GUERCHIN — GUERILLA
Jnjurié sans relâche par les peintres italiens, Le Guerchin opposa à cette tourmente continuelle une inaltérable fermeté, Jamais il ne répondit aux insultes par des insulles, Il mourut sans s'être marié, en 1666, à l’âge de soixante-seize ans, après s’être occupé sans cesse du bonheur de ses cousines, qu'il aimait, dit-on, fort tendrement. Il employa une grande partie de sa fortune à aider les jeunes artistes sans moyens, dévouement d'autant plus louable qu’il est rare dans l’histoire de l'humanité.
Parmi ses tableaux les plus remarquables, on cite ; la Mort de Caton d'Utique ; Coriolan, fléchi par les prières de sa mère; Les Enfants de Jacob luimontrant la robe ensanglantée de Joseph; Sûinte Pétronille; Saint Pierre rescuscitant Tabite; Saint Antoine de Padoue; Saint Jean- Baptiste; La Vierge apparaissant à trois religieux; La Présentation au Temple; David et Abigaïil; son plafond de L'Aurore, dans un salon de la villa Ludovisi, à Rome. On peut voir quelques-uns de ses tablaux à notre Musée du Louvre ; on distingue surtout une superbe toile, représentant Hersilie séparant Romulus et Tatius ; les autres ont pour sujets Loth et ses filles, La Vierge et l'Enfant Jésus, La Résurrection de Lazare, La Viergeet Saint Pierre, Saint Pierre en prière, Saint Paul, Salomé recevant la téte de saint Jean-Baptiste, Une Vision de Saint Jérôme, Saint François d'Assise et Saint Benoît, Circé, Saint Jean dans le désert, etc., enfinun portrait en buste de Guerchin lui-même. On assure qu'il était doué d’une si grande facilité que dans une nuit, à la lueur des torches, il pegnit un grand tableau qui lui avait été commandé par des religieux. On n’est pas impressionné d’abord à l'aspect de ses tableaux; on finit cependant par être saisi d’un saint recueillement, Le style mystique qui règne dans toutes ses compositions, l'harmonie sombre de sa peinture, nous paraît venir de la manière dont il concentrait la lumière dans son atelier : il faisait venir le jour de très-haut, par un orifice fort resserré, et produisait ainsi l'effet auquel il visait. La Raccolta de alcuni disegni du Guercmmn ( 23 planches in-fol.) a paru à Rome en 1764.
GUÉRET', ville de France, chef-lieu du département de la Creuse, avec 5,725 hab, (1872), à376 kilom. de Paris, s'élève au pied d’une montagne, sur le chemin de fer de Moulins à Limoges, entr e la Creuse et la Gartempe, qui en sont à une assez grande distance. Assez bien bâtie, elle n'offre rien de remarquable qu’un hôtel du seizième siècle. On y trouve un collège, une bibliothèque publique de 6,000 volumes, un musée, une pépinière départementale; mais son industrie est nulle, ainsi que son com merce. Guéret, jadis chef-lieu de la Haute-Marche, doit le peu d’accroissement qu’elle a pris aux comtes de la Marche,
qui y résidaient. Son origine remonte au huitième siècle. Elle s’éleva peu à peu autour d’un monastère fondé, en 720, dans ce lieu, par Clotaire, en l’honneur de saint Pardoux.
GUERICRE (Orro »e), l’un des plus savants physiciens du dix-septième siècle , né à Magdebourg, le 20 novembre 1602, étudia le droit à Leipzig, à Heimstædt et à Jéna, et les mathématiques, surtout la géométrie et la mécanique, à Leyde. Ses étude terminées, il voyagea en France et en Angleterre, puis obtint une place d'ingénieur en chef à Erfurt, et devint en 1627 échevin à Magdebourg, bourgmestre de la même ville en 1646, fonctions auxquelles il renonça en 1681 pour aller se fixer auprès de son fils à Hambourg, où il mourut, le 11 mai 1686. Il est surtout célèbre pour avoir inventé la machine pneumatique. Ce fut à Ratisbonne, en présence de la diète impériale, qu’il fit, en 1654, les premières démonstrations publiques des effets de la machine pneumatique; et on conserve encore précieusement de nos jours à la Bibliothèque royale de Berlin la première machine de ce genre construite sous sa direction. Il inventa aussi un instrument propre à peser l'air, ainsi que les petites figures de verre qui, avant l'invention du baromètre, étaient généralement en usage pour indiquer les variations de la pression atmosphérique. 11 s'occupa en outre beaucoup d’astronomie, et le premier il émit l'opinion qu’il était possible de calculer |
le retour descomètes; opinion que l’expérience confirma plus tard. Ses observationsles plus importantes se trouvent dans son ouvrage intitulé: £xperimenta nova, ut vocant, Magdeburgica, de vacuo spatio (Amsterdam, 1672).
