GROSSESSE
seulement pendant la marche, mais même au lit. Le relächement des symphises du bassin, s’il n'avait jamais lieu que dans les derniers mois de la grossesse, pourrait être une suite de la compression exercée sur les symphises par l’utérus distendu ; mais lorsque ce ramollissement se montre dès le quatrième mois et se prolonge bien au delà de l’accouchement , ne faut:il pas y voir une maladie des os, une ostéomalacie? La marche n’est souvent alors possible qu’à l’aide de ceinture, etc. Une autre cause rend la marche diffcile et mal assurée, c’est la saillie du ventre, qui oblige le corps à se renverser en arrière et empêche de voir le sol au-devant des pieds : les chules dans cet état sont, il est facile de le comprendre, souvent cause de graves accidents.
Il serait sans doute très-ufile de connaître l'influence de la grossesse sur les maladies et de celles-ci sur la grossesse. Malheureusement cette étude est entièrement à faire. Les maladies aiguës diposent à l’avortement et présentent plus de gravité, suivant Hippocrate ; à l'opposé, on remarque qne certaines affections chroniques, la phthisie entre autres, semblent suspendre leurs progrès pendant la gestation.
Charron, danssonlivre De la Sagesse, dit «que la génération et portée au ventre n’est pas estimée et observée avec cette diligence qu’elle doibt, combien qu’elle ait autant ou plus de part au bien et au mal des enfants que léducation.. » Il rappelle « qu'avec grand raison et en Lacédémone et autres bonnes polices, y avait punition et amende contre les parents, quand leurs enfants étaient mal complexionnés ». La pureté de l'air est particulièrement nécessaire aux femmes enceintes, et l’on en peut donner pour preuve les bons résultats obtenus en Suisse (pour rendre plus rares le crétinisme) de l’abandon des vallées humides et du séjour sur les endroits élevés pendant la gestation. A l'opposé dans les Vosges, les femmes pour éviter les fausses couches abandonnent les lieux élevés, pour aller habiter les vallées. Les femmes enceintes ne doivent pas habiter des chambres basses, humides, mal ventilées, ni trop chaudes. Leur nourriture, légère dans les premiers mois, doit être plus nutritive dans les derniers, et alors sera prise en petite quantité à la fois et plus souvent. Rien de plus faux en effet que le malbeureux préjugé qui dès qu'une femme a conçu lui fait prendre une plus grande quantité d'aliments pour subvenir à une double nutrition. Le pen d’appétit des femmes enceintes dans les premiers temps, le besoin fâcheux qu'elles éprouvent de condiments épicés et des liqueurs spiritueuses pour faciliter la digestion prouvent clairement la fausseté de ce préjugé. Les bains, utiles pour quelques femmes, sont souvent pris avec peu de prudence et nuissent particulièrement dans le cas de faiblesse. Un sommeil un peu plus long est nécessaire pendant la gestation ; aussi doit-on combattre activement par la saignée, les bains tièdes, l’exercice, etc., l'insomnie assez fréquente pendant les derniers mois. A tort on redoute généralement l'influence de l'exercice ; ses avantages pour la santé des femmes de la campagne ne sont point équivoques, et durant la gestalion on ne les voit rien changer à leurs occupations, très-actives. Il est d’ailleurs certain qu’un exercice non excessif combat la disposition aux affections catarrhales, si communes pendant la gestation. Un autre avantage de l'exercice est de maintenir l'équilibre nécessaire entre les organes du mouvement et ceux de la sensibilité; avantage considérable, puisque les émotions et les sensations très-vives peuvent, dans les pres miers temps de la grossesse, provoquer l'avortement. Levrel attrihuait à l'oubli de la continence la plupart des fausses couches qui surviennent sans cause connue. Étreindre la poitrine ou le ventre dans des vêtements trop serrés , dans des corsets. à buse dur, peut avoir des résultats non moins fâcheux. Un point qu'il importe encore de ne pas oublier, au moins pendaut la mauvaise saison, est le refroidissement du corps et des membres résultant de l'éloignement des vêtements par suite de la saillie de l'abdumen, Les femmes ne doivent done point alors négliger de por: ter des caleçons très-sliaude,
GROSSESSE — GROSSWARDEIN
Même Gas le vulgaire, on commence à ne plus croire à l'action des désirs, des envies de la mère sur l'enfant, Autrefois on supposait que cette influence s’exerçait sur les points touchés par les doigts de la mère au moment de l'impression morale, à moins que ces points ne fussent immédiatement essuyés avec un linge.
