GREVY —- GREY
reux. En 1793, à l’occasion du vote de l'adresse, censurant les mesures du gouvernement, il proclama de nouveau au sein du parlement la nécessité immédiate de la réforme parlementaire,
Il condamnait hautement la guerre contre la France. Néanmoins, les hostilités une fois commencées, ni lui ni ses amis ne firent rien qui pût affaiblir les ressources matérielles du Bouvernement. En 1796 il proposa une adresse au roi pour l’engager à traiter avec la France. En 1799 il prononca , un long discours en faveur de l’union législative entre l'Angleterre et l'Irlande, mesure à laquelle il s'opposa en 1800. Durant la même session il proposa, pour la troisième fois, le plan de réforme parlementaire dont il poursuivit ensuite constamment la réalisation, et qui pour la troisième fois fut encore repoussé par une immense majorité. En 1801 lord Grey se prononça contre la guerre avec la Suède et le Danemark, et protesta avec chaleur contre l'application à l'Irlande du seditious meetings bill. Les négociants de Stockholm, reconnaissants, lui décernèrent une médaille portant l'inscription suivante : « Au cosmopolite vertueux, défendant avec énergie les droits maritimes des nations devant l'assemblée du peuple britannique. »
À la mort de Pitt, Grey, comme un des chefs de l’opposition, fut créé par Fox (qui succéda à son rival Pitt
comme premier ministre) premier lord de l’amirauté. Fox |
n’occupa que quelques mois sa haute position. La mort l’enleva à la fin de 1806. Grey le remplaça aux affaires étrangères, et dirigea pendant un court espace de temps l’administration du pays. En 1807 il proposa, comme ministre, un bill pour l'émancipation des catholiques; mais le roi s’y opposa, et Grey donna sa démission. Bientôt après, il succédait à son père dans la chambre des pairs.
En 1810, le comte Grey bläma avec une juste sévérité l'expédition de Flessingue. A cet égard il eut raison; mais les événements se chargèrent de donner tort à son opposition aux expéditions d’Espagne et de Portugal. Pendant les sessions de 1812 à 1814, lord Grey se montra en toute
occasion l’éloquent défenseur des catholiques. En 1814 il |
demanda des explications concernant les traités qu’on allait ratifier, spécialement sur les négociations relatives aux frontières de l'Italie et de la Pologne. En parlant de la malheureuse Pologne, Grey exprimait combien il déplorait le sort de cette nation si chevaleresque. Après le retour de Napoléon de l’île d’Elbe, le noble pair voulait que son pays se bornât à garder la défensive; on sait que ses généreuses intentions ne furent point suivies. Lorsque Canning arriva au pouvoir, Grey se sépara de tous ses amis politiques, du duc de Devonshire, des lords Lansdowne, Carlisle et Holland, de MM. Brougham, Mac-Intosh , et même de son beau-fils, M. Lambton. Tous ils prétèrent leur aide au ministère Canning; tandis que Grey le combattit avec la plus grande amertume ; hostilité qui a lieu de surprendre, et qu’il faut expliquer par des motifs personnels: Basée sur des froissements d’amour-propre, cette hostilité dégé-
ns
néra bientôt en une opposition passionnée, indigne, il faut |
le dire, et des antécédents et du caractère de Grey. C’est ainsiqu’il contribua avec le duc de Wellington à faire rejeter le bill sur les céréales présenté par Canning; conduite qui fut aussi applaudie par les ultra-tories que blämée par les libéraux. Le duc de Wellington, devenu premier ministre en 1829, offrit nne place dans son cabinet à lord Grey ; mais celui-ci la refusa, ce qui ne l’empêcha pas de défendre le projet. ministériel pour l'émancipation des catholiques.
Après la dissolution de l'administration de duc de Wellington, lord Grey fut nommé premier lord de la trésorerie, Il prit pour devise : Réforme, économie, non-intervention; et s’il est juste de reconnaitre qu'il se conforma religieusement aux deux premiers principes qu'il avait inserits sur sa bannière, il faut bien avouer aussi qu'il respeeta un peu moins celui de la non-intervention. Quoi qu'il en soit, l’his-
GREY — GRIBOJEDOF
toire dira de lord Grey que c’est à ce ministre que l’Angleterre doit le bill de réforme, l'émancipation des Noirs , la Ja liberté du commerce avec les Indes, et bien d’autres réformes opérées dans le système de la législation de même que dans l’organisation municipale. Comme ministre, il oromit beaucoup, et tintjusqu’à un certain point ses promesses. Sans aucun doute il eût fait beaucoup plus si ses loyales intentions n’avaient pas rencontré tant d'obstacles à l'intérieur et au dehors du cabinet.
