GRIMOD DE LA REYNIÈRE — GRIMPEURS
famille. Un jour, il invita à diner, pendant une absence de | est facile de le penser, qu’un absurde ramassis de mots
son père et desa mère, nombreuse compagnie, composée de convives choisis dans toutes espèces de corps d'état, tailleurs, bouchers, épiciers, ete., etc. Les billets d'invitation portaient que du côté de l'huile et du cochon l'on n'aurait rien à désirer ; et de fait, tout un service se trouva uniquement composé de charcuterie. « C’est un de mes parents qui me fournit ces viandes, » avait-il grand soin de dire à l'assemblée à chaque mets nouveau que les gens de service offraient aux convives. Ces gens de service étaient des Savoyards, pris au coin de la rue et bizarrement travestis en hérauts d'armes du moyen âge. Aux quatre coins de la salle à manger se tenaient des enfants de chœur, en surplis blanc et l’encensoir à la main, qui à un signal donné dirigeaient vers l’amphytrion l'instrument thurifère avec lequel ils avaient l'habitude d’honorer M. le curé à l'autel. « C'était, disait alors Grimod de La Reynière à ses invités, pour les dispenser d’encenser le maître &e la maison, ainsi qu’avaient habitude de faire les convives de M. son père. » Au milieu de celte scène, M. et M°° Grimod de La Reynière rentrèrent à leur hôtel; et on peut juger de leur profonde humiliation en se voyant ainsi bafoués par leur fils. Une bonne lettre de cachet leur en fit raison, et l’exila en Lorraine. Mais à quelque temps de là la mort de son père ramenait Grimod de La Reynière à Paris pour y jouir de la fortune immense qu’il lui laissait. Il persista alors plus que jamais dans son mépris pour les préjugés de la naissance
( mépris qui m'était peut-être bien chez lui que le résultat |
d’un amour-propre profondément blessé par les dédains de VParistocratie d'épée et de robe ), et fit peindre dans ses appartements tous les ustensiles particuliers à l’industrie du charcutier, ainsi que ses divers produits.
Voici de lui un antre trait original : il feint un jour de tomber gravement malade, fait répandre le bruit de sa mort, et invite nombreuse compagnie à assister à son enterrement. Il voulait par là reconnaître quels étaient ceux de ses amis sur lesquels il pouvait compter. Beaucoup d’invités, comme on le pense bien, ne se donnèrent pas la peine de venir et se contentèrent de regretter le défunt à domicile; ceux que le respect humain, sinon l’amitié, conduisit à son hôtel dans l’idée qu'ils allaient lui rendre les derniers devoirs furent bien surpris lorsqu'on les introduisit dans la salle à manger, où les attendait un des diners les plus savamment étudiés que leur eût offerts jusque là Grimod de La Reynière. Il en fit les honneurs, en riant beaucoup de la mystification dont étaient victimes les absents. Se moquer d’eux ne suffisait pas à sa vengeance; il les invita à leur tour à diner, et cette fois ce fut eux qu’on introduisit dans une chapelle ar-
} dente, au milieu de laquelle était dressée la table en manière
de catafalque, et pour y prendre place, il leur fallut s’asseoir sur des bières, Grimod de La Reynière avait traversé sans encombre la
| révolution française, qui ne lui avait fait d’autre mal que
d’ébrécher sensiblement sa fortune. En 1803 il eut l’idée de publier l’Almanach des Gourmands, et ce petit livre, dont le succès fut grand, parce que l'esprit en était de bon aloi, fut encore continué par lui pendant plusieurs années. Plus tard, il fit paraître son Manuel des Amphytrions. Grimod
| de La Reynière avait reçu une bonne éducation et s’était
même fait recevoir avocat au parlement ; il était, du reste,
| assez mal partagé sous le rapport des avantages de la nature,
Les bras chez lui étaient d’une petitesse extrême et se terminaient par quelque chose qui n’avait rien de la forme d’une main, espèces de moignons dont il savait pourtant
} assez bravement tirer parti, à table surtout.
