‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 374 sur 552 · GRENADE — GRENADIER · texte numérisé non relu

GRENADE — GRENADIER

cette île eut pour premiers colons des Français, partis ef 1650 de la Martinique, et qui à la longue en exterminèrent toute la population indigène, de la race caraïhe. Malgré les montagnes d’origine volcanique dont elle est hérissée, son sol est au total fertile à l’intérieur; la cochenille constitue l’un de ses plus importants produits, En 1762 La Grenade fut enlevée aux Français par les Anglais, qui la conservèrent aux termes de la paix de 1763. Elle a pour chef-lieu Georgetown, ville de 10,000 habitants, avec un port spacieux, protégé par le fort Saint-Georges.

Les Grenadines ou Grenadilles, situées entre La Grenade et Saint-Vincent, sont des flots inhabités pour la plupart et manquant d’eau.

GRENADE (Nouvelle-). Voyez NoUvELLE-GRENADE.

GRENADE (Louis pe), si célèbre comme orateur sacré et comme écrivain ascétique, qu’on l’a surnommé le Chrysosiome espagnol, naquit en 1504, de parents pauvres, à Grenade, ville dont plus tard il prit le nom. Ayant perdu son père à l’âge de cinq ans, il fut recueilli par le comte de Tendilla, qui lefit élever avec ses fils. A l’âge de dix-neuf ans, il entra dans l’ordre des frères précheurs, et fit profession au monastère de Santa-Cruz, récemment fondé par cette congrégation dans sa ville natale. En 1529, il fut en» voyé au collége de l’ordre à Valladolid, pour y continuer ses études. Dès cette époque il s'était essayé avec succès dans la chaire. Il fut ensuite employé comme professeur dans diverses maisons de son ordre, puis il devint prieur du monastère de Scala-Cæli, près de Cordoue, où il se fit une grande réputation par ses sermons. Après dix-huit années de séjour dans ce couvent, il se rendit à Badajoz, pour y fonder une nouvelle maison de son ordre. Son nom était déjà si célèbre, que le cardinal dom Henrique, infant de Portugal et alurs archevêque d’Evora , l’appela dans sa résidence, où les frères prêcheurs l’élurent pour provincial de leur ordre en Portugal, quoiqu'il ne fût pas Portugais. Par esprit d’humilité, il refusa 1 évêché de Viseu et même ensuite l’archevêché de Braga. Quand, en 1572, le terme de son provincialat se trouva arrivé, il se retira dans le couvent de Santo-Domingo de Lisbonne pour s’y vouer exclusivement à la prédication et à la composition d'ouvrages religieux. Il y mit la dernière main à son Memorial de la Vida cristiana et à son Simbolo de la Fe. ’est de cette époque que datent tous ses ouvrages écrits en latin, tels que ses Sermones et sa Rhetorica ecclesiastica. Il passa ainsi les seize dernières années de sa vie dans le recueillement de sa cellule, quoique honoré à la cour, recherché par les hommes les plus distingués de son siècle et respecté du peuple à l’égal d’un saint, et mourut le 31 décembre 1588.

A une époque où Torquemada et Ximénès s’imaginaient pouvoir propager et affermir la foi par le fer et le feu, Louis de Grenade ne croyait devoir la raviver dans le cœur de ses auditeurs et de ses lecteurs que par la puissance d’un pieux enthousiasme et d’une persuasive éloquence , et chercher à lui faire de nouveaux prosélytes que par l'exemple de ses propres vertus. C’est là ce qui, joint à la foi vive et sincère qu’il avait lui-même dans ses doctrines, communique à ses écrits une chaleur et une vie qui expliquent parfaitement l'immense succès de ses sermons. Le style en est des plus purs; aussi ses ouvrages, à ne les considérer que comme des monuments de la langue, exercent-ils encore la plus grande influence et resterontils toujours des modèles classiques. Indépendamment des ouvrages dont nous avons déjà parlé, on a encore de lui Za Guia de Pecadores et les! Meditaciones para los siete dios y las siete noches de La Semana. La plupart de ces méditations ont été publiées à part et ont eu de nombreuses éditions. Il en a paru aussi diverses traductions en français et en italien, quoique plusieurs d'entre elles eussent été prohibées par l’inquisition.

