‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 429 sur 552 · GUIDE — GUIENNE · texte numérisé non relu

GUIDE — GUIENNE

nus, L'Enlèvement d'Europe, Les Grâces couronnant Vénus, Une Vierge, L'Annonciation, Le Massacre des Innocents, Saint Michel, Le Martyre de saint André, etc. 11 amassa une belle fortune, mais une funeste passion eut bientôt englouti tout l'or qu’il avait gagné : il joua avec une eflroyable frénésie. Nous possédons au musée du Louvre un grand nombre de toiles de cet artiste. Les plus remarquables sont: David vainqueur de Goliath, Hercule tuant l'hydre de Lerne, Le Combat d’ Hercule et d'Achéloüs, L'Enlèvement d'Hélène, Le Centaure Nessus enlevant Déjanire, etc. Le Guide, ruiné en peu de temps, voulut satisfaire à ses désirs et à ses besoins par le produit de ses peintures. C’est à cette insatiable soif de l'or qu'il faut attribuer la prostitution qu’il fit de son pinceau. Des peintures sans mérite sortaient en foule de ses mains pour être ensuite vendues à vil prix. Cette manière d’agir lui attira la défaveur de ceux qui l’avaient le plus admiré. Sa position devint affreuse, Pour surcroît de malheur, iltomba malade, et mournt, le 18 août 1652, à l’âge de soixante sept-ans, accablé de chagrin et de misère. S. VALMONT.

GUIDI (Tomaso). Voyez Masaccio.

GUIDON. Ce mot, dont la terminaison trahit l’origine et accuse l’augmentatif méridional, vient du simple ou primitif guida, mot italien qui se prenait dans le sens d’enseigne. L'apparition du terme et de ce qu'il représente se rattache à une époque mémorable, celle de l’abandon du pennon, de l’abolition desbannières,et du triomphe obtenu sur la féodalité par les troupes à cadre permanent et royal. Il wy eut d’abord sur ce pied que de la cavalerie. Cette dénomination fut donnée, vers le milieu du quinzième siècle, à l’éteudard de la gendarmerie, plus tard à ceux des régiments de dragons. Elle cessa d’être employée en 1791, redevint à la mode en 1815, et fut supprimée l’année suivante. Longtemps la forme et la couleur du guidon furent arbitraires, capricieuses, changeantes. Au dixhuitième siècle elle ne s’appliquait plus qu’à un étendard, plus long que large, fendu par le bout, les deux pointes arrondies, etc. Dernièrement on appelait encore guidons, dans l'infanterie française, de petits drapeaux carrés, dont le manche entrait dans le canon du fusil d’un sous-officier, sous prétexte de servir aux alignements.

Dans la marine, le guidon est une banderole, plus courte et plus large que la flamme, fendue à son extrémité, et servant à faire des signaux (voyez CORNETTE).

De même que le nom d’une arme devenait jadis le nom du guerrier qui s’en servait, de même le nom des enseignes devenait souvent le nom des troupes qui s’y ralliaient : ainsi on à appelé bandes , enseignes, guidons, des troupes au milieu desquelles flottaient ces insignes. G°! Barpin.

GUIDO RENI. Voyez Guine (Le).

GUIENNE. Ce nom est vraisemblablement une corruption de celui d À quitaine : ilne commença à s’introduire qu’à l’époque où saïnt Louis rendit au roi d'Angleterre, par le traité de 1259, ies duchés réunis de Gascogneet d’Aquitaine, et même, suivant Longuereu, qu’au commencement du quatorzièmesiècle. En 1302 les troupes de Philippele Bel envahirent la Guienne, où il ne resta qu’un petit nombre de villes au pouvoir des rois d'Angleterre ; mais on fit encore lapaix , et les Anglais rentrèrent de nouveau en possession de tout le duché. Les guerres se renouvelèrent au temps de Cha rles IV, ct ce prince s’empara encore de tout le pays, excepté de Bordeaux. Le traité de Brétigny, en 1360, céda à Édouard II1la possession de la Guienne en toute souveraineté, Édouard érigea en 1362 le duché de Guienne en principauté, en favenr du prince de Galles. La Guienne comprenait alors le Poitou , la Saintonge, l’Agénais, le Périgord, le Limousin, le Quercy, le Bigorre, la Lerre de Jaure, PAngoumois, le Rouergue, les villes de Dax et de Saint- Sever, et la Gascogne. L'administration du prince Noir mécontenta les seigneurs de Guienne, qui portèrent leurs plaintes au roi de France Charles V. Les états généraux de 1269 décidèrent que les Anglais n'ayant pas observé plusieurs des

