GUERNON-RANVILLE — GUERRE
| sur la rive droite, la remonte jusqu’à Lahn, se réunit À | l’armée suédoise, passe le Danube et le Lech, et fait une marche de deux cents lieues au travers d’un pays ennemi; arrivé sur le Lech, toutes ses troupes s’y trouvent réunies sous sa main, ayant, comme César et Annibal, abandonné à ses alliés le soin de ses communications, s’étant momentanément séparé de ses réserves, ét n’occupant par ses propres troupes qu’une place de dépôt. En 1648 il passe le Rhin à Oppenheim, fait sa jonction avec l’armée suédoise devant Hanau, se porte sur la Rednitz, rétrograde sur le Danube, qu’il traverse à Dillingen, bat Montécuculli à Zumershausen, passe le Lech à Rhain et l’Inn à Freysingen : la cour de Bavière, épouvantée, quitte Munich. Ii porte alors son quartier genéral à Mülhdorf, et ravage tout l'élec’orat pour punir l'électeur de sa mauvaise foi. En 1672 il dirige, sous Louis XIV, présent à l’armée, la conquête de la Hollande, descend la rive gauche du Rhin jusqu’au point où ce fleuve se divise en plusieurs branches, le passe et s'empare de soixante places fortes ; on ne peut s'expliquer par quelle fatalité le roi s’obstina à ne point se saisir d’Amsterdam et à s'arrêter à Naarden, distant seulement de 16 kilomètres de cette riche et importante capitale, ce qui donna aux Hollandais le temps de se remettre de leur terreur panique et d’inonder le pays en ouvrant les écluses.
Turenne, remplacé par le maréchal de Luxembourg dans son commandement en Hollande, et détaché, avec un faible corps d'armée, pour secobrir les évêchés de Munster et de Cologne, remonte la rive droite du Rhin, prend position sur le Mein, et tient en échec les 40,000 hommes du grandélecteur, jusqu’au moment où ce prince, rejoint par l’armée du duc de Lorraine, l’oblige à se couvrir par le Rhin. L’hiver lui offre l’occasion de prendre sa revanche : il passe sur la rive droite du Rhin au pont de Wesel, surprend les
çauartiers d'hiver du grand-électeur, le bat sur tous les points et lui impose la paix. Ses marches si hardies, si longues, frappent d’étonnement; cependant, elles trouvent leur exemple dans les campagnes d'Alexandre, d’Annibal, de César, de Gustave-Adolphe.
Le prince Eugène de Savoie, dans la campagne de 1706, part de Trente, longe la rive gauche de l’Adige, le passe en vue d’une armée française, remonte la rive gauche du PO; et, prêtant le flanc à son ennemi, traverse le Tanaro devant le duc d'Orléans, et joint le duc de Savoie sous Turin, où il tourne toutes les lignes françaises, attaque leur droite, entre la Sésia et la Doire, et les force. Cette marche est un chef-d'œuvre d’audace.
Frédéric, dans ses invasions de la Bohême et de la Moravie, dans ses marches sur l’Oder, aux bords de l’'Elbe et de la Saale, a constamment vaincu quand il a manœuvré d’après les mêmes principes; mais il plaçait plus spécialement sa confiance dans la discipline, la bravoure, la tactique de son armée.
Napoléon, dans sa première campagne d'Italie, ne met que vingt jours à conquérir le Piémont. Il part de Nice, franchit les montagnes au défaut de la cuirasse, au point où finissent les Alpes el commencent les Apennins, sépare l’armée autrichienne de l’armée sarde, défait cette dernière, force la roi de Sardaigne à signer la paix et à lui céder la citadelle de Tortone, dont il fait sa place de dépôt, en marchant contre l'armée autrichienne. Étant ainsi assuré de ses communications avec la France, il passe le PO à Plaisance, se saisit de Pizzighittone, place forte sur l’Adda, à 100 kilomètres de Tortone, se porte sur le Mincio, s'empare de Peschiera, à 180 kilomètres de Pizzighittone, et s'établit sur la ligne de l’Adige, occupant sur la rive gauche l’enceinte et les forts de Vérone, qui lui assurent les trois ponts en
| pierre de cette ville, et Porto-Legnago, qui lui donne un autre pont sur ce fleuve. 1] reste dans cette position jusqu’à la prise de Mantoue. De son camp sous Vérone à Chambéry, premier dépôt de la frontière de France, il a quatre places fortes en échelons, qui renferment ses hôpitaux, ses magasins, et ne lui paralysent que 4,000 liummes pour leurs
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garmisons. Après la prise de Mantoue, lorsqu'il se porte dans les États du saint-siège, Ferrare devient sa place de dépôt sur le PO, et Ancône, à sept ou huit marches plus loin, son deuxième point d'appui au pied des Apennins.