GRENADIER ( Botanique). Le genre grenadier appartient à Ja famille des myrtées; on en connaît deux espèces et plusieurs variétés. Tout le monde a vu dans nos jardins les grenadiers à fleurs doubles variété du grenadier

GRENADi — GRENADILLE

commun (punica granatum ), dont les fleurs sont en général d’une si vive couleur. Aux Antilles et à la Guyane, on fait des haies de clôture avec le grenadier nain ( punica nana, Linné}, qui n’a que 0*,30 à 0,40 de haut. La fleur du grenadier se compose d’un calice d’une seule pièce, en cloche, à cinq segments peu profonds, aigus, colorés, persistants; d’une corolle à cinq pétales arrondis, droits, courts, insérés sur le calice; de nombreuses élamines à filets capillaires plus courts que le calice, à antbères allongées ; d'un pistil à ovaire inférieur, à style simple, à stigmate en tête. Le grenadier cultivé est un arbre sans odeur, mais dont les fleurs doubles font un des plus beaux ornements des jardins.

Les fleurs et l'écorce de la grenade sont styptiques et peuvent servir à tanner les cuirs; les fruits sont utiles en médecine comme rafratchissants. Les fruits appelés grenades, les écorces et les fleurs séchées sont donc employés par les médecins pour remplir des indications très-différentes; mais l'utilité de ces parties du grenadier a été dépassée de beaucoup dans ces derniers temps par l'écorce de la racine du même arbre, dont l’usage s’est surtout répandu pour détruire et expulser le ver solitaire. La décoction de cetle écorce fraîche, prise méthodiquement et à une dose convenable, expulse presque toujours ces animaux, autrefois si difficiles à détruire. Par compensation d'une saveur horrible et d’une action assez énergique sur le tube digestif, l'écorce de racine de grenadier mérite à cet égard sa répufation héroïque. D' S. SANDRAS.

GRENADIER (Aré militaire), nom donné autrefois au soldat qui jetait des grenades, et aujourd’hui aux hommes d'élite des régiments d'infanterie. C’est en France que cette institution a pris naissance. Aux quatorzième, quinzième et seizième siècles, on donnait lenom d'enfants perdus aux soldats d'élite. On les arma de grenades lors de l'invention de ce projectile, et on les employa dans les siéges à lancer à la main cette arme meurtrière. Les premiers soldats qui portèrent le nom de grenadiers parurent dans l’armée française en 1667. Ils appartenaient au régiment du Roi. Il y en avait 4 à 6 par compagnie. On choisissait pour ce service périlleux les hommes les plus braves et en même temps d’une taille élevée, afin qu’ils pussent lancer aisément la grenade par-dessus les retranchements. Ils portaient une hache, un sabre et une grenadière, ou sac de cuir, contenant 12 à 15 grenades. Les services qu’ils rendirent dans les campagnes de 1667, 1668 et 1669, les firent réunir en une compagnie, qui prit le nom de compagnie de grenadiers. Lorsqu’en 1671 le mousquet fut remplacé par le fusil, on donna cette arme à une grande partie des grenadiers. En 1672 les trente premiers régiments d'infanterie eurent chacun une compagnie de grenadiers, puis tous les régiments, et enfin chaque bataillon. En 1745 les compagnies de grenadiers des bataillons de milices formèrent sept régiments, auxquels on donna le nom de grenadiers royaux, et à la réforme de 1749 quarante-huit compagnies des régiments licenciés formèrent le corps des grenadiers de France, si connu dans nos fastes militaires par sa brillante valeur.

Dès qu’il y eut un si grand nombre de grenadiers, on oublia leur origine, et ils ne furent plus exercés au jet de la grenade. Depuis l’organisation de 1791 jusqu’à nos jours il Y a toujours eu une compagnie de grenadiers en tête de chaque bataillon d'infanterie de ligne. On les nommait carabiniers dans l'infanterie légère. L’infanterie de la garde du Directoire ne se composait que de deux compagnies de grenadiers; la garde des consuls en eut deux bataillons ; l’ancienne garde impériale comptait des régiments de grenadiers à pied ( vieille garde), de grenadiersfusiliers, de flanqueurs et tirailleurs-grenadiers, et de conscrits-grenadiers (jeune garde). La garde impériale acfuelle n’a que deux régiments de grenadiers à pied, Pendant les guerres de la révolution et de l'empire, on a souvent réuni les grenadiers de la ligne en division et en corps d'armée, La France se rappelle les services rendus dans les

premières campagnes d'Autriche par le bean corps de grenadiers d'Oudinot, et de ceux des grenadiers réunis en 1832 au siége d'Anvers. Le corps royal des grenadiers de France, organisé en 1814 avec les débris des régiments de grenadiers de la vieille garde, fit retour à ses anciens drapeaux en 1815.

