V. DARROUX
Les tableaux de Greuze ont maintenant un grand prix dans les ventes. Une Jeune fille en buste tenant une cotombe fut achetée 35,000 francs par un Anglais, en 1847. La même année lord Hertford payait 34,000 francs un autre Greuze provenant de l’ancienne galerie Boursault. En 1851, une Sainte Madeleine de Greuze était adjugée à 8,600 francs. En 1853, une tête de jeune fille, intitulée La Prière, se vendait ençcre 2,500 fr. L. Louver.
GREÈVE, On dé'signe par ce mot les bords des rivières ou des me rs que les basses eaux laissent à découvert etqui sont couverts, soit de gra vier, soit de galets, soif de gros sable. On a longtemps désignéà Paris sous le noi de grève la partie du rivage de la Seine qui avoisine l'hôtel de ville. La place de l'Hôtel de ville s’est longtemps appelée place de Grève, et c'est là que se firent lesexécution, capitales jusqu’à la révolution de Juillet, La Grève s’étendait alors jusque sur le port au blé, du côté du pont Louis- Philippe, à l'endroit où se trouve aujourd’hui le quai ex-
haussé de l’Hôtel de ville. Auparavant, la Grève était souvent inondée et la circulation interrompue.
C'était de temps immémorial, comme c’est encore de nos jours, à la Grève que se réunissaient le matin les ovvriers en bâtiment, à l’effet de s’y renseigner mutuellement sur les travaux en voie d'exécution, et de s’y faire embaucher par les divers entrepreneurs ayant besoin d’un plus grand nombre de bras. Dans ces derniers temps, les questions relatives à une plus juste répartition, entre les maitres et les ouvriers, des fruits du travail commun et à l'élévation des salaires, qui en est le résultat inévitable, se sont surtout auitées dans ces groupes, ordinairement inoffensifs, de travailleurs demandant avant tout à vivre en fravaillant, ce qui, par le temps qui court, n’est pas toujours chose facile, Trop souvent du choc des intérêts
ainsi mis en présence ont surgi de fâcheuses coalitions, qui ont eu pour résultat de suspendre tout travail. Ces in- . terdits lancés sur tous les ateliers et chantiers ayant pour résultat d'amener encore plus d'ouvriers que de coutume Sur ja place de Grève, l'usage s’est établi, dans Les dive 8
| corps d'état, d’appliquer le mot grève à toute interruption du travail provenant des coalitions; et l’on dit aujourd'hui aire grève, se mettre en grève, jour désigner que telle ou telle catégorie de travailleurs met pour condition à la reprise du fravail le redressement préalable des griefs dont elle se plaint, et qui presque toujours se résument en demandes d'augmentation de salaire. Il est bien rare, du reste, que les grèves amènent le résultat cher ché, les maîtres ayant toujours plus de capitaux à perdre que les ouviiers, et les machines venant toujours trop facilement remplacer les bras.
La grève ou coalition était au nombre des délits et punissable pour qui s'en rendait coupable d’un emuri-onne ment d’un à trois mois, et pour les chefs de deux à cinq ans. La loi du 25 mai 1864 a abrogé ces dispositions du Code pénal; elle a reconnu aux ouvriers le droit de cesser le travail, droit fondé sur la liberté humaine, et n’a réputé délictueuses que les menaces, violences, voies de fait et manœuvres frauduleuses ayant pour but de porter atteinte à cette même liberté. Après la promulgation de cette loi, on vit aussitôt se déclarer, dans un grand nombre de corps d'état, de vastes grèves, ayant pour objet la hausse des salaires; la plupart réussirent, soit que les patrons ne fussent pas en mesure de résister, soit grâce à l'appui donné par l’Associalion internationale, qui s'était formée à Londres. Il y en eut d’autres, comme celle des cochers des voitures publiques de Paris en 1865, celle des commis en nouveautés en 1866, celle des ateliers Schneider au Creuzot en 1868, qui avortèrent. C’est de l’Angleterre, où l’organisation puissante des érades’ unions les a constamment soutenues, que les grèves se sont répandues sur le continent; certaines industries en ont subi de générales dans l’Europe centrale. En somme les grèves ne sont qu’un moyen bien impa rfait de résoudre des difficultés qui exigent de part et d’autre autant de loyauté que de sang-froid. Aussi les ouvriers paraissent-ils l’avoir compris et sont-ils résolus à n'y plus recourir qu'après avoir au moins épuisé toutes les voies de conciliation. Cependant aucune grève n’a produit en Europe une plus grande sensation que celle des ouvriers agricoles de l’Angleterre centrale , laquelle avait été organisée par un intelligent valet de ferme nommé John Arch, au mois d’avril 1872, et qui durait encore en 1873.