Dans la campagne de 1797, lorsqu'il porte la guerre au delà de la Piave et du Tagliamento, il fortifie Palmanova et Osopo, passe les Alpes Juliennes, relève les anciennes fortifications de Clagenfurt, à cinq marches d’Osopo, et prend
position sur le Simmering, menaçant Vienne. Il se trouve | à 320 kilomètres de Mantoue ; mais il a sur cette ligne d’o- | tien, Pampelune, Figuières, Barcelone , sont au pouvoir de
pérations trois points d'appui, échelonnés de cinq en six marches.
En 1798, il commence la conquête de l'Égypte par la prise d'Alexandrie, fortifie cette grande cité, et en fait sa place de dépôt ; arrivé à Rahmanieh, sur le Nil, à 80 kilomètres d'Alexandrie, il y fait élever un fort. Maître du Caire, il en répare et arme la citadelle ; ayant atteint Salahieh, au débouché du désert sur la route de Gaza, il construit des ouvrages de campagne suffisants pour mettre ce village à l’ahri d’une attaque des Arabes, et pouvoir y renfermer des magasins. L'armée, qui se trouve alors à quinze jours de marche d’Alexandrie, a trois points d'appui sur la ligne d'opération. Pendant la campagne de 1799, il traverse 320 kilomètres de désert, met le siége devant Saint-Jean-d’Acre, et porte son corps d'observation sur le Jourdain, à 1,000 kilomètres d'Alexandrie, sa grande place de dépôt ; maïs il fait élever un fort à Qatieh, dans le désert, à 80 kilomètres de Salauieb, un à El-Arich, à 120 kilomètres de Qatieh, un à Gaza, à 80 d’El-Arich, etles huit places fortes qu’ils’est ainsi créées sur cette longue ligne d'opérations, lui donnent les moyens d'occuper, avec moins de vingt-cinq mille combattants, J’Égypte, la Palestine et la Galilée, ce qui est à peu près une étendue du 5,700 myriamètres carrés, renfermée dans un triangle. De son quartier général, devant Saint-Jean-d’Acre, au quartier général de Desaix, dans la haute Égypte, il y a 1,200 kilomètres.
La campagne de 1800 est dirigée par le premier consul sur ces mêmes principes, qui ont ramené la victoire sous les drapeaux de la république dans les plaines d’Italie. L'armée d'Allemagne , lorsqu'elle s’avance sur l’Inn, est maîtresse d’Ulm et d’Ingolstadt, ses places de dépôt. Son aile gauche s'appuie à l’armée gallo-batave, qui occupe Nuremberg, et son aile droite, à l’armée des Grisons, qui manœuvre dans la vallée de l’Inn. L'armée de réserve, descendant du Saint- Bernard, fait d’Ivrée son point d’appui.
En 1805, Napoléon, maître d’U 1m, en aurait fait sa place de dépôt lorsqu'il marcha sur Vienne, sile mauvais état des remparts et le temps qu’il aurait fallu perdre pour les réparer ne lui avaient fait préférer Augsbourg, qu’il lui était plus facile de fortifier suffisamment. Braunau devient son second point d'appui, et lui assure la possession d’un pont sur l’Inn. Plus tard, lorsqu'il quitte Vienne pour manœuvrer en Moravie, il met cette capitale à l'abri d’une surprise , et s'empare de Brunn:avant de livrer la bataille d'Austerlitz, de telle sorte que sil perd la bataille, il pourra à volonté upérer sans danger sa retraite sur Vienne, ou regagner Lintz par la rive gauche du Danube, l’y passer sur le pont de cette ville, et mettre, en toutes combinaisons de retraite, ce grand fleuve entre lui et l’enneri.