Le médecin est souvent appelé légalement à prononcer sur l’existence vraie ou fausse d’une grossesse, sur la date de la conception et sur sa durée. On demande également souvent si une femme enceinte a pu ignorer son état; bien que généralement fausse, cette supposition est parfois fondée. Les signes de la grossesse sont en effet souvent très-équivoques pendant sa première moitié, et parfois ont été indiqués d’une façon très-bizarre. Catulle, par exemple, cite Pépreuve faite en mesurantle col d’une nouvelle mariée la veille et lelendemain des noces, et des hommes plus graves se sont arrêtés à des signes non moins singuliers. Nous ne rappellerons pas ceux que déjà nous avons indiqués, disons que les plus certains se rattachent au développement de l'utérus et à la présence du fœtus. Sans parler du toucher, l’auscultation par l'oreille nue ou aidée du stéthoscope fait distinguer les doubles battements précipités du cœur de l’enfant et en outre le souffle placentaire isochrone au pouls de la mère. Une double grossesse a pu quelquefois être ainsi reconnue ; mais il faut convenir que malgré l’attention la plus soutenue et une longue et savante expérience, on peut ne pas rencontrer ces signes variés, même après le quatrième mois, et rester dans le doute. Parfois d’ailleurs des tumeurs abdominales pourront s'accompagner des signes les plus importants et même du bruit de souffle. Le toucher n’apprécie pas seulement le volame et le poids, il peut aussi par la disposition du col et du corps de l’utérus indiquer la date de la gestation. Quant à pouvoir discerner la présence de deux enfants, la difficulté est beaucoup plus grande. On est allé cependant beaucoup plus loin, et l’on a prétendu annoncer le sexe de l'enfant. Hippocrate lui-même a donné quelques indices aussi peu fondés que tous ceux qui ont été indiqués depuis. À peine quelques femmes ayant eu déjà plusieurs grossesses de sexe différent ont pu à l’avance annoncer le sexe de l'enfant qu’elles portaient, en se guidant sur quelques observations qui leur étaient particulières. Une question de médecine légale qui a beaucoup occupé est celle de la superfétation. 1lest peu probable, hors le cas de matrice partagée en deux cavités et celui de grossesse très-récente ouextrautérine, que la femme enceinte puisse de nouveau concevoir. Une autre question difficile est celle de la perversion maladive de la volonté des femmes enceintes.
Combien ne resterait-il pas à dire sur les égards et la protection générale due aux femmes enceintes ! Par la déclaration de la grossesse, l’édit de Henri IL pensait assurer la vie des enfants illégitimes. Y parvenait-il aussi sûrement que le peuvent faire nos nombreuses institutions charitables? Cela est au moins douteux. Éclairer les femmes sur les règles de l'hygiène qui leur convient, écarter d’elles tout objet capable de produire des impressions pénibles, les protéger énergiquement contre l’insulte et contre toute violence, leur procurer les secours nécessaires, afin qu’elles ne soient pas astreintes à un travail excessif, enfin ajourner toute instruction et toute comparution pour cause grave devant les tribunaux, tels sont les principaux devoirs prescrits par Phygiène publique.
Grossesse extra-utérine. La marche de la grossesse est parfois anomale et sous des influences encore mal connues : lovule fécondé, au lieu de descendre par la trompe daus Putérus se fixe, croit et se développe dans la cavité abdominale, oùil contracte des adhérences, soit avec le péritoine, soit avec l'ovaire même, et S'enveloppe ensuite d’un sac organisé. D'autres fois c’est dans la trompe même que se développe Pœuf et son kyste jusqu’à ce que, trop volumineux, il la déchire ef continue son accroissement en partie sur le péritoine ou dans les interstices des parois utérines. D'autres fois, saiçant quelques observations, ce serait en partie dans l’u-
DICT. DE LA CONVERS, — T, x.
térus et en partie dans la trompe quele fœtus et ses annexes se rencontreraient. Quelques signes peuvent quelquefois, dès le troisième ou le quatrième mois, faire distinguer ce genre de grossesse anomale. Du reste avant le cinquième mois elie se termine le plus ordinairement par la mort du fœtus et la rupture du kyste, souvent avec des douleurs simulant l'accouchement, 11 n’est pas rare qu'après les premiers accidents inflammatoires, fort graves, les parties fluides soient résorbées et que les débris du produit de la conception séjournent fort longtemps avant de se faire jour au dehors, soit à la suite d’une opération, soit même spontanément.
