière était désespérée. Ce fut toutefois une circonstance heureuse pour la Grèce que la révolution qui s’effectua alors sur tous les points de l’Europe mait point laissé aux grandes puissantes le temps de s’occuper d'elle. C’est ainsi qu'il fut donné au gouvernement grec de réussir à comprimer seul les insurrections qui éclatèrent alors sur différents points du pays, tout en restant sous la pression d’une pénurie financière telle, qu’il lui était impossible de satisfaire aux plus pressantes exigences.
Tous ces changement< ministériels n’exercèrent pas d’ailleurs une grande influence sur la situation intérieure du pays; car si les personnes changeaient, le système suivi était toujours le même et les choses en demeuraient au même point. En octobre nouveau changement de cabinet ; et il se forma alors une espèce de ministère de coalition, un cabinet composé de Kolokotroni, de Mauromikalis et de Rhallis, anciens ministres, et de Canaris, Londos, Bulgaris et Calliphrona. Les troubles à l'intérieur continuaient toujours ; la situation financière ne s’améliorait aucunement. Un parti ministériel, produit de la vénalité des suff.ages, faisait dans la chambre un digne pendant à une opposition intrigante et factieuse. Le ministère se traîna non sans peine pendant la session de 1848 à 1849, jusqu’à ce que sa dissolution eût été provoquée par un vote des chambres (avril) qui amena la démission du ministre de la guerre. Un nouveau ministère de coalition se forma alors sous la présidence de Canaris. Les différends avec les puis sances étrangères avaient sommeillé pendant les convulsions intérieures auxquelles l’Europe se trouvait en proie; mais les rapports avec l'Angleterre, même après le départ de sir Edmund Lyons (1849), n’avaient pas pris un Caractère plus amical. Les mouvements insurrectionnels qui éclatèrent dans les îles Jonicunes réveillèrent le feu qui couvait sous la cendre; et alors la politique anglaise adressa à la Grèce précisément ce même reproche d’être d'’intelligence avec les rebelles, qui jusque alors avait été l’un des grands griefs de la Grèce contre l'Angleterre.
Cependant, en présence de la violente opposition qu'il s'attendait à rencontrer, le ministère avait donné sa dé. mission avant la réunion de la nouvelle chambre (22 décembre), et à la suite de vains efforts tentés pour conslituer, sous la présidence de Metaxas, un cabinet complètement napistique, une administration nouvelle se forma. Le 11 janvier 1850 la flotte anglaise vint jeter l'ancre en face du Pirée. Quelques jours après, l’arairal prit terre avec l’envoyé anglais Wyse, et transmit au gouvernement grec, comme réclamations du gouvernement anglais, diverses demandes d’indemnités pour de prétendus dommages éprouvés par des suje s anglais , entre autres par un Juif appelé Pacifico, et au nom duquel on réclamait une indemnité de 800,000 drachmes pour pertes essuyées dans une émeute populaire. L’amiral exigeait en outre la cession
des iles Elaphonisi et Sapienza. Le ministère, après avoir pris l'avis de jurisconsultes compétents, déclara les réclamalions mal fondées. Dès le 19 commença le blocus des ports grecs par la flotte anglaise. Vers le milieu de février , plus de 200 navires avaient déjà été capturés dans le port de Salamis. En vain l’envoyé de France fit savoir au commandant des forces navales anglaises que la médiation de la France élait acceptée par le cabinet de Saint-James. Le ministre d'Angleterre à Athènes prétendit n'avoir pas reçu d'instructions de son gouvernement, et le blocus continua. Ce fut seulement le 2 mars qu’il fut levé pour un délai indéterminé; mais les navires capturés ne furent point restitués, et la politique anglaise fit mine de vouloir présenter encore d’autres réclamations. La reprise du blocus fut annoncée pour le 25 avril, si le gouvernement grec persislait à repousser les réclamations de l’Angleterre, réduites au chiffre de 33,000 drachmes. La Grèce était hors d’état de supporter plus longtemps les conséquences de l'emploi de la force; elle se soumit à ce qu'on exigeait d'elle, Alors le blocus fut levé (fin d'avril), et il ne resta plus qu’une seule difficulté, celle d'établir par états détaillés les réclamations britanniques groupées en masse dans les notes et mémorandums; et bientôt on reconnut avec quelle légèreté quelques-unes d’entre elles, ne reposant absolument sur rien, avaient été accueillies.