En 1806, lorsqu'il résout l'invasion de la Prusse, il réunit son armée sur le Rednitz. Le roi de Prusse croit à tort qu’en marchant sur le Mein, il coupera la ligne d’opération de l’armée française : elle n’est plus sur Mayence, elle a été reportée sur Strasbourg, en passant par Cronach, forteresse située aux débouchés des montagnes de la Saxe, et par Forcheim, place forte sur le Rednitz. N'ayant conséquemment rien à craindre de la marche offensive des Prussiens, Parmée française continue son mouvement en avant, ct les joint à léna, et pas un homme de cette vieille armée de Frédéric n'échappe, si ce n’est le roiet quelques escadrons , qui ne peuvent regagner Berlin, et se sauvent avec peine derrière la rive droite de l’Oder.
DICT, DE LA CONYERS, — T, X
En 1807, étant maitre de Custrin, ae Glogau etde Stellin, il passe la Vistule à Varsovie, fait fortifier Praga, qui lui sert à la fois de tête de pont et de place de dépôt : il crée Modlin, et met Thorn en état de défense. Après la bataille d'Eylau, il prend position sur le Passarge, pour couvrir le siége de Dantzig, dont il désire s'emparer, afin d’en faire le point d'appui de ses opérations ultérieures, avant de se porter sur le Niémen. Ce n’est qu'après la chute de Dantzig, qu’il livre les batailles d’Eilsberget de Friedland,
En 1808, les places du nord de l'Espagne, Saint-Sébas-
l'armée française, quand elle marche sur Burgos et Madrid. En 1809, les premiers coups de canon se tirent près de
| Ratisbonne : Augsbourg est le centre d'opération ; Passau, | situé au confluent de l’Inn et du Danube, est le premier point . d'appui intermédiaire ; Lintz est le second. L'armée française,
arrivée à Vienne, se trouve avoir deux lignes de communi-
| cation et de retraite assurées sur la France : la première, et
la plus directe, par Lintz, Passau et Augsbourg; la seconde, par Gratz, Clagenfurt et l'Italie, communication assurée par l’armée du vice-roi, en se portant sur Raab, et faisant sa jonction sur Presbourg. |
En 1812, Dantzig, Thorn, Modlin, Praga, sont ses places sur la Vistule; Veilau, Kowno, Grodno, Wilna, Minsk, ses magasins près du Niémen ; Smolensk, sa grande place de dépôt pour son mouvement sur Moscou. En 1813, Kœnigstein, Dresde, Torgau, Wittenberg, Magdebourg, Hambourg, sont ses places sur l’'Elbe; Mersbourg, Erfurt, Wurtzbourg, ses échelons pour arriver au Rhin.
Dans la campagne de 1814, il a partout des places pour assurer ses communications et appuyer ses mouvements ; et l’on aurait vu toute l’importance des places dela Flandre, de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, si la trahison n’eût ouvert les portes de Paris, et si même, Paris tombé, la défection du sixième corps d'armée n’avait point empêché Napoléon de marcher sur Paris; car certes les généraux des alliés n’eussent jamais risqué une bataille sur la rive gauche de la Seine, ayant derrière eux cette immense cité et sa population de 800,000 âmes , et ils se fussent trouvés contraints à une retraite hérissée de périls.
Tous les plans des campagnes de Napoléon ont doncété, comme ceux des grands capitaines qui l’ont précédé, conformes aux vrais principes de la guerre; ses guerres furent aussi audacieuses , elles furent plus méthodiques ; l’accroissement successif des forces rivales mises en campagne par les nations belligérantes nécessitait plus de précaution pour assurer la victoire, et surtout pour parer à de grands désastres. Les effrayants malheurs de la retraite àe Russie sont le fait des glaces, et non la faute du général. Les 85,000 hommes rassemblés comme par miracle sous les murs de Paris, quelques jours seulement après les désastres de Waterloo, ne se fussent point ralliés sans le secours du point d'appui de de la ligne d'opération choisie jar Napoléon. La tactique, les évolutions , la science de l’ingénieur et de l’artilleur, peuvent s’apprendre dans des traités, à peu près comme la géométrie. Mais la connaissance des hautes parties de la guerre ne s’acquiert que par l'expérience et par l’étude de l’histoire des guerres des grands capitaines. On n’apprend pas dans la grammaire à composer un chant de l’Ziude ou une tragédie de Corneille, Ga! Cte MonruoLon.