D' Auguste Gourir.
En droit, la veuve qui reste enceinte doit faire sa déclaration de grossesse, et il lui est donné dans ce cas un curateur au ventre pour prévenir {toute supposition depart. La femme condamnée à mort, en déclarant sa grossesse, suspend l’exécution; mais la vindicte de la s0ciété la ramè e à l’échafaud sitôt qu’elle a été délivrée.
GROSSETO , ville d'Italie, sur l'Ombrone et le chemin de fer de Florence à Rome, à 86 kilom. sud de Florence, avec 4,000 âmes, est le siège d’un évêché et d’une cour d’appel. La province, dont elle est le chef-lieu, comprise avant 1859 dans la Toscane, contient (1861) 100,626 habitants répartis sur une superficie de 4,434 kilom. carrés. La ville est située dans un terrain marécageux ; il y a dansles environs de vastes salines qui produisent 100,000 quintaux d:,sel nar an.
GROSSIERETE. C’est l'opposé de la politesse. La grossièreté est tantôt un défaut, tantôt un vice. Quand elle est un défaut, c’est qu’elle provient du manque d'éducation , et alors on l’excuse. Quand elle est un vice, c’est qu’elle a sa source dans l’oubli et le mépris des plus simples convenances sociales , et alors elle inspire une répulsion aussi vraie que légitime. Trop souvent l’homme y est conduit par le relâchement de ses mœurs : quand on ne respecte pas les lois de la morale, il est naturel qu’on en vienne à se mettre au-dessus des convenances, et à regarder les unes et les autres comme des préjugés bons pour le vulgaire. L’homme grossier parce que l'éducation première lui a manqué offensera rarement avec intention; l’homme grossier et qui pourrait ne pas l’être est toujours blessant. C’est surtout en présence des femmes que ce vice est insupportable : l’homme bien élevé souffre pour leur compte, autant qu’elles-nêmes, des grossièretés commises devant elles par des individus qui rapportent dans le monde les habitudes des bas lieux qu’ils fréquentent , lieux où l’on appelle beaucoup trop les choses par leur nom, et où les notions de l’honnète et du déshonnête n’existent plus. C’est surtout à table, lorsque le Pomard ou le Champagne mettent les convives légèrement en gaieté, que l’homme aux habitudes grossières se trahit bien vite ; ce n’est pas un des moindres supplices des gens d'éducation que d’avoir alors à rougir de propos malséants, grossiers, qui échappent à tel convive qu’on eût dù croire, en raison de sa position sociale, observateur des convenances. L'homme de mauvais ton n’est pas toujours grossier; l’homme grossier, au contraire, ést toujours de mauvais ton, par la raison que la grossièreté est l’extrême limite de l’impolitesse.
GROSSULARIEÉES, famille de plantes phanérogames, ayant pour type le genre groseilliær. Elle à aussi reçu le nom de ribésiacées, qui doit être préféré, car il est tiré de ribes, nom générique du groseillier, tandis que grossulariées dérive de grossularia, simple nom spécifique du groseillier épineux.