Louis XIV avait créé en 1676 une compagnie de grenadiers à cheval, qui, quoique destinée à marcher et à combattre à pied et à cheval en tête de la maison du roi, n’en faisait cependant point partie. Cette compagnie, supprimée en 1775, fut rétablie en 1789, et licenciée en 1792. Les grenadiers à cheval reparaissent avec éclat dans la garde des consuls et dans la garde impériale, où ils ne formaient qu’un régiment. Dans l’organisation de la maison du roi en 1814, on comptait une compagnie de grenadiers à cheval, qui ne fut pas rétablie en 1815. Il y avait, en outre, dans lagarde royale deux régiments de grenadiers à cheval, qui disparurent avec elle à la révolution de 1830.

Les grenadiers ont toujours été choisis parmi les hommes de haute taille, ayant servi, et réunissant les qualités qui font le bon et brave militaire. Entrer dans les grenadiers a été de tout temps un honneur et une récompense. Le grenadier jouit d’une solde plus forte que celle du fusilier; il porte des marques distinctives qui le ftattent; il est fier de sa grenade, de ses épaulettes rouges et de son sabre, qu'il ne quitte jamais, Les grenadiers portaient autrefois le bonnet à poil, qui fut porté sous le second empire par les trois régiments de grenadiers de la garde. Aujourd’hui leur coiffure ne diffère pas de celle des fusiliers. Dans Ja garde nationale de Paris , les grenadiers avaient conservé le bonnet d’oursin jusqu’à la république de 1848, qui abolit dans leurs rangs cette coiffure, en supprimant les compagoies d'élite, ce qui, par parenthèse, occasionna une démonstration fort ridicule. Dans l’armée, les grenadiers de service occupent les postes d'honneur.

+ La Prusse est la première nation qui ait imité nos grenadiers. Après elle, toutes les puissances ont voulu avoir les leurs ; et cet exemple s’est répandu dans l’Europe entière et même dans les autres parties du monde. E. G. DE MONGLAVE.

GRENADILLE, genre de plantes originaires d’Amé: rique, dont les espèces sont aussi nombreuses que variées et qui attirent les regards par la forme singulière de leurs fleurs. Leur tige est sarmenteuse, ligneuse et grimpante, pourvue de vrilles axillaires; elle peut à l’aide d’appuis s’élever à une grande hauteur. Les feuilles, simples ou lohées, ou même palmées, ont un pétiole garni de glandes ou de longues vrilles roulées en spirales. Les fleurs ont un calice dont la base a la forme d’un godet qui s'évase et se divise en cinq parties colorées. La corolle est composée de cinq pétales lancéolés, et qui égalent en longueur les divisions du calice. Entre elle et l’ovaire, qui s’élève au centre sur un support droit et cylindrique, on remarque une triple couronne de filets longs et inégaux. Le pistil, surmontant l’ovaire, porte à son sommet cinq étamines divergentes à anthères penchées; il est couronné par trois styles en rayons terminés chacun par un stigmate globuleux. On a cru trouver dans ces diverses parties de la fleur les instruments qui ont servi à crucifier Jésus-Christ : de là l’origine de l’épithète fleur de la Passion, et le nom latin du genre, passiflora. Les divisions du calice et de la corolle sont les lances ; le triple rang de filets, c’est la couronne d’épines, et d'autant mieux que leurs extrémités sont souvent de couleur purpurine, qui rappelle celle du sang; les styles qui terminent le pistil sont les clous, et les anthères sont les marteaux qui ont servi à les enfoncer. Un peu de complaisance est nécessaire pour que cet inventaire soit réputé bon et valable; il faut en apporter ici, comme de la foi dans d’autres affaires.

L'ovairese change en une baie charnue, recouverte d’une tunique plus ou moins solide, rappelant par sa forme, par les graines qu’elle contient et par leur mode de logement je fruit appelé grenade.