Pendant ce temps-là une scission était survenue au sein du ministère à propos d’une loi sur la question de régence; Londos et Chrysogelos donnèrent leur démission (2 août), et Delijanni fut provisoirement chargé de leurs portefeuilles. Les chambres volèrent alors la loi d’après laquelle l'exercice du droit de régence appartenait à la reine. Peu de temps après, le roi s’éloigna de la Grèce (16 août), pour hâter la solution d’une question de plus en plus importante : celle de la succession au trône. Le 11 novembre 1850, l’ouverture de la session fut faite par la reine régente en personne. Comme toujours, c’est contre la question de finances que vint se briser le nouveau ministère; et dès le mois de mai 1851 Delijanni fut forcé de donner sa démission, Le retour du roi coïncida avec la crise ministérielle et avec la prorogation des chambres, qui en fut la conséquence obligée. Le premier soin du roi fut de compléter son ministère (juin). II ne tarda pas à être évident pour chacun que les nouveaux minisires, pas plus que les anciens, n'étaient hommes à retirer le char de l’Élat de l’ornière où il gisait. En conséquence, dès février 1852, Mélotopoulos, Barboglou et Damianos furent remplacés par Blachos et Privileg'os Des bruits mystérieux relatifs à l’existence d’une conspiration ayant pour but le renversement de la constitution commencèrent à inquiéter vivement l'opinion publique, et l'arrestation du général Makrijanni donna lieu à une longue instruction Les brigandages étaient d’ailleurs toujours à l’ordre du jour. Des troubles religieux vinrent encore compliquer la situation. Une opposition des plus violentes s’éleva dans le pays contre le traité (tomos) intervenu pour unir l'Église grecque orthodoxe et rétablir ses anciens rapports avec le patriarche de Constantinople. Dans le Péloponnèse notamment, un moine fa natique, Christophe Papoulaki, essaya d'organiser une véritable croisade contre l'union; et on reprocha au ministre de la guerre, Spiro Mylios, de n'avoir été ni étranger ni hostile à l’agilation qu'il avait mission de comprimer Le saint-synode excommunia, il est vrai, ce moine. mais l'agitation n’en subsista pas moins (juin 1852 y Dans la Maïna, Papoulaki, réussit à mettre les populations en mouvement; et d’autres indices encore don. nèrent à penser qu’une vaste confédération s'était formée dans tous les couvents à l'effet d'arriver au même but, La question religieuse prima dés lors loutes les questions politiques, et la nation se divisa en £omistes et en antilmoistes.
