GRÉCOURT
d'allusions satiriques à l'adresse de plusieurs dames du pays. Quelques petits vers libertins, une sorte de petite comédie en chansons sur certain mandement de l'abbé Dumont, ajoutèrent encore à cette gloire douteuse. il nous apprend comment alors, entre deux sermons, il dépensait ses loisirs :
En conter à la prude, à la fine, à la sotte ».
Jusqu’aux pieds des autels tenter une bigotte, Paraiître fort fidèle en vingt lieux différents,
Duper d'un seul coup d'œil amis, rivaux, parents, Égayer la chagrine, arrêter la volage A
Ne fut jamais chez moi que simple badinage; La grille a vu mes coups, et daos plus d'un saint lieu J'ai troublé galamment ce bou peuple de Dieu.
Un canonicat provincial n’était pas longtemps tenable avec de pareilles mœurs : Grécourt le pensa le premier; il vint à Paris, s’y fit pourvoir d’une chapelle, véritable sinéeure ecclésiastique de l’époque, qui lui laissait beaucoup de loisirs ; et ayant ainsi un prétexte pour y revenir souvent, pour y résider même, il s’y lia avecle maréchal d'Estrées et quelques autres jeunes fous de bonne maison, qui ly retinrent tout à fait. Il fut bientôt de tous les friands soupers, de toutes les assemblées grivoises. Ses bons mots, sa verve libertine étaient indispensables dans tout dessert bien entendu ; on avait ce gai conteur comme on avait du champagne, et le contrôleur général Law ne donnait jamais sans lui un de ses somptueux banquets. Grécourt consentait à égayer de ses bouffonneries tout ce monde de finance ; mais c'était là tout, et quand Law lui offrait une fortune pour salaire de ses bons mots, il refusait. C’est après un de ces refus qui l’honorent, qu’il écrivit sa fable de la fortune, dont Béranger devait faireune jolie chanson. C’est aussi vers ce temps-là que Grécourt composa presque toutes ses poésies, ses contes, ses fables, où dans le plus innocent sujet il trouve matière à libertinage, enfin son fameux poëme de Philotanus, qu'on lui a si longtemps contesté.
Plus tard, quand l’intempérance , le plaisir, le soin fatigant de rimer pour payer son écot aux tables financières, eurent escompté à un taux ruineux sa vie, déjà avancée, il revint en Touraine; puis il se retira chez le duc d’Aiguillon, dans la terre de Veret, vrai paradis terrestre, où le suivit son goût des poésies licencieuses. Certain gros recueil obscène, ayant pour titre : Recueil de poésies choisies, rassemblées par un cosmopolite, et qu'on ne tira qu’à douze exemplaires, y fut formé par ses soins. La princesse de Conti et le père Vinot l’aidèrent dans le choix des vers à recueillir, et le duc d’Aïguillon imprima le tout de ses nobles mains. Déjà, en 1730, l’abbé avait prêté son aide à la composition d’un recueil burlesque, désiré par la princesse de Bourbon-Condé : nous voulons parler du plus bizarre des ana, du Maranzakiriana, ou pensées naïves et ingénieuses d’un pauvre idiot, nommé Maranzac, officier de chasse du dauphin. Les dernières années de l'abbé se passèrent au milieu de ces occupations si futiles et pourtant si peu innocentes. Il mourut à Tours, le 2 avril 1745. Attendant gatment la mort, il s'était composé une spirituelle épitaphe, dont voici les derniers vers :
L'amour perd un historien; Si je consulte son bréviaire, La religion n’y perd rien, Édouard FouRNIER.
GRECQUE (Église). Par cette dénomination, on désigna d’abordles Églises fondées parles apôtres dans la Grèce, puis toutes les provinces soumises plus tard à l’empire d'Orient, et dans lesquelles on parlait grec, c'est-à-dire tout l'espace qui s’étend de l’Illyrie à la Mésopotamie et la Perse, y compris Égypte. Aujourd’hui, ces mots ont un sens plus restreint ; ils ne désignent plus que les Églises séparées de l'Église romaine par le grand schisme d'Orient : ce qui comiprend la Grèce proprement dite, les îles de l’Archipel, l’Asie Mineure, avec quelques contrées orientales, et de plus
DICT. DE LA CONVERS, — y, x
— GRECQUE
un certain nombre d’Eglises de Pologne et presque toutes celles de la Russie.
Plusieurs causes ont concouru à cette scission déplorable, qui détacha de l'Église universelle tant d'Églises autrefois si florissantes. La vanité des Grecs, leur antipathie et leur mépris pour les Latins, leur esprit sophistique et disputeur bien plus qu’un zèle véritable pour la doctrine, jetèrent d’abord les premiers germes de division que l’ambition des patriarches ne tarda pas à faire éclore. Si Rome était restée seule reine de l'empire, il est probable qu’elle le serait aussi restée de la chrétienté tout entière. Les patriarches de Constantinople, autrefois soumis au métropolitain d’Héraclée, s'ils n’eussent point approché de la cour et des empereurs, wauraient jamais rêvé de patriarcat universel; jamais ils n'auraient songé à asservir les métropolitains d’Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie , et leur orgueil blessé n’aurait pas fait à l'Église des plaies si douloureuses et si sanglantes,
Dès le septième siècle, les disputes sur les images avaient échauffé les esprits. Les Latins reprochaient aux Grecs de tomber dans l’idolâtrie, et ceux-ci récriminaient en reprochant aux Latins le fameux Filioque ajouté aux conciles de Nicée et de Constantinople pour mieux exprimer la doctrine de l'Église sur la très-sainte Trinité. Cependant, deux siècles
s'étaient écoulés, et ces querelles commençaient à s’assoupir,
lorsqu’en 857 l’empereur Michel III, dit Le Buveur ou l’Ivrogne, comme s’il fallait qu'il y eût toujours quelque chose de honteux à l’origine de tous les schismes et de toutes les hérésies, ayant exilé le patriarche Ignace, qui lui reprochait ses désordres, leva Photius sur le siége de Constantinople, après lui avoir fait conférer tous les ordres en six jours. Ce Photius était un homme de science et de génie, mais en même temps d’une ambition et d’une hypocrisie consommées. On ne peut énumérer ici toutes les tracasseries qui survinrent par suite de son intrusion, sa déposition, ses fourberies , sa réintégration et ses prétentions au patriarcat universel. Sa mort ne fit que retarder la scission fatale ; car ses successeurs continuèrent à s’arroger le titre de patriarches œcuméniques; et en 1043, pour se rendre plus absolu, Michel Cérulaire consomma le schisme, en rompant ouvertement avec l’Église romaine. 11 alléguait contre elle quatre griefs principaux ; le premier, d’user de pain azyme pour l’eucharistie; le second, de permettre l’usage du lait dans le carême ; le troisième, de jeûner le samedi; et le quatrième, de supprimer pendant le carême le chant de l’alleluia. En vain le pape Léon IX répondit-il victorieusement à ces reproches ridicules ; en vain envoya-t-il des légats pour s’aboucher avec le fier patriarche; tout finit par des excommunications réciproques, et le schisme resta consommé. On sait comment, en 1222, Honoré III fit d’inutiles efforts pour opérer une réconciliation, œuvre difficile, dans laquelle échoua, soixante-douze aus plus tard, Michel Paléologue au concile général de Lyon. Les moines, le clergé et le peuple refusèrent de souscrire à l'adhésion de leurs évêques ; et ce fut encore ce même entêtement du peuple qui fit échouer, en 1439, la nouvelle tentative de réunion provoquée par l’empereur Jean Paléologue et plusieurs évêqnes grecs au concile général de Florence. Les croisades avaient trop envenimé les vieilles haines, et les Turcs, qui vinrent tout dévaster et tout abrutir, ne laissèrent plus aux papes d'autres moyens d’action sur cette portion de la chrétienté que par les missionnaires qui voulurent se dévouer à un ministère aussi pénible que dangereux.