GRIMOIRE ou GRYMOIRE. C'était l'art d'évoquer les âmes des trépassés, art qui jouait un grand rôle au temps où les superstitions populaires permettaient à d’impudentsjongleurs d'exploiter la crédulité publique en se faisant passer pour sorciers. Par extension, on donnait le nom de grimoire au recueil contenant les conjurations magiques propres à appeler et à faire paraître les démons. Ce n’était, comme il
vides de sens, de phrases incomplètes, entremélées de prétendus caractères diaboliques, que les fripons livrés à l’exploitation de la cabale prononçaient de leur voix la plus rauque, la plus mystérieuse, pour faire croire à leurs dupes qu'ils se mettaient de la sorte en rapport direct avec le diable. Tout profane qui se serait mêlé de lire dans le grimoire aurait couru risque que l'esprit des ténèbres l’emportât en enfer, ou bien lui tordit le cou. Malgré de si effroyables menaces, la curiosité l’emportait encore chez bien des esprits faibles, ainsi qu’on en doit conclure des diverses éditions françaises du Grimoire, faites au seizième et au dix-septième siècle. La plus complète a pour titre : Le grand Grimoire, avec la grande clavicule de Salomon, et la magie noire, ou les forces infernales du grand Agrippa pour découvrir les trésors cachés et se faire obéir par tous les esprits, source de tous les arts magiques (in-18, sans date, ni indication de lieu).
Dans le langage ordinaire, on appelle grimoire une écriture difficile à lire, un discours hérissé de mots inintelligibles.
GRIMPANTES (Plantes). On appelle ainsi en botanique les plantes dont la tige, incapable de se soutenir par elle-même, grimpe sur les corps voisins, en s’y attachant soit par des cirrhes, soit par des racines caulinaires. Elles sont ou herbacées ou ligneuses. Les principales.sont les cobées, les volubilis, les pois de senteur, les haricots d’Espagne, lescapucines,lesclématites, les aristoloches, les chèvrefeuilles, lelierre, la pervenche, la vigne vierge, eic., et tant d’autres que l’on recherche pour garnir les croisées, les terrasses, les berceaux, les tonnelles, et pour couvrir et masquer les vieux murs, les masures, les hangards, les kiosques, etc. A la suite de celles que nous venons de citer, nommons encore une nouvelle plante grimpante originaire de Chine, la wislaria consequana, qu'on a naturalisée en Angleterre. A Uffingtonhouse, dans la terre du comte de Lindsay, les feuilles de cette plante couvrent entièrement une maison de deux étages jusqu’à la cheminée, qu’elles enveloppent de leurs sommités ; les branches embrassent dans leur écartement une distance de 33 mètres au moins ; des milliers de fleurs d’un bleu clair, de 0”,25 à 0",20 chacune de longueur, pendent en grappes entre les feuilles, d’un vert tendre, et offrent le plus charmant coup d'œil.
GRIMPEREAU , genre d'oiseaux de l’ordre des passereaux , et de la famille des ténuirostres. Ils sont ainsi nommés de l’habitude qu'ils ont de grimper aux arbres, en se servant de leur queue comme d’arc-boutant. Les ornithologistes leur ont assigné les caractères suivants : Bec de la longueur de la tête, recourbé, pointu, non échancré, à mandibules égales; narines basales à demi fermées par ure membrane; ailes courtes, à quatrième rémige plus longue ; douze pennes caudales, à tiges roides, terminées en pointe; tarses nus et annelés; doigts extérieurs unis à leur base; linterne libre, le postérieur plus long que le doigt interne.
Le grimpereau d'Europe (certhia familiaris) est un petit oiseau long de 12 à 13 centimètres, à plumage blanchâtre, tacheté de brun en dessus, de roux au croupion et sur la queue. Il vit dans les bois et dans les vergers, où il se fait remarquer par la vivacité avec laquelle il grimpe ou voltige d’arbre en arbre.
L’échelette, où grimpereau de murailles (certhia muraria, L.), est un joli petit oiseau, d’un cendré clair, avec du rouge vif sur quelques pennes de l’aile et la gorge noire chez le mâle. Il vit dans le midi de l'Europe, où on le voit se cramponner le long des murs, à l’aide de ses ongles, trèslongs. Vieillot a donné le nom de grimpereaux à une famille d'oiseaux, qui renferme, outre le genre précédent, les genres nasican, picucule, sylvietle, etc. D' SAUCEROTTE.
GRIMPEURS. Cuvier a donné ce nom autroisième ordre de la classe des oiseaux. Ce terme rappelle qu’ils ont tous leur doigt interne dirigé en arrière, de manière à pouvoir
se cramponner au tronc des arbres et y grimper. L'ordre des grimpeurs a pour principaux genres : les pics, les coucous, les toucans, les perroquets, etc.