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. Depuis sa régénération politique, en effet, la Grèce n’a Jamais cessé d’être le théâtre des intrigues de la diplomatie étrangère. Pourquoi celte constante intervention de l’6lranger dans lesaffairesintérieures de ce petit pays? C’est que la diplomatie anglaise et française avait tout d’abord pressenti dans les menées des partis qui divisent la Grèce la main el l’action de la Russie, préparant par là comme une avant-garde pour l’exécution des projets qui depuis plus d’un siècle forment le fond de toute la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg en Orient, et organisant longtemps d'avance à l’ouest une diversion puissante pour le moment où elle croirait pouvoir enfin lancer ses armées sur Constantinople et réaliser les rêves ambitieux de Catherine. À peine la guerre eut-elle éclaté entre la Russie et les Turcs, qu'un soulèvement préparé depuis longtemps eut lieu dans plusieurs districts de l’Épire et de PAlbanie (janvier 1854), et s’étendit jusqu’en Thessalie. Des corps de volontaires quiltèrent Athènes, sous les yeux et avec l’assentiment des autorit:s grecques; le général Tsavellas, naguère ministre de la guerre, se rendit au camp d’Arta, où il fut proclamé généralissime des Hellènes. Les alliés se montrèrent vivement irrités de cette levée de boucliers, firent occuper le Pirée par une division anglo-française (mai), et exigèrent la dissolution du cabinet. Sous la pression de cette intervention armée, le roi Othon s’engagea de la manière la plus formelle à observer désormais une stricte neutralité dans la lutte dont l'Orient était le théâtre. Les hommes restés jusque alors à latête des affaires ne pouvaient plus garder le pouvoir. Il yeut doncun changement complet de cabinet, Maurocordato., ministrede Grèce à Pari, fut nommé président du conseil; et en attendant son arrivée à Athènes, l’arniral Canaris, ministre de la marine, était chargé de la présidence. Enfin un décret prononça la dissolution de la chambre des députés. Maurocordatos entra dans les vues des puissances occidentales, mais fut bientôt renversé, et remplacé au mois d'octobre 1855 par M. Bulgaris. Cejeniant la situation intérieure ne S’amnéliorait pas. Le commerce et la navigation restaient arrêts par suite de la guerre; les finances étaient dans un extrême désordre, et les bandes qui avaient espéré aller faire du butin en Turquie exerçaient leurs dépradations dans l'intérieur du pays, dont le triste etat se trouvait encore aggravé par suite des ravages du choléra en 1854, Au congrès de Paris, en 1856, les puissances occidentales déclarèrent que l’occupation ne pourrait cesser tant que la Grècen’aurait pas donné de solides garanties pour le maintien des traités; mais, après de longues négociations et des promesses formelles faites par le gouvernement d’Athènes, les troupes d'occupation quittèrent le Pirée en février 1857. Une commission nommée pour examiner la situation financière dn royaume, surtout relativement à la dette contractée en 1832, décida que la Grèce éteindrait graduellement cette dette en payant une somme aunuelle de 900,000 drachmes. 11 ne fut opéré qu’un seul paiement en 1861, et la dette grecque, loin de diminuer, ne fit que s’accroitre.
M. Balgaris conserva peu de temps la présidence du conseil; il eut pour successeur M. Miaulis. Les élections de 1860 ne paraissant pas au cabinet assez favorables, il prononça la dissolution de la chambre, le 48 novembre, et réussit à obtenir dans les nouvelles élections une majorité considérable En juin 1861, une conjuration militaire çut découverte à Athènes, et, au mois de septembre suivant, l'étudiant Aristide Drousios fit contre la reine une tentative d’assassinat, De nombreuses marques de sympathie furent données ouvertement au jeune régicide, dont la condamnation à mort avait été commuée en une prison perpétuelle, La cou, ne pouvantse tromper plus longtemps sur la désaffection générale, se décida enfin à (âcher de salisfaire lopinion publique; l'amiral Canaris fut appelé, en janvier 1862, à former un ministère, Mais le programme de M. Canaris, qui demandait étroite application du rè-
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gime constitutionnel , l'éloignement de la camarilla , de nouvelles élections, l’organisation d'une garde nationale, une loi libérale sur la presse, ete., ne reçut pas en détinilive l’assentiment du roi, etle ministère Miaulis revint au pouvoir le {er février. Quelques jours après (3 Feu, la garnison de Nauplie se souleva, au nom de la liber le. Toutefois ce soulèvement ne s'étendit pas, et une conspiration à Athènes fut découverte assez à Lemps pour être élouffée. L'armée, le saint-synode et les chambres se déclarèrent pour le gouvernement. Nauplie, cernée par les troupes royales, capitula le 20 avril. Le roi, devantles difficultés de la situation, usa avec clémence de la victoire; une amnistie presque générale fut publiée, et le cabinet Miaulis céda la place, le 8 juin, à un ministère Colocotronis. Néanmoins le mouvement révolutionnaire continuait en silence. Le général Théodore Grivas leva le drapeau de l'insurrection, le 19 octobre, à Vonizza, en Acarnanie. Ce soulèvement fut imité à Patras, puis à Athènes le 22 octobre. Dans cette dernière ville, armée fraternisa avec le peuple, et au bout de quelques heures la révolution était accomplie. Un gouvernement provisoire, COnstitué le lendemain et composé de MM. Bulgaris, Canaris et Roufos, décréta la dépossession du roi Othon et la con. vocation d’une Assemblée nationale. Le roi, qui se trouvait avec la reine en Péloponèse, reprit le chemin d’Athènes; mais il ne put dépasser le Pirée, d’où il partit dans la nuit du 23 au 24 octobre, et fit voile pour PAIlemagne sur un navire anglais, disant adieu à la Grèce, après y avoir régné trente ans. Il ne se résolut pas cependant à une «bdication formelle, et plus tard, les 12 avril et 17 juin 1863, il lança deux protestations en faveur de la dynastie de Bavière.
