‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 39 sur 552 · CASTIL-BLAZE · texte numérisé non relu

CASTIL-BLAZE

FUIR. On emploie ce mot en peinture, en parlant des objets qui semblent s’enfoncer et s'éloigner de la vue. C’est la perspective qui prescrit les moyens de faire ainsi fuir certaines parties d’un tableau. On appelle couleurs fuyantes celles qui sont très-propres à cet effet, comme le blanc et le bleu céleste. A.-L. MiLLIN, de lInstitut,

FUITE. Voyez Dénoure.

FUITES D'EAU. ouvertures ou fissures par lesquelles g'échappent ies eaux contenues dans un canal, un étang, une citerne, etc. Les fuites d’eau sont souvent fort difficiles

à boucher; aussi les ingénieurs et les architectes recommandent-ils aux constructeurs de bassins, de citernes, de digues, de prendre toutes les précautions imaginables, afin de prévenir les fuites d’eau. On bouche les fuites d’eau de diverses manières : quelquefois il suffit de délayer de la terre dans un étang pour faire cesser les fuitès d'eau qui l’appanvris= sent; dans d’autres circonstances on emploie des mastics , des ciments, des glaises, du bitume, etc.; quelquefois il arrive aussi qu’on est obligé de refaire l'ouvrage en tout ou en partie. TeyssÈDre.

FULBERT, chanoine de Paris et oncle de la tendre Héloïse, resté fameux dans nos annales par la barbare vengeance qu'il tira d'Abélard.

FULDA (Province de ), division territoriale et politique du grand-duché de Hesse Électorale, d’une superficie de 24 myriamètres carrés, avec 136,569 habitants, professant pour la plupart la religion catholique Elle comprend indépendamment des deux bailliages de Friedewald et de Landeck de la basse Hesse, de l’ancien duché de Hersfeld et de la seigneurie de Schmalkalden, près des deux tiers duterritoire de

‘ancien évêché de Fulda, qui dans lancienne circonscrip-

tion de l’Empire faisait partie du cercle du Haut-Rhin. En 744, saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, fonda dans la province de Buchonia une abbaye de l’ordre de Saint- Benoît, qui dès 751 avait été affranchie de toute juridiction épiscopale, pour ne plus relever que du siége de Rome. Une école qui jeta un vif éclat au milieu des ténèbres du moyen âge, et qui compta pendant quelque temps le célèbre Hraban Maur au nombre de ses professeurs, ne tarda pas à ajouter encore à l’importance de cette abbaye, dont le titulaire obtint, en 968, la prééminence sur tous les princes abbés d’Allemagne et de France. Investis depuis le règne de l’empereur Charles IV de la dignité d’archichanceliers de l’impératrice, les princes, abbés de Fulda, sans jouir précisément d’une grande puissance territoriale, réussirent à traverser paisiblement les époques les plus critiques, voire celle de la Réformation, tout en conservant l'intégralité de leurs biens et les priviléges honorifiques que leur avaient concédés les papes et les empereurs. Il fallait faire preuve de quartiers de noblesse pour être admis à faire profession d'humilité dans cette maison; et quand le titre d’abbé venait à vaquer par la mort du titulaire, c’étaient les moines euxmêmes qui élisaient son remplaçant et qui le désignaient à la confirmation du saint-siége.

Eu 1752, l’abbaye de Fulda fut élevée au rang d’évêché; mais par suite du remaniement général que subit l'Allemagne en 1803, cet évêché fut sécularisé en dépit de la vive résistance de l’évêque Adelbert, qui occupait le siége à cette époque, et attribué à la maison de Nassau-Orange, avec le titre de principauté. Le chef de cette maison ayant osé, à quelque temps de là, faire cause commune avec les ennemis de Napoléon, le dominateur de l'Europe confisqua le nouvel État au profit du grand-duché de Francfort, dont il continua à faire partie jusqu’à ce que les événements de 1814 et de 1815 vinrent encore une fois modifier la constitution territoriale de l’Allernagne. Après divers tâtonnements et hésitations, après avoir été successivement adjugé à la Prusse, puis à la Bavière, il finit par être en grande partie attribué à la Hesse Électorale. La

FuLpa, chef-lieu de la province, bâtie sur la rivière du même nom, est une ville assez régulièrement construite , et qui compte 9,339 habitants. Elle est le siége de L administration provinciale supérieure, de la haute cour de justice, et de l’évêque catholique de la Hesse. La cathédrale , toute en pierres de taille et où se trouve le tombeau de saint Boniface, est un monument digne de attention des voyageurs. En 1842, on a érigé à saint Boniface, au milieu de la place publique qui s'étend devant l’ancien palais épiscopal, une statue en bronze et de grandeur colossale.