On appelle vide de Guericke l'espace incomplétement vide d’air qu’on obtient au moyen de la machine pneumatique, par opposition au vide de Torricelli, qui est l’espace parfaitement vide d’air qui se trouve au-dessus de la colonne de mercure dans un baromètre. On doit aussi à Otto de Guericke l'appareil appelé kémisphères de Magdeb our g, et qui sertà démontrer la pression de l'air,
GUERILLA. Lorsque, au commencement de ce siècle, la France voulut imposer un gouvernement à l'Espagne, les Espagnols, abandonnés des maîtres qui pour eux étaient une sorte de représentation de la patrie, trahis par d’iniques chefs, voyant que l’armée était mauvaise, mal commandée et battue toutes les fois qu’elle tentait de se mettre en ligne, imaginèrent de défendre eux-mêmes ce qu’ils croyaient être la cause nationale. Sans organisation, sans moyens administratifs capables de former chez eux une forte armée respectable, les plus braves d’entre les jeunes habitants de chaque province se réunissent par troupes, et, choisissant pour les commander ceux en qui ils supposent le plus de valeur, forment ce qu’on nomme des guerillas, ou petits corps insurrectionnels, agissant chacun dans sa sphère, indépendamment des masses régulières, et ne reconnaissant qu’imparfaitement le pouvoir des juntes gouvernementales.
Guerilla n’est pas tout à fait l'équivalent de p a-r ti dans notre langue : le parti est un détachement de troupes régu lières, qui, sous .e commandemant absolu d’un officier appartenant à quelque corps d’armée, agit isolément pour un temps donné, et rentre sous les drapeaux quand l’objet de sa missiones{ rempli. La guerilla est, au contraire, une troupe irrégulière, n'appartenant à aucun corps de ligne. Composée comme il plaît à celui qui a su la réunir et s’en faire élire capitaine, elle se forme sur le modèle de cette Lande de conquérants de grands chemins aux mmains de laquelle tombe don Quichotte sur les confins de la Catalogne, ou de cette compagnie souterraine de Rolando, dans laquelle le héros de l’admirable roman de Le Sage se trouve engagé, à son corps défendant. La différence consiste en ce que la bande de brigands (banderos) agit contre la société et pour son propre compte, tandis que la guerilla détrousse les passants et met le pays à contribution pour une cause soi-disant politique, libéraïe ou légitimiste, selon la circonstance.
Cette tendance n’est pas, du reste, nouvelle en Espagne, et ne date pas seulement de la guerre de l’empire : elle semble, au contraire, inhérente au caractère ibérien. Lorsque les Romains vinrent porter la guerre dans la Péninsule, Sertorius y fut à proprement parler un chef de guerillas. Quand une seule bataille eut livré l'empire aux Sarrasins, Pélage ne fut encore qu’un chef de guerillas. Les petits royaumes qui se formèrent successivement dans la Péninsule, lancèrent , pendant six ou sept siècles, contreles sectateurs de Mahomet, des bandes qui, sous le premier audacieux venu, allaient piller les terres musulmanes, souvent très-loin de leur canton : on appelait ces expéditions salir à los Moros.
