‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 399 sur 552 · GROTIUS — GROUCHY · texte numérisé non relu

GROTIUS — GROUCHY

Sauveur du monde : le sujetest Joseph en Égypte. Appelé par les états pour être l’historiographe des Provinces-Unies , il fut élu à l'unanimité, en 1607, avocat général du fisc de Hollande et de Zélande. La publication du Mare liberum, zomposé par ce grand publiciste pour défendre le droit des Hollandais à naviguer dans les mers de l'Inde, sa-nomination au poste de pensionnaire de Rotterdam, occasion de sa liaison intime avec le vertueux Olden Barneveldt, un voyage en Angleterre pour soutenir le droit de ses compatriotes à la pêche du Grœnland, occupèrent Grotius jusqu’à l'époque fatale des troubles qui s’élevèrent à l’occasion des disputes entre Gomaret Arminius, sur la grâce et la prédestination.

Quand Barneveldt monta sur l’échafaud, Grotius fut condamné à une prison perpétuelle, et enfermé au château de Louvestein, près de Gorkum. Sa femme le fit évader en l’enfermant dans une caisse destinée à transporter des livres, et demeura dans la prison jusqu’à ce qu’elle le sût hors de danger. Alors commença pour Grotius cette époque d’un exil qui ne finit qu'avec sa vie. Il eût pu revoir sa patrie, qu’il aimait, s’il eût voulu se reconnaître coupable et implorer un pardon; mais il ne voulut pas mentif à Ja voix de sa conscience et de l’honneur. Accueilli et protégé en France, il y vécut onze ans, soutenu par les bienfaits du roi, s’y livrant

à ses travaux de publiciste et d’érudit. Il y fit imprimer .

entre autres , en 1625, son fameux traité De Jure Pacis et Belli (Du Droit de la Paix et de la Guerre), qui a ouvert la carrière à ses successeurs, Puffendorf, Burlamaqui

et Vaitel.

Appelé par le grand-chancelier Oxenstiern au service de Suède, après un séjour à Hambourg, il se rendit en Allemagne auprès de ce grand homme, à qui Gustave-Adolphe avait laissé la direction de la guerre et des négociations, avec un pouvoir presque royal. Oxenstiern le nomma ambassadeur de Suède en France, poste qui lui fut confirmé ensuite au nom de la jeune reine Christine. Grotius porta dans l’exercice de ces fonctions, que le cardinal de Richelieu, dont il n'était pas aimé, lui rendit souvent difficiles, son habileté, sa fermeté mesurée et son intégrité. Étant ensuite allé en Suède auprès de la reine Christine, il n’eut pas lieu de s’en louer. Empressé de quitter ce pays, funeste à sa santé, il prit congé de la reine, qui l'avait longtemps retenu malgré

| lui, et s’embarqua pour Lubeck. Saisi en route par la ma-

ladie, il arriva très-souffrant à Rostock , le 26 août 1645, et y mourut le 29 , à l’âge de soixante-trois ans.

Le livre de Grotius sur le droitdes gens, qui a rendu son nom immortel , n’en a pas moins encouru et mérité la censure sévère de J.-J. Rousseau. Le citoyen de Genève, proscrit, persécuté et banni comme Grotius, pour avoir comme lui prêché la tolérance et la concorde, reproche à ce savant d'établir toujours le droit par le fait, de favoriser par ses maximes le despotisme et l’esclavage. Il cite à cette occasion , en l’appliquant à Grotius, l'excellente réflexion

à de d’Argenson, dans ses Considéralions sur le gouverne-

ment ancien et présent de la France : « Les savantes recherches sur le droit public ne sont souvent que l’histoire des anciens abus, et on s’est entêté mal à propos quand on s’est donné la peine de les trop étudier. » Il y a en effet dans le traité du célèbre publiciste batave plus d’érudition que &e philosophie, plus de savoir que de principes. La science y étouffe trop souvent la conscience et fausse le jugement de l’auteur. Grotius fut cependant un homme de bien, et un ami éclairé et courageux de l'humanité : tous ses écrits | sur la religion et sur les querelles théologiques annoncent un homme profondément imbu des sentiments de piété et de tolérance. Toute sa vie il nourrit avec amour le projet de concilier les diverses communions chrétiennes, projet en vain | renouvelé depuis par le sage Leiïbnitz, dont le rèle tout évangélioue devait échouer contre l’intraitable dogmatisme de Bossuet. Un sentiment non moins cher à l’homme de bien, l'amour de Ja patrie et de la liberté, anime constamment Grolius dans ss Annales Belgiques : histoire de la révolution