FULGENCE (Saint), Fagius CLAUDIUS GORDIANUS FUuLcENrivs, évêque de Ruspina en Afrique, naquit à Télepte,

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dans la Bizacène, en 468. Élevé sous les yeux de sa mère, après la perle de’son mari, il fut formé par elle à la piété. Ses grands succès dans les lettres grecques et latines et les talents qu'il déploya dans l'administration des biens de sa famille le firent élever à la charge d’intendant du domaine dans la province. Mais la fréquentation des religieux du pays et de l’évêque Fauste et la lecture de quelques ouvrages de saint Augustin le déterminèrent à se retirer du monde, malgré la douleur que cette résolution causa à sa mère. Obligé, avec Félix, qu’il secondait dans l’administration d’un monastère, de fuir les persécutions des ariens, dont ils faillirent être victimes, il vint à Rome, en l'an 500, visiter les tombeaux des apôtres et des martyrs; puis, sans s'être laissé séduire par la gloire et les richesses de Théodoric, il revint à son monastère, dont il reprit la direction. Commeil cherchaït dans la solitude à échapper aux embarras inséparables des dignités ecclésiastiques , il fut ramené par Fauste, qui ordonna prêtre. Bientôt les fidèles de Ruspina l’élurent évéque, contre les ordres formels du roi des Vandales, Thrasimond. Mais il ne tarda pas à être arraché par ordre de ce prince aux chrétiens de son diocèse, qu’il édifiait par sa vie exemplaire, et exilé en Sardaigne, avec les autres évéques orthodoxes, dontil devint l'appui et le conseil. Cependant Thrasimond désira le voir, et ayant fait venir à Carthage, lui soumit plusieurs difficultés sur les points qui partageaient les catholiques et les ariens. Se rangeant à son avis, ce prince loua hautement sa sagesse, Il lui aurait même permis de rester à Carthage, sans les réclamations du clergé arien, auquel son influence portait ombrage. De rétour dans son diocèse à l’avénement d’Hildéric, après avoir fait condamner les erreurs des semi-pélagiens , il assista encore à deux conciles, et mourut dans l’île de Cercine, en 533, le 1“ janvier. 11 reste de lui quelques ouvrages dirigés pour la plupart contre la doctrine des ariens et contre celle des pélagiens. H. BouCHITTÉ.

FULGORE, genre d'insectes hémiptères, de la famille des cicadaires ; il comprend environ cinquante espèces, pour la plupart remarquables par la beauté et la variété des couleurs, ornements des élytres et des ailes, ainsi que par la forme de la tête, qui dans les unes présente une scie, ou une trompe semblable à celle d’un éléphant, et dans d’autres une sorte de mufle. D'ailleurs, ce genre a pour caractères un front avancé, deux yeux lisses, sans appendices au dessous des antennes. Les plus grandes espèces de fulgores sont apportées en Europe de l'Amérique méridionale, de Cayenne ou de Surinam; elles y vivent sur les arbres. Les espèces qui habitent l’Europe sont très-petites, et se tiennent constamment sur les arbustes et les buissons.

La fulgore porte-lanterne (fulgora lalernaria, Linné) a près de dix centimètres de longueur; elle est agréablement variée de jaune et de roux, et offre une grande tache en forme d'œil sur chaque aile, Son museau est très-dilaté, vésiculeux, large et arrondi en devant. Au dire de plusieurs voyageurs, cet insecte répand une forte lumière dans l'obscurité. Mlle Mérian, dans son grand ouvrage sur les insectes de Surinam, assure même que la clarté qui en résulte est assez grande pour permettre de lire les caractères les plus fins; mais ce fait a encore besoin d’être constaté.

La fulgore porte-chandelle a einq centimètres de longueur ; un front très-prolongé, mince, recourbé , de couleur jaune; les yeux bruns, la tête et le corselet d’un beau jaune, l’abdomen jaune en dessus, noirâtre en dessous ; les élytres d'un beau vert, avec des bandes transversales et des taches jaunes. Les nervures des ailes sont élevées, et entre elles existent de petits traits, qui forment des espèces de grilles, Les ailes sont d’un jaune safran, avec de larges bandes noires à l'extrémité; les pattes jaunes, les quatre jambes antérieures noires, les postérieures épineuses. On nous en rapporte beaucoup de la Chine. C’est le pays qui en fournit le plus,

La fulgore européenne (fulgora europæa, Linné) a onze millimètres de longueur, Elle est entièrement verte; son

front est conique, ses élytres et ses ailes sont transparentes, N. CLERMONT.

FULGOSO on FRÉGOSE, illustre famille de Gênes, d’origine plébéienne, qui embrassa le parti gibelin et fut long: temps en lutte avec la famille des Adorni. Le premier personnage de cette maison qui figure dans l’histoire est Dominique Furcoso, élu doge en 1371, après l’expulsion de Gabriel Adorno, à laquelle il avait puissamment contribué. En 1378, le peuple, excité par Antoine Adorno et Nicolas Guarco, le déposa à son tour, et l’emprisonna : il avait obtenu de brillants succès à Chypre, mais il avait vainement essayé de chasser les Vénitiens de Ténédos.

Jacques Furcoso, fils de Dominique, fut élu doge en 1390, après l’abdication d’Antoine Adorno. Il était d’un esprit doux et pacifique. L’année suivante il fut contraint, par Ja force des armes, de rendre la place à Antoine Adorno, qui se repentait de l’avoir abandonnée.

Thomas Furcoso, fils du précédent, prit une part trèsactive aux troubles qui agitèrent Gênes à la fin du quatorzième et au commencement du quinzième siècle. Élu doge en 1415, il se recommanda par une administration beaucoup plus sage que sa conduite antérieure ne devait le faire espérer, fit lever au roi d’Aragon le siége de Bonifacio, et décida Calvi à chasser sa garnison aragonaïse, pour se mettre sous la protection de Gênes. 11 abdiqua sa dignité en 1421, lors du siége de Gênes par Carmagnole, général de Philippe-Marie, duc de Milan, auquel ses concitoyens voulaient, contre son avis, se soumettre. La république, en considération de cet acte et avec l’approbation du même duc, lui céda la ville de Sarzane avec son district, pour en jouir sa vie durant, ne pouvant toutefois la céder ni la transférer qu'à la république. En 1435 il fut de nouveau élu doge, mais déposé en 1442.

