GUILBERT DE PIXÉRECOURT — GUILLAUME
en était directeur , iui fit perdre une partie notable de sa fortune. Alors il comprit que l’heure fatale de la retraite avait sonné pour lui. Bijou, son dernier ouvrage, n’avait eu qu’un succès médiocre. Des rivaux plus jeunes, plus alertes, lui disputaient les applaudissements de la foule. 11 se résigua philosophiquement à son sort. À l'instar de Charles- Quint, qui de son vivant même voulut assister à ses obsèques, ilsuivit les vacations de la vente de sa célèbre bibliothèque, dont les amateurs se disputèrent les trésors sous le feu des enchères : ce sublime sacrifice accompli, il dit un dernier adieu à Paris, et alla, en 1836, se réfugier au sein de
sa famille, à Nancy, où il publia, de 1841 à 1843, 4 volumes |
in-8° de ses œuvres choisies , et où il est mort, au mois d'août 1844.
GUILD, vieux mot saxon signifiant confrérie, association. La loi saxonne exigeait de tout homme libre arrivé à l’âge de quatorze ans qu'il fournit caution comme quoi il garderait la paix publique ou, en cas de contravention, payerait les amendes et indemnités prononcées contre lui. C’est pour obéir à cetie prescription de la loi que des associations, des confréries, des guilds se formèrent entre voi-
sins, à l'effet de répondre les uns pour les autres, et des’enga- | ger à livrer le délinquant, ou bien, à défaut, à payer à la partie | lésée l'indemnité à laquelle elle aurait droit. Telle est lori- !
gine des guilds ou corporations existant encore aujourd’hui en Angleterre, dans un certain nombre de villes, parmi les artisans ou petits marchands. Elles exercent une grande influence sur les élections anglaises , et aussi sur les adminis-
GUILFORD (Frénériex NORTH, comte), fondateur et chancelier de l’université de Corfou, né en 1761, était le troisième fils de lord North. Il fut élevé à Oxford, et après avoir occupé un emploi dans la trésorerie, à l’époque de l’administration de son père, il fut plus tard nommé gouverneur de Ceylan. A son retour en Angleterre, il hérita du titre de son frère, le comte Guilford, et le remplaça à la chambre haute. Le gouvernement anglais l’ayant ensuite envoyé en mission dans les Iles loniennes, il consacra sa fortune et ses talents à favoriser les efforts tentés pour réveiller l’ésprit nationnal des habitants de ces îles. Après avoir déjà créé vingt-neuf écoles, il réussit à triompher de tous les obtacles et de tous les préjugés qui s’opposaient à la réalisation de son plan favori, et à fonder à Corfou une université, qui fut inaugurée le 13 novembre 1824, par ordre de Canning, et dont il fut nommé chancelier. Il adjoignit à l’université une bibliothèque, dont ses libéralités firent le pre-
| mier fonds, et mourut à Londres, le 14 octobre 1827. Lord
Guilford, philhellène ardent, helléniste distingué, possédait la plus riche collection qui se pût voir des productions nonseulement de l’ancienne littérature grecque, mais encore de la littérature grecque moderne.
GUILHEN DE CASTRO. Voyez Castro.
GUILLAUME. Quatre rois d'Angleterre ont porté ce nom.
GUILLAUME 1°, dit Le Conquérant, fondateur de la dy nastie anglo-normande, né à Falaise, en 1027, fut appelé d’a-
: bord Ze Bâtard, parce qu'il l'était en effet; accident dont
trations municipales. Il y a en effet des villes et des bourgs | lettres Wilhelmus Nothus. Son père, Robert 1°, guer-
où le droit d'élection appartient aux seuls membres des guilds, dans lesquelles on est admis soit par apprentissage, soit par achat. C’est ce dernier mode qu’emploient les individus qui, sans appartenir à une industrie quelconque, veulent cependant s’assurer du droit de vote inhérent au titre de membre de ces corporations. Le mot guild, en raison même de son origine, a droit de cité dans presque toutes
les contrées où les populations ont du sang germanique dans |
les veines.
Ce terme est également employé en Russie pour désigner les trois classes de marchands. Dans ce pays en effet les marchands sont partagés en trois classes distinctes , d’après la quotité de la contribntion qu’ils ont à payer aufise. Les marchands de la première quild répondent à ce que l’on entend chez nous par l’expression de notables commercants.
GUILDER. Voyez FLORIN.
GUILDHALL. C’est ainsi qu’on appelle l’hôtel-de-ville de Londres, et comme on peut voir à l’article Gui», ce mot, d’après son étymologie, signifie littéralement salle de la corporation. Construit pour la première fois en 1411, un incendie détruisit Guildhall presque complétement en 1669; alors on le rebâtit, mais ce ne fut qu’en 1789 que la façade en fut achevée.
La grande salle de cet édifice, remarquable par l'étendue de ses proportions (51 mètres de longueur sur 16 mètres 33 centimètres de largeur et 18 mètres 66 centimètres d’élévation), peut contenir de six à sept mille personnes. C’est là qu’ont lieu les élections parlementaires et municipales et toutes les réunions autorisées par le corps des aldermen. C’est là aussi que la ville de Londres donne ses fêtes, ses bals, et surtout ses repas vraiment homériques, dont les journaux ne manquent jamais de publier le formidable menu. L'élection du lord-maire, la réception du souverain, ou bien de quelque étranger de distinction considéré comme l'hôte de la cité, sont d'ordinaire l’occasion de ces festins. On se fera une idée du luxe qu’y déploie la cité de Londres, représentée par ses alGermen ou corps mnnicipal, quand on saura que la carte à payer du diner offert à Guildhall, en 1815, aux monarques de la coalition européenne, ne 8’éleva pas à moins de 500,000 francs.
C’est à l’entrée de cet édifice public que se trouvent les deux célèbres statues de Gog et Magog.
au surplus il était loin d’être honteux, car il signait en toutes
rier intrépide, et qui vécut toujours dans le célibat, s’était épris d'amour pour une de ses sujettes. Du haut du château de Falaise où il se trouvait, le duc avait distingué sur les bords de l’Ante la jeune Herlève ( Arlette ), fille d’un
| tanneur nommé Herbert ou Vert-Pré. Guillaume fut le | fruit de cette union illégitime.
Le fils de Robert était bien jeune encore, lorsqu’en 1035, ce duc entreprit le pèlerinage de Jérusalem. Avant de partire Robert eut la prudence de faire reconnaître son fils, qui n’avait que sept ans, pour son légitime héritier, dans une assemblée de seigneurs et de prélats qu’il avait réunis à Fé-
| cap. Il le conduisit ensuite à la cour de France, pour le | recommander à la protection de Henri 1°*, son suzerain et son | obligé. Le duc Robert étant mort à Nicée, le 2 juillet 1035,
au retour de son pèlerinage, son fils Guillaume, encore mineur, ne fut point reconnu sans conteste pour son héritier. Le roi de France essaya même de profiter de la circonstance
| pour ressaisir les États cédés par Charles le Simple en 1040 : | ilenvahit la Normandie avec une armée nombreuse; mais la | fidélité et le courage des Normands sauvèrent Guillaume.
Enfin, la bataille du Val-des-Dunes, en 1046, gagnée par Guillaume, qui ne comptait pas encore dix-neuf ans, rétablit ses affaires. Il épousa en 1049 Mathilde, fille de Baudoin V, comte de Flandre. En 1054 le roi de France rentra en Nor-
| mandie. Atteint par le duc dans le Pays-de-Brai, il fut com-
pléteruent battu à Mortemer-sur-Eune.