articles du traité, on n’était pas lié à leur égard. On reçut l'appel des seigneurs, on conclut avec eux un traité secret ; les lettres d'appel furent signifiées à Edouard , et en peu de temps Du gaesclin soumettait toute la Guienne, à l’exception de Bordeaux et de Bayonne. Cette conquête, du reste, fut de peu de durée ; la Guienne préférait la domination des Anglais à celle des Français, qui se montraient toujours hostiles aux institutions municipales. Les factions rivales des princes, sous Charles VI, désolèrent aussi la Guienne ; ca fut même aux partisans gascons du comte d’'Armagnac, beau-père du duc d'Orléans, que la faction de ce prince emprunta son nom.

Les généraux de Charles VII eantrèrent dans la Guienne, et s’emparèrent, l’an 1451 , des châteaux forts de Blaye, de Bourg et de Fronsac; Bordeaux ouvrit ses portes à Dunois Les Anglais l’année suivante tentèrent de regagner le terrain perdu : ils rentrèrent dans Bordeaux , mais vaincus à la bataille de Castillon, l'an 1453, la Guienne fut définitivement perdue pour eux. Ils la possédaient depuis trois cents ans.

Louis XI la donna en äpanage à son frère; mais les seigneurs gascons qui avaient pris part à la ligue du bien public, les Armagnac, les Albret, conspirèrent bientôt avec lui pour recouvrer l'indépendance de la province. On connaît la répression terrible et la vengeance du roi Louis.

La réforme y compta bientôt de nombreux partisans. En 1548 l'établissement de la gabelle fit éclater en Guienne une révolte terrible. Les religionnaires, favorisés par le mécontentement général, conçurent alors le projet d’arracher toute la province au roi et d'en former un État républicain et indépendant. Commandés par Duras, ils bloquaient déjà étroitement Bordeaux, lorsque Montluc la délivra. Le sanglantes exécutions qu’il ordonna et sa victoire du Ver-en- Périgord assurèrent le triomphe des catholiques. En 1567 la guerre civile s’y ralluma dans toute son horreur; les divisions de Montluc et de Danville empéchèrent les royalistes de profiter de leurs avantages. Mais le parti huguenot s’accrut considérablement après la Saint-Barthélemy. A la mort de Henri III, la Guienne fut une des provinces qui reconaurent les premières le roi de Navarre pour son successeur. Cependant, un certain nombre de villes tinrent lontemps encore pour la ligue. L'histoire particulière de la Guienne se confond dès lors avec l’histoire générale de la France; et il n’est plus question de cette province que comme gouvernement militaire.

À la révolution, ce gouvernement comprenait la Guienne propre ou Bordelais, le Bazadois, le Périgord, le Quercy, le Rouergue et l’Agénais, qui étaient pays de Guienne; les Landes, la Chalone , le Condomois, l’Armagnac, le Bigorre, le Comminge, le Conserans, le Labour et le vicomté de Soule, qui étaient pays de Gascogne : il avait Bordeaux pour chef-lieu. Sous le rapport de l’administration financière , le gouvernement de Guienne et de Gascogne se divisait en deux généralités, généralité d’Auch pour la Gascogne, et généralité de Bordeaux pour la Guienne. La généralité de Guienne , comprenait dix élections, savoir, Bordeaux, Lesparre, Libourne, Fronsac, Bourg, Blaye, Agen, Condom, Bazas et Périgueux. La généralité de Bordeaux était rédimée de gabelles, exempte des aides nroprement dits et de droits sur la marque des fers, et les travaux des chemins s’y faisaient principalement par corvées. La Guienne était pays de droit écrit, c’est-à-dire régie par le droit romain et par les ordonnances des rois. Le parlement de Bordeaux, appelé aussi parlement de Guienne , datait du milieu du quinzième siècle : il fut confirmé par lettres patentes du 12 juin 1462. Il est dit dans ces lettres que le parlement de Bordeaux n’est pas seulement institué pour cette ville, mais aussi pour les pays et sénéchaussées de Gascogne, d'Aquitaine, des Landes, d’Agénais, de Bazadois, de Périgord, de Limousin; et telle était à peu près l'étendue de son ressort au moment de la révolution, c’est-à-dire que ce ressort répondait à celui du gouvernement militaire de la Guienne.

