FULTON — FULVIE
le 24 février 1815, il mourut à l’âge de quarante-neuf ans, Dès que la nouvelle de ce triste événement fut connue, la douleur publique se manifesta d’une manière éclatante. Les journaux s’entourèrent de marques de deuil, La municipalité de New-York et les diverses sociétés savantes et littéraires arrêtèrent que tous leurs membres porteraient le deuil pendant un certain temps. Le sénat, de son côté, s’associa au sentiment général, en arrétant aussi que le deuil serait pris par les deux chambres, V. DE MoLéon.
Fulton était mort en laissant pour 100,000 dollars de déttes. En 1829, le congrès accorda à ses enfants une somme de 50,000 dollars avec les intérêts échrus depuis 1815, et pius tard encore, en 1838, il leur vota une autre somme de 100,000 dollars,
FULVIE. Deux femmes de l’ancienne Rome ont rendu ce nom célèbre. L'une joua le rôle de dénonciatrice dans la conjuration de Catilina, et dégrada une illustre naissance en faisant le métier de courtisane. Elle avait pour amant en titre un chevalier Q. Curius, qui déhonorait aussi par sa conduite un des noms les plus respectables de Rome : exclu par les censeurs du sénat pour plusieurs infamies , forcé par le dérangement de ses affaires de cesser ses prodigalités envers Fulvie, il se mit tout à coup, voyant que cette femme avide lui tenait rigueur, à changer ses doléances et ses supplications en promesses extravagantes, entremélées de menaces si elle ne leremettait pas en possession de ses anciens droits sur elle. Fulvie, surprise d’abord, s’adoucit assez pour découvrir d’où provenait l’arrogance inaccontumée de son amant, et elle ne crut pas devoir tenir secret le péril qui menaçait l'État. Elle fit sourdement circuler dans le public ce qu’elle avait appris, sans nommer personne, Cicéron, élu censul, en obtint des révélations plus explicites; et, de concert avec elle, détermina Curius, par les plus belles promesses, à lui révéler tout le projet de Catilina. Plus tard, lorsque deux des conjurés conçurent le projet d’assassiner Cicéron, Curius se hâta de l’en faire avertir par Fulvie. Quand le procès des complices de Catilina fut déféré au sénat, Curius, appelé à déposer comme témoin, chargea beaucoup César; mais ses dénonciations contre ce redoutable citoyen n’eurent d’autre résultat que de lui faire perdre la récompense promise aux dénonciateurs. Quant à Fulvie, il est probable qu’elle s’était fait payer d'avance sur les fonds dont pouvait disposer Cicéron en qualité de consul. L’historien Florus parle de cette Fulvie avec beaucoup de mépris : il la qualifie de courtisane des plus viles (vilissimum scortum).
L'autre Fuzvie fut appelée à jouer un rôle moins secondaire que sa contemporaine. Fille de Marcus Fulvius Bambalio, n'ayant, suivant l'expression de Velléius Paterculus, rien d’une femme que le corps, elle fut successivement l’épouse de trois hommes considérables dans la république, et qui tous trois naquirent pour le malheur de Rome : Clodius, l'ennemi de Cicéron; Curion, tribun non moins séditieux que Clodius, dont il avait été l’ami; et le triumvir Marc-Antoine. Quand Clodius eut été assassiné par les satellites de Milon, et que son cadavre, rapporté à Rome, fut exposé dans le vestibule de sa maison, Fulvie, par ses discours véhéments, anima le peuple à la vengeance. Curion, zélé partisan de César, ayant péri en Afrique après la bataille de Pharsale, Fulvie ne s'amusa pas à le pleurer, et épousa Marc-Antoine, qui était alors l’âme damnée du dictateur, Après la mort de César , tant que son mari fut maître des affaires, elle le poussa aux rapines les plus scandaleuses, comme aux actes les plus violents et les plus cruels. Ce fut à l’instigation et sous les yeux de Fulvie qu'il décima une légion romaine. Plus tard, lorsque Antoine fut proscrit, après sa défaite devant Modène, elle se vit en butte à de menaçantes représailles; mais elle trouva un protecteur puissant et zélé dans Atticus, l'ami intime de Cicéron, qui poursuivait Antoine avec acharnement, On sait comment ce grand orateur paya le tort d'avoir été vaincu danseette guerre à mort : il fut proscrit par les triumvirs Octave, Antoine et Lépide, et Fulvie, à qui l’on apvorta la tête de Cicéron, se dunna le