Il avait un frère, Baptiste Forcoso, qui entreprit, à la sollicitation du duc de Milan, de le supplanter. Il échoua, et Thomas en garda si peu de ressentiment, qu'il le fit nommer chef d’une escadre que Gênes fournit à Réné d’Anjou.

Après bien des révolutions, Jean Furcoso, puis Louis Fuccoso, furent doges de 1447 à 1450. Celui-ci fut déposé en cette dernière année, et Pierre Furcoso, neveu de Thomas, lui succéda. C’est lui qui persuada aux Génois, en 1458, de se soumettre à Charles VII, roi de France; mais il se souleva l’année suivante, et essaya de chasser les Français à l’aide de troupes que lui fournit Ferdinand de Naples. Il périt dans cette tentative.

Paul Fui.Goso, qui avait été d’abord archevêque de Gênes, poursuivit les projets de Pierre, contribua à l'expulsion des Français, et après avoir subi comme doges Prosper Adorno, Spinela Furcoso et Louis Fuccoso, supplanta ce dernier en 1463, réunissant en sa personne les pouvoirs spirituel et temporel. Mais ce ne fut pas pour longtemps : il fut obligé de se retirer devant les troupes de François Sforce, duc de Milan, à qui Louis XI avait cédé ses droits sur Gênes.

Baptiste Furcoso, neveu du précédent, fut élu doge en 1478, et chassé en 1483 par son oncle, devenu cardinal et qui, après quelques années de pouvoir, remit Gênes au duc de Milan,

Octavien Furcoso, proclamé doge en 1514, traita en 1515 avec François 1°, qui le fit gouverneur de Gènes, En 1522 il fut obligé de se rendre au marquis de Pescaire, général de l'Empire, et mourut quelques mois après. Il avait fait preuve de sagesse et d'équité.

En 1528 la famille Furcoso fut incorporée par André Doria dans celle des Fornari, afin d’éteindre avec son nom les querelles incessantes qu’elle suscitait dans la république.

Auguste SAVAGNER, |

FULGURATION. Voyez FULMINATION, DÉFLAGRATION.

FULGURITES (quasi fulgure icla, dit Nonnius), nom que les Romains donnaient aux lieux ainsi qu'aux objets sur lesquels la foudre était tombée.

On donne aussi le nom de fulguriles à des tubes vitrifiés à l’intérieur et granuleux à l'extérieur, produits par le passage de la foudre à travers un terrain de sable quartzeux,

FULGURITES — FULMINANT

Ces fulgurites, qu’on appelle encore tubes fulminaires, pénètrent souvent à une grande profondeur, mais leur diamètre ne dépasse généralement pas cinq centimètres. FULIGINEUX ( de fuligo, suie). On applique cette épithète à une fumée ou vapeur supportant une grande quan-

| tité de suie ou de matière grasse. Le noir de fumée n’est | que ce que l’on retient des vapeurs fuligineuses de substances | résineuses qu'on a brûlées; la litharge est également le

produit des vapeurs fuligineuses, retenues et ramassées, des métaux qui entrent en fusion. En médecine, on applique aux dents, à la langue et aux lèvres l’épithète de fuligineuses, quand elles sont couvertes d’un espèce de croûte noirâtre, à peu près couleur de suie, ce qui arrive dans certaines fièvres.

FULIGNO. Voyez Forieno.

FULLER (Saran-Marçarer), l’une des plus zélées promotrices de l'émancipation de la femme aux États-Unis, naquit en 1810, à Cambridge-Port, dans l’État de Massachu-

| setts. Son père, Thimothy FuLLER, jurisconsulte et membre

du congrès de 1817 à 1825, acquit plus tard aux environs de Boston un petit domaine, qu’il cultivait lui-même. Il donna à sa fille une éducation toute virile; dès l’âge de huit ans, il lui imposait, dit-on, pour tâche de composer chaque jour un certain nombre de vers latins; et la philosophie, l'histoire et l'esthétique devinrent les études favorites de la jeune fille. C’est sous ces influences que se développa le caractère énergique et original de Marguerite Fuller. Son père

. mort, elle contribua à nourrir sa famille en donuant des le-

çons ; et en novembre 1839 elle fonda à Boston une société de dames, au sein de laquelle elle fit des cours, qui dans cette ville, essentiellement puritaine, produisirent une vive impression, à cause des hardiesses étranges du professeur. En 1844, d’après l'invitation d’Horace Greeley, ré-