Mais les Églises qui avaient prétendu s'affranchir en secouant le joug paternel des souverains pontifes ont déjà expié leur orgueil par bien des humiliations. A genoux, tremblantes devant le pouvoir temporel, les unes sont réduites à acheter d’un barbare la permission de se donner des pasteurs, les autres doivent régler leur foi sur les divers oukases des autocrates de toutes les Russies, à qui certes n’a jamais été promise l’infaillibilité. Il suffit de voir dans
quel degré d’abaissement sont tomhées ces Églises pour res.
ter convaincu que depuis eur schisme elles sont sous le poids d’une malédiction. Le peuple, malgré ses superstitions et son ignorance, ne peut s'empêcher de regarder en pitié ses prêtres, dégradés par le mariage, sans zèle, sans dignité, sans onction, et portant au front comme un cachet de honte et de nullité. Les popes russes et les papas grecs sont presque les parias de ces deux nations. Or, lorsque la sève sacerdotale est ainsi tarie, lorsque les lèvres du prêtre, pour ne servir d’une expression sacrée, ne gardent plus la science, quelle peut être la religion d’un peuple qui a de tels pasteurs? Le christianisme y devient tout matériel ; il n’est plus , comme chez les Grecs, qu’un amas de cérémonies vaines et de pratiques ridicules.
Au rapport de tous les voyageurs, ils sont peut-être plus superslitieux que les païens leurs ancêtres. Ils croient aux songes, aux présages, à la divination, aux talismans, aux jours heureux ou malheureux ; ils ont des fontaines sacrées, et disent avoir des moyens de fasciner les enfants, etc., etc. ( Voyage litt. en Grèce, lett, IT). Telle est leur ignorance en matière de religion, que la plupart ne savent pas même le pater : cependant, ceux de Constantinople portent ordinairement des chapelets, ce qui suppose qu’ils connaissent au moins cette prière. Le clergé n’en sait guère plus que le peuple ; et les évêques mêmes, quoique plus respectés, parce qu’ils sont toujours choisis parmi les moines, et par conséquent toujours célibataires, n’ont pas une science théologique bien profonde. Cependant, l’ascendant du corps épiscopal sur le peuple est immense; il peut tout par l’excommunication qui a chez les Grecs des effets civils et spirituels : elle prive uon-seulement dela communion de l'Église, mais encore de tous les droils de citoyen ; elle rompt tous les liens du sang et de l'amitié, et, dans leur crédulité les Grecs prétendent qu’elle poursuit les morts jusqu’au sein du tombeau. De là les contes ridicules qu’ils débitent sur les broucolacas, ou cadavres des excommuniés. Ils croient qu’ils ne peuvent se dissoudre, que le démon s’en empare, les anime, les fait parler, et s’en sert pour effrayer les vivants,
Ces superstilions à part, il y a peu de différence entre leur symbole et celui des catholiques. Ils persistent à rejeter le Filioque, et ne veulent pas que le Saint-Esprit procède également du Père et du Fils. Cependant, ils croient à sa divinité; mais en administrant le baptême au nom de la sainte Trinité, ils ajoutent certaines cérémonies pour exprimer leur erreur sur la troisième personne. Ils admettent la hiérarchie ecclésiastique et les anciens canons des concilles sur la discipline; mais’ ils rejettent la primauté du pape, qu'ils attribuent aujourd’hui en Grèce à leur saint-synode et naguère à leur patriarche de Constantinople, et en Russie aux tsars ou aux tsarines; car ils sont bien les plus obséquieux de tous les hommes, si ce n’est envers les papes de Rome, qu’on leur apprend à détester dès leur enfance. Ils prient comme nons pour les morts ; mais ils croient que leur sort ne sera définitivement fixé qu’au jugement dernier ; quelques-uns rejettent l'éternité des peines. Quant à l’eucharistie, bien qu’ils regardent comme valide la consécration faite avec le pain azyme, ils se servent de pain levé.
C’est donc à tort que la réforme, effrayée de sa nouveauté, cherchait au seizième siècle, et encore au dix-septième siècle, des ancêtres parmi les partisans du grand schisme, Les patriarches Cyrille-Lucaris, Jean Brée, son successeur, Parthénius , Dosithée, et plusieurs conciles, à l’un desquels assista le métropolitain de Russie, en condamnant les protestants d’une voix unanime, prouvèrent à toute l’Europe que ces novateurs ont foulé aux pieds toutes les traditions.
Il faut remonter jusqu'aux temps apostoliques pour expliquer la conformité de croyance qui se trouve entre les Grecs et les Latins; car il y a toujours eu trop d'antipafhie entre ces deux Églises pour que l’on puisse dire que l’une a reçu de l’autre son symbole, Si une légère addition faite au concile de Nicée par les Occidentaux a pu soulever tout
GRECQUE
l'Orient, toute addition plus grave n’eût-elle pas provoqué des réclamations plus violentes encore? et l'histoire ne les eût-elle pas consignées dans ses annales? Donc, puisque nous ne lisons rien de semblable dans les historiens, c’est une preuve que l'identité sur le fond de la doctrine a toujours été telle dans les deux Églises que nous la voyons aujourd’hui. Voilà un argument auquel les protestants n’ont Jamais répondu, et auquel ils ne répondront jamais.
On sait que la liturgie grecque différa toujours un peu de la liturgie latine; aujourd’hui les différences sont plus marquées. Les Grecs font toujours le signe de la croix de droite à gauche, parce que, disent-ils , le Sauveur, étendu sur la croix, présenta d’abord la main droîte à ses bourreaux. On ne voit parmi eux ni statues ni aucune image en relief, parce que les mahométans les ont en horreur. Leurs prières publiques sont beaucoup plus longues que les nôtres, et leurs jeûnes plus rigoureux et plus fréquents. Ils ont quatre carèmes : le premier est celui de l'Avent, et il dure quarante jours ; le second est celui de Pâques ; letroisième celni des Apôtres, qui finit à la fête de saïnt Pierre; enfin, le quatrième commence quinze jours avant l’Assomption. Le jeûne est à leurs yeux le devoir le plus essentiel du christianisme. On ne dit qu’une seule messe par jour dans leurs églises, et deux seulement les jours de fête, sans musique ni cloches. On n’assiste que debout au service divin, pendant la célébration duquel il est tout au plus permis de s’appuyer sur une espèce de béquille. C’est seulement à la fête de Pâque que les fidèles s’agenouillent. En priant, on doit toujours se tourner vers lorient. La musique instrumentale est complétement bannie du culte, qui consiste presque entièrement en pratiques extérieures, à l’accomplissement exact desquelles on attache une espèce de vertu magique. La prédication, l’'instruction religieuse n’y tiennent qu’une place extrêmement minime. Au dix-septième siècle, le tsar Alexis interdit for mellement la prédication en Russie; elle y est remplacée par la lecture d’antiques homélies. En Grèce et dans les pays placés sous la domination du sultan, il n’y a que les ecclésiastiques les plus haut placés qui prêchent. Dans les temples, les hommes sont toujours séparés des femmes par des treillis. Les prêtres ont conservé l’ancien costume sacerdotal : leurs chasubles à l’antique, au lieu d'être échancrées sur Jes côtés, se relèvent sur les bras; mais ils n’ont ni aubes, ni étoles, ni chappes, ni bonnets carrés, ni surplis. Les évêques, qui sont tous moines de l’ordre de Saint- Basile ou de Saint-Jean-Chrysostome, sont coiffés d'une toque à oreilles, qui ressemble à un chapeau sans rebords. Au lieu de crosse, ils portent une béquille en ébène, ornée d'ivoire ou de nacre de perles. Au reste, il ne faut pas croire que tout ce que nous venons de dire convienne à tous les Grecs sans aucune exception; car ils sont divisés en un grand nombre de sectes, qui ne s'accordent pas plus entre elles qu'avec l’Église romaine. Ainsi, les Maronites , les Arméniens, les Géorgiens , les Jacobites, les Nestoriens, les Cophies, etc., forment autant d'Églises séparées.