FULVIA — FUMETERRE
plaisir de percer d’une aiguille d’or cette langue qui avait lancé contre elle et son époux des traits si acérés. Tandis qu’Antoine proscrivait de son côté, Fulvie proscrivait du sien; et Antoine la laissait faire. |
Lorsque, vainqueurs de Brutus et de Cassius, Antoine et Octave n’eurent plus qu'à se disputer l’empire du monde, Fulvie, qui était restée à Rome, tandis que son époux se trouvait en Orient, troubla tout par ses intrigues et par ses fureurs. Elle avait deux motifs pour détester Octave: d’abord, le jeune triumvir, qui n'avait épousé la fille qu’elle avai eue de Clodivs que pour obéir aux légions, ne témoignait à Clodia que froideur et mépris, jusqu’à se refuser à consommer ce mariage; en second lieu, la vieille Fulvie aurait souhaité se faire aimer de son gendre, qui voulut encore moins de la mère que de ia fille. Elle n'était pas femme à pardonner tant d’offenses : elle anima de ses passions, en leur donnant une couleur politique, Lucius Antonius, son beau-frère ; et ce dernier, prenant le masque républicain, se déclara contre le triumvirat, s’annonça comme le protecteur des propriétaires dépouillés, et prit les armes contre Octave pour la cause de la liberté. Ce mot rallia sous ses enseignes plusieurs légions et une aveugle jeunesse, qui voyaient le restaurateur du parti de Pompée dans le docile instrument d’une vieille femme. Octave fit marcher contre Lucius trois armées, dont une sous ses ordres immédiats. Lucius s’enferma dans Pérouse avec Fulvie, qui animait elle-même les combattants ; mais tout cédait alors à la fortune et à l’habileté d’Octave. Lucius se rend à son adversaire, qui cette fois se montre clément. Fulvie, sans espérance, se retire d'abord à Pouzzoles, ensuite à Brindes , enfin dans la Grèce. Elle était malade à Sicyone en Achaïe, lorsque Antoine vint dans cette contrée, Il ne daigna pas lui faire une visite; et elle mourut, Van de Rome 712 (42 avant J.-C.), dans les angoisses de toutes les mauvaises passions trompées.
à Charles Du Rozorr.
FULVIUS, nom d'une illustre famille plébéienne de Rome, originaire de Tuseulum, qui fournit à la république des consuls et des préteurs, et se subdivisa par la suite des temps en cinq branches, distinguées entre elles par les surnoms de Flaccus, Nobilior, Pætinus, Curvus et Centumalus.
Quintus Fuzvius FLaccus, après avoir obtenu, à deux reprises, le consulat, et avoir exercé la censure l’an 2341 avant J.-C., fut pendant deux années de suite, après le désastre de Cannes, chargé de la préture. Nommé pour la troisième fois consul, l'an 212 avant J.-C., il battit Hannon en Campanie; l’année suivante il soumit Capoue, et la punit sévèrement de sa défection. Il mourut après avoir été pour la quatrième fois nommé consul, l’an 209 avant J.-C.
Son petit-fils, Marcus FuLvius FLaccus, nommé consul lan 125 avant J.-C., ayant proposé d'accorder aux alliés les droits de citoyen, fut envoyé par le sénat dans les Gaules, à l’effet de porter secours aux Massiliens, vivement pressés par leurs voisins. Plus tard, il se lia étroitement avec Caïus Gracchus, et périt avec ses deux fils, en121.
FUME. On donne ce nom à l'épreuve d’une gravure en bois obtenue au moyen du brunissoir, C’est une sorte d'épreuve d'artiste, faite pour s’assurer des résultats du travail. ‘
FUMÉE. Tous les corps étant chauffés à un degré con-
enable passent de l’état solide à l’état liquide > Ou à l’état.