dacteur de The Tribune, elle se rendit à New-York, où elle

écrivit pour ce journal une suite d'articles relatifs à la littérature et aux beaux-arts, qui ont été recueillis et publiés sous le titre de : Papers on literature and art ( Londres, 1846). Dans son ouvrage intitulé Woman in the nineteenth century, elle a exposé des idees hardies et souvent justes, mais quelquefois empreintes aussi d’une grande exaltation, sur la nature de la femme et sa destinée. En 1846 elle vint à Londres, où elle fit la connaissance personnelle de Carlyle, pour qui elle professait depuis longtemps la plus profonde vénération. De là elle se rendit à Paris, où, comme on le devine bien, elle n’eut rien de plus pressé que de se faire présenter à madame Dudevant, puis elle gagna l'Italie. A Rome, elle fit la connaissance du marquis Ossoli, qui lui donna son amitié et qui l’épousa en 1848. Elle prit une part des plus actives aux événements de cette époque, et la chute de la république romaine lui navra le cœur. Son mari fut exilé par le gouvernement pontifical, et en juin 1850 elle s’embarqua pour revenir aux États-Unis avec lui et un jeune enfant, qu’elle allaitait. Le 18 juillet 1850, le navire à bord duquel elle se trouvait périt corps et biens sur la côte d'Amérique, dans la grande tempête que signala cette journée. L’incontestable talent, le caractère énergique et la fin lamentable de Marguerite Fuller, ont entouré son nom d’une espèce d’auréole poétique. Il s’en fallait qu’elle füt jolie femme, et cela ne l’empêcha pas d’inspirer plusieurs attachements profonds et durables. Émerson et Channipg ent publié les Memoirs of Sarah Margaret Fuller, marchesa Ossoli ( 3 vol., Londres, 1852 ). FULMI-COTON, COTON-POUDRE, PAPIER-POU- DRE, noms vulgaires donnés à un nouveau produit explosif, qui vers la fin de l’année 1846 fit son apparition dans le monde scientifique, où on le désigne sous celui de pyroæyline. On l’obtient en trempant certaines matières ligneuses, teiles que le coton, le papier, etc., dans de l'acide azotique, et laissant sécher, C’est en réalité M. Pelouze qui en a donné la recette dès 1838, tout en ignorant que son papier-poudre, brûlant soudain, pût détoner commela poudre ordinaise et la remplacer, il ne le croyait propre qu’à for-

mer des cartouches promptes à s’embraser et pouvant ainsi rendre la poudre à canon plus efficace, plus puissante, De même que F. Bacon, M. Pelouze n’a donc fait que charger la pièce, et c’est M. Schœnbein qui l’a tirée. L'annonce de cette découverte produisit une vive sensation ; mais l’engouement dont le fulmi-coton fut d’abord Pobjet ne tarda pas à faire place à des sentiments plus raisonnables; la nouvelle découverte, si belle qu’elle püt être, fut depuis réduite à sa jusie valeur, et de longtemps encore sans doute le fulmi-coton ne parviendra à détrôner la poudre à canon. On reconnaît que l'emploi en sera utile et économique dans les carrières, dans les mines et dans quelques autres applications pratiques de ce genre; mais quant à s’en servir pour les usages de la guerre, il n’y faut pas songer. Il est demeuré avéré en effet, à la suite d'expériences faites avec toute la précision imaginable, que les effets du fulmi-coton sont beaucoup plus inégaux que ceux de la poudre; que sa grande inflammabilité (il s’enflamme à 70° Réaumur, tandis que la poudre ne le fait qu’à 240°) rend la fabrication des munitions avec cette substance, leur transport et leur conservation beaucoup plus dangereux que ceux des munitions confectionnées avec de la poudre; que ia confection des cartouches de tous genres avec la substance en question est extrémement lente; que dans l’état actuel des fusils d’infanterie, des carabines et des pistolets, le fulmi-coton est inapplicable à ces armes, par conséquent qu'il ne serait pas propre pour l'usage de l’armée.

Combiné avec la poudre ordinaire, le fulmi-coton a fourni à M. Pelouze le moyen de fabriquer d’excellentes amorces fulminantes, pour le confectionnement desquelles on peut désormais se passer du fulminate de mercure, qui en était la base. On sait que c'était là avec les procédés anciens une opération des plus insalubres et des plus dangereuses, et que depuis longtemps il était à désirer qu’elle fût remplacée par un procédé moins funeste à læ vie et à la santé des ouvriers qu’elle occupe, et dont le nombre est considérable, car, d’après des renseignements certains, on ne fabrique pas en France moins de 756 millions de capsules par an, sans compter celles que consomme l’armée et qui sont confectionnées dans les ateliers de l’État. La découverte de la qualité explosible communiquée par l'acide nitrique aux corps ligneux est encore sous d’autres rapports une belle conquête de la science : le fulmi-coton sert de base au collodion, dont la photographie et la chirurgie se disputent l'emploi.

Dans plusieurs pays, la police a cru devoir soumettre la fabrication et la vente du fulmi-coton à de gênantes et restrictives formalités. En France, cette matière est assimilée à la poudre et soumise, comme elle, aux dispositions des lois des 13 fructidor an v et 24 mai 1834. 11 est en outre défendu aux propriétaires de tirs d'employer le coton-poudre pour les exercices qui ont lieu dans leurs établissements.

FULMINAIRES (Tubes). Voyez FULGURITES.