A partir de 1836, Grey, arrivé à l’âge de soixante-dix ans, ‘erut que le moment de la retraite avait sonné pour lui. Il renonça alors à peu près complétement aux affaires. Deux ans auparavant, il avait donné sa démission comme ministre dirigeant et avait été remplacé aux affaires par lord
Melbourne. Depuis lors il ne prit la parole dans la cham-.
bre haute qu’en de très-rares occasions, et il mourut le 17 juillet 1845.
Comme orateur parlementaire, lord Grey fut sans rival, non qu'il fût aussi doux, aussi spécieux, aussi casuis(e, aussi apte à jouer un rôle, que l'était Robert Peel; mais il avait une grandeur de vues , une sincérité , une droiture, une bonne foi, une franchise, que Peel ne posséda jamais. Grey n'avait pas non plus la dextérité astucieuse et dangereuse de lord Stanley (lord Derby), sa mauvaise humeur, si mordante et si tranchante; mais en revanche il avait plus de dignité plus de retenue, plus de mesure et d’usage. Moins diffus que lord Brougham, il n'avait ni l'humeur satirique ni la raillerie poignante de l’illustre jurisconsulte , maïs son style était beaucoup plus clair et plus net : il n’était jamais vulgaire, ni familier, ni personnel. Lord Grey était surtout admirable dans ses répliques. Il semblait alors renverser ses ennemis sans peine comme sans préméditation. J'attribue ce don merveilleux en partie à sa promptitude et à sa pénétration d'esprit, et en partie à l'habitude qu’il avait d'envisager son sujet sous tous ses aspects. Dans sa vie prixée, lord Grey fut l’homme le plus aimable et le plus recommandable. Sa taille était distinguée, son maintien noble, et ses traits éminemment aristocratiques. Dans sa jeunesse, il avait été d’une rare beauté. Les anciens sages de la Grèce ne furent point sages tous les jours, et lord Grey, lui aussi, eut son côté faible. Longtemps renommé pour sa galanterie , il réussit auprès de feu la duchesse de Devonshire, lorsqu'elle était obsédée par le prince de Galles, devenu plus tard Georges IV. Il avait épousé, en 1794, la fille de lord Ponsonby, de laquelle il eut éreize enfants.
|A.-V. KIRWAN, avocat près la cour du Queen’s Bench, à Londres. ]
GREY (HENRrI-GEORGES , III* comte), fils aîné du précédent, connu précédemment sous le nom de lord Howik, est né le 28 décembre 1802. Il entra au parlement dès 1829 comme représentant de la ville de Winchelsea. Plus tard il fut élu par le comté de Northumberland. Pendant l’administration de son père il remplit les fonctions de sous-secrétaire d'État pour les colonies; et jusqu’au renversement du cabinet Melbourne en 1834, il y occupa celle de sous-secrétaire d'État de l’intérieur. Lorsque les whigs revinrent aux affaires l’année suivante, lord Howick fut nommé secrétaire pour le département de la guerre avec siége au conseil, emploi qu’il résigna en 1839, par suite de dissidences survenues entre lui et ses collègues. IL avait hérité du titreet du siége de son père à la chamre haute, quand, en 1846, il fut appelé à prendre le portefeuille des colonies dans le ministère constitué alors sous la présidence de lord John Russell. Dans ce poste , il fit preuve de talents incontestables, mais par son opiniätreté et par son orgueil aristocratique il se rendit très-impopulaire ; et la conduite qu'il tint à l'égard des colonies, de même que la direction malheureuse qu’il donna à la guerre contre les Cafres furent Vobjet des blâmes universels ; aussi le considéra-t-on comme
Ja cause principale de la chute du cabinet Russell en 1852.
Depuis lors il se tint à l'écart des affaires publiques,
GREY (Sir GeorGes), cousin du précédent, né en 1799, à
Gibraltar, où son père remplissait les fonctions de com-
: missaire ordonnateur de la marine, De juillet 1846 à fé-
| vrier 1852 il tint le portefeuille de l’intérieur dans le ca- | binet de lord John Russell et il le reprit dans celui de lord
Palmerston (1859-1865), Comme ministre il a fait preuve d’une capacité réelle; et par ses manières conciliantes il s’est acquis les sympathies et l'estime de tous les partis.
GREY (Jane). Voyez Gray (Jane).