En 1051 Guillaume fit un voyage à Londres, où depuis le mariage d'Emma, sœur de Richard II, avec Éthelred
| (en 1002), les Normands jouissaient d’une grande consi- | dération et remplissaient même des emplois éminents. L’en-
trevue que le duc eut avec Édouard le Confesseur décida très-vraisemblablement ce monarque à léguer ses États à un jeune prince qui était à la fois son parent etson ami. Édouard mourut sans postérité, le 5 janvier 1066. Guillaume, qui avait reçu quelques mois auparavant, à Bonneville-sur- Touque, le serment de fidélité de Harold, comte de Wessex, seul compétiteur qu'il pût craindre au trône d’Angleterre et qui effectivement s’en empara aussitôt qu’Édouard eut rendu l’âme; Guillaume se disposa à recueillir le magnifique héritage que lui offrait la fortune. 1 ne négligea rien pour assurer le succès de son entreprise, et associa Rome à ses intérêts. Sur la promesse que le duc fit au pape Alexan-
dre II, de rendre l'Angleterre tributaire du saint-siége, il obtint du pontife, qui regrettait fort la perte du denier de saint Pierre, une bulle, un étendard et des reliques qui lui subjuguèrent une grande partie du clergé en même temps que sa puissante épée lui soumettait les peuples. Huit mois furent employés à construire les vaisseaux, à réunir les troupes, à rassembler les approvisionnements nécessaires ; et du port de Dives, où tout s’était préparé, on se porta à Saint-Valery-sur-Somme. C’est de ce port que Guillaume mit à la voile, le 29 septembre 1066, avec 3,000 bâtiments «et 60,000 guerriers. Le débarquement s’opéra sans résistance sur les côtes d'Angleterre, à Pevensey, dans le Sussex, tandis que loin de là Harold était occupé à combattre et à vaincre les Danois, qui avaient envahi le Northumberland,
Guillaume eut soin d'annoncer aux Anglais qu’il venait venger la mort d’Alfred, son cousin, assassiné par le père de Harold; qu’il réclamait la succession de saint Édouard, son parent, qui lui avait légué son trône, et qu’il se disposait à combattre l’usurpatenr de son légitime héritage, le violateur des serments les plus authentiques, qu'il garantissait les biens et les droits des Anglais, et qu'il marchait sous la bannière du souverain pontife, ainsi qu'avec l’aveu de tous les princes de l’Europe. Ce fut le samedi 14 octobre 1066 que, dans les plaines d'Hastings, les deux armées se mesurèrent : la lutte fut acharnée, et le succès vigoureusement disputé. Guillaume l’emporta ; Harold et son frère restèrent sur le champ de bataille, au milieu de 15,000 Normands et de 60,000 Anglais tués, dit-on, dans cette décisive bataille, Elle assura le trône au conquérant, qui entra dans Londres deux mois après et se fit couronner dans Westminster le jour même de la fête de Noël. La conquête du reste du royaume ne se fit pas sans obstacles. La {our de Londres fut bâtie pour contenir cette ville. Justement irrité, mais extrême dans sa fureur, le roi réprima la rébellion, et en tira une cruelle vengeance. Un territoire de trente milles fut ravagé par le fer et les flammes ; les instruments même du lahourage furent brisés, et cent mille infortunés de tout âge et des deux sexes, chassés comme des bêtes fauves , allèrent dans les forêts périr de faim, de froid et de misère.
L’Angleterre, à l'exception du domaine de la couronne, fut divisée en 700 grandes baronnies, qui ne relevaient que du prince, et en 60,215 baronnies subalternes, vassales des grandes, dont 28,015 furent accordées au clergé. En même temps qu’il opérait de vive force cette tranformation complète du sol et de la constitution politique de l'Angleterre, Guillaume imposait à ce pays l’usage de la langue franco-normande dans toutes les relations de la vie publique. S'il échoua dans ses efforts pour la faire prédominer dans les relations sociales et pour extirper l’anglo-saxon des tribunaux inférieurs et des églises, les indigènes n’en sentirent pas moins fout ce qu'avait de pesant pour eux le joug du conquérant, et plus d’une fois ils tentèrent de lesecouer en faisant cause commune avec les Écossais. En 1074 on vit même plusieurs seigneurs normands, qui avaient à se plaindre de la sévérité du roi, prendre part aux insurrections des populations anglaises. Guillaume les comprima toutes avec une impitoyable rigueur, et se rendit ensuite précipitamment en Normandie, où, à l'incitation du roi de France Philippe 1°", son fils aîné Robert faisait mine de vouloir se rendre indépendant. La guerre entre le père et le fils dura plusieurs années, jusqu’à ce qu'enfin, en 1080, une réconciliatfon s’opéra entre eux, par l'entremise de la reine. Dans l'intervalle, le roi d'Écosse Malcolm ayant envahi le Northamberland, où il promenait le fer et le feu, Robert reçut alors de son père la mission de tirer vengeance des insultes des Écossais.
C'est aussi vers cette époque que Guillaume le Conquérant #’occupa de la rédaction de son célèbre Doomsday-Book, véritable registre de cadastre, qui existe encore aujourd’hui et qui est assurément la source historique la plus riche qu'on possède sur cette époque, Il contient une exacte description
GUILLAUME
des comtés, des districts et des fiefs de l'Angleterre, avec l'indication des noms, de l’état de maison et des prestations des propriétaires et fermiers. Les comtés de Cimberland, de Northumberland, de Westmoreland et de Durham seuls n’y sont pas mentionnés, parce que les dévastations qui ÿ avaient eu lieu les avaient transformés en véritables déserts. Si ces règlements et d’autres encore témoignent du génie et de la grandeur de Guillaume comme souverain, on ne saurait disconvenir qu’à d’autres égards sa conduite fut aussi imprévoyante que cruelle et barbare. A l’effet de satisfaire sa passion pour la chasse, ilfit dévaster, puis planter en bois, un espace de plus de 30 milles carrés de superficie, situé dans la plus riche partie du pays, aux environs de Winchester. En l’an 1083 il fit paraître un code forestier, qui, entre autres dispositions barbares, condamnait à la peine de mort, à la mutilation ou encore à avoir les yeux crevés quiconque tuait un daim, un sanglier ou même un lièvre, ou se rendait coupable de tout autre délit forestier analogue. Ces lois barbares ne furent adoucies ou abolies que par la Grande Charte. A parlir de l’an 1070 Guillaume le Conquérant avait su mettre des bornes aux envahissements territoriaux du clergé. Vers 1085 il publia une ordonnance qui défendait sous les peines les plus sévères aux juges des tribunaux ecclésiastiques de connaître des matières civiles, et aux juges des tribunaux civils de connaîlre des matières ecclésiastiques. En même temps il faisait des préparatifs pour aller châtier son ennemi, le roi de France Philippe. Il passa en Normandie, mais s’y vit pendant longtemps dans l'impossibilité de donner suite à ses projets de vengeance, retenu qu’il était dans son lit par son extrême obésité. Les railleries de son adversaire le déterminèrent enfin, à la fin de Juillet 1087, à se jeter sur le Vexin français, qu’il couvrit de sanget de ruines. En {raversant les ruines enflammées de Mantes-sur-Seine, dont il venait de s'emparer, son cheval en se cabrant lui occasionna une blessure grave au bas-ventre. On le ramena à Rouen, où il mourut, le 9 septempre 1087. Ses vassaux et ses gens dépouillèrent son cadavre, et le laissèrent gisant sur le sol, dans un état de nudité complet. Ce fut seulement après une suite d’étranges péripéties, et sur l’ordre qu’en donna archevêque, qu’on l’inhuma à Caen, daus l’abbaye de Saint-Étienne, qu'il y avait fondée.
Esprit éminent, Guillaume le Conquérant était doué en outre d’une force physique peu commune, et il n’y avait que lui qui fût capable de tendre son arc. Conformément à ses dernières dispositions, Robert, son fils aîné, lui succéda en Normandie; son fils cadet, Guillaume II, hérita de la couronne d’Angleterre. Le troisième enfin, Henri, eut en partage l'héritage de sa mère, morte quatre années auparavant. Consultez Augustin Thierry, Histoire de la Conquêle de l'Angleterre par les Normands.
[ GUILLAUME II, surnommé Le Roux, fils du précédent, s’occupa moins de rendre les derniers devoirs à son père que de s’en assurer l'héritage; il partit avant les funérailles, passa la mer, devança à Londres la nouvelle de la mort du conquérant, s’empara des forteresses de Pevensey, d’Hastings et de Douvres, et se fit couronner par le primat qui avait rassemblé à la hâte quelques seigneurs et quelques prélats dévoués (1087). Sa célérité ne fit cependant que retarder les conspirations. Les grands, revenus de leur surprise et poussés par Odon, évêque de Bayeux , et Robert, comte de Mortagne, oncles de Robert et de Guillaume II, se liguèrent pour rendre à l'aîné toutes les couronnes de son père. Guillaume réussit à comprimer cette levée de boucliers; et les barons, demeurés fidèles à sa cause, furent récompensés par les biens confisqués sur ceux que la fortune avait déclarés traitres, Guillaume le Roux résolut alors d'enlever la Normandie à son frère. Son or et ses émissaires y semèrent la trahison et la discorde. Deux barons, Odon et Walter, lui livrèrent Saint-Velery et Abbeville, Philippe 1°" de France avait intérêt à soutenir Robert et à maintenir le partage ; Guillaume eut l’art de le gagner,
GUILLAUME
£'indolerit Robert avait un seconi frère, que Guillaume le { lande, depuis 16/2 capitaine général et grand amiral des
Conquérant avait déshérité, et auqnel, par bonté d’ame il avait, lui, donné la souveraineté du Cotentin. Il lui demanda son alliance, et le prince Henri lui prouva sa loyauté en précipitant du haut d’une tour un traître qui se disposait à livrer Rouen à l’armée de Guillaume le Roux. Les barons désespérèvent cependant de la cause de Robert. is s’offrirent pour médiateurs , et, après avoir arraché à Guillaume la promesse de restituer les biens confisqués à leurs premiers possesseurs, ils forcèrent Robert à lui céder les territoires d'Eu, de Fécamp et d’Aumale, Il fut en outre convenu qu'à défaut d'enfants, le survivant réunirait les deux couronnes sur sa tête. Le prince Henri fut oublié dans ce traité par le frère qu’il avait servi et par celui qu'il avait combattu. Il se retira mécontent dans la forteresse du mont Saint-Michel, et du haut de ce repaire il sa rua sur les provinces environnantes pour les piller ct les mettre à merci, Les deux frères s’unirent pour l’assiéger, le forcèrent à se rendre, et ce jeune prince, que la fortune destinait à recueillir leur double héritage, alla traîner dans un long exil une vie de privations et de misère. Dès ce moment Robert ne fut plus pour ainsi dire que le vassal de son frère, qui ne cessa d’ailleurs de fomenter des troubles en Normandie, dans espoir de parvenir ainsi à s’emparer de son héritage.