FULMINANT (de fulmen, foudre). On donne ce nom à toutes les préparations qui jouissent de la propriété de détoner ou d'éclater avec bruit, lorsqu'on les chauffe légèrement, qu’on les triture ou qu’on les soumet à une pression plus ou moins forte. Les substances fulminantes peuvent se présenter sous des états divers. Parmi les gaz, on peut citer l’oxyde de chlore, qui, soumis à une chaleur de moins de 100°, se décompose en donnant lieu à une explosion; parmi les liquides, le chlorure d’azote, dont l'énergie fulminante est encore plus grande. Mais c’est dans la classe des corps solides qu’on trouve les exemples les plus nombreux de propriétés détonantes. Les fulminates en général, et particulièrement ceux d’argent et de mercure, l'ammoniure d’argent, celui d'or, et l'iodure d'azote, occupent le premier rang parmi les corps solides susceptibies de fulmination. La poudre à canon elle-même peut présenter tous les caractères de cette énergie fulminante, si elle a été préparée avec un charbon léger, et soumise au grainage sans l'avoir préalablement comprimée : alors elle brise

les canons les plus réfistants, comme pourrait le faire le fulminate d'argent lui-même. Cet exemple, susceptible d’application à beaucoup d’autres substances, dénote combien l’état physique d’un corps peut influer sur le temps nécessaire pour en opérer la décomposition, et par suite sur les résultats qu'on en attend. Toutes choses égales d’ailleurs, une matière poreuse et légère sera plus rapidement décomposée que la même matière à laquelle on aurait conservé ou donné de la cohésion par la compression ou par tout autre moyen. Pour que la même substance devienne le plus fulminante possible, il faut donc favoriser au plus haut degré l'instantanéité de sa décomposition chimique.

C’est presque toujours dans leur propre composition que les matières fulminantes trouvent le principe de leur décomposition; formées d'éléments gazéifiahles qui avaient été tenus dans un état de condensation très-considérable, souvent le moindre choc, l'élévation de la température, quelquefois une simple vibration des colonnes de l'air, le passage sourtout d’une étincelle électrique, tout suffit pour opérer une brusque décomposition : alors, les gaz devenus libres obéissent à ieur force d'expansion, se répandent dans l'air ou réagissent avec violence contre les parois des vases : supposant même que les circonstances favorisassent le retour instantané de ces gaz dégagés à la température sous laquelle ils n'auraient plus qu’une faible expansion, déjà la promptitude des effets résultant du dégagement peut avoir eu un effet mécanique d’une énorme puissance : c’est bien plus fort encore si, comme cela à souvent lieu, la température de ces gaz expansifs tend à s’élever au moment de la décomposition. Quelquefois cette élévation va jusqu’au rouge, c’est-à-dire à plusieurs centaines de degrés du thermomètre ; et dans ce cas il est facile d'imaginer l’accroissement d'intensité que doit prendre la force de répulsion, puisque le coefficient de dilatation des gaz étant, le volume de ceux qui se dégageront sera double par chaque augmentation de chaleur représentée pendant l'acte de la décomposition par le nombre 267.

Un certain nombré de substances fulminantes trouvent de l'emploi dans plusieurs arts, entre autres les fulminates d'argent et de mercure, et l’ammoniure d’or.

PELOUZE père.

Depuis la découverte du fulmi-coton plusieurs autres substances fulminantes, du plus puissant effet, ont été mises en lumière; les plus connues sont la nitroglycérine, le picrate de potasse, la dynamite; puis nous citerons la dualine, la poudre de Schultze, le chlorure d’azote. Une loi, votée le 27 février 1858, statua qu’un emprisonnement de six mois à cinq ans punirait tout individu détenant ou ayant fabriqué de la poudre fulminante, quelle qu’en fût la composition,

FULMINANTE (Légion). Voyez LÉGION FULMINANTE.

FULMINATE, sel résultant de la combinaison de l'acide fulminique et d'une base. On obtient les fulminates en faisant réagir de l'acide nitrique sur un métal en présence de l'alcool. Le fulminate d'argent, que l’on appelle encore poudre fulminante de Berthollet, du nom du savant auquel on en doit la découverte, est la plus intactile peut-être de toutes les substances que nous connaissons. Ce n’est qu'avec beaucoup de précautions qu'on peut la préparer, à cause des dangers qui accompagnent sa détonation, et en opérant sur des quantités extrèmement petites de matière. Après avoir dissous de l’argent fin dans de l'acide nitrique, on verse dans la liqueur une petite quantité d’eau de chaux, qui y forme un précipité brun, qu’on lave à plusieurs reprises avec de l’eau distillée; on verse ensuite sur ce résidu humide une petite quantité d’ammoniaque , qui le dissout, et on abandonne la matière à l'air pour qu’elle se dessèche. Si on opérait seulement sur un décigramme d'argent, il faudrait distribuer le précipité obtenu par la cliaux dans une douzaine de veries de montre avant d'y verser l’ammoniaque, car, une fois formée, la poudre fulminanfe pourrait déloner et Jonner lieu à de très-graves accidents. On ne pourrait sans

FULMINANT — FULMINATION

s’exposer chercher à enlever celte combinaïson, même hu. mide, pour la diviser en plusieurs parties, et ce serait courir aussi des risques que de la placer dans un vase de verre ou de porcelaine, qui pourraient être brisés dans sa détonation, et les fragments lancés avec une grande violence. Quand l'oxyde d'argent encore humide a été versé en très-petite quantité dans les verres de montre, on les place à une assez grande distance les uns des autres, sur une planche; on ajoute de l’ammoniaque pour dissoudre l’oxyde et en laisser la dessiccation s'opérer. Vient-on alors à toucher la matière avec un tube de verre ou un bâton, souvent même avec une barbe de plume, une détonation violente a lieu; le verre de montre est ordinairement brisé en mille pièces, et souvent le mouvement occasionné par l’air suffit pour faire fulminer la matière renfermée dans quelques-uns de ceux qui sont placés à peu de distance. Il arrive souvent aussi que quoique préparée de la même manière, une certaine quantité de l'argent fulminant ne détone pas, méme par un frottement assez fort; mais sa décomposition s'opère dans la plupart des cas avec tant de facilité qu’il est prudent de se servir d’un bâton d'un mètre au moins de longueur pour le toucher. Cette poudre fulminante partage avec plusieurs autres la singulière propriété de produire un effet très-considérable sur les corps qui la supportent, et qu’elle enfonce avec beaucoup de violence, tandis que la poudre à canon ne produit d’action que sur le projectile qui lui est opposé. On n’a jusque ici donné aucune explication entièrement satisfaisante de ce phénomène.