GREVY (Juces-FRANCOIS-PAUL), homine politique, né
| à Mont-sous-Vaudrez (Jura), le 15 août 1813, de parents | cultivateurs, fut éle vé au collège de Poligny, et vint {aire
son duoit à Paris. Inscrit au tableau des avocats en 1837, il défendit plusieurs accusés dans l'affaire des 12 et 13 mai 1839, et il occupait une certaine position au Palais lorsque éclafa la révolution de F évrier. M. Ledru-Rollinle normma
aussitôt commissaire du gouvernement dans le département du Jura. Choïisi le premier pour représentant à la Constituante par ce départe ment et l’un des vice-présidents de cette assemblée, il fit partie du comité de Ja justice, et attacha son nom à un amendement à la consütution qui repoussait le principe de la création d’un président de la république, et ne voulait qu’un conseil des ministres nommé et révoqué à volonté par l’assemblée. Cet amendement, qui eût épargné à la France un nouveau coup d’État et le réta blissemeut de l'empire, fut rejeté par 643 voix contre 158. Partisan déclaré du général Ca vaignac, il vota constamment contre le gouvernement du 10 décembre, et nommé rapporteur des diverses propositions ayant pour objet la dissolution de l’Assemblée cons- {ituante , il les combattit de toutes ses forces. Réélu le premier dans le Jura à l’Assemblée législative, il vota avec l'extrême gauche, parla en faveur de la liberté de la presse, contre la loi relative à l’état de siége, et demanda par un amendement, qui fut rejeté, que le chemin de fer de Lyon fût exécuté par l'État.
Quoique répub'icain convaincu, M. Grévy ne fut point compris parmi les proscrits du 2 d‘eembre, En quittant la
scène politique il reprit Je barreau et s’isola dans sa profession. Ce ne fut qu’en 1868, lorsque l’empire penchait vers la ruine que, cédant aux sollicitations de ses amis, il consentit à présenter sa candidature dans une élection partielle du Jura; 22,000 suffrages l’envoyèrent siéger au Corps législatif. En mên:e temps le barreau de Paris le choisit pour bâtonnier de l’ordre. A la Chambre, il se montra tel qu’on l'avait toujours connu , ferme dans ses convictions, modéré dans ses discours ; il prit la parole à plusieurs reprises et sut se faire écouter de ses adversaires. Après la révolution du 4 septembre, il se retira dans son département. Élu député le 8 février 1871 il résuma son Programme par cette phrase : « La république, toujours; la paix, sauf revanche, par ous les moyens acceptables. » Lorsque l’Assemblée constitua son bureau, M. Grévy en devint président à la presque unanimité des voix (16 février). Le même jour, il présenta, de concert avec M. Dufaure, une proposition ayant pour objet de faire nommer M. Thiers chef du pouvoir exécutif de la république. Jusqu'au 24 mai 1873 il ne cessa d’être réélu dans ces difficiles fonctions qu'il occupait avec une impartialité et une calme énergie, qui lui ont concilié les sympathies générales.
GREY. Il existe en Argleterre deux familles aristocratiques de ce nom : les De Grey et les Grey.
La première rattache son origine à Rollon, chambellan du ducRobert de Normandie. C’est à cette famille qu'appartenait Jane G ray, qui occupa pendant quelques jours le trône d'Angleterre à la mort d'Henri VIII. Le dernier comte de Grey, né le 8 décembre 1781, remplit de 1833 à 1835 les fonctions de premier lord de l’amirauté, de 1841 à 1844 celles de vice-roi d'Irlande, et reçut en 1845 le cordon de la Jarretière. Il mourut en 1859, léguant ses noms et titres à son neveu, Georges, fils de lord Ripon, né en 1827, et créé marquis de Ripon en 1871.
La second e famille Grey, les Grey de Chillingham et d’'Howick , est une maison du Northumberland datant du treizième siècle. De Thomrs descendaient la branche des lords Greyde Werke. éteinte en 1706, et sir Edward Grey de Howick (mort en 1 632), dont l’arrière-petit-fils, Henri, fut créé baronnet en 1746.Son quatrième fils futsir Charles Grey , né en 1729, qui se distingua dans la guerre de sept ans en qualité d’aide de camp du prince Ferdinand de Brunswick, servit ensuite en Amérique, et fut promu en 1782 au grade de lieutenant général, Appelé en 1794 au commandement en chef de l’armée des Indes occidentales, il opéra de concert avec l’omiral Jervis, et s'empara de la plus grande partie des possessions françaises dans les Antilles. En 1806 il fut créé vicomte de Howick et comte Grey. 11 mourut le 14 novembre 1807.
[GREY (CHarLes, comte), fils aîné du précédent, naquit le 13 mars 1764, dans le Northumberland. En 1785 il] fut élu député des Communes. Son premier discours eut pour objet la discussion d’un traité commercial entre l’Angleterre et le continent. Én peu de temps il acquit dans la chambre un crédit tel, qu’il fut appelé à faire partie du comité chargé de suivre la célèbre accusation dont Hastings fut l’objet. Plus tard il fonda avec Lauderdale, Erskine et Wbitbread la Société des Amis du peuple, dont le but était la réforme du parlement. Dévoué ainsi corps et âme au parti whig, il ne faut pas s'étonner qu'il ait appuyé la politique de l'opposition, qui consistait à soutenir l’impératrice Catherine contre le sultan. Pitt voulait déclarer la guerre à la Russie, pour affaiblir cette puissance, dont l’accroissement l’inquiétait. Mais, contrarié par une majorité parlementaire de 83 voix, il abandonna son premier projet. Les événements ont prouvé depuis que Pitt était dans le yrai ; et assurément, s’il y a quelque chose à déplorer dens la conduite politique de lord Grey, c’est son vote relatif à l'occupation d’Ockzakow.
En 1791 Grey fit de louables tentatives pour améliorer la conditien des prisonniers pour dettes et pour introduire dans la loi des dispositions favorables au débiteur malheu-