La folie des croisades s’emparait alors de l’Europe chrétienne. Robert, fatigué de disputer sa couronne aux sicaires de son frère, la lui vendit pour dix mille mares, et partit pour la conquête de Jérusalem à la suite de Pierre l’Ermite. Guillaume le Roux le paya aux dépens de son peuple. Les exactions les plus violentes signalèrent sa prise de possession. II fit vendre l’argenterie des couvents et des églises, ne remplit aucun évêché vacant, pour s’en appropnier les revenus , et quand il lui prenait fantaisie de nommer à un siége, il s’amusait à le mettre aux enchères. Une violente maladie parut un instant dompter ce caractère de fer : les prêtres s’emparèrent de son lit, et le menacèrent de la damnation éternelle s’il n’expiait ses violences et ses sacriléges. Il manifesta quelque repentir, se hâta de remplir les siéges vacants, et promit de réparer le tort qu'il avait fait aux églises. Mais il guérit, et prouva par de nouveaux brigandages que la craïnte de la mort avait seule agi sur son eœur. La Normandie était un théâtre continuel de révoltes, que fomentait en secret Philippe de France, et le plus acharné des rebelles était Hélie, comte de La Flèche. Guillaume le Roux l'avait déjà pris une fois; et il lui avait pardonné, à la prière du roi Philippe, lorsqu'un jour, étant à la chasse eu Angleterre, il apprit que ce même Hélie s'était emparé du Mans par trahison. Jl s’'embarque aussitôt, descend en Normandie, délivre Le Mans, poursuit le rebelle, et l’assiége dans son dernier château. Mais une blessure assez grave l’arrête, et sauve Hélie de sa vengeance.
La fureur des croisades faillit encore lui procurer deux autres provinces : Guillaume comte de Guyenne et de Poitou lui fit offrir ses domaines pour aller en Terre Sainte ; le marché fut conclu, et Guillaume le Roux se disposait à repasser la mer pour en prendre possession, lorsque, dans une chasse, un trait lancé contre un cerf par Gautier Tyrrel, gentilhomme français, rebondit sur un chêne, et vint frapper le roi dans le sein. Tyrrel le vit tomber, piqua des deux, gagna la mer, et s’embarqua à son tour pour la Palestine. Guillaume I mourut ainsi, le 2 août 1100, dans dans la treizième année de son règne et la quarantième de son âge. Il avait la taille courte, la voix rauque, le teint coloré, le regard dur et sauvage, et ses actes ne démentaient point sa physionomie, Les Anglais lui durent l’achèvement de la Tour, le pont de Londres etla grande salle de Westminster; mais ces monuments n’effacent pas plus sou exécrable tyrannie que l’édit par lequel il faisait grâce à tout criminel qui prouvait qu'il savait lire.
GUILLAUME III, de la maison d'Orange, devenu, à la suite
de la révolution de 1688, roi d'Angleterre, d'Écosse et d’Ir-
DICT. DE LA CONVERS, — T, x,
états généraux des Provinces-Unies , s{athouder des provinces de Hollande et de Zélande, était le fils de Guillaume IX d'Orange, qui était revêtu des mêmes dignités dans les Pays- Bas, et de Henriette-Marie Stuart, tille de Charles °°, Il naquit avant terme, le 14 novembre 1650, huit jours après la mort de son père. Tout semblait se réunir pour assurer la perte de ce débile rejeton des Nassau. Cromwell poursuivait en lui le Stuart; Louis XIV lui enleva à diverses reprises sa petite principauté d'Orange; et il n'avait encore que onze ans lorsqu’en 1661 il perdit en outre sa mère. Son père avait cherché à rendre héréditaires dans sa famille les dignités de capitaine général et de stathouder. Mais le parti démocratique, ayant à sa tête le grand-pensionnaire de Witt, fit décréter qu’à l'avenir les fonctions de capitaine général et de stathouder ne pourraient point se cumuler , décision qui enlevait au jeune prince tout espoir de parvenir à l’une ou à l’autre de ces dignités. Cependant les états généraux veillèrent sur son éducation, et la confièrent à sa mère, Émilie de Solms, femme sévère et comprenant bien la politique. Élevé sous les yeux et par les soins du grandpensionnaire, le jeune prince d'Orange avait puisé dans ses conseils intéressés un grand respect pour les libertés de la nation hollandaise, Il montra ou affecta dès sa jeunesse une soumission aveugle aux volontés des états. Mais sa froideur apparente cachait une ambition profonde et un vif amour pour la gloire. Pendant les troubles auxquels l'invasion de la Hollande par Louis XIV, en 1672, servit de signal, les états de Hollande et de Zélande élurent le jeune Guillaume en qualité de stathouder et quelques jours plus tard les etats généraux le nommèrent capitaine général et grand amiral de l’Unton. Les villes, les forteresses, tombaient les unes après les autres devant Louis XIV; le vainqueur était arrivé à trois lieues d'Amsterdam, et le jeune Guillaume n'avait pu tenir devant lui avec une armée de 70,000 hommes. La faction du grand-pensionnaire de Witt ne trouva plus de salut que dans la paix, et l’emporta sur la faction d'Orange, que le prince Guillaume excitait encore à la guerre. Mais le fier Louvois fit des conditions si dures, que le peuple se révolta contre ceux qui avaient conseillé de traiter. De Witt et son frère furent lâchement massacrés à La Haye, et on rétablit le stathoudérat dans la personne de Guillaume IL.
Le jeune prince, alors âgé de vingt-deux ans à peine, se montra digne de gouverner l’État au milieu de ses désastres. Il ranima le courage du peuple, fit ouvrir les écluses, inonda tout le pays autour d'Amsterdam, força l’armée française à reculer devant ce débordement immense, et dispersa ses émissaires sur le continent pour susciter des ennemis à Louws XIV. Buckingham, envoyé de Charles IL, essaya de le corrompre en lui promettant, au nom des deux rois, la souveraineté de la Hollande. Guillaume protesta de son dévouement pour la république ; et lorsque l’ambassadeur lui montrait la ruine de cette république comme infaillible : «J'ai, répondit-il, un moyen sûr de ne pas voir la ruine de ma patrie; je mourrai sur son dernier retranchement. » Louis XIV était cependant retourné à Saint-Germain, et ses lieutenants, suivant les prévisions du nouveau sta{houder, eurent bientôt à lutter contre les armées de l’empereur Léopold, de l'Espagne et du Brandebourg. L'électeur de Cologne et l’évêque de Munster abandonnèrent Louis XIV pour se donner à cette coalition nouvelle, et l’année suivante Charles II lui-même fut forcé par le parlement d’Angleterre de faire la paix avec les Hollandais. Guillaume osa reprendre l’offensive. Repoussé par le maréchal de Luxem:. bourg des environs de Naerden, il revint sur cette place, et la reprit en 1673. Il eut l’adresse de faire sa jonction avec Montecuculli, et, quoique battu en 1674, à la bataille de Senef, par le prince de Condé, il y fit des prodiges de valeur. 11 déploya plus de talent dans la campagne de 1675. Louis XIV le trouva presque partout devant lui, et ne put lui enlever que deux forteresses. Les revers ne lassèrent point sa constance ; il s’opposa tant qu’il put aux négociations que
la médiation de l'Angleterre ayait fait onvrir à Nimègue. Mais ses soldats se lassaient d’être battus , et la Hollande de soutenir une guerre ruineuse. Les états généraux signèrent, malgré lui, en 1678, le traité de Nimègue , et il fut contraint de déposer les armes, Un mariage, fécond en grands événements, lavait cependant consolé d'avance de cette inaction forcée, Dès l’année 1677, Charles II lui avait accordé la princesse Marie, fille de son frère, le duc d'York. Aucun des deux frères n'ayant d’enfant mâle, et Marie étant l'héritière présomptive de la couronne d’Angleterre, Guillaume eut dès ce moment les yeux tournés vers le pays où il devait régner un jour, et que troublaient les interminables querelles du parlement et de la couronne. A son avénementau trône, en 1685, Jacques 11, le considérant comme son héritier présomptif, l’engagea de lui-même à prendre part aux affaires du royaume.