La guerre est une voie de contrainte exercée par une nation contre une autre, dans le but de faire décider par la force un différend qui divise plus souvent deux princes que deux peuples. Presque toujours en eflet les parties belligé rantes n’ont aucun motf de s’en vouloir. Mais lorsqu'un gouvernement se croit dans la nécessité de poursuivre contre un autre l'exécution d’une promesse, ou le redressement d’un grief, il oublie trop fréquemment qu’il est de son devoir de ne recourir aux voies de contrainte qu'après avoir épuisé les voies de conciliation. 11 serait bien temps cependant que cette ultima ratio regum cessät d'être l’ultimu ratio populorum.
On a beaucoup discuté sur la justice ou l'injustice de la guerre. En fait, il est presque toujours impossible de déméler de quel côté se trouve le bon droit, à supposer qu'il existe dans l’un des deux, Certaines convenances , un sot orgueil blessé, de mauvaises raisons, plaidées avec plus ou moins d’art, détermisent souvent l'explosion de la guerre sur un futile prétexte. Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, on observa l'&sage, emprunté aux anciens, de se faire déclarer réciproquement la guerre par des hérauts d'armes. Aujourd’hui, on se contente d’une mesure beaucoup plus simple : on proclame l’état de guerre par des manifestes rendus publics, et qu’on se notifie de part et d’autres, formalité considérée généralement comme si nécessaire, que l’on conteste presque toujours la légitimité des opérations militaires qui la précèdent. En même temps, les deux puissances rappellent leurs ambassadeurs, chargés d’affaires, consuls, qui avant de prendre leurs passe-ports déposent les intérêts de leurs commettants entre les mains des agents de quelque nation amie ; elles rappellent également ceux de leurs sujets qui sont au service militaire ou civil de l'ennemi, plus tard même ceux qui se trouvent sans fonctions sur son territoire. On interdit enfin toute relation de commerce entre les sujets des deux puissances.
La guerre commence ordinairement par l'invasion du territoire d’une des parties par les armées de l’autre. Celles-ci doivent respecter et protéger les habitants paisibles, à la charge par eux de rester soumis an vainqueur, de rompre toute communication avec les portions de leur patrie non encore envabhies, et de ne se permettre contre le vainqueur aucune hostilité, directe ni indirecte. L’exercice de la souyeraineté est momentanément transféré à l'occupant, qui peut, en conséquence, suspendre ou modifier les lois, changer les fonctionnaires et percevoir les impôts.
L’invasion se prolonge-t-elle, et le vainqueur, après avoir assis son autorité, manifeste-t-il l'intention de conserver le pays dont il s’est rendu maitre, l'occupation prend
alors le nom de conquête. Mais la conquête par elle-même |.
ne donne aucun droit au conquérant : pour que la translation de la souveraineté s'opère régulièrement, il faut qu’un traité en forme sanctionne le nouvel ordre de choses.
Quant aux opérations militaires proprement dites, les principales sont les combats et les batailles, les blocus et les siéges. Les hostilités doivent être loyales, sans qu’on puisse adresser raisonnablement aucun reproche au général qui se sert habilernent de la ruse. Si dans le voisinage du champ de bataille il y a un établissement religieux, un h6pitai, une maison d'éducation, un édifice consacré aux arts ou à l’industrie, on doit éviter de les atteindre, et leur donner même des sauvegardes. L'affaire tinie, le premier devoir du vainqueur est de prodiguer ses soins à tous les blessés qu’il trouve sur le champ de bataille, sans distinction ; les ennemis malheureux sont des frères auxquels on doit {ous les secours de l'humanité. Les parties belligérantes sont tenues l’une envers l’autre à la loyauté, à la bonne foi, aux égards même et à la politesse; l’état de guerre ne saurait légitimer aucune inimitié personnelle entre les combattants : un général manque-t-il de secours médicaux, il ne doit pas balancer à demander à l'ennemi des médecins, des remèdes, des objets de pansement, et cette demande n’est jamais repoussée, à moins d’impossibilité matérielle, Au milieu des rigueurs inévitables de la guerre, l'esprit aime à se reposer sur ces faibles compensations; on est heureux de penser que, même à travers les plus grandes violences, le sentiment de l’humanité ne s'éteint pas, et que l’homme n'oublie Jamais le lien qui l’unit à ses semblables,