La révolution grecque produisit une grande émotion dans le monde politique européen. La crainte de voir #étendre ce mouvement aux provinces grecques et aux îles Ioniennes ne se réalisa pas; mais la rivalité des {rois puissances protectrices s’éveilla lorsqu'il s’agit de trouver un nouveau roi des Hellènes. La Russie et la France appuyaient la candidature du duc de Leuchtenberg. L’Angle terre, de son côté, fit entrevoir secrètement aux Grecs la cession des îles Joniennes comme prix d’un choix qui lui serait agréable, et le suffrage universel, consulté en décembre par décret du gouvernement provisoire, donna 230,016 voix, sur 240,701 votants, au prince Alfred, second fils de la reine Victoria. Cette candidature ne pou yvait être acceptée, en raison des traités de 1830, et 1832, qui excluaient du trône tout membre d’une famille des puissances prolectrices. Le 24 décembre, l'ambassadeur anglais adressa au gouvernement grec un memorandum d’aprèslequel la couronne d'Angleterre déclarait renoncer au protectorat des îles Joniennes, et promettre d’accomplir leur annexion à la Grèce. A la suite de cet acte, les puissances prolectrices choisirent pour roi le prince Georges de Danemark. En conséquence l'Assemblée nationale, qui s’élait réunie à Athènes le 22 décembre 1862, élut à l'unanimité, le 30 mars 1863, Georges I" roi des Hellènes, et, par un décret rendu le 1® avril, incorpora les îles Ioniennes à la Grèce. Un traité conclu, le 13/juillet, entre les trois puissances protectrices. et le Danemark ayant déféré officiellement la couronne à Georges Ier, le nouveau roi débarqua le 30 octobre au Pirée et fil son entrée à Alhènes, accompagné du comte Sponneck.
La situation intérieure de la Grèce était restée très-difficile. Dans l’Assemblée, comme dans la population, il y avait lutte entre le parti conservateur et le parti radical, La tranquillité de la capitale avait été troublée, en février, avril et mai, par des tumultes et des émeutes; du 30 juin au 2 juillet on s’etait Lattu dans les rues; le parti radical ayant fini par dominer de plus en plus, tous les condamnés politiques, mêrie Drousios, avaient été graciés à la fin de juillet, les membres de l’ancien ministère Miaulis avaient êlé privés de leurs droits politiques par une décision de
l'Assemblée, en date du 17 octobre. Leroi Georges chercha d’abord à s'appuyer sur les radicaux et plaça son premier ministère sous la présidence de M. Bulgaris; mais la dissension se mit entre les membres du cabinet, qui fut renversé le 18 mars 1864. Un second ministère, sous l'amiral Canaris, ne se maintint que quelques semaines; il fut remplacé, le 28 avril, par un ministère de fusion, sous M. Balbis, auquel succéda en août un ministère Canaris modifié. Les discussions de l’Assemblée relatives à une révision de la constitution traînaient en longueur, lorsque le roi, par un message net et pressant (19 octobre 186%), en hâta lafin. Le sénat fut supprimé, mais le roi demanda et obtint la création d’un conseil d'État ; il fit aussi abroger le décret qui avait étérendu contre le ministère Miaulis. An mois de mars 1865, l'amiral Canaris quitta la présidence du cabinet, qui fut occupé par M. Coumoundouros, déjà ministre de l'intérieur. A la suite des élections générales, qui eurent lieu le 14 mai, une coalition se forma entre les révolutionnaires et les parlisans de la dynastie déchue, et M. Bulgaris fut appelé, le 19 novembre, à former un cabinet; il refusa d'accepter tant que le comte Sponneck ne recevrait pas l’ordre de quitter la Grèce. M. Deligeorgis, à qui le roi s’adressa ensuite, demeura seulement quelques jours à la tête du pouvoir. La crise ne se termina que le 7 décembre, par un minisièré de transaction, avec M. Roufos, président.