L'abbé J. BARTHÉLEMY.
L'Église grecque, qui affecte de prendre la qualification d'Église orthodoxe catholique, ou encore d'Église apostolique, ordonne à tous ses prêtres (à l'exception des moines, et de ses hauts dignitaires jusqu'aux évêques inclusive ment, choisis tous dans le personnel des couvents ), le mariage, qui doit être contracté avec une vierge. Elle leur interdit le mariage avec une veuve , de même qu'un second mariage. Aussi les prêtres qui deviennent veuis résignentils ordinairement leurs charges d'âmes et se retirent-ils dans quelque couvent avec le titre de hieromonachi. L'adultère dissout le mariage pour les laïcs. On est trèsrigoureux sur les degrés de parenté qui interdisent le mariage, notamment sur la parenté spirituelle que le baptème établit entre parrains et filleuls. Les laïes ne peuvent point contracter un quatrième mariage, L'Église grecque ne croit ni au purgatoire, ni à la prédestination, ui au mérite des bonnes œuvres, ni auxindulgences ; elleapplique les saintes huiles,
GRECQUE
non pas seulement aux agonisants, mais aux malades. Elle ne reconnaît point la suprématie du pape, ni celle de tout autre représentant visible de Jésus-Christ sur la terre, et ne tolère aucune image taillée, sculptée ou coulée des saints, etc. Les images de Jésus-Christ, de lasainte Vierge et des saints placées dans les églises ou dans les habitations particulières comme objet de vénération religieuse, ne peuvent être que peintes, sans relief, l'Église gréco-russe, toutefois, fait exception à cet égard et orne aussi ses autels d'œuvres plastiques. Comme l'Église catholique romaine, elle admet l'invocation des saints, le culte de Marie, la sainteté des reliques, croix et tombeaux.
Les couvents grecs suivent pour la plupart la sévère règle de Saint-Basile. Le mot grec Higumenos est celui qui répond à notre mot abbé, et higumené à celui d’abbesse, « L'abbé d'un couvent sous la juridiction duquel se trouvent placés d'autres couvents prend le titre d'archimandrite, et à rang d'évêque. La république des moines du mont Athos est depuis longtemps célèbre. Dans leurs monastères, les religieuses grecques se livrent à des travaux manuels; elles se consacrent aussi au soulagement des maladies et à l'instruction du peuple. Elles ont à leur tête un æconomos, qui doit toujours être âgé de quatre-vingts ans au moins et a le droit de choisir le confesseur du couvent, ainsi que de présider à l'élection de l’abbesse par les membres de la communauté. Le clergé inférieur se compose de liturgistes, de lecteurs, de chantres, d’hypodiacres et de diacres, de prêtres, de popes et de protopopes, lesquels sont les premiers dignitaires dans les cathédrales et les églises principales. Les liturgistes et les prêtres ne peuvent point parvenir à une dignité plus élevée que celle de protopope; car les évêques se recrutent exclusivement parmi les moines. C'est parmi les évêques qu'on choisit les archevêques, les métropolitains et les patriarches.
Depuis la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, les différentes tentatives faites par l’Église romaine pour déterminer l'Église grecque à se réunir, n'ont eu d'autre résultat que de ramenér sous la suprématie du pape quelques communes d'Italie où s'étaient enfuis un grand nombre de Grecs à l'approche des Turcs, de même que d’un certain nombre de communes de la Hongrie, de la Gallicie et de la Lithuanie. Mais il a fallu pour cela que le pape deRome leur concédât le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces. Ces grecs sont connus sous lenom de grecs unis.
Il existe en Russie trenfte-huit diocèses épiscopaux de l'Église grecque, aux titulaires desquels l'empereur peut à volonté conférer la dignité d’archevèque, Saint-Pétersbourg, Kieff, Kasan et Tobolsk sont les siéges des quatre métropolifains de l'empire de Russie. La dignité de patriarche de Moscou, dont on prétendit que le patriarche Nikon (mort en 1681) avait abusé, fut supprimée en 1702 par Pierre le Grand, qui en 1720 soumit tout le gouvernement religieux de son empire à un collége d'évêques et de conseillers séculiers; ce collége prend la qualification de saint-synode dirigeant. Après avoir à l’origine siégé à Moscou, il siége aujourd’hui à Saint-Pétersbourg, où il prend rang parmiles autorités supérieures de l'empire immédiatement après le sénat dirigeant. Le doyen de ses membres réside toujours à Saiut-Pétersbourg. Lesaint-synode a, à Tiflis età Moscou, ce qu'on appelle des Comploirs ; toutefois, la Grusie, l’Imérétieet la Mingrélie ont chacune un évêque éparchial .
L'Eglise grecque placée sous la domination dé la Porte ou sous celle de l'Autriche est sur presque tous les points restée fidèle à son antique constitution. Les dignités de pariarche de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem subsistent encore de nos jours; mais le premier seul à conservé l’ancienne considération attachée à la dignité des anciens archevêques de Constantinople. Comme patriarche œcuménique, il préside à Constantinople le saint-synode, composé d’un certain nombre de métropolitains et d’évêques, et de douze laïcs grecs de distinction ul
exerce dans toute l'étendue de l’empire ture une juridiction spirituelle suprême sur tous les Grecs, et est aussi reconnu comme chef de leur Église par les Grecs non unis de la Gallicie, de la Bukowine, de l’Esclavonie et des îles Ioniennes. Les trois autres patriarches, attendu que la très-grande majorité des habitants de leurs diocèses respectifs professent la religion mahométane, n'ont qu’un cercle d'action excessivement restreint. Le patriarche d'Alexandrie n’a sous sa juridiction que deux églises, au Caire.
Dans le royaume de Grèce, lors de la séparation intervenue entre ce pays et la Turquie, l'Église grecque s’est sé parée du patriarche de Constantinople par une déclaration rédigée dans une assemblée de métropolitains et d’évêques tenue à Nauplie et à Syra (1833); et à l'effet de pouvoir être plus indépendante, elle a confiéson adminis ration supérieure à un synode permanent, à la nomination du roi. Les conflits d'intrigues politiques et réactionnaires ayant pour but le retour de cette Église sous l’autorité du patriarche de Constantinople ont eu pour résultat de provoauer en Grèce des embarras et des troubles jusqu’à ce qu'après la révolution de 1843 les voies aient été ouvertes à un état de choses plus satisfaisant. Après que la constitution de 1844 eut expressément déclaré que l'Église de Grèce est indissolublement unie en esprit et en dogme à l'Église de Constantinople, et n’en était séparée que politiquement, parut enfin, en 1850, une déclaration solennelle, et longtemps refusée, du patriarche et des archevêques de Constantinople reconnaissant son indépendance. On a beaucoup fait dans ces derniers temps pour consolider et perfectionner intérieurement cette Église, notamment en exigeant plus d'instruction de la part du clergé, en fondant des écoles élémentaires à l'usage du peuple, des séminaires pour les maîtreset des inspections d'écoles. Mais ces améliorations, il faut l'avouer, rencontreront longtemps encore bien des obstacles dans le déplorable état d’anarchie où setrouve le pays. Il faut y ajouter la haïne profonde qui continue toujours de subsister entre l'Église romaine et l’Église grecque, haine qui s’est encore manifestée de la manière la plus vive en 1848, lorsque lepape Pie IX, dans une encyclique adressée à tous les membres de l’Église d'Orient, essaya, lui aussi , de ramener l’Église grecque à la communion romaine. À cet égard, on peut dire que les protestants sont dans unemeilleure situation à l'égard de l'Église grecque, parce qu'ils évitent avec grand soin tout conflit religieux avec elle.