Le prince d'Orange, au milieu de ses préoccupations, n'avait point oublié ses ressentiments contre Louis XIV. Sa haïne n’avait jamais cessé de lui chercher des ennemis; et la fatale révocation de l’édit de Nantes ayant rempli lEurope de Français expatriés, leurs plaintes aigrirent de plus en plusles inimitiés qu'y jetait l'ambition du roi de France. Guillaume, profitant de toutes ces haïnes, parvint enfin, en 1686, à former la ligue dite d’Augsbourg, avec l’empereur , l'Espagne, la Hollande et la Savoie. 11 lui importait dy attirer l'Angleterre; mais Jacques II, qui ne perdait point de vue ses projets de papisme, ne voulait s'engager dans cette ligue qu’à condition que son gendre le servirait lui-même dans sa politique intérieure, Au milieu de cette négociation, un événement imprévu vint troubler une espérance qu’il nourrissait depuis dix années.Le 10 juin 1688, la reine d'Angleterre donna naïssance à un prince de Galles. ‘Marie n’était plus l’héritière du trône ; le désappointement secret qu’en éprouvaient à la fois les Anglais et le prince qu’ils s'étaient habitués à considérer comme leréparateur des fautes de son beau-père ne tarda point à les réunir dans un intérêt commun. Guillaume IIL écouta leurs plaintes ; et ses émissaires s’attachèrent à flatter tous les partis. Les Anglais de marque affluaient à La Haye, et des sommes considérables y arrivaient de tous les points de la Grande-Bretagne. Louis XIV connut cette intrigue avant celui qui avait tant
d'intérêt à la connaître, 11 l’en prévint, et lui offrit de faire |
marcher ses armées contre la Hollande, où se tramait sa perte. Jacques rejette ses avis et ses offres. Mais bientôt son ambassadeur en Holkande dissipe ses illusions et trouble sa sécurité. 11 croit enfin aux apprêts de son gendre et au grand nombre de ses adhérents. La peur le rend soupleet juste; il caresse les prélats, qu’il avait persécutés; il remet en
abolir. 11 rétablit les chartes des grandes villes. Mais le peuple ne croit plus à sa parole, et le manifeste du prince
d'Orange donne bientôt à la révolte tous les caractères d’une :
révolution. Enfin, le 21 octobre 1688, une flotte de 500 vaisseaux, dont 50 bâtiments de guerre, vogue avec lui vers l’Angleterre. Il y débarque à la tête de 14,000 hommes, et met pied à terre à Torbay, le 5 novembre. De proche en proche, l’Angleterre entière est soulevée, à l'exception de quelques courtisans, qui nerestent auprès de Stuart que pour hâter sa ruine par leurs absurdes conseils. Bientôt l’armée royale est entraînée. Le prince Georges de Danemark, autre gendre du roi, la princesse Anne, sa fille, l’abandonnent à leur tour. Sa consternation ne lui laisse plus d’autre pensée que celle de la fuite. Arrêté et ramené à Londres, il demande une conférenee à Guillaume. Celui-ci ne répond que par l’ordre de quitter Londres et de se retirer à Rochester. Jacques 11 s’y rend, mais pour passer plus loin; etil va chercher un asile en France. La conquête du royaume ne cofta au prince d'Orange qu’un officier et quelques soldats tués par hasard.
Le 18 décembre 1688 Guillaume faisait son entrée solennelle dans Londres, aux acclamations unanimes de la population ; el la chambre des lords, que l’on se hâta de réunir,
GUILLAUME
lui offrit la régence provisoire. C’est en vertu de ce titre que le prince d'Orange, qui ne voulait point paraître user du droit de conquête, réunit les deux chambres dw parlement sous le nom de Convention anglaise ; et les séance de cette assemblée, à laquelle on adjoignit le lord maire, les aldermen et cinquante membres du conseil commun de ln ville de Londres, commencèrent le 22 janvier 1689. Dès ‘a première discussion, les whigs et les tories se divisèrent. Les Communes voulaient déclarer la vacance du trône ; les lords n’accordaient que l'établissement d’une régence. Étranger à ces disputes, Guillaume affecta d’abord une indifférence muette; mais tout en déclarant qu'il ne voulait gêner en: rien la liberté des votes, il avertit les lords qu’il ne consentirait pas plus à gouverner comme régent que comme l'époux de la princesse; qu'il avait d’autres affaires sur le continent , et qu'il neles abandonnerait point pour une &ignité précaire, Cette déclaration, froïidement exprimée, mais. appuyée par la détermination des Communes, fit fléchir l'opposition des lords ; et le 13 février 1689 un décret dela Convention adjugea le trône au prince et à la princesse d'Orange, en stipulant que le prince seul aurait l’administion du royaume ; et que si leroi et la reine ne laissaient point de descendance directe, la couronne passerait à la princesse Anne. En même temps le parlement lui soumet la célèbre déclaration de droits, espèce de capitulation qui résumait toutes les antiques libertés du pays dans une forme convenable à l'esprit du temps. Toutes les prétentions de Jacques IE et de ses héritiers à la couronne d’Angleterre furent de nouveau déclarées dans ce document nulles en fait et en droit. Ony imposait au roi l'obligation de ne jamais essayer d'intervenir dans les élections non plus que dans les délibérations du parlement ; de composer lejury avec impartialité; de choisir parmi le peuple les membres du jury dans les procès de haute trahison; de s'abstenir de toute confiscation, comme aussi de ne point concéder les fiefs tombés en déshérence avant qu’il fût intervenu une décision judiciaire. Guillaume n’hésita point à signer ce nouveau pacte conclu entre le peupleet la couronne , et considéré depuis lors comme la base essentielle du droit public anglais. La Convention nationale écossaise lui adjugea pareillement le trône, le 11 avril 1689, jour où il se fit solennellement couronner à Westminster : seulement, il lui fallut consentir à l'abolition en Écosse de l’épiscopat et du serment de suprématie.
Quoique les faveurs dont les whigs étaient exclusivement l'objet de sa part fissent déjà beaucoup de mécontents, le parlement ne laissa point que de sanctionner un acte de tolérance présenté par le ministère, et qui apportait quel-
| ques entraves à l'esprit de persécution dont l’Église établie
place des partisans du £est et des lois pénales qu'il voulait | faisait preuve à l'égard de tous les dissidents. Toujours préoc-
cupé de sa haine contre Louis XIV et du besoin de lui susciter partout des embarras, Guillaume venait de décider le partement à conclure une étroite alliance avec les états généraux, et se disposait à déclarer la guerre à la France, quand une flotte française vint débarquer en Irlande un corps d'armée, commandé par Jacques IL, et qu'eurent bientôt grossi les nombreux catholiques de ce royaume. Jlfalllut plus d’une année à Guillaume pour triompher de ce redoutable péril. Le vieux duc de Schomberg, sorti de France après la révocation de l’édit de Nantes, commandait en Irlande en son nom; mais son armée ne luttait qu'avec peine contre les. forces des Jacobites. Le roi d'Angleterre y amena de puissants renforts, et le 1°T juillet 1690 se présenta à la tête de 40,000 hommes sur la rivière de la Boyne, dont son beau-pere tenait l’autre rive. Une bataille livrée le lendemain termina cette lutte, Schomberg y périt dans la mêlée, à l’âge de quatre-vingt-deux ans ; mais la victoire, vaillamment disputée, resta enfin à Guillaume TJ. Jacques 11 avait mérité de la perdre : tandis que son rival combattait en soldat et on capitaine, le lâche Stuart contemplait de loin la défaite de ses partisans, et fut un des prenners à prendre la fuite. Il s’embarqua à Dublin pour retourner en France ; et cette capitale ouvrit ses portes au vainqueur,
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Guillaume II revint à Londres, rouvrit le parlement, le 2 octobre 1690, le trouva mieux disposé pour ses intérêts ; et après la session, qu’il termina le 5 janvier de l’année suivante, il-rentra sur le continent pour réchauffer le courage de ses alliés. Les Hollandais le reçurentavec des transports de joie; mais la prise de Mons par Louis XIV modéra cette ivresse, et la découverte d’une conspiration jacobite le rappela pour un moment dans son royaume. Une demande de 65,000 hommes réveilla toute la malveillance des whigs ; et le massacre des habitants de la vallée de Glencoë, exécuté par ses ordres, n’apaisa point les séditions qui fermentaient dansles montagnes de l'Écosse. L'ambition de combattre et de vaincre Louis XIV l’emporta sur les affaires de son royaume. Il en confia, comme toujours, la direction à la reine , et revint en Flandre pour assister à de nouveaux revers. Namur tomba sous ses yeux au pouvoir du roi de France, le 20 mai 1692, et deux mois après le maréchal de Luxembourg le défit avec ses alliés à la bataille de Steinkerque. Sa flotte le vengea à la sanglante journée de La Hogue, qui ruina encore une fois les folles espérances de Jacques IT; et ce prince, dont les proclamations n’avaient été funestes qu’aux catholiques de Londres, reprit tristement la route de Saint-Germain. :
Guillaume ITT revint à Londres pour essuyer de nouvelles peines. Son caractère sombre et taciturne; la vie retirée qu’il menait à Hamptoncourt et à Kensington, où personne n’était admis; le zèle médiocre dont il faisait preuve pour les intérêts de la haute Église ; la sévérité avec laquelle il avait traité les Jacobites et divers clans rebelles de l'Écosse, achevèrent de le dépopulariser. Les dépenses énormes en argent et en hommes que coùtait à la nation la guerre continenfale, excitaient un mécontentement général. On accusait ses ministres d’insolence, d’impéritie et de corruption. On lereprésentait lui-même comme le corrupteur d’un parlement vénal ; on publiait ja liste des pensions et des grâces dont on payait les suffrages d’une majorité servile; et, vrais ou faux, ces bruits décidèrent les deux chambres à rendre en 1693 un bill qui fixait à trois années la durée des parlements. Muni des subsides qu’il avait obtenus parle sacrifice de son ministre Nottingham, il rejoignit son armée au mois de mai 1694, pour dépenser en marcheset contre-marches inutiles la campague la plus insignifiante; il chercha partout ses ennemis, et n’osa les attaquer nulle part,
Une douleur cuisante l’attendait à son retour. La reine Marie, attaquée de la petite vérole, mourut, à l’âge de trentetrois ans, sans lui laisser ur héritier. La princesse Anne et son fils, le jeune duc de Glocester, étaient dès lors la seule espérance d'avenir de la nation anglaise, Après avoir étouffé une enquête parlementaire sur les actes de fraude et de vénalité qui déshonoraient les deux chambres, Guillaume repassa dans la Flandre pour profiter de l'épuisement de Louis XIV. La campagne de {695 lui valut enfin un succès. Il reprit Namur à la vue du maréchal de Villeroi, qui à la tête de 100,000 hommes laissa accabler le brave Boufflers dans la place, Cetle victoire arrivait à propos : un nouveau parlement venait d’être convoqué; elle le séduisit, et plus de 6,000,000 liv. sterling de subsides furent votés pour la catnipagne suivante.