Il est questlon ailleurs de la guerre offensive et de la guerre défensive. La guerre qui se poursuitentre deux armées manœuvrant l’une contre l’autre est qualiliée de
guerre de campagne, par opposition à la guerre de siége, :
qui n'a pas besoin d’être définie, | La juerre de montagnes est soumise à des règles particulières résultant des circonstances et des difficultés ani
GUERRE
lui sont propres, et qu'on ne rencontre pas en plaine. Elle exige donc des études spéciales. Longtemps on a pensé que les hautes montagnes contribuaient admirablement à la défense d’un pays, et qu’il suffisait de les occuper pour rendre difficiles les progrès de l'ennemi: l'histoire des guerres modernes a démontré tout ce qu'il y avait de faux dans cette théorie. C’est à l’archiduc Charles qu’on est redevable des premières règles rationnelles de la stratégie des guerres de montagnes. Les véritables pays de montagnes, c’est-à-dire les montagnes fort élevées, ne nécessitent pas seulement des dispositions spéciales, elles changent encore en partie la manière de combattre des troupes. Autrefois on regardait comme indispensable l'occupation des crêtes principales ainsi que des routes qui y aboutissent, et par là on éparpillait ses forces pour aboutir à une guerre de cordon, toujours pernicieuse. Aujourd'hui on garnit les crêtes de troupes légères, et l’on en fait des postes d'observation; puis on masse ses froupes en arrière, dans des lieux favorables, afin qu’elles puissent marcher sur l’ennemi quand il aura pénétré dans la montagne par l’un ou l’autre de ces chemins, l’y attaquer de tous côtés et l'y anéantir. Quelque simple que paraisse cette manœuvre, l'expérience a démontré que dans les montagnes l'avantage est toujours en faveur de l’assaillant. Le point essentiel est de bien attaquer. Si l’assaillant réussit à tromper son adversaire, et par de fansses attaques, à l’attirer dans les montagnes, pendant qu'on l'enveloppe par des routes latérales et qu’on le place entre deux feux, le succès est à peu près infaillible. Outre que la guerre de montagnes exige plus qu’un autre, de la part des chefs, une connaissance exacte et complète du terrain, jointe à une rare prudence en même temps qu’à une grande rapidité de coup d’œil et de décision, les troupes qu’on y emploie doivent être rompues aussi au métier de soldat, et surtout avoir autant de dévouement que de constance ; car dans les montagnes elles ontà lutter contre des difficultés, des peines, des privations, qu’on ne soupçonne pas dans la plaine.
Nous traiterons dans un article particulier des guerres dinvasion. Celles d'extermination n’appartiennent plus heureusement qu’à l’histoire, qui même n’en offre pas de bien fréquents exemples. Celles de conquétes se renouvellent, au contraire, encore assez souvent, bien que le progrès de la civilisation les réprouve et les anathématise. Les guerres d’indépendance sont loin d’encourir le même reproche. Dans cet ordre méritent d’être rangées, chez les anciens, celles des Samnites, des Gaulois, des Bataves, des Germains; au moyen âge, celles des Saxons de Witikind, tenant en échec toutes les forces de Charlemagne; plus fard, celles des confédérés suisses, se battant en désespérés contre la maison de Hapsbourg et contre les ducs de Bourgogne ; l'insurrection des Provinces-Unies hollandaises contre l'Espagne; des Anglo-Américains contre leur métropole; la levée en masse de la France contre l’Europe coalisée; des Polonais contre les Russes ; de l'Espagne contre Napoléon Ier ; des Grecs contre les Turcs, etc., etc. Les guerres remplissent et ensanglantent l’histoire; la série en est trop longue pour que nous essayions d’en consigner ici la triste nomenclature. Peuples et rois n’ont pas ménagé les qualifications de guerre sainte et de guerre sacrée; il en est malheureusement beaucoup qui mériteraient plutôt celles de guerre impie et de guerre infâme; et si l'histoire ne stygmatise du nom de guerre folle que celle dont le due d'Orléans fut l’âme sous Louis XI, elle n’est certes pas la seule à laquelle il serait permis en toute justice de l'imposer,
En général, la guerre, sous quelque aspect qu’on la considère, est aujourd’hui, avec le progrès de la civilisation et des mœurs, une anomalie criante, un dernier débris de la barbarie antique, que rien ne légitime. Déjà, dans les temps anciens, le vieil Hérodote avait dit que la paix était le temps où les fils enterraient les pères, et la guerre le temps où les pères enterraient les fils. Ajoutez-y le bella matribus detestata d'Hurace, et vous aurez tout ce qu'on peut dire de plus juste et de plus fort contre la guerre.