On compte aujourd’hui plus de soixante espèces de gre-

STÀ

nadilles : nous nous bornerons à indiquer les principales : 1° la grenadille bleue : celle-ci est la plus commune; la corolle a jusqu’à 8 centimètres de diamètre; les fleurs, solis taires, sont ombragées par des feuilles d’un vert foncé, lisses et palmées ; leur existence est éphémère , mais elles se succèdent longtemps et promptement ; 2° la grenadille incarnat, originaire du Brésil, et qui joint à sa beauté l'attrait d’une odeur agréable ; 3° la grenadille écarlate, originaire de Bayonne; 4° la grenadille pomiforme, dont le fruit est comestible comme celui de la grenade et dont on fait, en outre, des tabalières; 5° la grenadille quadrangulaire, cominune à l’Ile de France; le fruit a un arôme agréable et est aussi comestible. Il est une autre espèce, dont la forme est bizarre ; elle offre quelque ressemblance avec la chauvesouris. Enfin, il en est eucore une, remarquable en ce que la tige est couverte d’une écorce analogue au liége.

Les grenadilles, quoïque originaires de latitudes très-chaudes, vivent pour la plupart dans le midi de l’Europe et plusieurs même dans celui de la France. On peut les employer à former des berceaux ou tonnelles : avec les capucines et les cubées, elles concourent à former une tapisserie des plus agréablesaux yeux. Dans les climats froids, il fautrentrer ces plantes dans les serres ou les garantir de la gelée par des abris et des couvertures. On les multiplie aisément par marcottes, par boutures ou par graines ; cette méthode est la meilleure, parce que les sujets qui en proviennent fournissent des fleurs en beaucoup plus grande abendanee. D' CHARBONNIER.

GRENADILLE ( Bois de}, bois d’ébénisterie que l’on nomme encore ébène rouge.

GRENAILLE. Voyez GRANULATION:

GRENA'T. On a souvent confondu sous ce nom un grand nombre de substances minérales, mais maintenant on les à éliminées en partie; malgré cela, Pespèce grenat renferme encore plusieurs sous-espèces. Dans le commerce, on a mis les grenats au rang des pierres précieuses, quoiqu’ils ne doivent occuper environ que la huitième place après le diamant. Les lapidaires les distinguent en grenats orientaux ou des Indes , et en grenats occidentaux : ces derniers sont de beaucoup inférieurs aux précédents, Parmi les grenats des Indes, on remarque les grenats syriens, de Syrian, capitale du 4 égou : leur couleur est pourpre; la vermeille, de couleur orangée, et l’escarboucle, d’un rouge foncé. Le volume et la dureté des grenats sont très-variables : les uns sont de la grosseur d’un grain de sable, les autres vont jusqu’à celle d'une pomme; les uns sont assez durs pour rayer le quartz, les autres sont, au contraire, rayés par lui. Leur couleur n’est pas moins différente; cependant, ke grenat rouge est la variété dominante : les uns sont transparents, les autres sont opaques, Le grenat a un poids spécique considérable, dû au rapprochement de ses molécules, et non à la petite quantité de fer qu’il contient , comme on le croyait autrefois. La forme primitive du grenat est le dodécaèdre rhomboïdal, et ses formes secondaires sont au mombre de six, mais toutes dérivées de la forme primitive.

Depuis longtemps, les minéralogistés allemands ont disfingué les grenats en nobles et communs ; ils ont voulu désigner sous le nom de grenats nobles les grenats de Bohéme, qui diffèrent des autres sous plusieurs rapports , et surtout par le gisement. Les grenats se rencontrent souvent disposés en filons dans les roches primitives, où même comme partie constituante de ces roches; on es rencontre aussi dans la chaux carbonatée, le jaspe, le grès et les schistes. On les trouve également dans les terrains d’alluvion, formés aux dépens de roches préexistantes. Enfin, on les a également rencontrés dans des terrains volcaniques, comme ceux de la Somma, de Frascati, du Vésuve; ils ont pour gan gue de la lave. Les grenats de Bohème ont aussi pour gangue, comme les précédents, une sorte de lave, et c’est précisément pour les priver de ces inrpuretés qu'on est obligé de les chever par-dessous avant de les taïller en cabochon : c'est cette espèce de grenat que Werner désigne sous le nom de pyrope. Il se distingue des autres en ce qu'il contient de la ma-

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