Guerilla signitie à la lettre petite armée : la guerilla est regardée, non-seulement comme licite, mais encore comme héroïque, tant qu’il y a invasion étrangère, ou tant qu’un gouvernement oppresseur, à son avis, écrase le pays. Quand l’une a cessé, ou que l’autre est tombé, on fait pendre sans façon les membres d’une guerilla (ou guerilleros) qui persévèrent à porter les armes, et on les qualifie alors de brigands, au lieu de les appeler héros Les guerillas du temps de l'empire acquirent une certaine célébrité; celles de la Catalogne, de la Navarre et des provinces basques étaient les plus redoutées; elles firent le plus de mal aux armées françaises : on les vit s'établir sur la plupart des grandes communications de nos troupes, prontant des difficultés de chaque, province montagneuse. Connaissant, par V’habitude de la contrebande, qu'avaient exercée la plupart
de ceux qui s’y enrôlaient, les gorges des Pyrénées et leurs plus tortueux sentiers , elles y nourrissaient une guerre incessante, sans trêve ni merci. En pareille circonstance, l’avantage est ordinairement à la guerilla, qui saisit son temps pour attaquer, et pour laquelle la fuite n’est jamais un déshonneur, parce qu’elle entre, non moins que l’embuscade, dans les moyens de ruiner l'ennemi. Du reste, il n’y en avait généralement que dans les pays de montagnes : ainsi, les frontières de Valence avaient les leurs, auxquelles imposait le maréchal Suchet; quelques-unes descendaient des monts Carpétaniques vers Madrid, d’un côté, vers les plaines de Salamanque de l’autre, et la cavalerie du général Kellermann fit éprouver de grandes pertes à celles-ci, toutes les fois qu’elle put les joindre. L’Andalousie, si bien administrée qu’elle semblait l’être sous le maréchal Soult, n’en était pourtant pas exempte. Les bandes les plus renommées furent celles de Renovalès, d’Espoz y Mina et de son neveu, de Juan Martin, ditl Empecinado, de Julian Sanchez, du docteur Rovera, de Juan Paladea, dit el Medico, du curé Merino, del Principe, du frère Sapia, de Juan Abril, de Jauregui, dit eZ Pastor, de Porlier, dit el Marquesito. Leurs forces réunies ne s'élevaient pas à moins de 60,000 hommes.
Les guerillas n’ont pas besoin d’être considérables par le nombre d'individus qui les composent, pour se rendre redoutables ; il suffit que ceux-ci soient subordonnés sans réserve, grands marcheurs, actifs, vigilants, agiles et bons tireurs, parce qu’ils doivent, en quelque sorte, faire plus la chasse aux hommes que la véritable guerre, en évitant, autant que possible, de se mesurer en rase campagne. Il est important qu’ils connaissent les moindres sentiers des pays qu’ils infestent, afin de se porter sur toutes les communications que peuvent tenter leurs ennemis, avec plus de promptitude qu’eux-mêmes, afin de les y surprendre, en se mettant en embuscade sur des points d’où ils se puissent sauver au besoin. Ce sont des fléaux non moinsredoutables pour le sol qu’elles défendent que pour l'étranger qu’elles harcellent,. BoRY-SAINT- VINCENT.
Toutes les tentatives de soulèvement faites en Espagne par le parti carliste, en 1868 et 1872 notamment, ont été organisées à l’aide de guérillas; mais elles n’ont pu jusqu'ici triompher d'aucune force régulière,
GUÉRIN (Pierre-NarGisse), peintre français, né à Paris, le 13 mai 1774, fit ses premières études sous la direction du peintre d'histoire Regnault ; et jamais élève ne profita mieux des conseils de son maître. Son premier essai, son Marcus Sextus, parut à l'exposition de 1800. La France put alors se glorifier de posséder un célèbre peintre de plns. La foule se pressa devant la toile du jeune artiste (il n’avait que vingt-six ans). La composition de ee sujet est fort remarquable, et jamais on n’a mieux fait sentir ce que peut produire sur l’homme une vive et profonde douleur morale,
Deux ans après, Guérin exposa Phèdre et Hippolyte. Quoique ce tableau soit celui qui ait attiré à son auteur le plus d'honneur et d’éloges, il est à notre avis bien inférieur au précédent. Le peintre paraît être encore sous l'influence de l’effet théâtral. Énée racontant ses exploits à Didon, et Clytemnestre qui va assassiner son époux, ont été le sujet de vives contestations. Le premier de ces deux tableaux nous paraît digne d’éloges sous le rapport de la composition. Quant à la couleur, il faut reconnaitre qu’elle est très-faible. Excepté le fond, qui est très-finement peint, le reste est d’un ton diaphane et monotone. Le second tableau est composé avec un sentiment profond du sujet.
D'une santé très-faible, car il était attaqué de la poitrine, Guérin a peu travaillé. Nous possédons pourtant encore de lui : Andromaque; L'empereur pardonnant aux révoltés du Caire, sur la place d'Elbékéir; Céphale et l'Aurore; Une Offrande à Esculape. I était d'un caractère très-doux et d’une grande affabilité, On assure qu'il refusa, en 1816, le direction de l'École française à Rome, pour ne pas quitter ses élèves, Le motif qu'il allégua fut l'extrème faiblesse de sa santé, Désigné une seconde fois pour remplir