GUERRE
Les guerres entreprises depuis 1814 non été ni des guerres religieuses ni des guerres nationales , Mais des guerres essentiellement politiques, et il vaut mieux qu'elles aient ce caractère, parce qu’elles sont alors en général plus courtes et moins acharnées, pourvu toutefois que les passins humaines, l'ambition, la colère, l'obstination, la haine, ne se substituent pas, durant leur cours, à la pensée politique qui leur a donné naissance. Quoi qu’il en soit, nous ne saurions assez le répéter, la guerre, quelque forme qu'elle revête, n’est plus, il faut bien le dire, de notre époque ni dans nos mœurs. À mesure que les moyens de destruction se perfectionnent et se multiplient, les chances de guerres longues et opiniâtres diminuent. Au temps des hommes bardés de fer, la guerre était permanente dans Pancien monde. Elle eut ses moments d'arrêt et de repos quand elle reconnut pour principaux auxiliaires la poudre, l’arquebuse, le fusil, le mousquet, le pistolet, la carabine, le canon, le mortier, la bombe, le boulet, les fusées à la Congrève. Aujourd’hui que ces moyens de destruction se perfectionnent encore, que le canon et la mitrailleuse ont triplé leur puissance, que la carabine rayée, puis le chassepot avec une portée qui égale presque celle de l’ancien canon, va chercher et abattre, à la tête de leurs régiments, les officiers supérieurs, lors xême qu’ils empruntent l'uniforme de leurs soldats, la guerre ne saurait durer. Deux mois ont suffi, en 4859, pour délivrer la Lombardie; trois semaines, en 1866, pour réduire à néant la puissance de l’Autriche. La guerre de 1870-1871 ne s’est prolongée qu’à cause de la force respective des adversaires; encore a-t-elle été courte si l’on songe aux grands évènements dont elle a été remplie.
GUERRE (Ministère de la). Il réunit dans ses attributions tout ce qui concerne les diverses armes dont se compose l’armée de terre, envisagée sous les doubles rapports militaires, tels que les places fortes, les arsenaux, le dépôtdela guerre et les officiers d'état-major qui y sont attachés, les tribunaux et prisons militaires, les écoles spéciales, telles que l'Ecole Polytechnique, l'École de Saint-Cyr et les diverses écoles d'application, la gendarmerie sous le rapport de la discipline, enfin tout ce qui concerne l'administration non-seulement militaire, mais même civile de l'Algérie,
Dès l’année 1116, sous le règne de Louis le Gros, Algrin prenait le titre de secrétaire du roi pour la guerre, et contresignait en cette qualité tous les actes émanant de l’antorité royale. Les clercs du secret, établis en 1309, par Philippe le Bel, exerçaient les mêmes fonctions sous ses ordres. La création des troupes soldées introduisit, vers la même époque, une grande innovation dans le système de la guerre ; mais la routine entrava d’abord le progrès administratif, et longtemps le secrétaire de la guerre n’eut que la direction du contentieux : les nominations et le matériel de armée dépendaient du connétable et du grand-maître de l'artillerie. Charles VIII essaya vainement, en 1484, d'élever les fonctions du secrétaire de la guerre en le rendant l’égal des barons et en le déclarant promu de droit à la chevalerie.
Louis X]Let François 1°’ améliorèrent beaucoup Yorganisation administrative de la guerre. Le second, partant en 1524 pour son expédition d'Italie, confia la direction de cette branche importante du service public au comte de Vendôme, sans lui donner toutefois aucune qualification officielle.