La Guienne forme aujourd’hui les départements del’ A x e y-

ron, de la Dordogne, du Gers, de laGironde, des Landes, du Lot, du Lot-et-Garonne et des Hautes- Pyrénées.

GUIENNE ( Jacques III pe CRÉQUI, dif le maréchal DE). Voyez CRÉQUI.

GUIGNES (Joserx pe), né à Pontoise, le 19 octobre 1721, mort à Paris, le 19 mars 1800, fut le plus savant orientaliste français de son temps. Elève de Fourmont, il posséda en peu d’années les divers idiomes de l’Orient, et surtout la langue chinoise. Fourmont étant mort en 1745, de Guignes lui succéda dans la place de secrétaire interprète des langues orientales à la Bibliothèque du roi. Il s’illustra si rapidement par les aombreux écrits qu’il publia sur l’Asie, qu’il devint successivement, en 1752, membre de la Société royale ; en 1753, membre de l’Académie des Inscriptions, censeur royal et Vun des rédacteurs du Journal des Savants ; en 1757, professeur de langue syriaque au Collége royal, dont la chaire était vacante depuis la mort de Jault; en 1769, garde des antiques du Louvre et pensionnaire de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres; en 1773 et en 1785, membre du comité établi dans son sein pour la publication des Notices et des Manuscrits.

Les ouvrages nombreux qu’il a publiés, fort remarquables d’aillears pour une époque où aucun Européen n’avait encore étudié le sanskrit, sont aujourd’hui bien en arrière des connaissances des orientalistes. Le meilleur est son Histoire générale des Huns, Turcs, Mogols et autres Tartares occidentaux (5 vol. in-4°). De Guignes s'était imaginé que les caractères chinoïs n'étaient que des espèces de monogrammes, formés de trois lettres phéniciennes. A l’aide de ce paradoxe scientifique, qui déjà attaquait la haute antiquité des Chinois, il alla encore plus loin, et s’efforça de prouver que les princes chinois nommés dans les annales de cet empire n’étaient autres que des rois d'Égypte. Deux hommes s’élevèrent contre ce système, de Paw et Deshauterayes. De Guignes répliqua ; mais ses réponses furent plus brillantes et plus spécieuses que solides. ;

Son fils, Chrétien-Louis-Joseph pe Guicnes, né à Paris, en 1759, mort dans cette ville, en 1845, cultiva aussi les langues orientales. 11 avait été, en 1784 , chargé d’affaires de France en Chine et consul à Canton. On a de lui un Voyage à Pékin, Manille et l'Ile de France (Paris, 1808, 3 vol. in-8°, avec atlas). Il a édité en outre, par ordre de l’empereur Napoléon, un Dictionnaire chinois, français et latin, du père Basile de Glemona ( Paris, 1813, grand in-folio).

G.-L. DOomMENY DE RIENZI.

GUIGNIER. Voyez CERISIER.

GUILBERT DE PIXÉRÉCOURT (RENÉ-CHARLES), le Corneille du boulevard, naquit en 1773, à Nancy, d’un père ancien major du royal-Roussillon, très-infatué de sa très-contestable et, en tous cas, très-récente noblesse. La place d’un pareil homme en 1791 était marquée d’avance à l’armée de Condé, et son fils l’y suivit. Mais dès 1793 celui-ci rentrait en France et se mariait, à vingt ans, sans trop savoir comment donner du pain à sa compagne, Nécessité, dit-on, est mère de l’industrie; il se mit à peindre des éventails, en attendant qu’il lui fût possible de tirer parti de l'éducation très-littéraireet très complète d’ailleurs qu'il avait reçue. Les abords du théâtre lui parurent entourés de moins de difficultés que ceux du journalisme, et en 1797 il écrivit sa première pièce, Sélico, ou Le nègre généreux, qu'il vendit 600 francs. Une fois le premier pas fait, il ne s'arrêta plus, et dans l’espace de trente-huit ans ne donna pas moins de cent vingt comédies, vaudevilles, drames, mélodrames, dont la plus grande partie eurent jusqu’à cent représentations consécutives et même davantage. On voit que, bon an mal an, notre homme eufantait régulièrement un chef-d'œuvre tous les trois mois, et cela seul, toujours seul, sans le con- Cours d'aucun eollaborateur! Une fabrication aussi active a quelque chose de prodigieux, surtout quand on songe qu'une bonne partie de son temps était absorbée d'une part par des fonctions administratives, de l’autre par les préoccupations

Page 1