GRIMALDI — GRIMM
passa sous la protection française; et quand les domaines appartenant aux Grimaldi dans le Milanais et à Naples eurent été confisqués par les Espagnols, Louis XIV dédommagea cette familke en lui octroyant le duché de Valentinoiïs et le marquisat des Baux. La ligne masculine des princes de Monaco s’éteignit en 1731, avec Antonio GRimALDi, qui dès 1715 avait cédé le duché de Valentinois à son géndre, de Goyon-Matignon, lequel lui succéda également en qualité de prince de Monaco, et prit alors par substitution le nom de GnimALDi.
Raimundo GrimaLnt fut le premier Génois qui montra le pavillon de la république au delà du détroit de Gibraltar. En 1304, il partit, dans les intérêts du roi de France, Philippe le Bel, alors engagé dans une guerre contre les Flamands, à la tête d’une flotte composée de 16 galères génoises et de vingt vaisseaux de guerre français, et se rendit en Zélande, où il battit et fit prisonnier Guy de Flandre, qui commandait la flotte ennemie, forte de 80 voiles.
Antonio GrimaLpi se distingua également dans la marine au commencement du quatorzième siècle. Les Catalans avaient fait preuve de mauvais vouloir et d'hostilité à l'égard de Gênes, qui, embarrassée alors dans des discordes et des luttes intérieures, se trouvait dans l'impossibilité de se venger de cette insulte. Le moment favorable venu, Antonio Grimaldi fut appelé au commandement de la flotte, avec laquelle il s’en alla ravager les côtes de la Catalogne, où, en 1332, il détruisit une flotte aragonaise de 42 bâtiments. Mais à son tour, vingt-et-un ans plus tard, il fut lui-même si complétement mis en déroute, le 29 août 1353, à la hauteur de Coiera, par les Vénitiens etles Catalans, commandés par Nicolas Pisani, que de toute la flotte génoise il n’échappa à cet immense désastre que dix-sept navires, et que les Génois furent obligés de se soumettre au souverain du Milanais, Giovanni Visconti, qui promit de les protéger contre les Vénitiens.
Giovanni GrimaLpi se rendit célèbre par la victoire que, le 23 mai 1431, il remporta dans les eaux du PÔ sur l’amiral vénitien Trevisani, quoique Car magnola, le plus célèbre général de ce temps-là, fût prêt à venir au secours de l’amiral avec des forces de terre considérables. Une manœuvre habile de Grimaldi eut pour résultat de déterminer la flotte vénitienne à s'éloigner du rivage; et alors il réussit non-seulement à mettre l'ennemi en complète déroute, mais encore à lui enlever 28 galères, 42 bâtiments de transport et un immense butin.
Le dernier représentant mâle de la famille Grimaldi, Luigi GRIMALDI DELLA PierrA, mourut à Gênes, le 28 juin 1834.
GRIMALDI (Grovannr-Francesco) , appelé, du nom de sa ville natale, Bolognese Grimaldi, né à Bologne, en 1606, mort à Rome, en 1680, est célèbre tout à la fois comme peintre, comme architecte et comme graveur. En peinture il avait pris le Corrége pour modèle. Appelé à Paris par le cardinal Mazarin, il peignit plusieurs fresques au Louvre. Il ne possédait pas moins de talent comme architecte; et son œuvre gravé est extrêmement recherché. Sous le pontificat d’Innocent X, il fut chargé d’exécuter diverses fresques au Vatican et au palais Quirinal. Quelques-unes de ses meilleures toiles se trouvent à Rome, dans l’église Santa-Mariadel-Monte.
GRIMALDI (Fraxcesco-MariA), de la Société de Jésus, né à Bologne, en 1613, mort en 1663, fut un mathématicien remarquable, On a de lui, entreautres, un ouvrage intitulé : Physicomathesis de lumine, coloribus et iride, aliisque annexis (Bologne, 1665), qui servit de base à Newton pour sa théorie de la lumière.
GRIME, GRIMER, termes de coulisses en usage pour désigner ces modifications que l'acteur habile sait faire subir . à l'expression de sa physionomie par l'emploi du rouge ou du blanc, de l'encre de Chine, de la terre d'ombre ou du liége brûlé. N'est pas bon grime aui veut; et pour se bien grimer, il faut encore plus d’art qu’on ne pense communément. En esfet, l’écueil en pareille matière, comme en bien
d’autres, est l’exagération. Potier et Bou ffé ont excellé dans cet art. Quand on dit d’un acteur qu’il joue les grimes, on entend par là les personnages de vieillards ridicules ou comiques, comme Arnolphe, Sganarelle, Mondor, Bartholo; rôles où d'ordinaire l’acteur est obligé de se faire un masque. Molière jouait les grimes ; Grandmesnil fut un des meilleurs grimes dont la Comédie-Française ait conservé le souvenir.