Le maintien rigoureux des anciens usages, notamment dans l'Église gréco-russe, à donné naissance à un grand nombre de sectes. Dès le quatorzième siècle, le parti des strigolniks s'en séparait, par suite de la haine dont il faisait profession pour les prêtres en général; mais comme il n'avait pas d’autre caractère particulier, il ne tarda peint à disparaître. Les raskolniks en firent autant vers l’année 1666; ‘mais depuis lors une partie d’entre eux est rentrée dans le giron de l’Église orthodoxe. Les raskolniks, expulsés de Russie, qui se réfugièrent, sous la conduite de Philippe Pustoswiæt, en Lithuanieet dans la Prusse orientale, sont l’origine de la secte desphilippons. Les douchoborstes se sont encore bien plus éloignés de la foi grecque, etsemblentavoirquelqueressemblanceavec les Russes antipapistes on ce qu’on appelle les juifs russes des gouvernements d’Arkhangel et de Katharinoslaff, lesquels rejettent le dogme de la Trinité et le baptême, et n'ont ni prêtres ni églises. Il faut encore mentionner les pomoranes, tres-répandus dans toute la Russie; les Æapitoniens, qui se rapprochent beaucoup de leurs doctrines, les soubotnikes, et les schtschelnikis, fort nombreux parmi les Kosaks du Don. On évalue pour l’empire russe seulement à cinq millions le nombre de sectaires de toutes espèces, que contribuent à maintenir l’indifférente négligence et l'inhabileté du clergé ou encore le zèle mal entendu des missionnaires. La plus grande partie de la Sibérie et des Kosaks du Don appartiennent, diton, à l’une ou à l’autre de ces sectes.
GRECQUE (Langue). On ne parla pas tout d’abord en
Grèce ?a q2 nous appelons aujourd'hui la langue grecque , car les premiers habitants de la Grèce furent des Pélasges; mais on ne connaissait déjà plus l’ancienne langue des Pélasges au temps d'Hérodote, qui nous parle de cette langue étrangère comme très-différente de la langue grecque; cet écrivain ajoute que vraisemblablement les Grecs ont conservé leur langue primitive. L'interprétation la plus sensée à donner à cette indication, c’est que la langue pélasgique fut le premier et grossier élément de la langue, qui plus tard be se conserva encore que dans un petit nombre de localités isolées, une fois que la langue grecque, devenue celle des races dominantes, en fut provenue et se fut divisée en ses divers dialectes.
La langue grecque forme avec la langue latine une tribu de la grande famille des langues indo-germaniques. Hors de Grèce, la langue grecque était parlée dans une grande partie de l’Asie Mineure, dans l'Italie méridionale et dans la Sicile, de même que dans les contrées où s'étaient fondées des colonies grecques. En raison de la foule de peuplades grecques diverses qui toutes se rattachaient à une souche commune, il est naturel qu’il se soit formé aussi un grand nombre de dialectes grecs, dont la connaissance est d'autant plus nécessaire que les idiotismes des uns et des autres, consistant dans l'emploi de divers lettres, mots, formes de mots, tournures et expressions, finirent par passer dans la langue écrite. Généralement on admet trois dialectes principaux, répondant aux trois grandes familles du peuple grec : l’éolique, le dorique et l’ionique, auxquels vint s’ajouter plus tard le dialecte attique, mélange des trois autres. On peut cependant réduire ces quatre dialectes à deux : l’hellénique-dorique, et l’ionique-attique. Le premier était le plus ancien, de même qu’en général une idée d’ancienneté se rattache au mot dorique. Le dialecte dorique, le plus ancien, apparaît déjà dans le dialecte éolique. Le dialecte dorique était dur et grossier ; le plus doux de tous était l’ionique. Le dialecte éolique se parlait en deçà de l’isthme, à l'exception de Mégare, de l’Attique et de la Doride, dans les colonies éoliennes de l’Asie Mineure et dans quelques îles situées au nord de la mer Égée ; le dialecte dorique, dans le Péloponnèse, dans les quatre villes doriennes, dans les colonies doriennes de l’Asie Mineure, dans la basse Italie (Tarente), en Sicile (Syracuse et Agrigente), et les Messéniens étaient ceux qui le parlaient le plus purement. Le dialecte ionique était en usage dans les colonies ioniennes de l'Asie Mineure et dans les îles de l’Archipel ; le dialecte attique, en Attique. C’est au dialecte ionique qu’appartiennent en partie les ouvrages des plus anciens poëtes, Homère, Hésiode, Théognis, etc. ; on le trouve dans toute sa pureté chez les prosateurs, notamment chez Hérodote et chez Hippocrate. Pindare, Théocrite, Bion et Moschus employèrent le dialecte dorique, et il existe aussi en prose dorique quelques ouvrages de philosophie et de mathématiques. Nous avons des fragments d’Alcée et de Sapho en diakecte éolique. Quand Athènes, parvenue à exercer la suprématie sur la Grèce, se trouva le foyer des lettres et des sciences, ce fut en dialecte attique que les Eschyle, les Sophocle, les Euripide,les Aristophane, les Thucydide, les Xénophon, les Platon, les Isocrate, les Démosthène, etc., compssèrent leurs chefs-d’œuvre; et le dialecte attique devint la langue écrite générale. Plus tard, les grammairiens grecs distinguèrent le véritable attique, tel qu’on le trouve dans les ouvrages de ces maitres, de l'attique de la vie commune, qu’ils nommèrent grec sommun ou dialecte hellénique; de même que, d’après cette plus belle époque de la littérature, ils qualifièrent d’Aellènes les écrivains attiques postérieurs. De ce nombre sont Aristote, Théophraste, Apollodore, Polybe, Plutarqune, et les écrivains venus encore plus tard, dont un petit nombre cependant, tels que Lucien, Élien et Arrien écrivirent purement l’attique. Mais, sauf les auteurs dramatiques, les autres furent loin de s’en tenir exclusivement à l'emploi du dialecte attique, Les poëtes drama-
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tiques eux-mêmes admirent aussi le dorique dans leurs chœurs, qu. faisaient partie de la plus antique liturgie des Grecs, et aussi pour leur donner quelque chose de plus solennel. Quant aux autres poëtes, ils demeurèrent fidèles à la langue d'Homère. 11 faut admettre en conséquence que les Grecs possédaient tous la connaissance la plus parfaite de leurs divers dialectes ; résultat auquel ne durent pas pew contribuer la lecture d'Homère, commune à tous les Grecs ; V’usage d’un même rituel religieux, et les fréquents points de contact que les diverses races grecques avaient entre elles lors de la célébration de leurs grandes fêtes populaires. Mais il est vraisemblable que dans les temps les plus reculés les dialectes ne s'étaient pas aussi complétement différenciés les uns des autres que ce fut le cas plus tard; et c’est ainsi qu'il faut s'expliquer les idiotismes de la langue employée par Homère et par Hésiode. 11 serait bien difficile de préciser l’époque où s'opérèrent les modifications des principaux dialectes. Depuis l'ouvrage, au total assez peu satisfaisant, de Maittaire, Græcæ Linguæ Dialecti (dernière édition donnée par Sturz [ Leipzig, 1807] ), le meilleur livre qui ait paru sur ce sujet est celui d’Ahrens, De Dialectis Græcis (2 vol.; Gættingue, 1843).
L'époque où l’on commença en Grèce à fixer la langue par l'écriture est chose tout aussi incertaine, Suivant l'opinion générale, ce fut le Phénicien Ca dmu s qui apprit aux Grecs à faire usage des caractères d'écriture. Son alphabet ne se composait encore que de seize lettres ; pendant la guerre de Troie, Palamède y en ajonta quatre (0, €, æ, X ); et plus tard Simonide de Céos l’enrichit encore de quatre autres lettres (Z, H, Ÿ, Q). Les plus anciennes inscriptions et la tradition témoignent effectivement que ces huit dernières lettres sont de beaucoup postérieures aux autres. Comme ce furent les Joniens qui les premiers les adopièrent, leur alphabet fut appelé l’alphabet ionien. La configuration des plus anciennes lettres phéniciennes et grecques diffère d’ailleurs beaucoup de celle qui est aujourd’hui en usage pour les caractères grecs. Mais pendant que les uns prétendent que l'écriture était connue des Pélasges longtemps avant l’époque de Cadmus, les autres en reportent l'introduction en Grèce à une époque de beaucoup postérieure, et la placent vers le milieu du sixième siècle avant J.-C.