Ce fut seulement sous Charles IX que les attributions ministérielles furent clairement définies et tranchées. Nicolas de Neufville de Villeroi fut le premier investi de la plus grande partie des fonctions relatives à la guerre. Sa nomination date du 1% octobre 1567. Cependant, certains détails secondaires de l'administration militaire restèrent encore aux secrétaires d'Etat des autres départements; mais dès lors le ministre de la guerre dressait les plans de campagne, ceux des places fortes, et dirigeait les mesures générales relatives à l'armement, à l'habillement, au casernement
et au campement des troupes. Seulement, si l’armée occupait une province dépendante des attributions d’un autre ministre c'est de celui-ci qu'émanaient les ordres de mouvement. Il en résultait une complication de rouages, du retard dans les aflaires, et le danger de compromettre les plus simples opérations militaires. Sous les prédécesseurs de Charles IX, aucun mumstre n'avait eu la signature, le roi signait; le secrétaire d'État n’était chargé que de l’exécution. Celui de la guerre se présentant plus souvent que les autres, cette assiduite devint importune au monarque : Villeroi l’abordant un Jour dans cet‘e intention au Jeu de Paume : « Signez pour moi, mon père, » lui cria Charles IX, et depuis en effet le ministre ne demandant plus la signature royale, les choses n’en marchèrent que mieux.
Henri III, par un édit de septembre 1588, détermina plus exactement les attributions spéciales du ministère de la guerre. Henri IV refondit les anciens édits, qui n'étaient plus en harmonie avec les progrès de l’art, créa, en 1597, des hôpitaux militaires, organisa l’armée sur un pied respectable, régularisa quelques services administratifs, fixa enfin le sort des officiers, sous-officiers et soldats, en leur allouant une solde et leur assurant des récompenses et des pensions de retraite. Le Tellier et Louvois frayèrent, à leurtour, une carrière plus facile à leurs successeurs. A la mort de Louis XIV, le régent établit six conseils, dont un pour Ja guerre, composé de quinze membres , et présidé par Villars, innovation qui n’eut qu’une courte durée, les anciens mis nistères ayant été rétablis en septembre 1718, et Claude Le Blanc pourvu de celui de la guerre.
Le 3 novembre 1787 fut créé un conseil permanent de la querre, présidé par le ministre de ce département; puis trois directoires spéciaux des subsistances mililaires, de l’habillement et de l'équipement, et de l'administration des hôpitaux. Tout cela dura jusqu’à la révolution de 1789 : l'Assemblée constituante remplaça le conseil de la guerre par un comité central. Le secrétaire d'État de ce département fut également chargé du taillon ( ou supplément de la taille), des maréchaussées, de l'artillerie, des fortifications de terre, des haras et des postes, des pensions, dons et brevets des gens de guerre, et de tous les membres des états-majors, à l'exception des gouverneurs généraux et des lieutenants de roi des provinces.
Les ministères, créés le 25 mai 1791 par une loi de PAssemblée constituante, furent remplacés le 1 avril 1794 par douze commissions, dont trois rentraient dans les attributions de la guerre. C’étaient celles du commerce et des approvisionnements, en ce qui concernait l’armée; des travaux publics, en ce qui touchait au génie militaire; de l’organisation enfin e£ du mouvement des armées, levées, discipline et administration. Les ministères furent rétablis sous le Directoire. A celui de la guerre furent annexés wn comité central d'artillerie, un du génie, un directoire de l'habillement, un des hôpitaux. Sous le Consulat, cinq membres du conseil d'État, tous généraux , présidés par un général de division, furent chargés de la section de la guerre, Un décret du 8 mars 1802 institua un nouveau département, dont le titulaire reçut la dénomination de ministre directeur de l'administration de la guerre, et dont les attributions furent détachées de celles du ministre de la guerre.
Un: ordonnance royale, du 4 janvier 1828, instilua vx ministre secrétaire d'État de l’administration de La guerre, conféra au duc d'Angoulême la presentation aux grades vacants dans l’armée. et ne laissa au nouveau ministre que le contr.-seing des nominations, Mais dès le 17 on revenait à l’ancienne dénomination. Sous les divers régimes qui se sont succédé depuis on a remanié plus d’une fois les attributions de ce département, mais ces détails n’ont que peu d'intérêt.
Au ministère de la guerre sont annexés les comités consultatifs de l'état-major, de l'infanterie, de la cavalerie, de la gendarmerie, de l'artillerie, des fortifications et de l'Algérie; un conseil de santé des armées; une commission
d’hy:iène hippique; ete, Eugène G. DE MONGLAVE.