GRIMM (Frénéric-MeLcmior, baron DE ) naquit à Ratisbonne, le 26 décembre 1723, et mourut à Gotha, le 19 décembre 1807. Dans la dernière partie de ses Confessions, Jean-Jacques se plaint amèrement des amitiés qui lui ont manqué, et qui se sont détachées de lui, une à une, alors que son cœur en avait le plus grand besoin. Grimm figure dans cette liste d’amis infidèles, avec une épithète de plus, avec le nom d’ingrat. La plainte de Jean-Jacqnes contre Grimm n’est pas seulement celle d’un homme froissé dans ses affections par une personne jadis chère, c’est celle d’un homme indignement trompé, qui ne pleure pas, mais qui méprise. Quand Jean-Jacques parle de Diderot, il s’emporte , sa parole est sèche et dure; quand il parle de Grimm, sa colère est une colère de dédain ; il n’aime plus Diderot, mais il a conservé pour Diderot quelque chose qui ressemble à de l’estime. Quant à Grimm, il n’est à ses yeux qu’un cuistre ingrat et sans cœur. Doit-on ajouter foi entière aux assertions de Jean- Jacques, si facile à s’abuser sur lui et sur les autres? Non certes ; mais, il faut l’avouer, de tous les amis qui se séparèrent de Jean-Jacques, Grimm fut le seul inexcusable, Fils de parents pauvres, après avoir fait en Allemagne des études solides, il accompagna en France, comme gouverneur, le fils du comte de Schænberg, ministre du roi de Pologne près le cabinet de Versailles. 11 dut à Jean-Jacques d’être présenté dans le monde philosophique. Le citoyen de Genève ne ménagea ni son crédit ni ses connaissances pour produire son nouvel ami, et lorsque celui-ci eut pris pied dans la société où il avait été introduit, il fit cause commune avec ses amis et les imita dans leur conduite à son égard. En souvenir de ce qu'il devait à Rousseau, il aurait dû se tenir à l’écart et se taire sur les faiblesses et le caractère de son ancien protecteur. Loin de là, dans ses écrits il en parle comme d’un pauvre diable que M®° d’Épinay logeait par charité. De telles paroles seront toujours une flétrissure pour le nom de Grimm, car c’était Jean-Jacques qui lui avait fait faire la connaissance de M°° d’Épinay; pour l’en récompenser, il le desservit auprès de cette dame, dont il était devenu l’amant, et dans le voyage qu’elle fit à Genève, il voulut faire jouer à Rousseau un rôle honteux, Jean-Jacques s’y refusa : de là cette inimitié si profonde.
En supposant même des torts au citoyen de Genève vis-àvis de Grimm, on doit être choqué de la manière dont celui-ci s'exprime sur son ancien ami, surtout à propos de M" d'Épinay. « M. Rousseau, dit-il dans sa Correspondance, s'était attaché à la femme d’un fermier général, célèbre autrefois par sa beauté : M. Rousseau fut pendant plusieurs années son homme de lettres et son secrétaire ; la gène et la sorte d’humiliation qu’il éprouva dans cet état ne contribuèrent pas peu à lui aigrir le caractère. » Dès lors toutes les fois que le nom de son ancien ami arrive sous sa plume, c’est pour le dénigrer ; il ne néglige aucune occasion, même les plus indifférentes , comme celle-ci: « M. Rousseau avait un petit vilain chien, qu'il avait appelé Duc, parce que, disait-il, il était hargneux et petit comme un duc ; lorsqu'il fut au château de Montmorency, il changea lé nom de Duc en celui de Turc.» Enfin, rapportant qu’un jour il lui avait donné, en plaisantant, le conseil de s'établir limonadier sur la place du Palais-Royal et de tenir une boutique de café, il laisse entrevoir que ce conseil d’ami, donné par moquerie, n'était pas si mauvais, et que Jean-Jacques se fût épargné bien des peines en devenant limonadier { Le baron de Grimm aurait sans doute fait l’honneur à Rousseau de venir prendre le café dans sa boutique!