MM. Bulgaris, Deligeorgis et Coumoundouros étaient les trois hommes d’État autour desquels se groupaient les diverses fractions de l’As-emblée. Le roi les manda en sa présence, le 14 juin 1866, et leur demanda des’unir « pour former un ministère fort, en vue de la prospérité nationale.» M. Bulgaris accepta la présidence d’un cabinet dans lequel M. Deliseorgis entra comme ministre des affaires étrangères. Au mois d’août, éclata l'insurrection de la Crète contre l'empire ottoman. Il n’était pas douteux pour les esprits éclairés que, sous le prétexte de réclamations contre la tyrannie turque, les Crétois auraient en définitive pour but réel l'annexion de leur île au royaume de Grèce. On ne pouvait donc s’attendre à ce que le gouvernement du roi Georges s'opposât au concours que les Hellènes allaient inévitablement offrir à des coreligionnaires en qui, à tort ou à raison, ils voyaient des compatriotes. Il s’abstint de donner aux insurgés un appui officiel, mais il n’empêcha pas les donset les secours volontaires; l'eût-il voulu, d’ailleurs, qu’il ne l’eût certainement pas pu. Des souscriptions se firent ostensiblement. Des hommes, des armes, des munitions, des vivres furent envoyés en Crète. Cependant M. Bulgaris refusa de reconnaîtreque le gouvernement eût participé à la prolongation du mouvement insurrectionnel, On l’accusa, à ce propos, de manquer de franchise et de courage politique; son cabinet crut ne pouvoir pas sub:isier en présence de l’attitude peu bienveillante du parlement; il donna sa démission le 28 décembre 1866.
Lenouveau ministère eut pour chefM. Coumoundouros, avec MM. Tricoupis aux affaires étrangères, Botzaris à la guerreet Grivas à la marine. Les difficultés de la situation furent nettement exposées à la chambre par le président du conseil : « La situation financière, dit-il, est plus déplorable que nous ne pouvions le penser. Il n°y a que peu d'argent dans les caisses publiques, et pourtant nous sommes couverts de dettes, et l’armée se trouve privée des choses les plus nécessaires.» En conséquence, il proposa d'élever le taux des taxes anciennes, d’en établir de nouvelles, et d’affecter un crédit d’un million de drachmes aux achats du matériel de guerre. La chambre, où le nouveau cabinet obtint une grande majorité, vota toutes ces propositions. Elle vota aussi un emprunt de 28,000,000 de drachmes, dit emprunt national, parce qu’on chercha à le faire couvrir dans l’intérieur du royaume, et qu’on n’ad= mit a’abord que les Grecs à le négocier dans les pays ctrangers, Mais, quoiqu'on eût renoncé plus tard à ces restric=
tions, et qu’on eût garanti le parement de l'intérêt par le revenu des douanes de Patras, du Pirée et d’Athènes, cel emprunt ne put être couvert. Une autre mesure financière du ministère Conmoundouros eut un meilleur résultat : c’est le rèslement de la dette qui avait été contractée à Londres, en 1824 et 1825, au nom de toutes les provinces de la Grèce insurgée. Les négociations pour ce réglement aboutirent dans le cours de l’année 1867, à une convention qui garantissait le paiement des intérêts et de l’amortisse ment par la moitié de la recette des douanes de Syra et de Zante, et par les revenus complets de la douane de Calamata. Quant à la question crétoise, le gouvernement grec se trouva réduit à l'impuissance par l’attitude de l’Europe : l'Angleterre, dès le c mmencement de l'insurrection, s’était prononcée pour que le territoire de l'empire ottoman ne fût pas diminué ; la France, qui avait d’abord manifesté des sympathies pour la cause de la Crète liée à celle de la Grèce, ne tarda pas à suivre l'exemple de l’Angleterre ; la Russie se tint elle-même dans une prudente réserve. Cependant le roi Georges essaya d’une tentative directe auprès des cours d’Angleterre et de France. Ayant laissé la régence au prince Jean, son oncle paternel, il quitta la Grèce le 21 avril 1867; mais ses sollicitations restèrent vaines à Paris comme à Londres. Cet insuccès le lia plus étroitement à la Russie; des liens de famille s’ajoutèrent à l'alliance politique, par suite de son mariage avec la grandeduchesse Olsa, fille du grand-duc Constantin, qui fut célébré à Saint-Pétersbourg, le 27 octobre.