De bomne heure les Grecs essayèrent d'arrêter les bases d’une syntaxe d’après les lois de laquelle ils pussent disposer des séries entières de mots, juger des diverses configurations de formes, et en général mettre en ordre tous les trésors de leur langue. Déjà les sophistes commencèrent l'œuvre en créant une terminologie ; on trouve quelques mots sur ce sujet dans Platon et dans Aristote. Mais ce fut plus particulièrement à une époque très-postérieure, et à Alexandrie, que plusieurs grammairiens grecs, tels que Aristarque, Cratès et Apollonius Dyscolos élucidèrent diverses questions difficiles dela philosophie de la grammaire ; tandis que d’autres, comme Hérodien, Moschopulus et Chœroboscus s’occupaient plutôt de la théorie des formes et écrivaient sur l'orthographe, lorthæpie, l'intonation, la quantité des syllabes, etc. Ces recherches servirent de texte aux compilateurs subséquents ; et c’est sous cette forme que l’ancienne grammaire grecque, après avoir pénétré dans l'empire de Byzance, passa de là en Italie avec les Grecs réfugiés, notamment avec Chryseloras, Lascaris et Théodore Gaza.
En Allemagne, ce fut en 1518 qu’on traita pour la première fois grammaticalement la langue grecque, et d’ailleurs d’une manière fort imparfaite ; en fait de noms, nous citerons à eet égard Érasme, Reuchlin et Mélanchthon, puis Neander, Sylburg, H. Étienne, etc. Mais depuis que la philosophie de la grammaire a pris une grande importance, elle a aussi été traitée d’une manière plus critique et plus scientifique , ‘grâce aux judicieuses recherches des Hollandais Hemsterhuis et Valckenaër. On sait combien pauvres ont été jusqu’à ce jour les travaux de la France relatifs à la grammaire grecque. Gaïl n'avait guère eu de peine à détrôner Furgault dans nos classes ; et il a été encore autremen$
GHEUQUE
facile à Burnouf de supptanter Gail, mais pas plus l'un que l'autre ils n’ont pu faire oublier l'excellente grammaire de Port-Royal. Pour être juste, il faut d’ailleurs ajouter que si l'érudition s’est généralement abstenue de nos jours d’exploiter cette si riche mine, la faute en est avant tout à l'esprit de monopole, qui est le propre de l'instruction publique chez nous, à sa constante tendance sous tous les régimes à favoriser certains fabricants privilégiés de livres, aux dépens des masses, à qui on fait payer fort cher d'assez mauvais ouvrages, aux dépens surtout de l'esprit d'amélioration et de progrès. Reconnaissons cependant qu’en fondant à Athènes une école spéciale pour l'étude savante de la langue grecque, le gouvernement français a beaucoup fait pour le perfectionnement de cette partie des études ; mais l'institution est encore trop jeune pour avoir pu produire les fruits qu’on est en droit d'en espérer un jour. A la différence de ce qui existe parmi nous, chez nos voisins d’outre-Rhin au contraire les grammaires grecques abondent. Parmi les travaux les plus remarquables qui aient paru en ce genre de-
puis ces derniers temps, nous citerons la grammaire de Mat- |
thiæ (dern. édit., 3 vol., Leipzig, 1835); celles de Buttmann (2° édit., 1843), de Thiersch (dern. édit., 1826), de Kühner (1835), de Curtius (1851), etc. On doit encore une mention honorable à l'ouvrage de Hermann intitulé : De emendanda Ratione Gracæ Grammaticæ (Leipzig, 1801); à celui de Wiger, De præcipuis Græcæ Linguæ Idiotismis (4e édit., 1834). La Syntaxe a été l’objet de recherches particulières de la part de Bernhardy (1829), de Madvig (1847), et de Lobeck, de Hartung, de Devarius, etc. Dans les travaux que nous venons de mentionner, on reconnaît aisément l’influence de la nouvelle grammaire comparée. Benfey, dans son Dictionnaire des Racines grecques (Berlin, 1839), a essayé une exposition étymologique des trésors de la langue grecque sur la base de la grammaire comparée. Gættling a écrit sur l'accent grec (1835), Spitzner sur la prosodie, et Leusch sur la métrique des Grecs.
La lexicographie fut également fondée par les grammairiens grecs eux-mêmes, qui avaient reconnu la nécessité de classer aussitôt que possible toute la masse des mots grecs et d’élucider leur généalogie en même temps que leur signification ; ce qui conduisait à l’étude des étymologies et des synonymes. Nous possédons encore aujourd’hui bon nombre de ces dictionnaires grecs désignés , suivant le buten vue duquel ils ont été plus spécialement rédigés, sous lés dénominations de Lexicon, de Glossarium, d'Etymologicum, d'Onomasticum et de Synonymicum. De ce nombre sont encore les dictionnaires d'Hesychius, de Suidas, de Pollux, d’Orion, de Zovuaras, et surtout l'ouvrage intitulé : Etymologicum magnum (publié par Gaisford; Oxford, 1849); enfin, les dictionnaires spéciaux d’Apollonius le Sophiste sur Homère, de Timée le Sophiste sur Platon, d'Harpocration sur jes Dix Orateurs, d’Érotien sur Hippocrate; les collections de mots et de façons de parler attiques de Phrynicus, de Mæris et Philémon, etc. Plus tard, mettant à profit les recherches antérieures de Budæus et de Camerarius, H. Étienne, dans son Thesaurus Linguæ Græcæ posa le premier les bases d’un immense dictionnaire universel de la langue grecque. La nouvelle édition qu’en ont publiée MM. Firmin Didot, commencée en 1825 et que l’année 1856 a vu compléternent s'achever, est un des plus magnifiques monuments qui honorent l'imprimerie française.
, GRECQUE (Littérature). Les premières tracés de la littérature grecque se perdent, comme l’histoire de la nation elle-même, dans une lointaine obscurité. 11 ya absence complète d’une littérature proprement dite dans la première période de la civilisation grecque, qui s'étend depuis le commencement de l'existence politique de la nation jusqu’à Hornère; car, pas plus que nous, les Grecs instruits ne connaissaient de monument littéraire remontant par-delà époque homérique. Tous les sages, tous les poëtes dont il est fait mention comme ayant existé avant cette époque appartiennent à la légende ou du moins n’ont rien laissé d'écrit:
54t ainsi, Orphée, Musée, Darès, Dictys et autres. En rassemblant tout ce qui a dû exister comme point de départ et de préparation de ce qui a suivi, on voit par diverses traditions remontant à la période qui précéda les temps homériques, que les Grecs possédaient déjà des institutions qui ne durent pas peu contribuer à adoucir les mœurs sauvages de la nation et à favoriser la civilisation par l’action de la religion, de la poésie, des oracles et des mystères; et que ces institutions sacerdotales pour la plupart, avaient surtout leur siége dans les parties septentrionales de la Grèce, de la Thrace et de la Macédoine. Environ quatre-vingts ans avant
| la guerre de Troie, il se manifesta en Grèce un remarquable
mouvement de pérégrination et d’émigration. Une partie
\ de la population quitta ses foyers pour aller s'établir dans
les îles et dans l’Asie Mineure; transplantation qui eut une influence des plus heureuses sur le génie grec, car dans ces
| contrées si riches en ports, dans ces îles qui semblent avoir
été créées par la nature pour le commerce et l’industrie, les émigrants ne rencontrèrent pas seulement une vie plus facile et plus paisible, mais aussi de plus riches moyens
| d'instruction et de civilisation, qui sous ce climat nouveau
donnèrent naissance à de nouvelles mœurs. C’est là que la
| poésie et la philosophie, la peinture et la sculpture parvin-
rent à leur apogée; et ce fut surtout près des lieux qui avaient été le théâtre des principaux événements de la première expédition véritablement nationale des Grecs, de la guerre de Troie, que la poésie trouva un sujet qu’elle ne pouvait traiter sans prendre aussitôt un caractère qui lui fût propre, et tout à fait différent de celui qu’elle avait pu avoir jusque là.