GREYTO WN. Voyez NICARAGUA.
GRIBEAUVAL (Jean-Baptiste VAQUETTE pe), célèbre ingénieur et officier d'artillerie, né le 15 septembre 1715, à Amiens, entra en 1732 dans l'artillerie, et était parvenu en 1735 au grade d’officier pointeur, lorsquele ministre de la guerre d’Argenson l’envoya à Berlin avec mission de lui faire un rapport sur l'artillerie légère de régiment introduite par Frédéric II dans son armée. Non-seulement il s’acquitta de cette tâche avec la plus grande exactitude, mais il présenta encore au ministre plusieurs mémoires importants sur l’état des frontières et des places fortes des pays qu'il avait parcourus. Nommé lieutenant-colonel en 1757, il entra à peu de temps de là, avec l'autorisation du roi, au service de. l'Autriche, avec le grade de général et le
! commandement supérieur du corps d'artillerie et des mi-
neurs. C’est surtout grâce aux dispositions qu’il prit lors du siége de Glatz, que cette place importante put être enlevée aux Prussiens. Dans l’art de miner les places, Gribeauval avait des principes à lui, tandis que le système de Bélider, que Frédéric le Grand lui-même suivait avec une confiance absolue, était généralement adopté. Ce fut en 1762, à la défense de Schweidnitz, l’un des remparts de la Silésie, qu'il fit le premier essai de son système de mines; il défendait cette place sous les ordres du feldzeugmeister Guasco contre Frédéric II en personne. Le roi fit jouer quatre grandes mines d’après les principes de Bélidor, autrement dites globes de compression; mais les excellentes contre-mines pratiquées par Gribeauval en annulèrent chaque fois l'effet; et partout où le roi de Prusse attaquait souterrainement ses ennemis, il rencontrait des contremoyens employés par l’assiégé avec une grande supériorité, de teile sorte qu’une place enlevée en deux heures l’année précédente par les Autrichiens coûta à reprendre soixantetrois jours de tranchée ouverte au roi de Prusse. Déjà, épuisé par tant d'efforts, il désespérait du succès; déjà même les ordres étaient donnés pour lever le siége, quand une bombe heureusement lancée vint complétement changer la face des choses. Elle amena l'explosion d’un vaste magasin de poudre, et par suite, l'ouverture d’une brèche praticable. Alors les Autrichiens durent capituler. Gribeauval devait être présenté avec les autres prisonniers à son royal adversaire; mais, dans un premier moment de dépit, le roi refusa de voir l’homme dont le talent l'avait vaincu. Toutefois, Frédéric le Grand ne tarda pas à revenir à des sentiments plus dignes de lui. II manda Gribeauval à son quartier général, l’invita à diner à sa table, et le combla d’éloges.
L’impératrice Marie-Thérèse nomma Gribeauval feldmaréchal-lieutenant. Au rétablissement de la paix, il revint en France, où il rendit des services signalés dans tout ce qui a trait au génie et aux fortifications. En outre, la France adopta son système d'artillerie. Nommé d’abord maréchal de camp, il fut créé lieutenant général en 1765 ; mais il tomba à quelque temps de là en disgrâce. A son avénement au trône, Louis XVI le nomma gouverneur du grand arsenal de Metz. IImourut le 9 mai 1789. 11 avait organisé le corps des mineurs et perfectionné les manufactures d’armes, les forges et fonderies des arsenaux. Les officiers de son arme l'ont surnommé Le Vauban de l'artillerie.
GRIBOJEDOF (Nicocas), poëte et diplomate russe, né vers 1794, à Moscou, entra de bonne heure au service, et occupait un emploi au ministère des affaires étrangères à Saint-Péterbourg , lorsqu'une aventure fâcheuse le contraignit à se rendre en Géorgie. Irrité par diverses mortifi-
cations qu'il avait essuyées dans la haute société russe, il composa pendant son séjour en Asie ses Inconvénients de l'Instruction, comédie qui n’était pas son coup d’essai dramatique; car, familier avec les littératures anglaise et française , il avait composé déjà dans sa jeunesse plusieurs pièces de théâtre. Dans cet ouvrage (dont le véritable titre, assez difficile à traduire , est en russe : Gore at uma), dans cet ouvrage, disons-nous, demeuré l'un des meilleurs du théâtre national, parce que la vie de la société russe y est peinte au naturel, il a représenté avec une ingénieuse finesse et une mordante ironie les travers des classes à moitié instruites. Après avoir circulé manuscrite pendant près de neuf années, parce que, en raison des vives attaques qui s’y trouvent contre l’état de choses existant en Russie, l’auteur ne jugeait pas prudent de la remettre à la censure, cette comédie fut imprimée après sa mort et représentée en 1832 avec autorisation spéciale de l’empereur, après qu’on en eût supprimé toutefois les passages les plus scabreux. Bien que les Russes témoignent de la plus vive admiration pour un ouvrage qui à leurs yeux a le grand mérite de peindre avec une ironie pleine de vérité les vices et les travers de leur état social , il faut bien avouer que comme œuvre dramatique les Inconvénients de instruction répondent assez mal aux idées qu’on a en matière de théâtre dans les pays dont la littérature est plus riche et plus avancée.