Mais la fureur dela guerre continentale n’était plus que dans son âme. Louis XIV, épuisé, comme le reste de ses ennemis, demandait la paix à la Hollande; et Guillaume III revint à La Haye pour être à portée de diriger des négociations qu’il n’était plus en son pouvoir d'arrêter. Elles durèrent jusqu’au 20 septembre 1697, jour où le traité de Ryswick fut signé. Louis XIV abandonna presque toutes ses conquêtes , et reconnut le nouveau roi d'Angleterre. Guillaume en triompha, comme si cette reconnaissance n’était pas une conséquence naturelle de la paix. Son parlement fut prodigue de félicitations; mais le caractère ombrageux des whigs et la malveillance des tories lui suscitèrent bientôt de nouvelles traverses. Il voulait conserver une armée; les communes tremblèrent pour les libertés de la nation, y vi-
rent une tendance au despotifsme, et l’armée fut réduite à dix mille hommes. Cependant, un grand événement se préparait en Espagne. Son roi Charles 11 allait mourir et aves lui sa dynastie, et Guillaume pressentait que cette succession bouleverserait encore l’Europe. Il lui importait de diviser cette grande puissance; ët comme, dans ce cas, il lui était impossible de ne pas admettre au partage Louis XIV ou son fils, dont les droits étaient égaux à ceux des princes autrichiens , Guillaume 111 négocia avec son ennemi, sans rien exiger pour lui-même que l'honneur d’être l'arbitre d’un si mportant débat. Il revint à son château de Loo, et partagea la monarchie espagnole entre le dauphin de France, l’archiduc Charles d'Autriche, et le jeune prince de Bavière, Les factions anglaises prenaient peu d'intérêt à ces arrange-
ments; mais, sous le prétexte de cette succession etdestrou-
bles qui pouvaient en être la suite, Guillaume IIS s'était permis de garder six mille hommes de plus que les chambres n’en avaient voté, et le nouveau parlement en montra une irritation ridicule. On le força de renvoyer sa garde hollandaise, et pour le punir de ne pas s’être contenté de dix mille soldats, on ne lui en laissa plus que sept mille. Cette méfiance, cette ingratitude, révoltèrent son orgueil. Il voulut quitter l'Angleterre et son gouvernement. Il rédigea même à cet effet un discours d'adieu; mais ses amis le calmèrent, et il sanctionna le bill qui le dégradait, sans pouvoir déguiser l’indignation que lui faisait éprouver cette violence. Une antipathie réciproque éclata dès lors entre le prince et les communes : on fouilla dans son administration pour l’incriminer ; on censura la conduite de ses mimstres ; on alla jusqu’à le soupçonner de papisme, et, dans le seul but de l’offenser, on porta contre les papistes les lois les plus oppressives. La mort du jeune prince de Bavière ayant cependant annulé le premier partage de la future succession d’Espagne, Guillaume s'était hâté d’en provoquer un second. Le lot de la France avait été agrandi de la Lorraine, et les Anglais y trouvèrent un nouveau motif de mécontenterient. La mort du jeune duc de Glocester, dernier survivant des dix-sept enfants de la princesse Anne, fut pour eux un autre sujet de peine, et pour Guillaume un surcroît d’embarras. Les Jacobites renouèrent leurs trames, et ranimèrent leurs espérances. Il ne restait plus d’héritier à la nouvelle monarchie que la princesse elle-même, et une nouvel'e restauration leur semblait facile. Les whigs s'empressèrent de leur enlever cet espoir, en appelant la maison de Hanovre à cette succession, dans la personne de la princesse Sophie, petite-fille par sa mère du roi Jacques L°". Mais, avant de prendre cette résolution, les whigs n’oublièrent point d’insulter encore leur souverain, en limitant pour l'avenir l'autorité royale. Guillaume s'était montré plus calviniste qu’anglican; les Communes décidèrent que nul ne régnerait sur l’Angleterre s’il n'était de la communion dominante. Il avait défendu le territoire hollandais avec les soldats et les subsides anglais; elles décidérent qu'a Pavenir le parlement seul serait le maître d'engager la nation dans des guerres semblables; et pour le punir de ses fréquents voyages sur le continent, on interdit au roi futur la faculté de sortir des trois royaumes sans le consentement des deux chambres. Il avait admis des étrangers dans ses conseils, on les déclara inhabiles à y entrer, à siéger dans le parlement, à occuper des postes de confiance , à recevoir des terres et maisons par concession de la couronne, Toute personne salariée ou pensionnée par le roi fut également exclue de la représentation nationale. Rien n’y fut oublié, que la déposition de celui dont on censurait ainsi toute la conduite. Le traité de partage fat enfin l’objet d’une amère critique; mais ce traité n’existait déjà plus. Charles d’Espagne éfait mort, après avoir souscrit un testament en faveur du due d’Anjou ; et Louis XEV avait eu l’ime prudence de l’accepter. L'Europe, qui avait aussi blâmé le traité de partage, fut encore plus mécontente du testament. L'empereur menaga de reprendre les armes ; mais Lonis XIV
Lies avait déjà reprises, pour assurer à son petit fils la pos-
session des Pays-Bas; et les états généraux de Hollande, étourdis de la surprise et du désarmement d’une partie de leur armée dans les places de Luxembourg et de Namur, s'étaient hâtés de reconnaitre Philippe V, sans consulter le roi d'Angleterre. Guillaume n’était point assez sûr d’être soutenu par son parlement pour se lancer dans une guerre nouvelle. Il dissimula, il négocia avec Louis XIV, il demanda des garanties pour le repos de l'Europe; mais Louis n’en accorda pas d’autre que la confirmation du traité de Ryswick, et Guillaume XII, qui venait de recevoir de sévères remontrances de ses Communes, se décida provisoirement à reconnaître le nouveau roi d’Espagne, sans abjurer l’intention de l’attaquer dès qu’il serait en mesure de le faire, L'occasion ne se fit pas attendre. La Hollande, alarmée des pré-
paratifs de la France, réclama, en 1701, les secours de k An-*
gleterre, et lahaine que la nation portait aux Français servit les ambitieux projets de son roi. Le parlement lui promit de l’aider à maintenir, disait-il, l'indépendance de l’Europe; mais il lui fit payer cette complaisance en revenant sur un traité de partage qui n’avait plus de valeur, dans le seul but de vexer les ministres qui l'avaient négocié. Les comtes de Portland et d'Oxford, les lords Halifax et Somers, furent accusés par les Communes; et si les pairs n’avaient point annulé ces accusations , Guillaume LIT n’aurait osé ni pu les soustraire à la vengeance des whigs. Le plaisir de guerroyer contre la France le consola encore une fois de ces insultes. Il envoie Marlborough et ses dix mille hommes au secours de la Hollande, et se rend lui-même à La Haye pour signer un nouveau traité d'alliance avec l’empereur. Louis XIV répond par une taquinerie sans résultat, en reconnaissant pour roi d'Angleterre le fils que vient de lui léguer en mourant l’insensé Jacques 11: c'était un moyen sûr de rattacher les partis à la cause de Guillaume, dont les émissaires soulevaient l'Europe au nom du traité de Ryswick. Louis XIV proteste alors de son respect pour la foi des traités ; il ajoute même qu’il ne prétend point troubler le roi Guillaume dans la possession de ses États. Que signifiait donc ce qu’il avait fait pour le prétendant? Pouvait-il y avoir deux rois dans un royaume? Les chambres anglaises ne sy trompèrent pas, et leur roi eut l’art de les entretenir dans leur hostilité contre la France. Elles votèrent 40 mille hommes pour l’armée de terre, et 40 mille autres pour la marine. Elles dressèrent un bill d’affainder contre le prétendant, et, malgré l'opposition des tories, déclarèrent expressément le prince d'Orange, la princesse Anne et la maison de Hanovre souveraius légitimes de la Grande-Bretagne. Mais Guillaume ne jouit pas longtemps de ce triomphe. Miné par des inlirmités précoces, une chute de cheval le précipita dans la tombe, pendant qu'il se préparait à rentrer en campagne. Il mourut le 8 mars 1702, dans la cinquante-deuxième année de son âge, dans la treizième de son règne, et vit venir la mort avec la même fermeté qu'il l'avait bravée dans les combats.