des Pays-Bas, où il s’est plu à imiter le style de Tacite. AUBERT DE Vitny,

GROTTE , cavité souterraine, creusée par la mature au sein de quelque montagne, et qu’on rencontre plus souvent dans les montagnes calcaires que dans les montagnes schisteuses. Quoique le mot caverne soit plus particulièrement employé pour désigner les cavités souterraines du moment où elles ont de larges proportions, l’usage n’en à pas moins réservé le nom de grottes à de véritables cavernes : telles sont la grotte de F ingal, celle deSainte-Baume, la grotte du chien, la grotte d'azur ou de Caprée, les grottes d’Arcy, etc.

GROTTE DU CHIEN. Située près de Pouzzole, dans le royaume de Naples, à deux myriamètres de sa capitale, cette grotte a été de tout temps fameuse par ses exhalaisons méphytiques, dont la force et l'intensité sont telles, qu'il suffit d’y exposer pendant quelques minutes un chien ou tout autre animal pour qu’il meure aussitôt. Il s’en échappe en effet constamment du gaz acide carbonique, l’un des plus nuisibles à toute l’organisation animale. La grotte du chien a environ 2 mètres 66 centimètres de hauteur, sur 4 de longueur et 1 mètre de largeur. De son fond s'élève, dit le docteur Mead, une chaude et subtile vapeur qui ne s’élance pas par intervalles , mais bien par jet continu, et qui retombe un instant après. La couche d'acide carbonique qui existe dans la grotte ne dépasse guère 4 à 6 décimètres d'épaisseur ; aussi le docteur Mead raconte-t-il qu'il put y entrer sans inconvénient ni danger. Mais il ajoute qu'un chien ou tout autre animal dont la tête ne dépasserait nas le niveau que nous venons de rapporter y perdrait tout aussitôt le mouvement, et en moins de trente secondes y ÿaraîtrait comme mort. Iasphyxie serait complète au bout de trois minutes. Mais si on retire l'animal avant qu'il ait cessé de donner tout signe de vie, et si surtout on a soin de le plonger dans le lac Agnano, situé à vingt pas de là, on!e voit bientôt revenir à lui-même. La grotte du chien est tenue fermée par ordre des autorités locales ; mais les curieux sont admis, quand ils le désirent, à faire l’épreuve de l’expérience que nous venons de décrire.

GROTTES AUX FEES. Voyez DrRuDiQues (Monuments).

GROUCHY (EmmanuEL, marquis DE), maréchal et pair de France, né à Paris, le 28 octobre 1766, d’une ancienne famille de Normandie, entra, en 1779, à quatorze ans au corps royal d'artillerie en qualité d’aspirant, devint au bout d’un an lieutenant en second dans le régiment de La Fère, passa dans la cavalerie, fut fait en 1784 capitaine dans le régiment royal-étranger, et entra, en 1786, avec le grade de sous-lieutenant, dans les gardes du corps du roi. Partageant les idées nouvelles de 1789, il embrassa franchement la cause de la révolution, quitta bientôt le gardes du corps, où ses principes politiques ne trouvaient ni écho ni sympathie, et fut en 1792 chargé du commandement du 12° de chasseurs. Quelques mois après il était nommé colonel du 2° régiment de Condé-dragons, avec lequel il fit la campagne de {792 dans l'armée de Lafayette. Envoyé dès 1793, avec le grade de général de brigade, à l’armée des Alpes, il fut l’année suivante chargé du commandement d’un corps d'armée envoyé contre les Vendéens. Obligé de renoncer à son grade et de quitter l’armée par suite du décret dela Convention quiexcluait les ex-nobles des rangs de l’armée, il y revint bientôt comme simple soldat, avec un détachement de garde nationale. Le zèle dont il fit preuve engagea le gouvernement révolutionnaire à le réintégrer, à quelque temps de là, dans son grade de général de division, que lui avaient conféré dès 1793 les représentants du peuple en mission à l’armée. Nommé alors en outre chef d'état-major de l’armée des côtes de l’ouest, il contribua aux succès qui popularisèrent en si peu de temps le nom de Hoche. Après avoir successivement fait partie de l’armée du nord, en 1796 et 1798, et commandé en second l'expédition d'Irlande, Grouchy fut envoyé, en 1798, à l’armée d'Italie sous les ordres de Joubert, avec mission

de s’assurer du Piémont et de détermmer le roi de Sardaigne à abdiquer.