Gribojedof fut un moment soupçonné d’avoir pris part à la conspiration du 14 décembre 1825. Après s'être complétement disculpé à Saint-Pétersbourg, il fut envoyé en 1829 en qualité de ministre plénipotentiaire auprès de la cour de Téhéran , à cause de ses talents et de la connaissance de la langue persane qu’il possédait; mais il périt assassiné en même temps que tous les Russes qui résidaient dans cette capitale, le 12 février 1829, à la suite de l’irritation produite dans les masses par les conditions humiliantes de la paix imposée alors à la Perse par la Russie.
GRIEFS, en latin gravamina, atteintes ou lésions graves contre lesquelles on réclame. Dans le langage ordinaire, les griefs sont les faits allégués par un plaignant pour justifier une plainte et les demandes reconventionnelles dont elle peut être l’objet. Dans l’ancien droit français, on donnait aussi ce nom aux différents chefs d'appel qu’on proposait contre une sentence. Aujourd’hui encore le Code de Procédure détermine les délais dans lesquels doivent être signifiés les griefs d'appel. Dans l’ancien droit public allemand, par gravamina ou griefs on entendait les plaintes des états provinciaux au sujet des dénis de justice ou bien des abus administratifs, C’est ce que chez nous on appelait les doléances. On donna aussi plus particulièrement la dénomination collective de gravamina nationis Germaniæ aux plaintes des peuples allemands à légard des abus et des usurpations de pouvoir dela cour de Rome. En 1522, cent de ces gravamina ou griefs furent signifiés au pape, et immédiatement imprimés à Nuremberg.
GRIFFE. On donne ce nom aux ongles crochus de certains mammifères carnassiers et des oiseaux de proie. Une légère analogie de formes a fait nommer griffes les acines de larenoncude des jardins.
GRIFFES DE GIROFLE. Voyez GIRorLE.
GRIFFON. C’est le nom d’un animal fabuleux de l’antiquité, qui suivant la tradition ressemblait pour la grandeur et la force au lion, avait quatre pattes garnies de redoutables griffes et était pourvu de deux aïles ainsi que du bec crochu d’un oïseau de proie. Ce qu'il y a de certain en tout cas, c’est que lidée de l'existence d'un tel animal vint d'Orient en Occident, et que la représentation en devint dès lors commune dans les arts. On trouve des figures de griffon sur les vases de terre les plus anciens avec d'autres figures de fantaisie, et Aristée est le premier qui, vers l’an 560 avant J.-C , en ait fait mention comme d’un animal Chargé de veiller à la garde de l'or dans les profondeurs du nord de l’Europe, en Scythie, où il est en lutte continuelle avec les arimaspes, race d'êtres à un seul œil, Suivant
GRIBOJEDOF — GRIGNAN
d’autres, l'Inde serait la patrie du griffon, qui y serait consacré au Soleil et préposé également à la garde des mines d’or. Suivant Bœttiger, le griffon et d’autres monstres analogues ne seraient que le produit de l'imagination des fabricants de tapisserie de l’Inde ; etde tout temps les Indiens se seraient diverlis à composer ainsi avec leurs animaux sacrés de bizarres créations. Suivant Herder et d’autres, le griffon aurait beaucoup d’analogie avec le chérubin de Moïse.
Le griffon est une figure fréquemment en usage dans l'art héraldique : il s’y distingue par ses oreilles, toujours pointues. 11 y apparaît aussi comme porte-écu, mais alors toujours avec la queue basse,
On désigne aussi en histoire naturelle sous cette dénomipation : une variété de l’espèce humaine ; une race de chiens originaires d'Angleterre, dont les poils sont durs, nuirs, peu nombreux et singulièrement implantés (voyez Bang) ; une variété d’une espèce de plante du genre érable. Cuvier donnait le même nom au genre qui renferme le gypaète.