De toutes ses vertus militaires, son co urage est la seule incontestable. Mais il ne s'était montré habile qu’à réparer ou atténuer les grands revers qu'il ne cessait d'éprouver, Ses trophées se réduisent à la prise de Namur, qui est le fait de ses ingénieurs, et à la bataille de la Boyne, dont la gloire est tont au moins partagée par Schomberg. Guillaume III était de taille moyenne, mince de corps et d’une constitution délicate. Il avait le nez aquilin, le front large, les yeux étincelants , l'air froid et réservé. Sa conversation était sèche et ses manières rebutantes. 11 ne domina, pour ainsi dire, dans les conseils de ses alliés que parce qu'il y trailait par ambassadeurs , et surtout parce qu'il était l'élu et le chef d'une grande nation. Mais ce prince, si puissant par sa politique partout où il n’était pas, n'était dans son royaume que le malheureux jouet des factions. Il n'avait pas les qualités nécessaires pour maitriser une révolution et pour imposer à cette foule d'ambitieux, de mécontents, d’intrigants, de séditieux et de raisonneurs que les révolutions traînent à leur suite, 11 flotta au anilieu des partis , caressa tour à tour et maladroitement les Whiys et les tories, fléchit
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sans cesse devant les exigences de son parlement , et ne dut la conservation de sa couronne qu’à la vénalité de sow siècle, et surtout à la crainte du fantôme de roi qui trénait à Saint-Germain. Il aurait passé pour un des meilleurs princes de cette époque, dit l'historien Smolett, s’il n° tait jamais monté sur le trône de la Grande-Bretagne. Eh! qu’eût-il été sans cela? un ambitieux sans puissance, et le lieutenant des généraux de l’empire. Sa vie entière n’offre qu’un trait de véritable grandeur : c’est de n’avoir pas désespéré de sa patrie, quoique les armées de Louis XIV fussent campées à trois lieues d'Amsterdam, Il avait alors vingt-deux ans, else montra plus homme que sur le trône d'Angleterre. VienNET, de l'Académie Française, ]
GUILLAUME IV, roi de la Grande-Bretagne, d'Irlande et de Hanovre, troisième fils de Georges III, naquit le 21 août 1765, et reçut le titre de duc de Clarence. On lui fit embrasser de bonne heure la carrière de la marine, Cependant, il ne put jamais, durant les guerres de la Révolution et de l’Empire, obtenir le commandement d’un seul vaisseau ni d’un seul régiment : aussi se retira-t-il en quelque sorte des affaires publiques, où il ne pouvait jouer qu’un rôle très-secondaire. Il s’en dédommagea en passant vingt années de sa vie auprès d’une célèbre actrice, miss Jordans, dont il eut dix enfants. En 1811, cédant aux obsessions de ses parents et espérant par là obtenir une augmentation deson trèschétif apanage, il se sépara de la mère de ses enfants. Elle fut réduite à remonter sur les planches; et une caution imprudemment donnée par elle l’ayant forcée de se réfugier en France en 1815 pour échapper à leffet de la contrainte par corps, elle mourut vers la fin de cette même année, et dans un état voisin de la misère, à Saint-Cloud.
Le duc de Clarence épousa, ensuite le 11 juillet 1818, Adélaïde, fille du duc de Saxe-Meiningen ; mais en vain le parlement augmenta alors son aparage d’une somme de 5,000 liv. st., il élait toujours trop minime pour lui permettre de vivre en Angleterre : aussi alla-t-il d’abord résider à Hanovre, puis à Meiningen. Ce ne fut qu’à la fin de 1819 qu'il revint occuper le château de Bushy-Park, près de Londres.
En 1821, la duchesse de Clarence accoucha d’une fille; mais la petite princesse mourut trois mois après sa naissance. La mort du due d’York fit du duc de Clarence (1827) l'héritier présomptif de la couronne, tant en Angleterre qu'en Hanovre, et le parlement éleva alors son apanage au chiffre de 40,000 liv. st. L'influence de Canning le fit en même temps nommer grand-amiral du royaume. C’est en cette qualité qu'il transmit à l'amiral Codrington des instructions secrètes qui provoquèrent, le 20 août 1827, contre l'intention bien formelle des ministres, la bataille Navarin. Quoique le prince remplit ses fonctions de grandamiral à la satisfaction de tous ses subordonnés , son caractère libéral, qui Le rendait l'ami et l’allié naturel des whigs, ne tarda point à amener entre lui et le ministère tory, présidé par Wellington, des conflits à la suite desquels il donna sa démission en août 1828.
Appelé au trône le 26 juin 1830, à la mort de son frère aîné Georges IV, il ceignit la couronne dans un moment des plus critiques. En raison de la profonde irritation répandue dans le pays par le rejet de la motion pour la réforme du parlement proposé par lord John Russell, et aussi à cause do la révolution qui à quelque temps de là s'opéra en France, il se vit d'abord dans la nécessité de laisser les torys au pouvoir, L'ouverture d’un nouveau parlement, en novembre 1830, lui ayant prouvé combien cette administration était impopulaire, il n'hésila plus à appeler lord Grey au timon des affaires. Après de longues et difficiles luttes , la nouvelle administration réussit enfin, au mois de juin 1832, à faire adopter la réforme parle mentaire, qui ouvrit l'ère du progrès et des améliorations de tous genres dans la Grande-Bretagne. Toutefois, la crainte de voir compromettre l’intérèt protestant en Angleterre , si la question irlandaise était résolue d'une manière
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libérale, détermina le crédule monarque à se séparer brusquement de son ministère, en 1834. Il confia de nouveau la direction des affaires aux tories, représentés par Peel et Wellington ; mais dès le mois d'avril 1835 force Jeur, était de rappeler les whigs, qui formèrent une administration nouvelle, présidée par Melbourne. Les discussions auxquelles donnèrent lieu la loi relative à l’organisation municipale en Angleterre, les différents bills ayant trait aux dimes, aux églises et aux villes d'Irlande, et enfin les affaires du Canada, firent des dernières années du règne de Guillaume IV lune des époques les plus agitées de l’histoire d'Angleterre. Les intérêts en présence par delà les Pyrénées concentrèrent alors presque exclusivement l'attention de la diplomatie anglaise, et provoquèrent, en 1834, la conclusion avec la France du traité dit de la guadruple alliance. L'intention bien formelle qu'avait Guillaume IV de rompre en visière avec la Russie échoua alors contre la politique que le cabinet crut devoir suivre devant le parlement.
Guillaume IV mourut d’hydropisie, dans la nuit du 19 au 20 juin 1837. C’était un esprit médiocre, mais un caractère honnête et loyal. Sa fille aînée et bien aimée, lady Delisle-Dudley, l'avait précédé de plusieurs années dans la tombe. Devenu roi, il pourvut dignement à l'avenir des autres enfants qu’il avait eus de miss Jordans et qui lui survéeurent. Son fils aîné, Georges Fits Clarence, né en 1794, mort en 1842, fut créé en 1838 comte de Munster, titre dont a hérité son fils, William Georges Fitz Clarence, né en 1824. Le fils cadet de Guillaume IV, lord Frédéric lits Clarence, né en 1799, était en dernier lieu counmandant général à Bombay et remplissait encore ces fonctions lorsqu'il mourut, le 30 octobre 1854.