Le succès qu’il obtint dans cette négociation engagea le Directoire à le nommer commandant en cuef en Piémont et à le charger de l’organisation du pays conquis. Il eut en cette qualité à le défendre contre les efforts d'une armée austro-russe, et le 14 juin 1798 il battit le général Bellegarde sous les murs d'Alexandrie. En 1799, à la bataille de Novi, où il commandait l’aile gauche, il fut grièvement blessé et fait prisonnier, mais échangé un an après. Nommé tout aussitôt au commandement d’une des divisions de l’armée de réserve , il pénétra dans le pays des Grisons, s’empara de Coire, et contraignit les Autrichiens à battre en retraite. Dans la campagne de 1800, nous le retrouvons à l’armée du Rhin auprès de Moreau, qui avait demandé qu’on le lui adjoignit comme lieutenant, et il eut une part glorieuse à la victoire de Hohenlinden. A la paix de Lunéville, il fut nommé inspecteur général de la cavalerie. L'intérêt qu'il témoïgna à Moreau pendant son procès le fit tomber dans la disgrâce de Napoléon, de sorte que, malgré l’éclat de ses services, il fut quelque temps sans recevoir aucun avancement. Chargé pendant la compagne de Prusse du commandement d’un corps de cavalerie, il baftit, le 26 octobre 1806, la cavalerie prussienne à Zehdenik, et se distingua ensuite à l'affaire de Lubeck. Il ne fit pas preuve de moins de bravoure vis-à-vis des Russes à la bataillle d’Eylau, et le 14 juin 1807 à celle de Friedland, où il reçut une blessure grave. Cette victoire lui valut le grand-cordon de la Légion d'Honneur. Après un court séjour à l’armée d’Espagne, séjour pendant lequel il eut cependant occasion, en sa qualité de gouverneur de Madrid, de déployer uge grande énergie contre l'insurrection du 2 mai, il fut envoyé par l’emgereur à l’armée + sous les ordres du prince Eugène. Après avoir, dans la journée du 2 mai 1809, appuyé le passage de l’Isonzo, il pénétra en Hongrie en écrasant l’aile droite de l’armée autrichieune, et contribua, le {3 juin, au gain de la bataille de Raab. Il fitensuite traverser le Danube à foute la cavalerie de l'aile droite, et lamena sur le champ de bataille de Wagram , où il battit la cavalerie ennemie, et tourna la pusition de Parchiduc Charles. En récompense de ce service, Napoléon le nomma colonel général des chasseurs.

Pendant la campagne de Russie de 1812, Grouchy com- #manda l'un des trois corps de cavalerie et plusieurs divisions d'infanterie. J1 se distingua, le 14 août, à l'affaire de Krasnoï, et conserva la position de Smolensk jusqu’à ce que l’empereur eût eu le temps d’arriveravec legros de l’armée. II contribua aussi d’une manière remarquable au gain de la bataille de la Moskowa, en tournant l'aile droite des Russes et en facilitant ainsi l'enlèvement de la grande redoute. Dans cette Journée, il fut blessé avec son fils. Lors de la retraite, dans laquelle il fit preuve d’un grand courage et d’une inébranlable fermeté, Napoléon le nomina commandant du bataillon sacré, composé tout d'officiers et chargé de veiller à sa sûreté. Pendant la campagne de 1413, Grouchy resta sans emploi et dans l’inaction, l'empereur lui ayantrefusé le commanderment d'un corps d'armée qu’il avait demandé. Mais quand les coalisés eurent envahi le sol français, il offrit à Napoléon de reprendre du service, et accepta le commandement supérieur de la cavalerie. Il arrêta alors pendant quelques instants l'ennemi dans les plaines de Colmar, lui disputa le passage des Vosges, et se porta de là sur Saint-Dizier, où il opéra sa jonction avec l’armée commandée en personne par l’empereur. Après la bataille de La Rothière, le 12 février 1814, il couvrit la retraite de l’armée sur la Seine, et deux jours plus tard, à l'affaire de Vauchamps, il força le général Kleist à battre en retraite, Grièvement blessé le 7 mars, à la bataille de Craon, il dut quitter l’armée,

A la première restauration, il fut dépouillé de son grade de colonel général des chasseurs, qui fut donné au duc de Berry, eten écrivit à Louis XVILE, qui le mit en disponibilité. Pendant les cent jours il fut nommé maréchal d'empire

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