La poésie héroïque en effet est contemporaine des temps héroïques. Aussi la seconde période de la littérature des Grecs ne comprend-elle point, à bien dire, leur époque vraiment épique. Le poëte apparaît distinct du prêtre, mais jouit toujours d’une haute considération. Il n’y a donc pas lieu de s'étonner qu’il se soit formé alors de véritables écoles de poëtes. Il existait déjà des poëtes, dans toute la véritable acception du mot; car on chantait la tradition, et le poëte narrateur accompagnait lui-même son chant des accords d’un instrument à cordes. Il n’y avait point de grandes solennités sans poëtes; on les regardait comme placés sous l’influence toute particulière des dieux, et surtout sous celle des Muses, divinités amies du chant. Parmi les nombreux poëtes que compta indubitablement cette époque, domine seul, et à une hauteur immense, Homère. C’est d’après lui qu’on a donné le nom d’Homérides à toute une école de poëtes de l’Ionie, qui vraisemblablement formèrent d’abord à Chios une famille où association particulière de rhapsodes, au sein de laquelle se coriservèrent l’ancien mode épique d’'Homère , le génie et l'éclat de la poésie homérique. Les poëtes cycliques, dont les poëmes commencent cependant à différer sensiblement de l'épopée ionienne, parce que l'élément historique y remplaça toujours de plus en plusl’élément poétique, se rattachent à cette école. Les plus anciens de ces poëtes cycliques florissaient déjà, dit-on, vers l'an 770 avant J.-C. Ne possédant sur eux que des renseignements généraux et fort incomplets, nous ne pourrions tracer même une simple esquisse du développement de leur poésie. Mais ce que nous en savons nous autorise à conclure qu'entre eux et l’école des poëtes de l’Ionie il a dû nécessairement exister quelque chose qui servit de transition et la prépara. La preuve de ce que nous avançons là nous est fournie par l’école de poëtes béotienne-ascræenne, quise constitua dans la Grèceeuropéenne, vraisemblablement vers l’an 890 avant J.-C. Elle prit ce nom de la ville d’Ascræ, en Béotie, où habitait Hésiode, qui en fut le chef. A Forigine, ses ouvrages furent également propagés , continués par des rhapsodes ; et ce ne fut que plus tard qu’on les réunit en leur donnant une forme d'art définitive, mais en même temps en y Intercalant beaucoup de pièces étrangères. Grâce au contenu et à l'esprit de ces diverses productions poétiques, des poésies d’Homère et d'Hésiode sur-
tout, qui acquirent tout aussitôt uue autorité régulatrice et deviurent en quelque surte la base de l'éducation de la jeunesse, le caractère national des Grecs prit cette direction positive qui plus tard les distingua si éminemment et qui se manifeste de la manière la plus évidente dans leur religion.
Jusque alors la poésie avait été le seul moyen d'instruction et d'éducation du monde grec; elle conserva longtemps encure ce caractère, mais elle prit une autre direction. C’est ce qui s'accomplit dans la troisième période, époque des lyriques, de la poésie d’apologues et de la philosophie, et avec laquelle s'ouvre une ère de plus grande certitude historique. Vers le commencement de l’ère des Olympiades (776 av. J.-C.), il s'établit comme un véritable flux et reflux d'institutions et de constitutions nouvelles dans les petits États de la Grèce. A la domination alternative de partis en luttes perpétuelles succédèrent enfin des républiques démocratiques; et des assemblées nationales, tenues à l’occasion des jeux, en firent jusqu’à un certain point un tout homogène. L'esprit qui domina dans Ja période suivante favorisa surtout la poésie lyrique, qui alors s’éleva en Grèce à la dignité d’art et qui atteignit l'apogée de sa perfection jusqu’à l'invasion des Perses. Indépendanunent des dieux, qu’on honorait par des hymnes dans les fêtes et les solennités religieuses dont ils étaient l’objet, la patrie et ses héros devinrent aussi les principaux sujets de cette poésie, dont le caractère semble n'avoir pas peu influé sur les événements extérieurs. Ces idées de patrie donnèrent plus d’élan aux forces intellectuelles de la nation; des luttes et des guerres, si fréquentes alors, de même que de l'amour de la patrie et de la liberté, de la haine des tyrans et des ennemis, naquit l’ode léroïque. Mais, d’un autre côté, la vie fut considérée sous son aspect le plus triste et sentie avec toutes ses douleurs ; de là, d’une part, l’intervention de la sensibilité dans l'élégie, et de l’autre l'énergique réaction contre les idées qui avaient produit l’ode; réaction dont la raillerie fut l’expression dans l'iambe ou la satire. Partout, d’ailleurs, se manifeste une tendance prononcée vers la liberté de pensée, vers l'esprit d'examen et la recherche d’un état meilleur; d’où le besoin de la philosophie. Celle-ci s’exprima d’ahord en sentences et en ynomes, en apologues, et plus tard en puëmes didactiques. Lorsqu'on put enfin jouir d’un calme acheté au prix de luttes norabreuses, la poésie lyrique ermbrassa aussi les joies de la vie et les sentiments qui en proviennent ; et à partir de ce moment se développèrent toujours davantage cette finesse de pensées et celte délicatesse de sentiments qui donnèrent plus de charmes à l'existence, qui en ennoblirent la jouissance , de même qu’une simplicité toute particulière en devint le caractère distinctif. Parmi ceux qui se distinguèrent par ces qualités, comme aussi par les perfectionnements qu’ils introduisirent dans la musique et par l'invention de nouvelles formes pour cette espèce de poésie, il faut surtout mentionner Archiloque, de Paros, l’inventeur de l’iambe; Tyrtée, de Milet, le poëte des chants guerriers; Callinus, d’Éphèse, l'inventeur du rhythme propre à l'élégie; Terpandre, d’Antissa, l’inventeur du barbilton; Alcman, le Lydien; Arion, de Méthymne, qui perfectionna le dithyrambe; la tendre Sapho, de Mitylène; son compatriote Alcée, etÉrinne, leur contemporaine à tous deux; Mimnerme, de Colophon, le joueur de flûte; Stésichore, d’Himéra ; Ibicus, de Rhégium ; Anacréon, Simonideet Bacchylide, de Céos; Hipponax, d'Ephèse, et Corinne, de Tanagre, l’amie et l’institutrice de Pindare. Comme poëtes gnomiques, on citeSolon, Théognis, Phocylide, Simonide, Pythagore et Xénophane, de Colophon ; comme fabuliste, És 0 pe. Quand on étudie la philosophie de cette époque, on la voit tendre surtout à l'application, à la pratique. C’est à ce point de vue qu’il faut considérer les philosophes désignés ordinairement sous le nom de Sept Sages de La Grèce: Périandre,Pittacus, Thalès, Solon, Bias, Chilonet Cléobule, Leurs sentences sont des règtes de vie, résultat de l'expérience et souvent simple expression d’un sentiment momentané, Mais
GRECQUE
comme la science est encore la base de la véritable sagesse, il fallut dans les recherches ultérieures arriver aussi à la science ; et c’est de la sorte que la philosophie théorique ne demeura pas quelque chose de vide. Ta l ès fut le fondateur de la philosophie ionienne ; et à partir de ce moment. la poésie cessa d’être le résumé de tout ce qu’il faut savoir, Ja seule institutrice des peuples. Jusque alors elle avait suppléé l’histoire, la philosophie, la religion ; et on se servait de son langage mesuré et cadencé pour transmettre à la postérité tout ce qu’on avait à lui apprendre sur la sagesse et les connaissances humaines. Dès lors il en dut être autrement; la vie du citoyen exerça à son tour une influence considérable sur la langue, et les affaires publiques, auxquelles il participait, le contraignirent à se servir d’une manière plus habile de la langue ordinaire, à l'effet de bieu reudre sa pensée. Cette circonstance, de même que l'introduction en Grèce des caractères d'écriture et l’usage du papyrus d'Égypte, préparèrent la formation de la prose. Tout cela exerça une grande influence sur l’état des sciences. De la poésie épique naquit peu à peu l’histoire; et de la sagesse donnant à ses préceptes la forme poétique, la philosophie spéculative.