De retour à Athènes, le roi trouva le ministère Coumoundouros plus puissant que jamais sur l'opinion publique et sur le parlement. Néanmoins, contrairement aux pratiques du gouvernement par:ementaire , il lui fit entendre qu’il aurait sa retraite pour agréable. Le ministère donna sa démission. Celui qui lui succéda, le 1er janvier 1868, avec M. Arislide Moraïilinis pour président, ne dura guère plus d'un mois. Il fut remplacé, le 5 février, par un ministère Bulgaris, qui prononça la dissolution de la chambre, et fit le 6 mai l'ouverture de la chambre nouvellement élue. Vers li fin de l’année, l’irritation de la Porte étant portée à son comble par les voyages heureux du navire grec Enosis, qui ravitaillait les insurgés crétois, elle envoya un wltimatum à Athèn s. La guerre élail sur le point d’éclater, quand la Prusse proposa de régler le conflit dans une conférence, qui s’ouvrit à Paris le 9 janvier 1869. M. Rhängabé, ministre de la Grèce près des Tuileries, quitta la salle des délibérations, où l’on ne voulait l’admettre qu'avec voix consultative. Les travaux de la conférence furent néanmoins poursuivis. Ils se terminèrent, le 20 janvier, par une déclaration interdisant à la Grèce de favoriser en quoi que ce fût les insurrections tentées dans les possessions du sultan. Un nouveau cabinet, sous la présidence de M. Zaïmis, succéda, le 5 février, au cabinet Bulgaris, et accepta les termes de cette déclaration. Les progrès faits, les années précédentes, dans les provinces frontières, par le brigandage, attirèrent spécialement son attention, Il se flattait d’en avoir diminué la gravité par de sages mesures, quand lord Muncaster et le secrétaire de la légation britannique, ainsi que d’autres Anglais et le secrétaire de la légation ftalienne, furent faits prisonniers dans la plaine de Marathon, à 35 kilom. d'Athènes. Quatre des caplifs ayant été assassinés, le gouvernement grec s’efforça de réparer ce malheur en donnant satisfaction au sentiment public vivement ému dans toute l'Europe, et particulièrement en Angleterre.
Le ministère Zaïmis perdit peu à peu la confiance de la chambre, et fut remplacé, le 17 décembre 1870, par un ministère Coumoundouros, qui garda le pouvoir durant une année, et se retira devant les difficultés que lui créait la question des mines du Laurium. M. Bulgaris, qui fut appelé à la présidence du conseil le 8 janvier 1872, voulut conclure un arrangement d’après lequel le gouvernement hellénique reprenait les mines, en payant à la
GRÈCE — GREÉCOURT
société une indemnité de 16 millions. La chambre ayant refusé de ratifier cette indemnité, M. Bulgaris se retira et fit place, le 26 juillet 1872, à M. Deligeorgis. A la suite de nombreuses négociations, qui firent craindre à plusieurs reprises des complications diplomatiques, la question du Laurium fut enfin résolue (1873). Les mines furent vendues, d'accord avec le gouvernement grec, à la compagnie Syngros, qui prit à sa charge les dettes de la compagnie concessionnaire,
GRECE ( Grande). Voyez GrANDE-GRÈèCE.
