L. LAURENT
GRIGNAN. Voyez Drôme (Département de la).
GRIGNAN (FRANÇOISE-MARGUERITE DE SÉVIGNÉ, comtesse pe), la fille la plus chérie de la plus aimante et de la plus spirituelle des femmes. Elle naquit en 1648, et tant que dura son enfance fut l’objet des soins les plus tendres et les plus éclairés. Élevée surtout dansles principes de la philosophie de Descartes, elle y prit ces habitudes de scepticisme qui la tinrent si seuvent en garde contre la contagion des impressions trop enthousiastes de sa mère, et celte droiture d’âme qui, sous des apparences froides et quelque peu pédantes, devait plus fard soutenir en elle les plus nobles sentiments de mère et d’épouse dévouée. M!° de Sévigné avait quinze ans lorsqu’en 1663 sa mère la mena à la cour. Sa beauté était éblouissante, sa bonne grâce parfaite, et il lui suffit d’un pas dansé auprès du roi dansle Ballet des Arts pour qu’on la proclamât la plus belle de la cour. Benserade, le premier, lui donna en quatre vers son brevet poétique de beauté souveraine, et M. de Tréville s’écria en la voyant : « Cette beauté brûlera le monde. » Cette exclamation enthousiaste, les charmes de M!'° de Sévigné la justifiaient certainement ; mais, à coup sûr aussi, sa froide réserve, son abord discret et presque dédaïgneux venaient la démentir. La Fontaine la jugeait donc avec plus "de tact et de finesse lorsque , vers le même temps, lui ayant dédié sa fable du { Lion amoureux, il lui dit, déguisant le blâme sous les termes voilés de l'éloge :
Vous qui naquites toute belle, A votre indifférence près.
C’est cette indifférence de Me de Sévigné, cette gravité » presque morose contrastant d’une façon si étrange avec la vivacité spirituelle et enjouée de sa mère, qui tinrent longtemps à distance tous les adorateurs. En 1669, quoiqu’elle ! fût la plus jolie fille de France, au dire de Bussy, quoi- » qu’elle n'eût pas moins de cent mille écus de dot, elle n’avait pas encore trouvé d’époux. Et à force d'attendre, ayant déjà plus de vingt-et-un ans, il fallut bien qu’elle se montrât contente du prétendant qui se présenta. C’était le comte de Grignan, gentilhomme d’une des meilleures maisons de # la Provence, mais déjà vieux, veuf de deux femmes, dont la première lui avait laissé deux filles ; et réduit, par sa prodiga= lité, à une telle nénurie financière, qu'il fit un emprunt pour parvenir à se marier. Le mariage se conclut pourtant. Me de Sévigné, un peu entêtée de la gentilhémmerie de son gendre futur, ne s'était point enquis du reste. M. de Grignan , d’ailleurs, était fort en faveur auprès du roi, qui ne tarda pas à le lui faire voir en le nommant lieutenant général du gouvernement de Provencependant la minorité du duc de Vendôme, gouverneur titulaire. Le comte partit aussitôt pour sa province ; mais compalissant aux angoisses de la marquise, il consentit à ne point emmener sa femme, C'est seulement plus d'une année après qu'il la rappela près
GRIGNANK
de lui. M de Grignan quitta sa mère le 5 février 1671. Ce fut plus qu'un second veuvage pour la pauvre marquise. Le premier avait commencé à vingt ans de là, jour pour jour (le 5 février 1651). Les lettres de M de Sévigné nous font confidence de toutes ses douleurs maternelles. Mais comme tout change quand l'heure qui doit les réunir approche! «Je prête la main aux jours pour aller plus vite, écrit la marquise, et je consens detout mon cœur à leur rapidité, pourvu que nous soyons ensemble. »
En dépit de ces lettres si brûlantes d'amour maternel, l'amitié de M°° de Sévigné pour sa fille a été, comme on sait, mise en doute. Elles ne pouvaient vivre ensemble, at-on mille fois répété. Mais c’est là une médisance gratuite, que le vieux Corbinelli propagea le premier, selon Mussel- Pathay, et qui ne peut tenir un instant contre l'évidence. Ne sait-on pas en effet que la mère et la fille, toujours ardentes à se revoir, usèrent si bien de toutes les occasions de rapprochement qui leur furent offertes , qu’elles ne furent pas séparées plus de sept ans? Parfois la diversité de leurs caractères apportait, il est vrai, quelque gêne dans leurs relations ; mais l'indifférence n’y entrait jamais pour quelque chose. La mère et la fille étaient souvent d'humeur à ne pas s'entendre, mais elles pouvaient toujours s'aimer, et elles s’aimaient réellement. M®° de Grignan, qui s’avouait la froideur de son caractère, faisait tout pour en adoucir l’äpreté, et elle dut si bien y parvenir que sa mère lui écrivit le 26 octobre 1688 : « Je ne sais comment vous pouvez dire que votre humeur est un nuage qui cache l'amitié que vous avez pour moi; si cela était dans les temps passés, vous avez bien levé ce voile depuis plusieurs années. » Alors pourtant M°° de Grignan avait plus que jamais occasion d’être triste. Son mari, toujours prodigue et « chez qui les fantaisies ruineuses servaient par quartiers, » avait épuisé ses ressources par ses dépenses ; cet homme qui « avait une religion pour les intérêts de son maître, quine pouvait se comparer qu’à la négligence pour les siens, » s'était ruiné en folles magnificences pour le service du roi, et la jeune comtesse avait pour tâche de tenir tête à une banqueroute chaque jour imminente.
Tout en se sacrifiant pour réparer les pertes de son mari, elle devait, en mère non moins dévouée, conserver sa propre fortune à ses enfants. Toutes ses réponses à sa mère éfaient remplies des plaintes que lui arrachait ce pénible labeur; et si ces lettres, vainement cherchées depuis un siècle et demi, ont disparu, c’est sans nul doute parce que ce qu’elles révélaient de la conduite de M. de Grignan avait rendu leur destruction nécessaire. Elles n’en sont que plus regrettables : on eût aimé à y retrouver, au milieu des confidences intimes de la pauvre comtesse, ce style que M®° de Sévigné aimait tant, « ce style juste et court, qui chemine et qui plaît au souverain degré ». Quand M*°de Grignan eut perdu sa mère, elle se donna tout à l'amour de ses enfants, et quand , son fils ayant été tué, elle eut perdu la meilleure part de ses consolations, elle ne put survivre à tant de peines : elle mourut le 13 août 1705. M. de Grignan ne mourut que neufannées après. Édouard Fournier.
GRIGNON, hameau du département de Seine-et-Oise, dépendant de la commune de Thiverval, à 12 kilomètres de Versailles, avec une célèbre école régionale d'agriculture. Une société y fonda en 1826 un institut agronomique avec une ferme-modèle et une école d’agriculture. À l’époque où cette société prit possession du domaine de Grignon, un tiers en était considéré comme incultivable. Le fermier payait avec peine un fermage de 14,400 francs et ne réalisait aucun bénéfice. Depuis longtemps des efforts sagement dirigés et l’emploi des bonnes méthodes de culture y ont opéré une vérilable révolution. Les terres autrefois incultes se sont couvertes de riches moissons et des productions les plus variées. Quelques années après la révolution de Juillet, le gouvernement, pour soutenir cette œuvre et s'associer à son développement, prit à sa charge les frais d'instruction de l’Institut de Grignon, qui devint alors école régionale. L’enscignement GONNBRS Tex,