GUIENNE — GUILBERT DE PIXÉRÉCOURT
d’une direction théâtrale. 11 y eut même un instant où il eut deux troupes de comédiens à régimenter à la fois!
Entré de bonne heure dans l’administration des domaines et de l'enregistrement, Guilbert de Pixérécourt y était parvenu de grade en grade jusqu’à celui de chef de division, ce maréchalat administratif, Puis vint un moment où l’auteur de tant de pièces applaudies parut aux propriétaires du théâtre de l’Ambigu, les héritiers ou ayants droit du célèbre Audinot, l’homme prédestiné à assurer le succès de leur propriété commune. On le supplia donc d’accepter la direction de PAmbigu-Comique; il se laissa faire, et les affaires des domaines et de l’enregistrement n’allèrent pas plus mal. Puis, vers 1825, le duc d’Aumont , gentilhomme , par quartier, de la chambre de S. M., chargé, en cette qualité, de présider aux destinées des artistes de l'Opéra-Comique, fatigué des cabales par lesquelles ce tripot dramatique était incessamment troublé, confia ses pleins pouvoirs à Guilbert de Pixérécourt, dont la direction dura près de cinq ans. C’est justice encore de reconnaître que l’histoire du théâtre Feydeau offre peu d’époques dont la prospérité soit comparable à celle dont il jouit sous le règne de l’autocrate de l’'Ambigu. Évidemment c'était une cervelle bien organisée que celle de l’homme qui savait ainsi faire marcher de front tant de besognes différentes.
Jusqu'à présent il semble que nous ayons mis une certaine affectation à ne parler que du savoir-faire administratif de Guilbert de Pixérécourt; on pourrait en conclure que nous contestons la valeur littéraire de l’auteur de Cœlina, ou l'enfant du mystère (1800); du Pèlerin Blanc (1801); de L'Homme à trois visages (1801); de La Femme à deux maris (1802); des Mines de Pologne (1803); de Tékéli (1803); des Maures d’Espagne (1804); de La Forteresse du Danube (1805); de Robinson Crusoé (1805); de Za Rose Blanche et la Rose Rouge (1809); de Marguerite d'Anjou (1810); des Ruines de Babylone (1810); du Chien de Montargis (1814); de Charles le Téméraire (1814); de Christophe Colomb (1815) ;du Monastère abandonné (1816) ; de La Fille del’Exilé (1819) ;de Valentine (1820); de L'Évasion de MarieStuart (1821); de La Téle de Mort (1827); de Latude (1834) ;de Bijou (1835) ; etc., elc., etc. Dieu nous garde d’un pareil blasphème! Nous pensons, au contraire, très-sincèrement que Guilbert de Pixérécourt n’avait ni plus ni moins de talent que les plus huppés d’entre les fournisseurs privilégiés actuels des théâtres du boulevard. La forme sans doute a vieilli chez lui, la déclamation prodigue moins aujourd’hui les épithètes et les redondar.ces; mais les Jicelles n’ont pas varié, et dans Part de les manier Guilbert de Pixérécourt reste un maître accompli, qu’on aura de la peine à égaler et qu’on ne surpassera jamais.« Il avait, adit de lui Jules Janin, une façon d’arranger son banc de gazon, de disposer sa forêt de vieux chênes, de préparer son kiosque, qui faisait que bon gré mal gré, dès que la toile était levée, on regardait, on s'inquiétait, on était attentif. Il avait de petites ressources sans nombre, qu’il disposait à merveille : le tictac du moulin, un rayon de la lune, une amorce mal brûlée; un pont qui croulait à propos, un cri inattendu, un gémissement du vent, des riens, des misères.. Mais ces riens remplissaient la scène d’un frisson inattendu. Je sais très-bien que tout cela n’est pas de la poésie, qu'un bon vers, parti de l'âme, vaut cent millions de fois mieux que toutes ces surprises ; mais je sais ausai qu’à défaut de poésie, on est encore trop heureux de trouver ces curieux arrangements d’une imagination qui n’est jamais en défaut.»
D'après ce que nous avons dit plus haut, on ne sera pas étonné d'apprendre que Guilbert de Pixérécourt eût acquis une belle et honorable fortune. Il en faisait l'asage le plus digne, et, à force de soins et de recherches, il était parvenu à former l’une des plus curieuses collections de livres dont les bibliographes aient conservé le souvenir. C'était tout à fait la bibliothèque d'un homme de goût et de savoir. L'incendie du théâtre de la Gatté, en 1835, à l’époque où il