On n’emploie guère le fulminate d'argent que pour la préparation des pois fulminants. H. GAuLTIER DE Craugry.

Pour préparer le fulminate de mercure, ou poudre fulminante de Hovard, on opère sur un gramme de mercure et 12 grammes d'acide nitrique concentré ; on verse ensuite dans cette solution 12 grammes d’alcool, et on a la précaution de chauffer lentement. D'autres procédés sont employés par l'industrie pour préparer en grande quantité ce fulminate, qui sert à la fabrication des capsules et amorces fulminantes. Le fulminate de mercure se compose de 0,24 d’acide fulminique et de 0,76 d’oxyde de mereure. Il se décompose avec flamme et explosion, soit par le choc, soit lorsqu'on le chauffe à la température de 188°. Pour que le choc donne lieu à une explosion, il faut que les corps choqués possèdent une certaine dureté.

En moyenne, 1,000 grammes de mercure donnent 1,250 grammes de fulminate, qui suffisent pour préparer 40,000 capsules. A cet effet on broie le fulminate avec 30 p. 100 de son poids d’eau, et on y incorpore 0,6 de son poids de poudre ordinaire. On introduit ensuite cette pâte dans les capsules. Pour prévenir l’action de l'humidité, on recouvre Ja pâte avec de la teinture de benjoin ou avec une dissolution de mastie dans de l'huile essentielle de térébenthine.

Lorsqu'on fait détoner une capsule au milieu d’une caisse qui en est remplie, l’inflammation ne se propage pas, s’il n’y a pas de poudre interposée. Cependant ces capsules ne sont pas sans danger : aussi remplace-t-on quelquefois dans leur fabrication le fulminate de mercure par le fulmicoton.

FULMINATION, FULGURATION. Ce n’est que d'après la rapidité de l’inflammation et d’après la force du bruit, aù'on a établi une différence entre la défonation et la fulmination. Quand le phénomène n’est accompagné que d’un bruit comparativement faible , il prend le nom de détonation ; si le bruit est considérable , et que l’explosion soit violente, on dit qu'il y a eu fulmination. Tandis que le mot fulmination rappelle l’idée de la foudre (fubmen), fulguration exprime la rapidité de l'éclair (f#ulgur). I y a donc gradation de la fulmination-à la fulguration (voyez DÉFLAGRATION).

FULMINATION ( Droit canon), acte par iequet un évêque ou tout autre délégué du pape annonce un resciit, une bulle et en ordonne l'exécution. Jadis les ofliciaux étaient d’ofdinure Ghurges U6 ces missions, qui, leur ayant été

FULMINATION — FULTON

données dans les formes voulues, ne pouvaient même leur être retirées par la mort du saint-père. Ils ne pouvaient déléguer personne pour rendre la sentence d’exécution, mais il leur était permis de transmettre à des tiers le pou-

voir d'interroger les parties, d’assigner et ouir les témoins !

sur les faits exposés dans Pacte de la cour de Rome. Les objets de la fulmination, aussi variés que ceux des bulles, embrassaient les excommunications, les mandements des évêques, abbés et abbesses, les dispenses de mariage, les signatures portant réparations d’irrégularités, les rescrits réclamant contre des vœux, etc., etc.

FULMINIQUE (Acide). Découvert par Gay-Lussac, zet acide n'existe qu’en combinaison avec les bases dans les fulminates. Quand on cherche à l’isoler, il se décompose en acide cyanhydrique et en d'autres produits.