GROSSWARBDEIN, en hongrois Nagy-Vàärad, cheflieu du comitat du Bihar, dans la haute Hongrie, au delà de la Theiss, bâtie dans une belle plaine, sur les rives du Kœræs, comprend outre la ville proprement dite les trois faubourgs de Vàrad-Blassi, de Vàrad-Velencze et de Vàralja, qui possèdent chacun leurs autorités municipales. Entre Vaärad-Velencze et Grosswardein est située la petite forteresse de Grosswardein, défendue par des fossés profonds, de hautes murailles en pierre et six bastiens. La
magnifique cathédrale, où l’on conserve les reliques de saint Ladislas, le palais épiscopal et la prison du comitat, reconstruite d’après le système pensylvanien et renfermant 150 cellules, sont les édifices les plus remarquables de cette ville, qui est le siége d’un évêché catholique et d’un évéché grec-uni. Elle possède en outre, en fait d'établissements d'instruction publique, une académie, espèce de lycée ou école supérieure, un archigymnase, un couvent noble et un séminaire théologique. La fabrication de la poterie et des étoffes de soie, mais surtout la culture de la vigne, forment la principale industrie de ses 29,240 habitants (1870), la plupart d’origine magyare. Près de Grosswardein, au village de Hajoé, se trouvent des eaux thermales d’une grande efficacité contre les crampes et l’apoplexie,
Grosswardein est célèbre dans l’histoire par la paix qui y fut conclue, le 24 février 1538, entre Ferdinand [°" et Jean Zapolia. En 1556 elle fut attribuée à la Transylvanie. Après l'avoir inutilement assiégée en 1598, les Turcs la prirent en 1660; et la paix, signée dans le camp de Vasvar, leur en confirma la possession. Reprise sur eux en 1692, elle est depuis lors restée à l’Autriche. Lorsqu’à la suite de la révolution de 1848-1849 le gouvernement national hongrois dut se réfugier à Debreczin, ce fut à Grosswardein, qui n’en est qu’à quatre myriamètres, qu’on transporta la presse à imprimer les billets de banque, les archives de l'Éfat, la manufacture d’armes à feu, etc.; et cette ville se trouva de la sorte improvisée en seconde capitale du royaume.
GROTE (Georcrs), historien, homme d’État et banquier anglais, qui descend d’une ancienne famille allemande, est né en 1794, à Clayhill, près de Beckam dans le comté de Kent. Son grand-père fonda à Londres, en société avec Georges Prescott, la grande maison de banque qui existe encore dans cette capitale sous cette raison. Élevé au collége de Charterhouse, le jeune Grote entra dès l’âge de seize ans dans les bureaux de son père ; mais tous les moments de répit que lui laissèrent les affaires, il les consacra
à l'étude. C’est ainsi qu’en 1821 il faisait paraître, en con- |
servant toutefois l’anonyme, une brochure où il combattait VEssay on parliamentary Reform de sir James Mac-Intosh, Plus tard, il fit encore paraître un petit écrit intitulé: On the essentials of parliamentary Reform, et il prit la part la plus vive à l’agitation politique de 1830 et 1831. II se rattacha alors au parti radical, et fut élu en 1832 membre
de la chambre des communes par la ville de Londres. Il y |
prit pour spécialité l'introduction du vote au scrutin se-
cret, renouvelant à chaque session des motions ayant pour |
but de faire triompher ce principe, et qu’il appuyait toujours des démonstrations et des argumentations les plus logiques. Mais il ne réussit point à triompher de Ja résistance des conservateurs et des répugnances d’une grande partie des whigs; dès lors, découragé et dégoûté de la politique, il résigna en 1841 son mandat législatif, pour se li-
vrer désormais exclusivement aux travaux que nécessitait |
louvrage entrepris par lui dès 1823 sous le titre de History of Greece (8 vol., Londres, 1846 et 1850 ; 4e édition, 1864). Ce livre, qui réunit une érudition réelle à une rare sagicité, à une grande indépendance de jugement, lui
assura une g'ande place dans la litt rature historique. |
On y ratlache, comme complément philosophique, son dernier ouvrage (Plalo and the other compunions of Socrales; Lond., 1864, 3 vol.). Nommé en 1868 président de l'université de Lonires, il est mort le 18 juin 1871. On l’a inhumé à Westminster,
GROTEFEND (Geonces-FréÉpérIC), savant philologue, né à Munden, en 1775, mort à Hanovre, en décembre 1853, fut nommé en 1825 directeur du lycée de Hanovre, Indépendamment d’une foule d'articles d’érudition fournis par lui à la grande encyclopédie d'Ersch et Grüber et à divers recueils scientifiques, on à de lui un grand rombre d'ouvrages sur toules les branches de la linguistique, en tête desquels figurent ceux qu'il composa sur les
GROSSWARDEIN — GROTIUS
origines des langues grecque et latine, sur les inscriptions cunéiformes, dont il fut un des premiers à essayer l’interprétation; sur les inscriptions phrygiennes et lybiennes, sur la numismatique orientale, etc. Nous citerons, entre autres, ses Rudimenta Linguæ Umbricæ ( 8 cahiers in-4° ; Hanovre, 1835-1838), et ses Rudimenta Linguæ Oscæ (1839) ; enfin son Essai sur La Géographie et l'Histoire de l'antique Ilulie (1840-1842), ouvrage où l’on rencontre les hypothèses les plus hardies. Dans la préface qw’il plaça en tête des Extraits de l'Histoire primitive des Phéniciens, de Sanchoniaton, par Wagenfelds (1836), le premier il appela l'attention publique sur cette fraude littéraire (voyez SANCHONATON).