Grimm a bien tort de reprocher à Rousseau d'avoir été
homme de lettres et le secrétaire de M" d'Épinay; il ne fut ni l'un ni l’autre : Rousseau était tout simplement l’ami de M®* d'Épinay avant que Grimm en fit sa maîtresse. Et Brimm fut toute sa vie l’homme de lettres ou le secrétaire de quelque personnage puissant. A son arrivée à Paris, il était, comme nous l’avons dit, au service du comte de Schœnberg; plus tard il devint lecteur du prince de Gotha. A cette époque , il se lia avec Rousseau, qui le présenta à toute la coterie des philosophes, à Diderot, àD'Alembert,àRaynal, et au baron d’Holbach. Grimm profita du crédit de ses nouveaux amis : il entra chez le comte de Friesen, neveu du maréchal de Saxe, en qualité de secrétaire, et cette place, beaucoup plus lucrative que celles qu’il avait occupées jusqu’alors, augmenta ses relations et le mit à même de paraître dans le monde sur un bon pied. Dès lors il fréquenta la haute société, et chercha à se faire bien venir auprès des femmes. Il y réussit assez, grâce aux soins donnés à sa toilette, grâce surtout à sa galanterie, I] était si recherché dans sa parure et tenait tellement à plaire, qu’il remplissait de céruse les inégalités de son visage ; ses amis le surnommèrent le tyran le blanc. 11 avait déjà la réputation d'un homme d’esprit, et s'était fait remarquer par quelques brochures littéraires, lorsque mourut le comte de Friesen. Il ne resta pas longtemps sans place; il obtint celle de secrétaire des commandements du duc d'Orléans. En 1776 il fut accrédité par le duc de Saxe-Gotha en qualité d’envoyé à la cour de Frence, et reçut le titre de baron et la décoration de plusieurs ordres. Dans ces nouvelles fonctions, dont il s’acquitta habilement, Grimm continua à cultiver les lettres et à poursuivre sa correspondance littéraire adressée à un souverain d'Allemagne. A la révolution, il quitta la France, et se retira à Gotha, où il fut noblement accueilli. Nommé, en 1795, ministre plénipotentiaire de Russie près des États du cercle de PBasse-Saxe, il occupa ce poste jusqu’à ce qu’une maladie, où il perdit un œil, le força à la retraite, Il revint à Gotha, et c’est dans cette ville qu’il mourut, à l’âge de quatre-vingtcinq ans. La Correspondance littéraire, philosophique el critique, qu'il composa avec Diderot, est son ouvrage le plus important. C’est une analyse spirituelle de tous les ouvrages littéraires qui ont paru depuis 1753 jusqu’en 1790. Les aperçus ont de la nouveauté, le style en est piquant; on sent partout l'influence de la touche originale de Diderot, JONCIiÈRES.
GRIMM (Jacques-Louis), l’un des philologues les plus éminents de notre époque, membre de l’Académie des Sciences de Berlin, est né à Hanau, en 1785. En 1805 il accompagna à ParisSa vi gn y,son maitre, en qualité de secrétaire pour l'aider dans ses recherches littéraires. Lors de la création du royaume de Westphalie, en 1808, il fut nommé, à la recommandation de Jean de Muller, conservateur de la bibliothèque particulière du roi à Wilhelmshæhe ; et à la resfauration de l'électeur, en 1814, il accompagna en qualité de secrétaire l’envoyé hessois , d’abord au quartier général des coalisés, puis à Paris et à Vienne, où il resta jusqu’a mois de juin 1815. Il revint peu de temps après à Paris, avec mission de réclamer au nom du roi de Prusse et de l'électeur de Hesse un certain nombre d'objets d’art et de manuscrits précieux enlevés par les Français dans leurs États respectifs. En 1816 il obtint la place de sous-bibliothécaire à Cassel, où il se livra alors avec une nouvelle ardeur à l'étude de la littérature du moyen âge. Un passe-droit qui lui fut fait en 1829, à la mort du bibliothécaire en chef, dont les fonctions furent données à un autre, le blessa profondément , et le détermina à accepter en 1830 la place de professeur et de bibliothécaire qu’on lui offrait à l’université de Gœttingue. Mais en 1537, ayant été au nombré des sept professeurs qui protestèrent contre la suppression de la constitution hanovrienne , il perdit son emploi, et fut renvoyé du pays. De Cassel, où il vint se réfugier, on l’appela en 1841 à Berlin, où il fut aussitôt nommé membre de lPAcadémie des Sciences et pourvu d’une chaire à l’université. Ses travaux littéraires, toujours empreints du plus pur