FULTON (Roserr) naquit l’an 1765, en Pensylvanie, dans le comté de Lancastre, de parents pauvres ; son père et sa mère étaient de malheureux émigrés irlandais, chargés de cinq enfants. Fulton n'avait encore que trois ans lorsqu’il perdit son père, et à dix-huit il savait à peine lire, écrire et compter : c'était là toute l'éducation qu'il avait pu puiser dans l’école de son village. Plein de zèle et d’industrie, il se rendit d’abord à Philadelphie, où, malgré le dénûment le plus complet, il parvint à étudier le dessin, la peinture et la mécanique. Allant d’auberge en auberge , et jusque dans les rues, vendre des paysages et faire des portraits, le jeune artiste parvint, au bout de quelques années, à se procurer une somme suffisante pour payer une petite ferme que sa mère faisait valoir. Lui en ayant ainsi assuré Ja propriété, et ne redoutant plus pour elle les besoins de la vie, Fulton passa en Angleterre en novembre 1786, espérant trouver dans le célèbre peintre d'histoire West, son compatriote, un maître habile et un protecteur généreux. Son espoir ne fut pas déçu : le respectable artiste l’accueillit comme disciple et commensal. Fulton fit sous lui de rapides progrès ; mais son génie le poussait surtout vers la mécanique. En 1793 il présenta au gouvernement des projets d'amélioration pour. les canaux, où les écluses sont remplacées par des plans inclinés sur lesquels montent et descendent des bateaux à roulettes. A cette idée, pratiquée déjà en Chine depuis un temps immémorial, et reproduite en Europe à des époques reculées par l'ingénieur anglais Reynold, Fulton ajouta beaucoup d’autres perfectionnements, et surtout la construction de routes, d’aqueducs et de ponts en fer fondu; mais ce fut en vain qu’il s’adressa au gouvernement et à des sociétés particulières pour l’exécution de ses projets. Afin de les faire apprécier, il fut obligé de les décrire dans un livre. A la fin de cet ouvrage se trouve une lettre à François de Neufchâteau, alors ministre de l'intérieur en France, relative à un projet de canalisation de ce pays, à l'aide des soldats. Fulton imagina aussi des espèces de charrues pour creuser les canaux ; il perfectionna à la même époque des moulins pour scier le marbre, et des machines pour filer le chanvre et commettre les cordages.

Quelques lettres de remerciments de la part des sociétés savantes et trois ou quatre brevets d'invention furent tout ce qu’il obtint dans la Grande-Bretagne. Pensant trouver en France plus d'encouragement , il arriva à Paris vers la fin de 1796. Invité par Joel Barlow, alors ministre plénipotentiaire des Etats-Unis en France, à venir résider au milieu de sa famille, Fulton accepta cette offre généreuse , et dès lors fut cimentée entre le plus illustre des poëtes américains et le premier ingénieur du Nouveau Monde cette étroite amitié qui devait durer autant que leur vie. Pendant les sept années que Fulton passa auprès de son ami, il se livra à l'étude du français, de l'italien et de l'allemand, étudia les mathémathiques, la physique, la chimie et la perspective, et composa plusieurs écrits qui n'ont pas été publiés. Il crut en 1797, époque ou la France et l’Angleterre songeaient à la paix , devoir donner ses idées sur la liberté des mers et du commerce : à cet effet, il entra en correspou-

dance avec le célèbre Carnot, qui l’affectionnait partieuliè- |

rement; mais la révolution du 18 fructidor ayant farcé Carnot à s’expatrier, Fulton présenta vainement ses projets aux nouveaux membres du Directoire. Il entreprit alors de faire adopter à la France un nouveau genre de guerre maritime, et dès le mois de décembre 1797 il fit à Paris quelques essais sur la manière de diriger entre deux eaux, et de faire éclater à un point donné, des boîtes remplies de poudre; c’est là que s'étaient arrêtées en 1777 les expériences de l'Américain Bushnell. Fulton échoua comme lui dans cette entreprise, aussi bien que dans celle d'employer des bateaux sous-marins pour conduire des pétards sous la carène des vaisseaux. L'argent lui manquant, Fulton s’adressa au gouvernement. Mais sa pétition, renvoyée au ministre de la guerre, n'obtint pas de réponse. Sans se décourager, il exécuta en acajou un modèle de son bateau, et avec cet argument, qui parlait aux yeux, il se présenta de nouveau au Directoire. Aussitôt une commission fut nommée pour examiner ses plans. Les rapports furent favorables, mais, après de longs délais, le ministre de la guerre les rejeta entièrement. Trois années s'étaient écoulées dans ces travaux ; Fulton , ne conservant plus d’espoir auprès du gouvernement français, s adressa au Directoire de la république batave , qui, de même que la France , méconnut l’importance de la guerre sous-marine , à l'exception, cependant, d’un de ses membres, nommé Vanstaphast, lequel fournit à l'ingénieur de l'argent pour exécuter plusieurs machines,

Bonaparte ayant été revêtu de la dignité de consul à vie, Fulton lui écrivit pour obtenir des fonds pour la construction d’un bateau sous-marin, et pour qu’une commission examinât ses expériences. Cette double requête eut tout son effet; l’argent fut accordé, et Volney, Monge et Laplace furent nommés et approuvèrent le projet; le bateau fut construit en 1800 et essayé pendant l’automne à Rouen et au Hävre. Le succès ne répondit pas à l’attente de l’inventeur. Ayant entrepris d’aller à Brest, il ne put achever la traversée, et son bateau sous-marin échoua aux environs de Cherbourg. Un second fut construit dans les ateliers de MM. Perrier, à Paris, et essayé, en 1801, sur la Seine, vis-a-vis des Invalides. L’ingénieur, enfermé dans son bateau avec un matelot et une bougie allumée, s’enfonça dans l’eau, y resta dix-huit à vingt minutes, et surgit après avoir

| parcouru une assez grande distance, puis disparaissant de

nouveau , il regagna le point de départ. Témoin de cette expérience, Guyton-Morveau remit à Fulton un mémoire sur les moyens de prolonger la respiration des hommes et la combustion des lumières à bord des navires sous-marins en réstituant de l’air vital et absorbant le gaz carbonique. Le même bateau fut plus tard essayé à Brest, et un rapport des plus favorables. fut dressé par des officiers de marine, Fulton s’occupa ensuite de manœuvrer un pétard contenant vingt livres de poudre avec son bateau sous-marin, et il réussit à faire sauter une chaloupe mouillée dans la rade. Mais chez Bonaparte le goût pour les innovations diminuait à mesure qu’il voyait croître sa puissance. Les mémoires et les pétitions de Fulton restèrent sans réponse; tou tefois, le profit qu’il retira du premier panorama offert par lui aux Parisiens lui permit de poursuivre ses expériences.

