GUÉRISSEURS — GUERNON-RANVILLE
jadie et malade. Ce successeur de Mélampe composait une tisane propre à tous les maux : il y réunissait le séné, la verveine, la mauve, la violette, la scabieuse, le scorsonère, le chardon Roland et la chardon bénit , la petite centaurée, la pulmonaire et une foule d’autres simples. C’est bien le cas de dire que, pour user d’une telle panacée, il fallait avoir la foi du charbonnier. Au reste, il paraît que cette foi ne manqua guère, car lle docteur-charbonnier eut quelque vogue.
11 serait peut-être difficile de dire si les guérisseurs provoquent plus Pindignation qu’ils ne prêtent au mépris et à la risée des gens de bien. La plupart d’entre eux sont à peu près imbéciles tous sont ignorants, excessivement ignorants. Leur vocation est presque toujours déterminée, comme l'était autrefois la profession de bourreau, par l'état que remplissait le père; et ce n’est pas la seule ressemblance qu’offrent les deux professions. Le métier de guérisseur convient à la fainéantise; il rapporte de l'argent sans frais d’études, sans fatigues, sans achat ni lecture de livres. Un sale bouquin de médecine, quelque vieille traduction d’Alexis Piémontais, quelque grimoire d’alchimie, composent eur bibliothèque et dictent leurs oracles. Les moins dangereux de ces Esculapes rustiques sont ceux qui distribuent des remèdes inutiles, tels que des applications d'animaux écartelés vifs, ou des compositions sans qualités ni vertus. Il faut rendre justice à tout le monde : ceux-ei ne doivent âtre placés que dans la catégorie des fripons. Les charlaans ne sont consultés si fréquemment que parce qu’ils prennent peu d'argent à la fois et délivrent beaucoup de remèdes; par leur défaut d'éducation , ils conviennent d’ailleurs aux paysans. Pendant les moments où les gnérisseurs n’ont rien à tuer, ils préparent leurs armes; ils prennent gravement les petits carrés de papier pot; puis, avec une encre bourbeuse, plus jaunâtre que noire, ils griffonnent, sans trop pouvoir se lire eux-mêmes, en mettant un chiffre pour un autre, en rendant méconnaissables les choses les plus cominunes; ils barbouillent une série de huit à dix lignes dans lesquelles l'humanité est encore plus menacée que la grammaire ne reçoit.d'offenses. Ce chef-d'œuvre s'écrit posément, sans savoir en faveur de quelle maladie ni contre quel malade il est rédigé. La collection est mise en dépôt jusqu'à ce qu’un pauvre diable se présente avec une liole d'urine et surtout avec dix ou quinze sous. Alors le guérisseur, quelle que soit la maladie, quels que soient l’âge, le sexe, le tempérament du patient, ouvre l’arsenal destructeur, et de cette boîte de Pandore il desserre la première ordonnance qui se présente. Jugez de son efficacité. Mais comme on dit : « C’est la foi qui sauve.» Louis Du Bois.
GUERITE, petite loge ordinairement en bois, quelquefois en maçonnerie, qui sert à abriter une sentinelle contre les injures du temps. Dans les places fortes, dans les ports de mer, sur les chemins de fer, dans les chantiers de construction ou de travaux publics, en un mot partout où une surveillance, plus ou moins active, a besoin d’être exercée, elle est ordinairement confiée à des personnes pour qui une guérite n’est qu’une espèce de petit réduit, destiné à leur faire passer plus commodément le temps de leur faction, et où elles se tiennent habituellement renfermées, quel que soit autour d’eux l’état de l'atmosphère; genre d’incurie qu’on ne saurait permettre à une sentinelle militaire proprement dite, par suite de l’extrême et continuelle vigilance qu’elle doit apporter, pendant la durée de sa faction, dans la pratique de sa consigne. On a tout à fait abandonné aujourd’hui Vancien système de guérites construites en maçonnerie sur les remparts des villes fortes, aux points où la vue pouvait embrasser le plus d'objets. Outre l'inconvénient qu’elles avaient d'indiquer à l'ennemi la présence d'un factionnaire, elles Jui servaient aussi de points de mire, et ne pouvaient jamais être assez solides pour résister au choc de quelques boulets. Les guérites ont porté aussi autrefois le nom d’échauguettes.
