FUMETERRE — FUMIER
tières animales, en même temps qu’elle agit encore mécani-. quement par la portion non convertie, Le temps nécessaire à la confection de ce fumier varie de six semaines à trois mois, suivant les espèces qui entrent dans la composition de la masse, et aussi selon la position et les circonstances atmosphériques,
La fermentation a cessé, la température s’est abaissée, la masse entière est homogène ou à peu près , la couleur uniformément brune ou noire : nous avons du fumier consommé ou du terreau. Le premier forme une pâte onctueuse; le second, moins pourvu d'humidité et de parties grasses , est divisé : c’est l'essence de l’humus. L'un et l’autre sont dans leur ensemble un aliment tout préparé pour les plantes. Le fumier frais pour arriver à cet état perd environ les trois quarts de son volume.
De là nous concluons que : 1° à volume égal, le fumier consommé est préférable au fumier frais pour la production immédiate; 2° dans les exploitations où le fumier est en grande abondance, le frais est préférable au consommé, parce que la décomposition s’opérant avec lenteur, son action est plus durable ; 3° il convient toujours mieux dans les terres fortes et argileuses, à cause de l’action mécanique que sa composition exerce sur elles; 4° il convient moins que le demi-consommé dans les terres de consistance et de qualité moyennes ; 5° dans les fermes qui produisent peu de fumier, le consommé est préférable, parce que les végétaux ont immédiatement besoin pour leur accroissement de tous les sucs que l’engrais peut fournir; 6° on peut poser comme principe général, toutes choses égales d’ailleurs, que l’action fécondante des fumiers et des autres engrais est d’autant plus rapide qu’ils sont plus divisés, plus réduits, et que la durée de cette action est en raison inverse de leur division ; 7° enfin, les fumiers longs ou demi-consommés, épan< dus immédiatement, doivent être recouverts, alin que leur décomposition s’accomplisse et qu’ils imprègnent la terre des sucs qu’ils renferment; les fumiers consommés, les terreaux, les poudrettes , la colombine, la pouline , en un mot tous les engrais divisés, sont plus productifs lorsqu'ils sont jetés également sur les terres ensemencées, vers la fin de l’hiver, ou sur les plantes en végétation, au commencement du printemps.
La production et la fabrication du fumier, cette branche sans contredit laplusimportante de l’industrie agricole, puisqu’elle est le point de départ et la source de toute produetion du sol, est encore à naître dans une grande partie de la France. Et cependant, ne serait-il pas possible aux fermiers, par la mise de leur industrie, de leur activité, seuls capitaux disponibles le plus souvent, d'augmenter, de doubler même les fumiers? Examinons : quel aspect présente la ferme el ses abords? Autour des écuries, les fossés, les mares qui servent d’abreuvoir, remplis de fange et d’une eau dont la couleur et l’odeur infecte annoncent la présence de matières animales en décomposition ; derrière les murs, les haies de clôture, des matières fécales, qui augmentent l'infection ; dans l'intérieur de la cour, le fumier jeté au hasard, abandonné aux volailles, aux cochons, broyé et dispersé par le bétail, par les voitures et par les gens de la ferme, alternativement brûlé par le soleil et lavé par la pluie ; des cloaques où séjourne et se dissipe la partie liquide de l’engrais ; dans les étables, un sol inégal, humide, des tas de fiente amassée
£depuis des mois, des gaz suffoquants ; ailleurs, les débris et les racines du chanvre, du lin, los fanes des pommes de terre, les feuilles des arbres, les herbes, qui poussent dans les fossés, dans les parties marécageuses de l'exploitation, se dessèchent et périssent sans utilité, etc. On n'en finirait pas si on voulait énumérer toutes les matières végétales ou animales qui se perdent ainsi (voyez Bassecour ).
Que le fermier, avant de penser à produire de nouveaux engrais, s'applique à conserver ceux qu’il possède; qu'il recueille et entasse tout ce qui est fumier où peut le devenir, qu’il y veille comme un avare à son trésor : là seulement