GRIMSEL, montagne de Suisse, qui fait partie du système des Alpes bernoises , sur les limites des cantons de Berne et d’Uri. Elle est couverte de neiges éternelles. Le pic de Sudelhorn, sa plus vive arête, a 2,878 mètres d’élévation. On y jouit du plus admirable point de vue, l'œil pouvant y embrasser à la fois les Alpes bernoises , le Valais et les glaciers du Rhône. Quoique l'accès en soit très-pénible, un passage pratiqué sur un col de cette montagne, à 2134 mètres au-dessus du niveau de la mer, conduit du village d’Obergastein, situé dans le Valais, à la vallée du Hassli, canton de Berne. La distance à franchir est de près de quatre myriamètres ; dass cet intervalle, on ne rencontre qu’une auberge, tenue par un hospitalier, la seule habitation humaine qu’offrent ces déserts de glace, et où se rencontrent souvent bon nombre de voyageurs, heureux d'y trouver un refuge contre la rigueur du climat. Le Grimsel, qui est d’origine granitique, renferme une mine de cristal naturel. Haller, qui en fait une description des plus poétiques , dit qu’il n’est pas rare d’y trouver des cristaux du poids de plusieurs centaines de livres.
GRINDELW ALD, l’une des vallées alpestres les plus belles et les mieux cultivées, située dans l’Oberland, canton de'Berne (Suisse), à 1034 mètres au-dessus du niveau de la mer, est formée par des montagnes couvertes de neiges éternelles, dont le sommet n’a encore jamais été atteint ou du moins ne l’a été que tout récemment , et a environ cinq kilomètres de largeur.sur vingt de longueur. On y compte à peu près 3,500 habitants, dont l’agriculture alpestreet l’élève du bétail constituent la principale industrie; et elle est célèbre comme étant le point intermédiaire de la route de Lau: terbrunnen à Meyringen, chef-lieu de l’intéressante vallée du Hassli. Le £irschenwasser de Grindelwald, recommandé à tous les voyageurs qui parcourent la Suisse à pied comme le meilleur cordial dont ils puissent se munir , est justement célèbre.
GRINGOIRE (Pere), poëte de la fin du quinzième siècle, né en Lorraine, probablement dans la terre de Ferrière, au diocèse de Toul, obtint dans son temps une célébrité brillante, et conserve encore de la réputation auprès des amis de la vieille littérature française : on ne lit guère ses écrits, mais ils sont fort rares et fort chers; et les bibliophiles se les disputent. IL voyagea d’abord dans une partie de la France, payant l’hospitalité qu’on lui donnait par de petites pièces satiriques et burlesques, dans lesquelles il jouait le principal rôle. Vers 1510 , il vint à Paris, et fut présenté à Louis XIX, qui le chargea de tourner en ridicule le pape Jules II. Divers comptes, déposés aux archives de l'hôtel de ville de Paris, font mention de sommes qui lui furent comptées en sa qualité de compositeur, historien et facteur de mystères. 11 joua avec un succès brillant le rôle de Mère Sotte, dans celui du Jeu du Prince des Sots, représenté aux Halles le mardi gras 1511. On dut à la haute inspiration du roi sa Chasse du Cerf des Cerfs (Servus Servorum ), violente diatribe contre le souverain pontife. Citons encore de lui Le Chasteau de Labour, allégorie sur les tribulations du mariage; Les Fantaisies de Mère Sotte ; Les Abuz du monde; Les folles &Entreprises; Le Testament de Lucifer ; Les Notablesenseignements ; Les Dilz etautorités des Sages ; L'Espoir de Paix ; Les Faintises du mondeet Le Blason des Hérétiques, deux ouvrages réimprimés dans ces derniers temps, à petit nombre, par deux bibliophiles zélés, MM. Hérisson et G. Duplessis; et sa Soglie, à huit personnages { C'est à savoir le Monde, Abuz, Sot dissolu, Sot glorieux, etc. ), laquelle a été analysée par les écrivains qui ont débrouillé les origines du théâtre français.
Gringoire, qui fut fait hérault d'armes du duc de Lorraine, el prit alors le nom de Vaudemont, d’un fief qu'il acquit, délaissa parfois le profane pour traiter des sujets pieux : il traduisit en vers français , pour l'usage de la du-