Parmi les litulaires qui ont occupé ce ministère depuis sa création nous citerons : Puisieux (1617), Servien (1630), Louvois (1655-1681), d’Argenson (1743), maréchal de Belle-Isle (1758), Choiseul (1761), Saint-Germain (1775- 1777), maréchal de Ségur (1788), Servan (1792), Bouchotte (1793), Berthier (1800), Clarke(1807-1814), Gouvion-Saint- Cyr (1817-1819), Gérard (1830), Soult (1830-1834 et 1840- 1845), La Moricière (1848), Saint-Arnaud (1851-1854), Vaillant (1854-1859), Randon (1859-1867), Niel (1867- 1865), Lehœuf (1869-1870), de Cissey (1871-1873),
GUERRE (Petite), celle qui se fait par détachements, ou par partis, dans le dessein d’observer les marches et contre-marches de l’ennemi, de l’incommoder et de le harceler. Cette expression caractérise plus fréquemment un simulacre de guerre, dans lequel des corps d’une même armée manœuvrent et feignent de combattre les uns contre les autres, en tirant seulement à poudre. Les troupes qui prennent part à cetexercice sont empruntées soit aux garnisons et cantonnemeénts voisins de l'emplacement où il a lieu, soit aux camps de manœuvres.
GUERRE (Marrn). Il y a bientôt trois cents ans que se passaient les faits que nous allons brièvement rapporter d’après le Recueil des Causes célèbres ; et ils ont encore aujourd’hui le même intérêt : en pareille matière la date ne fait rien à l’affaire. Martin Guerre était un habitant du village de Hendaye, dans le pays des Basques ; il avait épousé Berfrande de Rols, du bourg d’Artigat, au diocèse de Rieux, de laquelle il avait eu un enfant. Au bout de dix années de cohabitation, il quitte son ménage, passe en Espagne et s’y fait soldat, sans plus donner de ses nouvelles à sa famille. Ce n’est pas cependant que les aventures lui enssent manqué pour ajouter un peu de piquant aux détails purement personnels que sa correspondance aurait pu contenir. C’est ainsi, par exemple, qu'il avait assisté à la bataille de Saint-Quentin, où, par parenthèse, un boulet lui avait enlevé une jambe. Il ne jugea pas cependant pour pareille vétille devoir alarmer sa femme et ses proches. En revanche, il paraît que, dans les longues causeries de leur vie d’aventuriers, il avait donné à un de ses camarades, nommé Arnaud du Thil, des détails tellement précis sur ses relations de famille, que celui-ci put, grâce à une ressemblance frappante, concevoir le projet de se faire passer pour Pabsent et jouir de tous ses droits. II y avait huit années que l’on ignorait ce que Martin Guerre était devenu, quand un beau jour arrive à L’Artigat notre Arnaud du Thil, qui se présente effrontément à Bertrande de Rols comme son mari, revenant au bercail repentant et corrigé , partant bien décidé à ne plus aller chercher si loin le bonheur, tandis qu’il est tout bonnement sous le chaume domestique. Huit années d'absence auraient pu, à la rigueur, affaiblir quelque peu les souvenirs de la femme Guerre à l’égard des traits de son mari mais la ressemblance d’Arnaud du Thil avec Martin Guerre était si grande, l’imposteur joua son rôle avec un si imperturbable aplomb, et profita si bien de toutesles confidences de sonancien ami, que Bertrande n’hésita pas à voir en lui l’ingrat, le volage qu'elle pleurait depuis si longtemps, et que la réconciliation fut tout aussitôt complète. Comment ne s’y serait elle pas trompée, puisque les quatre sœurs de Martin Guerre et son neveu Pierre n’hésitèrent pas un instant à prendre pour lui Arnauld du Thil?
Les années s'écoulent paisibles pour l’imposteur, qui s’estime heureux de l'ordinaire dédaigné parle vrai Martin Guerre. Tout allait donc au mieux, lorsque de mauvais bruits se répandent dans la contrée, Un lansquenet congédié, revenant de Rochefort, passe par L’Artigat, et parle dans les cabarets d’un Martin Guerre, qui en ce moment même est en Flandre, avec son régiment. La rumeur publique commente ce fait étrange, sans que Bertrande de Rols s’en préoccupe car elle est de bonne foi; et elle soutiendra au besoin, envers et
ontre tous, qu'Arnauld du Thil est bel et bien son mari, Martin Guerre , ou le diable dans sa peau. Malheureusemeut pour l'imposteur, re fait coincide avec des démélés