de gaz. Les matières qu’on brûle dans les foyers pour obtenir un certain degré de température sont le bois, le charbon végétal ou fossile, la tourbe, etc. Ces matières soumises à l'action du feu ne produisent presque pas de liquides ; elles donnent, au contraire, une quantité extraordinaire de gaz, dont la nature dépend de celle du combustible. Si la combustion était parfaite, on ne verrait point ce que nous appelons fumée s'élever et monter au-dessus du foyer, puisque ce courant ascendant se composerait de fluides invisibles comme Vair que nous respirons. La fumée est sensible à nos yeux Par la raison qu'il se mêle au courant ascendant des gaz DICT, DE LA CONVERS, — T, X,
de la vapeur d’eau, des particules du combustible qui, cunsümées en partie, ont acquis assez de légèreté pour étre relativement moins pesantes que Pair qu'elles déplacent. 1] ne faut pas confondre la vapeur avec la fumée : celle-ci est toujours composée de plusieurs matières solides et liquides de différentes natures ; la vapeur, au contraire, ne contient pas de matières à l’état solide : Ja vapeur d’eau pure, par exemple, est un gaz imparfait, qui ne contient aucune matière palpable.
La fumée a de graves inconvénients, surtout dans les grandes cités où l’on brûle du charbon de terre, soit pour les usages domestiques, soit pour le service des manufactures dont la loi y autorise l'existence. Ces inconvénients ont attiré l'attention du parlement anglais, qui a décidé qu’à l'avenir toutes les cheminées de Londres seront pourvues d'appareils fu in i- Yores. Cet exemple a été imité à Paris. La santé publique Y gagnera ; les particuliers y trouveront même une économie, car la fumée est un combustible imparfaitement brûlé.
Au figuré, il n’y a point de fumée sans feu signifie : ilne court point de bruit qui n’ait quelque fondement. 74 ny a point de feu sans fumée veut dire : On a beau cacher une passion vive, elle se manifeste toujours. S’en aller en fumée s’applique aux choses qui ne produisent point l'effet attendu : Tous ses projets s’en vont en fumée. Un vendeur de fumée, c’est un homme qui n'a qu’un crédit apparent. On dit aussi familièrement : Les fumées du vin, pour les vapeurs qui mon: tent de l’estomac au cerveau ; Les fumées de l’orgueil, de l'ambition, pour les mouvements qu’excitent ces passions. Fumce est en outre synonyme de vain : la gloire et les honneurs ne sont le plus souvent que de la fumée.
Fumée est un terme que les chasseurs emploient pour désigner la fiente des bêtes fauves. TEYSSÈDRE.
FUMÉE (Noir de). Voyez Nom.
FUMET , terme de vénerie et de cuisine. On désigne ainsi certaine émanation, certaine vapeur particulière , qui s’exhale du corps des animaux crus ou cuits, et qui en fait reconnaître la présence ou la qualité. Toute substance extraite du règne végétal ou animal exhale probablement un fumet plus ou moins caractérisé, mais dont l’imperfection de notre odorat ne nous permet pas de nous apercevoir dans le plus grand nombre des cas. La plupart des animaux , {eis que lechien, par exemple, doués d’un organe olfactif beaucoup plus sensible que le nôtre, perçoivent d'une manière étonnante le fumet les uns des autres ou celui des corps organisés qu’ils peuvent avoir intérêt de rechercher ou de fuir. Cette espèce d’émanation, qui s’exhale du corps de fout être animé, est même un guide beaucoup plus sûr que la vue pour diriger les animaux carnassiers dans la recherche de leurs proies, et pour donner à ces dernières le moyen d'échapper à leur ennemi. BILLOT.
FUMETERRE, genre de plantes de la famille des papavéracées, ayant pour caractères : Un calice de deux pièces et caduc, une corolle composée de quatre pétales, irrégulière et comme labiée; six étamines diadelphes ; un ovaire supérieur surmonté d’un seul style. En général, les tiges des fumeterres ne s'élèvent pas très-haut, et deux espèces seulement ont des fleurs un peu grandes : l’une est indigène, c’est la fumeterre bulbeuse (fumaria bulbosa , Linné); l'autre est originaire du cap de Bonne-Espérance. Parmi les indigènes, l’espèce officinale (fumaria officinalis, Linné) est Ja plus commune : on la trouve dans les cultures, les haies, etc. Ses tiges, grêles et rameuses , ne s’élèvent tout au plus que de trois décimètres, et les feuilles surcomposées, les fleurs, très-petites et sans éclat, n’attirent point attention d’un spectateur qui n’est ni botaniste ni médecin. Le cultivateur voudrait débarrasser ses champs de toutes ces plantes parasites qui usurpent le sol et étoutfent dans leur croissance le blé et d’autres céréales utiles ; mais les semences de {a fumeterre, comme celles des coquelicots, des bluets ; Cc., échappent, par leur extrème petitesse, aux opérations de nettoyage des grains. La seule espèce dont on pourrait s'occuper plus qu'on ne l’a fait jusqu’à présent est la Jumeterre bulbeuse :
æs fleurs s’embelliraient peut-être par la culture ; et ilsemble que sa racine devrait être soumise aux mêmes expériences que celles des orchis, de Ja bryone, des arums, et d’autres plantes, qui fourniraient, au besoin, soit des aliments, soit des matières dont les arts pourraient tirer parti. Ferry.