GRECE (Vins de). Jadis célèbres au loin dans le monde, les vins de Grèce ont de nos jours perdu de plus en plus de leur vieille réputation , de même que la production en a considérablement diminué, Sous la domination des Vénitiens, Candie et Chypre étaient en possession de fournir l’Europe des vins de dessert les plus fins. Le sol de la Grèce presque tout entière est éminemment favorable à la culture de Ja vigne. Sur la terre ferme la plupart des chaînes de montagnes se composent de calcaires; et la même roche abonde dans quelques îles célèbres pour leur fertilité en général et pour l'excellence de leurs vins, par exemple + Chios, Ténédos, Candie, Zante. D’autres, dont les vins ne sont pas moins célèbres, comme Lesbos, Naxos et Santorin, ont des montagnes d’origine volcanique. Lavariété de climats et l'avantage des expositions plus ou moins favorables qu’offrent les plateaux de la Grèce donnent une diversité extraordinaire à la qualité des vins de ce pays. D’ailleurs, la culture de la vigne est aujourd'hui encore l’objet des plus grands soins sur divers points du territoire grec. Aujourd’hui, comme autrefois , les vins de Grèce appartienner aux sortes de vins les plus sucrés. Ceux qu’on prépare dans les îles de Chypre et de Ténédos, le vin rouge de Lesbos et le muscat blanc de Smyrne rivalisent avec les vins les plus huileux de la Hongrie. Toutefois, on récolte aussi beaucoup de vins rouges secs dans d’autres îles, telles que Itaque, Céphalonie, Candie, Chypre; et avec des soins et des précautions, ils se prêtent parfaitement à l’exportation. A Zante on fait avec des raisins de Corinthe un vin qui ne le cède en rien au Tokay.
Les plus célèbres vins de Grèce sont le Malvoisie de la Canée, à Candie, récolté sur les versants du mont Ida; le Vin de la Commanderie de Chypre, d’abord rouge et qui plus tard passe au brun ; le Muscat blanc de Chypre, délicieux vin de dessert, dont le seul défaut est de trop facilement prendre le goût des outres dans lesquelles on le conserve; le Vino santo blanc de l'ile Santorin, le meilleur de tous , et qui s’expédie presque exclusivement en Russie; les vins de liqueur de l’Hélicon; le véritable Malvoisie de Misitra et de Malvoisie, célèbre depuis des siècles ; les vins des îles Scopolo, Niconi, Andros, Corfou, Céphalonie, Theaki, Zante, Cérigo, Scio et Ténédos. Aujourd’hui encore domine partout en Grèce l’antique usage d'enfouir à la naissance d’un enfant de grands vases de vin, pour ne leretirer de la terre et ne le boire qu’à l’occasion de ses noces. Les vins ainsi conservés acquièrent avec le temps un goût des plus fins ; et comme le tout ne se boit pas dans les noces, il en passe toujours un peu dans le commerce, qui le recherche avec empressement. Les centres principaux du commerce des vins en Grèce sont Athènes, Condura, Patras, Corinthe, Malvoisie, divers ports de la Morée et les îles,
GRECHETTO (IL). Voyez CASTIGLIONE.
GRÉCOURT (JEan-Barrisre Joskpn VILLARET pe ), le plus fameux peut-être de tous ces abbés libertins dont les mœurs et les poésies eussent fait scandale à toute autre époque que le dix-huitième siècle, naquit à Tours, en 1683, d’une famille originaire d'Écosse, très-noble et très-pauvre. A treize ans, le crédit d’un oncle, ecclésiastique estimé, sous la direction duquel il avait fait de bonnes études à Paris, lui avait déjà valu un canonicat à Saint-Martin de Tours. A la sollicitation de sa mère, directrice des postes dans cette ville, il voulut se livrer à la prédication, et son premier sermon fut un scandale : il l'avait rempli