Guillaume IV à légué le trône de la Grande-Bretagne à sa nièce Victoria, fille de son frère cadet le duc de Kent, mort avant lui. Il eut pour successeur sur le trône de Hanovre son frère Ernest-Auguste, cinquième fils de Georges III.
GUILLAUME 1°‘, dit Ze Taciturne ou le Jeune, comte de Nassau, prince d'Orange, fondateur de l’indépendance des Pays-Bas, né le 16 avril 1533, au château de Dillenburg , dans le comté de Nassau, était le fils aîné du comte Guillanme de Nassau dit Z’Ainé, et de sa seconde femme, la comtesse Juliane de Stolherg. Il entra de boune heure en qualité de page à la cour de Charles-Quint, fut élevé dans les principes du catholicisme par la sœur de ce prince, la reine de Hongrie , Marie; et en 1544, à la mort de son cousin René de Nassau, qui ne laissa point d'enfants, il hérita de la principauté d'Orange. Par sa capacité et sa modestie, il obtint la faveur toute particulière de l’empereur, qui prenait son avis dans les affaires les plus graves et qui lui confia souvent d'importantes missions. Dès l’âge de vingtdeux ans, on lui remit, en l’absence de Philibert de Savoye, le commandement supérieur dans les Pays-Bas aveclegouvernement des provinces de Hollande, de Zélande et d’Utrecht. Charles-Quint le recomMmanda à son successeur Philippe IL. La jalousie des seigneurs espagnols s’efforça de rendre la fidélité de Guillaume suspecte aux yeux du nouveau roi, qui, le considérant dès lors comme l’instigateur secret des troubles qui avaient éclaté dans les Pays-Bas, refusa de lui accorder la place de gouverneur général, qu’il lui avait pourtant promise de la manière la plus formelle. L'administration despotique du cardinalGranvelle, qui décida la gouvernante générale des Pays-Bas, la princesse Marguerite de Parme, à introduire l’inquisition dans les Pays-Bas, et qui se permit les actes les plus despotiques et les plus illégaux, déterminaenfin Guillaume et les comtes d’'Egmond et de Horn à faire des représentations au roi et à réclamer deluile rappeldeGranvelle. Philippe rappela, il est vrai, ce ministre abhorré, mais vit un crime de lèse-majesté dans la démarche faite auprès de lui, et en conséquence énvoya dans les Pays-Bas le duc d’Albe à la tête de troupes espagnoles et italiennes. Guillaume, devinant les intentions dela cour, voulut à ce moment se démettre de ses fonctions; mais la gouvernante générale n’accepta
point sa démission. Tout au contraire, elle exigea de lui qu'il prêtât de nouveau serment de fidélité et qu’il éloignât son frère Louis de sa personne. Guillaume, Egmond et Horn, au lieu d’obtempérer à ces injonctions de la princesse, s’adressèrent au roi pour obtenir de lui la liberté religieuse. Les représentations adressées en 1566 par les Gu eu x à la gouvernante générale ayant été repoussées d’une manière outrageante, Guillaume, d'accord avec son frère Louis, Egmond, Horn et autres personnages importants, convoqua à Dendermonde une conférence, dans laquelle on délibéra sur les moyens à employer pour se préserver de l'oppression. Tandis que Guillaume se retirait avec sa famille à Dillenburg, le duc d’Albe entrait dans les Pays-Bas, où son premier acte fut de faire arrêter et périr sur l’échafaud Egmond , Horn et dix-huit personnages marquants dans la noblesse. Les contumaces, entre autres Guillaume et son frère Louis, furent en même temps cités devant un tribunal de sang, connu dans l’histoire sous le nom de tribunal des Douze ; et par suite de leur défaut de comparution, ils furent proscrits. Le duc d’Aibe fit prisonnier le fils de Guillaume, alors âgé de treize ans, Philippe-Guillaume, qui étudiait à Louvain, et l’envoya en Espagne comme otage. A ce moment Guillaume se déclara ouvertement protestant, et, soutenu par divers princes protestants d'Allemagne, se prépara à la lutte. Ses frères Louis et Adolphe pénétrèrent en Frise à la tête d’une armée, et y batlirent le général espagnol Jean de Ligne à Heiligerle, bataille où Adolphe trouva la mort. Mais Louis n’avail pas assez d'argent pour maïntenir sous les armes les troupes qu’il avait réunies; aussi fut-il défait le 21 juillet 1568, à Jermingen, par le duc d’Albe.
Guillaume recruta alors une nouvelle armée, composée de 24,000 Allemands et de 4,000 Français, déclara que l’établissement du conseil des troubles à Bruxelles le forçait à prendre les armes, et franchit successivement le Rhin et la Meuse. Il pénétra dans le Brabant, et y battit une division de l’armée espagnole, mais échoua dans ses efforts pour déterrniner Albe à livrer une bataille décisive, de même que pour provoquer une insurrection générale dans le pays ; de sorte qu'il lui fallut finir par congédier son armée. 11 dut même vendre sa vaisselle plate, ses bagages, et engager sa principauté d'Orange, pour payer à ses troupes l’arriéré de leur solde. Alors, avec 1,200 reitres , il se retira chez le duc de Deux-Ponts, qu’il accompagna dans son expédition en France contre le parti catholique des Guises. Il s’y distingua dans plusieurs actions et siéges; mais la campagne n’ayant point eu une issue leureuse, il dut s’en revenir en Allemagne. En France, l’amiral de Coligny lui avait conseillé d’armer en course et d'organiser des corsaires contre les Espagnols, ainsi que de se maintenir dans la Zélande et dans la province de Hollande, d’où il serait très-difficile aux Espagnols de l’expulser. Guillaume suivit ce conseil; et les Gueux de mer, c’est ainsi qu’on nomma ces corsaires, s’emparèrent dès 1572 de la ville et du port de Briel, dans l’île de Voorne, et se rendirent ensuite maîtres de Klessingue. La tyrannie du duc d’Albe devenant de plus en plus intolérable, diverses villes de la Hollande et de la Zélande, de l'Over-Yssel et de Gueldre se déclarèrenf ouvertement pour Guillaume, qui pendant ce temps-là avait réussi à recruter une nouvelle armée, de 17,000 hommes, avec laquelle il entra dans le Brabant, pour y secourir son frère Louis, assiégé à Bergen par le due d’Albe; mais les auxiliaires français que lui envoyait Coligny furent battus, et lui-même éclioua encore une fois dans tous ses efforts pour attirer en bataille rangée le due d’Albe. 11 lui fallut alors repasser le Rhin, non sans éprouver des pertes, et congédier encore une fois son armée : il se rendit ensuite à Utrecht eten Zélande, où les Gueux de mer le nommèrent leur amiral.
En 1574, les états de la Hollande investirent le prince d'Orange de l'exercice, au nom de Philippe IL, des droits du pouvoir souverain pendant tout le temps que Aurerait la guerre avec les troupes espagnoles; exempie qu’imitè-
! rent plus tard les provinces d'Utrecht, de Gueldre ei
d’Over-Yssel. Toutefois, ces droits n'étaient que personnels, et furent même contestés par plusieurs villes, quand on eut ouvertement secoué le joug de l'Espagne. Guillaume méritait la confiance qu’on lui témoignait. Dès 1573 il était parvenu à opérer à Flessingue l'armement d’une flotte de 150 voiles, qui conserva constamment une supériorité marquée sur les Espagnols. Tandis que le duc d’Albe réussissait à se rendre maitre de Bergen et de diverses autres places, Guillaume, deson côté, s’emparait de Gertruydenberg et de Middelbourg, chef-lieu de la Zélande. Louis de Zuniga, qui avait succédé au duc d’Albe (1573) comme gouverneur général des Pays- Bas, battit cependant, le 14 avril 1574, dans les landes de Mook, Louis et Henri de Nassau, frères de Guillaume, qui ne purent maîtriser la mutinerie de leurs soldats allemands réclamant à grands cris leur solde arriérée, et qui trouvèrent la mort sur le champ de bataille. Guillaume pendant ce temps-là occupa Leyden, faisant partout rompre les digues et inondant tout ie pays d’alentour. Sur ces entrefaites, Zuniga mourut; mais les troupes espagnoles commirent à Anvers et dans d’autres lieux de tels excès, que toutes les provinces des Pays-Bas, à l'exception du Luxembourg, se confédérèrent à Gand, en 1576, dans le but d’expulser ces troupes de leur territoire et de défendre le principe de la liberté de conscience. La modération que montra d’abord don Juan d'Autriche, le nouveau gouverneur général des Pays- Bas, eut pour suite l’édit de pacification de 1577 et la dissolution de la ligue. Mais dun Juan n'ayant pas tardé à violer lui-même cet édit, les états d'Anvers appelèrent le prince d’Orange à leur secours , et à Bruxelles une partie des états lui déféra le titre de gouverneur. Toutefvis, sachant bien qu’un certain nombre de seigneurs lui étaient hostiles, il amena Vassemblée à conférer ce titre à l'archiduc d’Autriche Mathias, tout en se réservant personnellemeut la direction des affaires politiques. Mais la victoire remportée, le 31 janvier 1578, à Gembloux par les Espagnols, et la conduite habile observée par Alexandre Farnèse de Parme, nommé gouverneur général des Pays-Bas après la mort de don Juan d’Autriche, donnèrent de nouveau à la puissance espagnole la supériorité dans les provinces wallones. Farnèse réussit à gagner à la cause de l'Espagne les Belges, et surtout les seigneurs du pays, qui étaient mal disposés pour le prince d'Orange. Celui-ci comprit dès lors la nécessité de resserrer encore davantage les liens qui unissaïent entre elles les sept provinces du nord, et par l'union signée le 23 janvier 1579 à Utrecht il posa la base de la république des Provinces-Unies des Pays-Bas.