La quatrième période, qui vint ensuite, pourrait être appelée celle de la science. Elle s'étend jusqu’à la fin de toute la littérature grecque, mais se divise en plusieurs sections, suivant l'esprit différent qui s’y manifeste ou encore d’après la prédominance qu’y exerce telle ou telle science. La philosophie se sépara de la cosmologie religieuse et de la théogonie, Eu effet, toute religion repose sur les idées qu’on a de Dieu, qu’on ne distingnait point alors de la nature. Comme les idées religieuses ne contenaient que des poésies sur l’origine des grands phénomènes de la nature, c’est-hdire des divinités, la philosophie la plus ancienne fut forcément une philosophie de la nature, dans laquelle l'esprit humain essaya de diviser les phénomènes des sens jusque alors observés, de les ramener à des causes et d’en former un fout systématique. Faute d'observations suffisantes et de recherches sur la nature, l'imagination poétique se mêla souvent aux affaires de l'intelligence et de la raison; c’est ce qui explique comment ces recherches physico-philosophiques se trouvent revêtues d'images poétiques (voyez Gn£cque [Philosophie ]). Platon et Xénophon furent ceux qui élevèrent le dialogue au rang d'œuvre d'art. Tandis que la philosophie faisait maintenant d'importants progrès, l’histoire marchait aussi d’un pas rapide vers le plus baut point de sa perfection. Dans la période comprise entre les années 550 et 500 av. J.-C. naquit la rédaction première de la tradition, ou logographie, œuvre au style encore licencieux. Parmi les plus anciens écrivains qui s’occupèrent de recueillir la tradition, on cite Cadmus, Denys et Hécatée de Milet, Acusilaüs d’Argos, Hellanicus de Mitylène et Phérécyde de Léros. Après eux vint Hérodote, surnommé à juste titre le père de l’histoire. Son exemple excitaThucydide, dont l’histoire de la guerre du Péloponnèse est restée un modèle pour les historiens philosophes. Vint ensuite Xénophon, dans les écrits duquel règne une si admirable clarté. On peut encore mentionner dans cette période Ctésias, Philiste, Théopompe et Éphore, qui pourtant s'éloignèrent déjà de la véritable exposition historique par une manière tenant trop de la rhétorique.
Un genre tout nouveau de poésie se développa aussi pendant cette période. Les réjouissances qui avaient lieu à l’occasion des fêtes célébrées après la vendange en l'honneur du Dieu Bacchus par le peuple des campagnes donnèrent naissance, en Attique surtout, à la poësie dramatique. Après quelques autres poëtes de ce genre, un contemporain de Solon, Thespis, qui barbouillait ses acteurs de lie de vin, donna sur des tréteaux, dans les carrefours et dans les villages, des représentations d'histoires tantôt sérieuses el accompagnées de chœurs solennels, tantôt plus gaies, où des satyres et autres farceurs provoquaient le rire. Leurs représentations portaient les noms de éragédies, mot dont léty-
GRECQUE
mologie est « chants pour les sacrn.ces de boucs » ; de /rygé- | Vesprit de doute devint-il alors des plus salutaires, et i! se
dies, c'est-à-dire « chants du moût ou du pressoir »; de comédies et d'actions satyriques ( Drama satyricum). Ces jeux, célébrés avec plus de pompe dans les villes, s’ennoblirent et finirent par devenir des représentations théâtrales, qui se distinguèrent de plus en plus par le ton et par la moralité. Au lieu d'un interlocuteur qui improvisait le récit, Eschyle le premier introduisit deux personnes en action, s’entretenant d’après des rôles appris par cœur, et fut ainsi le véritable créateur de l’art dramatique. Ce genre ne tarda point à être porté à son point de perfection, la tragédie par Eschyle, Sophocle et Euripide, Ja Comédie par Cratinus, Eupole, Cratès et surtout Aristophane. Quand, sous le gouvernement des trente tyrans, des limites furent mises à la liberté que la comédie avait eue jusque-alors de livrer des personnes vivantes aux railleries publiques , on vit peu à peu naître la comédie mixte, d’où les chœurs disparurent, qui finit par arriver à la peinture générale des caractères, et avec laquelle cessèrent aussi d’être en usage les masques de caractères. Aristophane et Alexis sont les écrivains qui s’y distinguèrent. A côté de ce genre les mimes de Sophron en formèrent un autre, le dialogue dramatique en prose rhytlunique, auquel se rattache la comédie sicilienne d'Épicharme. Plusieurs des lyriques et des poëtes gnomiques mentionnés ci-dessus appartiennent d’ailleurs chronologiquement à cette période. Des philosophes, tels que Xénophane, Parménide etEmpédocle, figurèrent aussi comme poëtes didactiques; Pisandre et Panyasis par leurs Héraclées, de même qu’Antimaque, se firent un nom comme poëtes épiques. Mais l’épopée devinte de plus en plus historique, et perdit ainsi les belles formes poétiques qu’elle avait conservées jusque alors.
A coté de la poésie se produisit sa grave sœur, l’éloquente, qui était l’un des besoins créés par la forme républicaine du gouvernement, et qui, par suite de la tendance naturelle du génie grec vers le beau, devint aussi un art. Antiphon, Antocide, Lysias, Isocrate, Isée, Démosthène ct Eschine sont célèbres comme ayant excellé dans cet art, qui eut également ses écoles particulières. On voit dans Euripide combien le moment était proche où la rhétoriquel’emporterait même sur la poésie ; et on ne saurait nier qu’elle exerça même une grande influence sur Platon et sur Thucydide. Les mathématiques se fondèrent comme science accessoire et auxiliaire de la philosophie, et la gécgraphie joua le même rôle à coté de l’histoire. L’astronomie doit un grand nombre de déconvertes à l’école ionienne , l’arithmétique à l’école italique, la géométrie à l'école académique. Parmi les mathématiciens célèbres on cite Théodore de Cyrène,Méton, Euclémon, Arch ytas de Tarenteet Eudo xe de Cnide. Les voyages du commerce contribuèrent surtout à enrichir la géographie par les découvertes auxquelles ils donnèrent lieu. L’étude de la nature devint aussi lelot des philosophes; mais la médecine, exercée jusque alors dans des temples par les Asclépiades, arriva à en former une branche séparée, et Hippocrate fut le créateur de la médecine scientifique.
On peut en général appeler la période suivante la période d'Alexandrie et la caractériser comme la période des systèmes et de la critique. Sans doute Athènes conserva encore son vieux renom; mais l’école d'Alexandrie finit par donner le ton. Dès lors la littérature grecque düt nécessairement prendre une autre direction. Grâce aux ressources fournies par une immense bibliothèque, l'éfudition proprement dite l'emporta sur ce que les tendances de lesprit avaient jusque alors conservé de libre, encore bien que ce caractère ne se soit. pas immédiatement perdu. En philosophie, le judicieux et savant disciple de Platon, Ari stote, fonda école péripatéticienne, qui se signala par son esprit systématique et en élargissant le domaine de la philosophie. Son disciple Théophraste suivit les mêmes voies en philosophie et en histoire naturelle. Mais plus Aristote rendit la philosophie savante, plus les investigateurs philosophiques eurent désormais besoinde circonspection ; aussi
mnanifesta surtout dans le scepticisme, dont P yrrhon d'Élis fut le créateur. Un esprit analogue anima aussi l’Académie intermédiaire, et la nouvelle Académie fondée par Arcésilas et par Carnéade, qui continua l'école de Platon. L'école socratique produisit encore quelques branches nouvelles dans l’école stoique, qui eut pour fondateur Zénon, de Citium, dans l’île de Cypre, de même que dans l'École d’'Épicure. Les mathématiques et l'astronomie firent d'immenses progrès dans les écoles d'Alexandrie, de Rhodes et de Pergame, par Euclide,Archimède, Ératosthène et Hipparqué. Les campagnes et les hauts faits d'Alexandre fournirent d’amples matériaux à l’histoire; mais au total elle ne gagna qu’en ampleur extérieure, et non point en valeur intérieure, car elle se prit alors à affectionner d’une manière toute particulière l'extraordinaire et le merveilleux. La venue, vers la fin de cette période, de Polybe de Mégare, qu’on peut regarder comme le créateur de l'exposition pragmatique de l’histoire, fut donc un événement des plus heureux pour la littérature.