FUMEUR, celui qui aspire et expire habituellement de la fumée de tabac, au moyen de cigarres, de cigarettes et surtout de pipes.
FUMIER, le plus abondant et le plus précieux de tous lesengrais, d’une action fécondante supérieure à celle des matières végétales, moins puissante et moins rapide que celle des matières animales pures, mais beaucoup plus durable. Il est de nature mixte, végéto-animale, composé de pailles , d’autres tiges ou feuilles de plantes qui, ayant servi de litière aux animaux domestiques, sont imprégnées de leurs exhalations, imbibées de leur urine, et mélangées avec leur fiente ; les liquides qui s’en écoulent en font aussi partie, Tel est le sens du mot fumier dans son acception la moins étendue; mais ordinairement on l’applique à l’ensemble des produits végétaux et animaux qui en forment la masse dans une exploitation rurale bien entendue. Alors il se compose du fumier proprement dit, de la fiente des volailles et des pigeons, des résidus provenant de la fabrication du vin, du cidre, de l'huile, etc., de la chair, des os et du sang des animaux; de toutes les plantes coupées en vert qui poussent dans les fossés et les endroits marécageux de la ferme, des vases retirées des fossés et des mares, des sciures de bois, des cendres, de la suie, des criblures, etc., des eaux grasses, des eaux alcalines, du jus de fumier, des terres franches imbibées de sucs végétaux ou animaux à l’état de décomposition putride, du produit des fosses d’aisance, etc.
Le fumier proprement dit offre de grandes différences selon les animaux qui le produisent : le fumier de cheval, divisé, d’une fermentation prompte et facile, pousse activement la végétation; il convient surtout dans les terres fortes et argileuses ; celui de vache, beaucoup plus compacte, est d’une fermentation lente et s'applique surtout aux terres sèches et maigres, auxquelles il donne du corps, le fumier de cochon jouit à peu près des mêmes propriétés que le précédent, mais à un moindre degré; le fumier de mouton, de chèvre, elc., composé de paille imbibée d’urine, et de crottes dont les molécules adhèrent fortement, est plus actif et plus durable dans son action sur les plantes que les autres fumiers. Le mélange bien égal des trois premières espèces forme une masse d’une fermentation facile et régulière, et produit un engrais consommé, d’une qualité excellente, Selon les habitudes locales, la nature des terres et Ja quantité d'engrais produite, le fumier s'emploie : 1° à l’état frais avant que la fermentation s’y soit développée; 2° à moitié consommé; 3° à l’élat de pâte onctueuse et dense; 4° enfin, à l’état de terreau, meuble et pulvérisé. De ces quatre procédés, lequel est préférable? Pour la solution de cette question, il est nécessaire d'examiner le mode J'action de chacun.
Par ses pailles longues ou ses autres tiges végétales, le fumier frais, répandu dansles terres au sortir des écuries ou quelques semaines après sa formation, soulève et divise la terre, et y ménage des canaux souterrains pour l’écoulement des eaux; par les urines et les excréments qu’il renferme, il échauffe les plantes et leur fournit des sucs. Mais toutes les matières végétales non décomposées n’agissent d’abord que d’une manière mécanique ; elles se convertissent lentement en terre végétale, parce que la fermentation putride n’en précipite pas la décomposition.
Dans le fumier à moitié consommé, la fermentation à déjà produit des changements notables, la combinaison des matières animales et végétales est commencée; elles sont Moins distinctes l'une de l'autre ; la paille, en partie divisée, saturée de sucs qui lui donnent une couleur brune, en partie confondue avec les matières animales pour former un tout homogène, présente immédiatement la nourriture aux Végétaux par la portion en combinaison intime avec les ma-