GUERLE (De). Voyez DE Guerze,
GUERLINGUET, nom par lequel Buffon désigne deux
! espèces du genre écureuil, le grand et le petit guerlin- | guet. Fr. Cuvier l’a étendu à fout un sous-genre, qu’il ca-
ractérise ainsi : Crâne assez court, peu courbé ; front trèsdéprimé ; naseaux peu allongés; dents molaires supérieures au nombre de quatre paires seulement; point d’abajoues. Toutes les espèces de ce sous-genre appartiennent à l’Amérique méridionale,
GUERNESEY. Voyez ILES NORMANDES.
GUERNON-RANVILLE (ManriAL CÔME-ANNIBAL- PerPÉtue-MaGLomE, comte pe), ministre de l'instruction publique dans le cabinet dont le prince de Poligna c était le chef, n'avait point figuré dans la politique active, lorsque le Moniteur du 18 novembre 1829 annonça sa nomination au poste que laissait vacant M. de Montbel, appelé lui-même à remplacer M. de Labourdonnaye au ministère de lintérieur. A cettenouvelle, les journaux, grands et petits, commencèrent par bien divertir le public en lui faisant remarquer l’affreux calembour (Martial, comme Annibal, perpétue ma gloire), sous l’invocation duquel M. de Guernon-Ranville avait, en naissant, été placé par un père, brave officier, du reste, mort peu auparavant, dans cette même année 1829, à l’âge de quatre-vingts ans, mais singulièrement adonné, on le voit, aux pointes, rébus et coqs à-l’âne. Ce bizarre accouplement de prénoms était d’ailleurs, hâtons-nous de le dire, le côté le plus faible du nouveau ministre de l'instruction publique, homme de mérite au surplus, naguère chef du parquet à Lyon, n'ayant pas plus attiré jusque alors sur lui l'attention publique par l’exagération de ses doctrines monarchiques que vingt autres magistrats investis de fonctions analogues. Né à Caen, le 2 mai 1787, il s'était engagé en 1806 dans les vélites de la garde impériale, puis avait été réformé, au bout de quelque temps, pour myopie. 11 s'était mis alors à faire son droit, et avait été admis au barreau de Caen, dans les rangs duquel vint le surprendre la restauration de 1814. Fils d’un ancien mousquetaire noir, il était naturel qu’il épousât avec ardeur la cause des Bourbons. En 1815 donc il recruta parmi les jeunes fidèles de sa province une compagnie de volontaires pour courir sus à l’usurpateur évadé de l’ile d’Elbe, et le ramener mort ou vif aux pieds de Louis XVIII. L'événement n'ayant point répondu à ce beau zèle, M. de Guernon-Ranville avait suivi le roi légitime à Gand, et n’en était revenu que pour protester à Caen contre l'acte additionnel. Ce ne fut cependant qu’en 1820 qu’il reçut la récompense due à son royalisme, et il sacrifia la position qu’il occupait au barreau de Caen aux très-modestes fonctions de président du tribunal civil de Bayeux. Une fois en rapport direct avec le pouvoir administratif, celui-ci comprit bien vite la valeur de M. de Guernon-Ranville, et deux ans après il l’appelait à remplir les fonctions de procureur général à Limoges, que plus tard il échangeait successivement contre des fonctions analogues à Grenoble et à Lyon.
On s’accordait d’ailleurs à reconnaître que dans toutes les occasions il avait fait preuve à la fois d'équité et de capacité, et on expliquait le choix de M. de Polignac par la portée beaucoup trop grande qu’avait donnée ce ministre à un discours de rentrée dans lequel M. de Guernon-Ranwville déclarait franchement qu’il appartenait au parti contre-révolutionnaire, mais sans y attacher les arrière-pensées contre la charte et les libertés publiques que nourrissaient la camarilla et le ministère qui lui servait d’instrument. II resta même fidèle à ces convictions au sein du cabinet dont il fut si inopinément appelé à faire partie, et combattit de tout son pouvoir les fatales résolutions qui devaient coûter le trône à la branche aînée des Bourbons. On s'accorde à dire qu’il ne signa les fatales ordonnances de juillet que par : ce faux point d'honneur en vertu duquel tous les membres du cabinet se crurent obligés de suivre jusqu’au bout l’homme à la politique duquel ils s'étaient associés. On sait le reste : Arrêté, avec M. de Chantelauze, sur la route de ours, où il croyait rejoindre Charles X, il fut transféré,
ainsi que M. de Peyronnet et M. de Polignac, dans Ja nuit du 25 au 26 août, au donjon de Vincennes, d’où il ne sortit que pour comparaltre, au mois de décembre, devant la cour des pairs. Il avait choisi pour défenseur M. Crémieux, alors avocat au barreau de Nimes, dont la réputation était de bien fratche date à Paris, et qui avait le désavantage de parler après MM. de Martignac, Sauzet et Berryer. Il lui était dès lors difficile de dire quelque chose de nouveau ; il inagina d’en faire, et s’évanouit d'émotion au milieu de son interminable exorde. Jugez de l'effet! Malgré la solennité de l'audience, on rit, et l'on fut désarmé. Condamné, comme ses collègues, à la mort civile et à la détention perpétuelle, M. de Guernon-Ranville subit cinq années de captivité au fort de Ham, ét n’en sortit qu’en vertu de l’amnistie de 1836. Retiré dans sa terre de Ranville aux environs de Caen, c’est là qu'il est mort, en 1866.
