DE LA REYNIÈRE
patriotisme, ont eu surtout pour but de mieux faire connaître la vie intelleetuelle du peuple allemand, telle qu’elle apparait dans sa langue, et au moyen âge dans sa jurisprudence et sa foi religieuse, dans ses mœurs et sa poésie. Les ouvrages qu’on a de lui dans cette direction donnée à ses efforts témoignent d’une activité sans égale, d’une érudition immense, d’un esprit aussi sagace qu’organisateur, et d’un sentiment poétique aussi vigoureux que délicat. Par sa Grammaire Allemande (4 vol., 3° édition, Gœættingue, 1840), on peut dire qu’il a réellement fondé la philologie istorique. On a en outre de lui : Antiquités Allemandes c'e Jurisprudence (1828); des Axiomes allemands (1840- 1863, 4 vol.) ; une Mythologie allemande (2e édit., 1846); une Histoire de lu langue allemande (1848, 2 vol.), et des Mclanges (1864-65, 2 vol.). I1a aussi publié une collection de romances espagnoles (Vienne, 1815); une traduction interlinéaire en ancien haut-allemand des hymnes de l'Eglise romaine (Gætlingue, 1830), et, en société avec A. Schmeller, Poèmes latins des dixième et onzième siècles (1838), parmi lesquels le Waltharius Manu Fortis. En société avec son frère cadet, Guillaume-Charles Grimm, il entreprit en 1852 la publication d’un Dictionnaire universel c'e la Langue allemande, qui demeurera l’œuvre capitale de leur vie, et qui comprendra toutes les richesses de la langue telles qu’on les trouve éparsesdans les divers cuvrages qui ont paru depuis Luther jusqu’à nos jours. Les deux frères sont morts en 1863; Guillaume le 4 avril, à Cassel, et Jacques le 20 septembre, à Berlin. Aux débuts des deux frères se rattachent plusieurs publicalions de moindre importance. Ils ont aussi publié en société une remarquable collection de Contes pour Les enfants (5° édition, 1843), et de Contes de Fées irlandais, imilés des Fairy Legends, de Crofton, GRIMOD DE LA REYNIÈRE ( ALExANDRE-BaL- THASAR-LAURENT ), l’une de nos illustrations gastronomiques, né en 1758, et mort en 1838, était le fils d’un riche fermier général, dont la noblesse était incontestable, puisqu’il en avait en poche la quittance parfaitement en règle, délivrée contre écus par le garde des sceaux de France en personne. Le père de Grimod de La Reynière était d’autant plus fier de cette noblesse, qui faisait de lui légal des plus grands seigneurs de la cour, qu’il ne pouvait oublier que son père avait été tout bonnement un honnête charcutier. Quant au fils, il dut sa réputation autant à son épicuréisme raffiné qu’à plusieurs publications dans lesquelles il donna de surabondantes preuves de cette espèce d’esprit qui aura toujours de la vogue en France tant qu’on y cultivera le vaudeville, le couplet de facture et le vin de Champagne. Sa vie, qui ne fut guère qu’une immense goguette, n'offre pas de péripéties dramatiques émouvantes. Lui aussi, il ne fut rien, pas même académicien. Nous nous trompons, il s'était décerné à lui-même la présidence d’une société savante, rivale du Caveau, qui se réunissait également une fois par mois au Rocher de Cancale, cabaret longtemps célèbre de la rue Montorgueil, et dans laquelle on dissertait et discutait la fourchette à la main sur les perfectionnements possibles d’une science restée stationnaire, quoi qu’on en dise. De bien timides innovations, quelques emprunts plus ou moins heureux faits à l'étranger, voilà tout ce qui est résulté de plus clair des travaux de cette académie de gourmets, qui ne fut utile à l’art qu’au point de vue de la conservation des saines doctrines, lesquelles eussent bien pu sans elle périr au milieu du cataciysme social survenu à la fin du dix-huitième siècle. Grimod de La Reynière avait d’ailleurs ce cœur sec qui est le propre du gourmand ; et les anecdotes qu'on raconte de lui témoignent d'un raffinement d’égoisme qui fait sourire, encore bien qu'il inspire une trèsmédiocre estime pour le caractère moral de celui qui en est le héros.
Fils ingrat et peu respectueux, il s'efforçait en toute occasion d'humilier la vanité de ses parents en leur rappelant l'humble origine de leur fortune et l'antique roture de leur