La géographie, fondée scientifiquement par Ératosthène et plus étroitement unie aux mathématiques par Hipparque, s'enrichit de nombreuses découvertes. Néarque et Agatharchide ajoutèrent aux notions et aux renseignements qu’on possédait déjà sur les différents peuples et pays; et la chronique des marbres de Paros accrut les richesses de Ja chronologie.
En ce qui est de la poésie, divers changements importants s’effectuèrent. À Athènes, et non sans l'influence de causes politiques, naquit de la comédie mixte la nouvelle comédie, qui se rapprocha du théâtre moderne en prenant la nature morale de l’homme pour sujet de ses représentations. Parmi les poètes de ce genre brillèrent Ménandre, Philémon et Diphile. Des mimes provinrent les idylles, genre dans lequel se distinguèrent surtout, à l'exemple de Stésichore et d’Asclépiade, Théocrite, Bio n et Moschus. Les autres genres de poésie furent également cultivés. Vers la fin de cette période, la Grèce cessa d’être indépendante, et l’influence de la dominatrice du monde, de Rome, s’y fit aussi sentir. Cependant, les Romains conservèrent encore pendant longtemps un goût tout particulier pour la littérature grecque; et on continua d'écrire dans un grec assez corrompu, il est vrai, pendant toute l’ère byzantine jusqu’à la chute de Constantinople, en 1453. Consultez Schæll, Histoire de la Littérature grecque (Paris, 1813); Mure, Critical History of the Language and Literature of an= cient Greece (Londres, 1850-1857, 5 vol.).
GRECQUE (Mythologie). Voyez MyTnoLocie.
GRECQUE (Philosophie). On désigne ainsi l’ensemble des tentatives faites par les anciens Grecs pour résoudre les problèmes de la philosophie et donner à celle-ci un caractère systématique. L'histoire de ces tentatives n’offre pas moins d'intérêt pour la philosophie en particulier que pour le développement de la civilisation en général, nonseulement parce que les premiers germes de la spéculation philosophique se produisirent spontanément chez ce peuple si heureusement doué, mais encore parce qu’il se manifesta dans ce développement une remarquable continuité, et aussi parce que les productions de la pensée philosophique réagirent presque toujours en Grèce sur les autres sciences.
Trois périodes bien distinctes se font remarquer dans la marche et les progrès de l’idée philosophique chez les Grecs. La première de ces périodes , qui commence à Thalès et va jusqu’aux sophistes, c’est-à-dire de l’an 600 à l’an 400 avant J.-C., comprend le temps où la philosophie commença à s'élever, d’une part, des opinions mytho-poétiques, cosmogoniques et théogoniques, à la question de savoir quelles sont les causes générales du monde visible; et de l’autre, des sentiments religieux aux réfiexions morales. Sous le premier de ces rapports, c’est surtout le spectacle de la perpétuelle mobilité du monde des sens joint au désir de connaître les causes decette mobilité qui dans l’ancienne école
ionienne , chez les physiologues Thalès, Anaximandre et Anaximène, provoqua les premiers essais d’une pensée spéculative. Tandis que ces philosophes et quelquesuns de ceux qui vinrent après eux cherchaient dans une certaine matière (l’eau, l'air, le feu) la cause du monde visible, Héraclite et l'école d'Élée dirigeaient leur attention vers les idées qui se rapportent au monde; et alors se produisirent d’une part l’idée du futur, et de l’autre celle du présent. L’antagonisme de ces deux idées se manifeste de da manière la plus visible dans les opinions d’Héraclite, qui sacrifie le présent au futur, et dans celle de l’école d’'Élée, qui sacrifie le futur au présent ; or c’est cet antagonisme qui devint au fond le principe d’action des systèmes postérieurs. Chez Empédocle, Anaxagoras,Diogène d’Apollonie, Leucippe, l'inventeur de l’atomisme, et Démocrite, quoiqu’ils désignassent diversement la matière et les forces qui sont la base du monde, on ne saurait méconnaître l’influence de l’école d'Élée ; et ces premières recherches antérieures à la philosophie de Socrate représentent ensemble assez complétemeut les principales suppositions qu'il est possible de faire sur la nature des choses. Existe-t-il ou non quelque chose d’immuable dans le changement? Le principe réel des choses est-il un ou plusieurs ? Le changement pénètre-t-il dans l'essence même des choses, ou se borne-t-il seulement à des unions alternantes? Indépendamment de la matière primitive, faut-il aussi tenir compte de forces priitives? Existent-elles unies ou séparées ? Ces forces primitives ne sont-elles que des forces aveugles de la nature, on bien sont-elles des forces intelligentes, ayant la conscience de ce qu’elles font ? Telles sont les opinions qui trou- *èrent toutes des défenseurs parmi les penseurs que nous avons nommés plus haut, Il est à présumer que ce fut de ces directions contraires que naquit et se développa avec indépendance l’école pythagoricienne ou italique (voyez Pyrnacore), laquelle, mue par le besoin d’un point d’appui sûr pour la science, et le trouvant dans les idées mathématiques , adopta cette idée fondamentale que les principes des nombres, c’est-à dire les rapports mathématiques, sont en général les principes des choses. Enfin, en opposition à ces tentatives dogmatiques, les sophistes terminent la première période de la philosophie, grecque. En cherchant à transformer tout aussi bien les convictions de la science que les convictions religieuses et morales en opinions purement subjectives , ils provoquèrent le nouvel essor que Socrate et ses disciples imprimèrent à la philosophie.
Socrate, en enseignant qu’une direction régulière des idées est la méthode essentielle de la philosophie, en la mettant lui-même en pratique, quoique peut-être partiellement, dans l'appréciation des convictions morales , agrandit le domaine de la philosophie au delà des limites des précédentes recherches, qui pour la plupart avaient seulement trait à la nature; et c’est avec lui que commence la seconde période (de lan 400 à l’an 300 avant J.-C.), incontestablement l’époque la plus brillante de la philosophie des Grecs. Les germes répandus par Socrate ne se développèrent que partiellement, d’un côté, en s'éloignant beaucoup de l'esprit de sa doctrine, dans ce qu’on appelle les petites écoles socratiques, à savoir celles de Cyrène (voyez ArisriPre), des cyniques (voyez ANTISTHÈNE) et de Mégare (voyez Eucine de Mégare); puis, avec plus d'ampleur, d'originalité, et en puisant dans les divers systèmes antérieurs à Socrate, chez Platon, qui le premier étendit à tout le domaine de la philosophie la méthode du développement scientifique des idées, pratiquée par Socrate, et qui devint ainsi l’auteur de la distinction faite depuis lors entre la dialectique, la physique et la morale, On trouve cette même universalité systématique chez son disciple Aristote, sans contredit l'esprit le plus généralisateur qu'il ÿ ait eu dans l'antiquité, et dont les doctrines philosophiques eurent sur lessiècles suivants bien autrement d'influence que celles de tout autre penseur, Si jusqu'à Platon l’histoire de la philosophie offre une série d'essais spéculatifs menant à des recherches