GROTESQUE, nom que lon a donné d’abord, dans les arts du dessin, à certains ornements ou arabe sques, et par suite à des compositions caricaturales et singulières, à des figures bizarres et chargées, imaginées par un artiste et dans lesquelles la nature est outrée et exagérée.
Des arts du dessin, l'expression grotesque a passé dans le |
langage usuel, où on l’emploie souvent pour désigner des espèces de caricatures, produit d’une imagination déréglée, des
productions contraires au sens commun et excitant lerireen
raison même de leur étrangeté. Alors le grotesque appartient au genre comique, et notamment au bas comique. Il apparaît de préférence dans la danse théâtrale et dans le comique dra-
- matique. Cependant quelques auteurs et quelques artistes modernes ont voulu l’introduire dans de grandes compositions, comme pour faire ressortir davantage par le contraste soit des situations dramatiques, soit des sentiments héroïques. Ces essais n’ont pas toujours été heureux, et la réhabilitation du grotesque a porté malheur à plus d’un grand esprit. Disons enfin que ce nom de grotesque a été donné à une classe de baladins qui amusent particulièrement le public par des grimaces et des contorsions.
GROTIUS ( Hucues DE GROOT). Son bisaïeul, Cornets ou de Cornets, gentilhomme franc-comtois, en épousant la fille unique de Diedrich de Groot, bourgmestre de Delft, consentit à faire porter ce nom par ses descendants, comme l’exigeait son beau-père. Jean de Groot, petit-Ms de Cornets et père de Grotius, fut aussi bourgmestre de Delft : c’était un homme très-instruit. Son fils nous apprend qu’il dut beaucoup à la coopération de son père pour la composition des ouvrages de sa jeunesse. Né à Delft, en 1583, le 10 avril, il composait déjà à l’âge de huit ans des vers élégiaques, qui obtinrent des éloges. A quatorze ans il était l’ornement de l’université de Leyde, où il soutenait avec un grand succès des thèses publiques sur les mathématiques , la philosophie et la jurisprudence. Les savants et les littérateurs illustres de ce temps lui prodiguaient les témoignages de leur admiration pour ses talents précoces. A quinze ans il accompagnait à Paris le comte Justin de Nassau et le grand-pensionnaire Barneveldt, envoyés par les Hollandais auprès de Henri IV. Cet excellent prince! accueillit le jeune savant avec bonté, lui fit présent de son portrait, orné d'une chaine d'or, et dit à ses courtisans , en leur montrant cet adolescent : « Voilà la merveille de la Hollande, »
L'année suivante, Grotius débuta presqu’en même temps au barreau de Delft et dans la carrière de l’érudition et des sciences. Ce fut cette même année, 1599, qu’il publia son édition de Martianus Capella et sa traduction de la Zimneurélique (Art de découvrir les Ports) du mathématicien Stévin. Le premier de ces deux livres le classa tout d’un coup parmi les érudits les plus profonds de l’époque. Le second ne fit pas moins d'honneur à sa science. L'année 1600 vit paraitre les Phénomènes d'Aratus , avec l'interprétation latine de Cicéron, des suppléments en vers latins et des
notes. Ce génie prématuré, aussi souple que profond, cul- «
tivait en mème temps la poésie : il y acquit bientôt le re-
nom de l’un des poëles modernes les plus habiles dans la
langue poétique de Virgile et d'Horace. On a de lui trois | tragédies latines, l'Adamus exsul, qui ne fut pas inutile à Milton, le Christus patiens, et Sophomphaneas, ou le