GUERRE, querelle qui se poursuit par la voie des armes entre des États, entre des concitoyens ou des croyants, pour opinions politiques ou religieuses. La guerre est défensive ou offensive. Défensive lorsqu'elle est résistance à l’attaque : opérations ayant pour bnt de couvrir une frontière, une province, nne ville, etc. ; offensive lorsqu'elle est invasion sur le territoire du peuple que l’on attaque ou de l'ennemi que l’on combat. La guerre défensive a été de tout temps le texte d’une controverse entre las écrivains lilitaires. Quelques-uns ont traité cette importante question en s’appropriant l'opinion des anciens, et sans réfléchir aux changements successifs des moyens d’attaque et de défense. D’autres se sont crus inventeurs d’une nouvelle école, parce qu’ils amendaient le système de défense de Vauban et de Cormontaigne. Napoléon pensait que comme guerre défensive le système de Vauban est et sera pour des siècles encore la perfection désirable; que ce système transforme des contrées entières en camps retranchés, couverts par des rivières, des lacs, des forêts; qu'il donne protection suffisante à une armée inférieure contre une armée supérieure; qu’il crée un champ d’opérations favorable pour se maintenir, empêcher l'ennemi de s’avancer , saisir les occasions de lattaquer avec avantage; enfin, donner le temps aux réserves d’arriver en ligne et de recevoir des secours de toutes natures. Toute guerre offensive est une guerre d’invasion, mais, de même que la guerre défensive n’exclut pas l'attaque, laguerrre offensive n’exclut pas la défense.
Alexandre a fait huit campagnes, pendant lesquelles il a conquis l'Asie et une partie de l'Inde; Annibal en a fait dix-sept, une en Espagne, quinze en Italie, une en Afrique; César en a fait treize, huit contre les Gaulois, cinq contre les légions de Pompée; Gustave-Adolphe en à fait trois, une en Livonie contre les Russes, deux en Allemagne contre la maison d'Autriche; Turenne en a fait dix-huit, neuf en France, neuf en Allemagné; le prince Eugène de Savoie en a fait treize, deux contre les Turcs, cinq en Italie, contre la France, six sur le Rhin, ou en Flandre ; Frédéric en a fait onze, en Silésie, en Bohème et sur les rives de l’Elbe; Napoléon en a fait quatorze, deux en Italie, une en Égypte, une en Syrie, cinq en Allemagne, une en Pologne, une en Russie, une en Espagne et deux en France, L'histoire de ces quatre-vingt-dix-huit campagnes serait un traité complet de l’art de la guerre; elle prouverait que ces grands capitaines ont tous manœuvré d'après les mêmes principes : tenir ses forces réunies, n’être vulnérable sur aucun point, se porter avec rapidité sur les points importants, se maintenir constamment en communication avec ses places de dépôt, changer à propos sa ligne d'opération,
Gustave-Adolphe traverse la Baltique, s'empare de l’île de Rugen, de la Poméranie, et porte ses armes sur la Vis-
tule, le Rhin et le Danube; vainqueur à Leipzig, il l’est !
aussi à Lutzen, mais il y trouve la mort, Une si courte carrière a laissé de grands souvenirs par la hardiesse et la rapidité des mouvements. Turenne part de Mayence en 1646, descend la rive gauche du Rhin jusqu'à Wesel, où il passe