Pendant ce temps, lord Stanhope parlait avec anxicté, dans la chambre des pairs, du séjour de Fulton en France, et, sur sa demande, un rapport était adressé au premier ministre , lord Sydmouth, pour l’engager à rappeler l’habile ingénieur. Fulton ne se décida pas d’abord à accepter les offres du gouvernement britannique ; il s’occupait de construire un bateau à vapeur sur la Seine, avec l’assistance de M. Livingston, ministre plénipotentiaire des États-Unis à Paris; le bateau , terminé, fut essayé, mais se rompit par le milieu. Le ministre fournit des sommes pour la construction d’un second bateau , qui fut éprouvé à la fin de 1803 , et l'expérience ayant été satisfaisante, Fulton et son protecteur conçurent dès lors le projet, qu’ils réalisèrent Quatre ans après, d'établir des bateaux à vapeur sur les fleuves d'Amérique.

De retour en Angleterre, Fulton n’y rencontra, comme en France, qu’obstacles et dégoûts. En le rappelant, l’intention du gouvernement anglais avait été simplement! de juger ses projets et de lui acheter le secret au moyen d’une forte pension ; mais c'était grandement se tromper sur son caractère, On peut s’en convaincre par cette réponse à des agents du pouvoir : « Soyez assurés , leur dit-il, quels que puissent être vos desseins!, que je ne consentirai jamais à cacher mes inventions lorsque l'Amérique en aura besoin. Vous m’offririez en vain une rente de 20,000 liv. sterl., je sacrifierai toujours tout à la sûreté et à l’indépendance de ma patrie, » Après bien des délais, le ministère consentit enfin à faire essayer les {orpilles ou pétards sous-marins perfectionnés par Fulton. La première expérience, qui eut lieu la nuit du 2 octobre 1805, fut sans succès; mais Fulton insista , et le 15 du même mois, en présence des ministres, il fit sauter un brick danois du port de 200 tonneaux, qui était à l’ancre dans la rade de Walmer. Cependant, ce qui devait être favorable à lingénieur produisit l'effet contraire, et vers la fin de l’année suivante, ayant plus que jamais à se plaindre du gouvernement britannique, il quitta l’Angleterre pour New-York. Rentré dans sa patrie, jaloux de prévenir ses compatriotes en faveur de son projet relatif aux torpilles, il réunit dans l’île du Gouverneur les autorités de New-York et un grand nombre d'habitants, et entra dans les moindres détails sur ses inventions. Puis il s’occupa de la construction d’un bateau à vapeur, Le Clermont. Cette entreprise avait été condamnée par lopinion publique; le chancelier Livingston fournit seul les fonds nécessaires. Au mois d’août de l’année 1807, Le Clermont fut essayé. Le succès fut complet, et le triomphe du génie arracha à la multitude, jusque alors incrédule , des acclamations et des applaudissements immodérés.

Fulton s’occupait à observer toutes les parties de son bateau , ‘afin d’en connaître les défauts et de pouvoir les corriger. Après quelques changements, Le Clermont alla de New-York à Albany en trente-deux heures, et en revint en trente heures. Dans ces deux traversées, qui s’exécutèrent de nuit ct de jour, cette énorme machine jeta la terreur parmi les habitants des rives de l'Hudson et parmi les équipages des navires qui se trouvaient sur son passage. Les marins, étonnés de cette longue fumée qui s'élevait dans les airs et entendant le bruit des roues qui frappaient l'eau à coups redoublés, se précipitèrent (disent les journaux de l’époque) à fond de cale pour se dérober à cette effrayante apparition, Les plus hardis se prosternèrent sur le pont, implorant la Providence contre l'horrible monstre qui dévorait l’onde houleuse, Peu après Ze Clermon fit régulièrement le service de la poste entre New- York et Albany.

La construction du Clermont et ses succès engagèrent le célèbre mécanicien et son associé, le respectable chancelier Livmgston, à construire de nouveaux bateaux à vapeur, qui tous réussirent également. Alors s’accrurent promptement la fortune et la réputation de Fulton, qui, le 12 août 1807, répéta aux frais du gouvernement, dans les environs de New-York, l’expérience des armes sous-marines, qu'il avait déjà exécutée à Walmer, et fit sauter un vieux navire d'environ 200 tonneaux. En 1810 il publia un ouvrage sur ses torpilles. En mars, même année, le congrès vota des fonds pour en fabriquer, Fulton s’occupa ensuite successivement de la création des block-ships, des colombiades sous-marines, et des mules où bateaux muets, ete., lesquels furent successivement éprouvés. Mais il était destiné à trouver partout des obstacles : on alla jusqu’à lui disputer devant la législature de New-York la gloire d’avoir le premier établi utilement la navigation par la vapeur, et on chercha à faire révoquer son brevet, Sa santé était déjà altérée : cette affaire acheva de la déranger; il fut obligé de garder le lit. Un jour, étant sorti par un froid très-rigoureux pour donner des ordres aux ouvriers, et étant longtemps resté exposé à l'air, la maladie se déclara avec une nouvelle force , et,

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