Les négociations ouvertes ensuite à Cologne pour la paix ayant échoué, les états, sur la proposition du prince d’Orauge, offrireut, en 1580, la souveraineté au duc d'Anjou ; et le 26 juillet 1581 ils se déclarèrent déliés de toute obéissance à l'égard du {yran Philippe IL. Celui-ci avait précédermment proscrit le prince d'Orange en mettant sa tête à prix. Cependant, le duc de Parme s'empara de diverses places fortes, et entre autres de Bréda; mais il Ini fallut lever le siége de Cambray à l'approche de l’armée du duc d’Anjou. En conséquence, au mois de mars 1582, le prince français fut proclamé duc de Brabant. Le prince d'Orange le seconda d’abord loyalement; mais quand il se fut aperçu de sa complète nullité, il se déclara ouvertement contre lui, de sorte que le duc d’Anjou fut obligé de s’en retourner en France.
Le prince d'Orange exerça seul alors la direction suprême des affaires, mais non sans avoir à lutter toujours contre de nornbreux adversaires, Pour se mettre à l’abri destentatives dont il pouvait être l’objet de la part du parti catholicoespagnol, il se retira à Delft, où il ne devait pas tarder à trouver la mort, Un Bourguignon, appelé Balthasar Gérard, catholique fanatique , s'était glissé auprès de lui sous le nom de François Guyen, et en prétextant que, par suite de son attachement à la foi protestante, il avait dû fuir de sa ville natale, Besançon. Le recueillement tout particulier avec lequel il assistait au service divin trompa si bien le
GUILLAUME
prince, qu'il mit bientôt en lui toute sa confiance. Le 10 juillet 1584, au château de Delit, au moment où Guillaume d'Orange se levait de table pour passer dans une autre salle, Balthasar Gérard le tua à-bout portant d'un coup de pistolet. Le prince tomba à terre à côté de sa femme et de sa sœur, la comtesse de Schwartzbourg, en s’écriant ; « Mon Dieu, mon Dieu, aie pitié de moi et de ton pauvre peuple! » puis expira aussitôt. L'assassin n’avait qne vingtdeux ans. C'était bien plus encore l’idée de gagner ainsi le bonheur éternel que l’attrait de la prime mise à l’assassinat du prince par l'Espagne, qui avait armé son bras. I} subit sa peine avec une impassible fermeté. Dans les. interrogatoires qu’on lui fit subir, il ayvoua qu’un moine franciscain de Tournay et un jésuite de Trèves l'avaient déterminé à commettre ce meurtre, en lui promettant qu'il assurerait ainsi son salut; il ajouta qu’il avait fait part de son projet au prince de Parme, lequel l'avait renvoyé à son conseiller d'État d’Assonville, pour bien arrêter ce qu'il aurait à faire pour l’exécuter.
Guillaume d'Orange était fort instruit, et parlait peu, d’où son surnom de Taciturne; mais ce quil disait était marqué au coin du bon sens et plaisait beaucoup. Il était maître passé dans l’art de connaître les hommes. Ses manières avec le peuple étaient pleines de douceur et d’affabilité. Il lui arrivait souvent de sortir tête nue dans les rues et de s’entretenir en toute liberté avec les bourgeois qu’il rencontrait. Dans son intérieur il était généreux, hospitalier, magnifique. Il avait été quatre fois marié : 1° avec Anne d’Egmond , morte en 1558, fille du comte Marc de Buren, de laquelle il eut une fille et un fils, Philippe-Guillaume, prince d'Orange, tuort dans sa jeunesse ; 2° avec Anne, fille de l'électeur Maurice de Saxe, morte en 1577, et de laquelle il se sépara en 1575 : des enfants issus de ce second mariage furent plusieurs filles et le prince Maurice d'Orange, qui, comme guerrier et comme homme d’État, continua dignement le rôle de son père dans les Pays-Bas ; 3° avec Charlotte de Bourbon, morte en 1582, fille du duc Louis II de Montpensier , de laquelle il eut six filles ; 4° enfin, avec Louise, fille du célèbre amiral Coligny, morte 1620; il eut delle Henri-Frédéric de Nassau , prince d'Orange, qui succéda à son frère Maurice en qualité de stathouder des Pays-Bas.
GUILLAUME. Trois rois des P ay s-Ba s ont porté ce nom.
GUILLAUME I‘ (FrÉéDéRic), roi des Pays-Bas (de 1815 à 1840), grand-ducde Luxembourg, duc de Limboug, et prince d’Orange-Nassau, naquit à La Haye, le 24 août 1772. Son père, Guillaume V, prince d’Orange-Nassau, stathouder héréditaire des Provinces-Unies, descendait de Jean l’Ainé de Nassau-Dillengen, frère de Guillaume 1°, dit Le Taciturne, et mourut à Brunswick, le 9 avril 1806. Son grandpère, Guillaume IV, mort en 1751, le premier stathouder héréditaire des Pays-Bas à partir de 1748, avait de nouveau réuni dans sa ligne, celle de Nassau-Dietz ou Orange, les quatre territoires appartenant à la ligne de Nassau-Ottonienne, Liegen, Dillenburg, Dietz et Hadamar. Ce prince fut élevé par sa mère, Frédérique-Sophie- Wilhelmine , fille du prince Auguste-Guillaume de Prusse. Guillaume reçut l'éducation convenable à celui qui doit être appelé un jour à gouverner d’autres hommes, et fut confié à des mains sûres et expérimentées. Le 1° octobre 1791 il épousa la princesse Frédérique-Louise- Wilhelmine, fille du ri de Prusse. Avec son frère, le prince Frédéric, il s’occupa beaucoup d'améliorer l'état militaire du pays; mais les troubles intérieurs qui éclatèrent en Hollande et que la Prusse dut comprimer en 1787, parce qu'ils avaient pour but évident de renverser la maison d'Orange, entravèrent singulièrement ses eflurts, La Convention nationale de France ayant décrété, en 1793, la guerre au stathouder, Guillaume et son frère | rédéric furent chargés de la défense des Provinces-Unies. La PE toire 1emportée sur Dumouriez, à Nerwinde, pres de Tirlemont, le 18 wars, fut due en grande partie à la coopé-
GUILLAUME
raton de ce prince. Guillaume peénetre afors en Flandre, tient tête pendant tout l'été à des forces supérieures, et ménage ainsi aux Autrichiens la plus grande partie des succès qu'ils obtiennent sur un autre point des frontières de la Belgique, où 1es villes de Valenciennes et de Condé tombent en leur pouvoir. La fin de la campagne fut moins heureuse; les Autrichiens semblèrent un moment avoir oublié leur intrépide allié; mais Guillaume se souvenait de ses ancêtres, el se montra digne d’eux jusqu’au bout. En 1794 il prit Landrecies, Le duc de Cobourg battu à la journée de Fleurus, Guillaume n’eut plus qu’à faire sa retraite en bon ordre. Sur ces entrefaites, Pichegru avaitenvahila Hollande, abandonnée par ses alliés : le 19 janvier 1795, des barques de pêcheurs conduisirent Guillaume et sa famille en Angleterre, devenue le refuge des princes malheureux. L’exil acheva de former Guillaume ; il mürit son caractère, développa ses connaissances, et lui donna les utiles et sévères leçons de Vadversité, Pendant que son frère Frédéric, entré au service d'Autriche, mourait à Padoue, en janvier 1799, le prince Guillaume d'Orange se rendait à Berlin, dans l'espoir de voir la diplomatie prussienne intervenir dans ses intérêts auprès de la France. 1l acheta quelques terres dans le grandduché de Posen et en Silésie; puis quand son père lui eut cédé, le 29 août 1802, l'indemnité qui lui avait été attribuée en Allemagne par une décision de la députation de l’Empire, à savoir la principauté de Fulda avec Corvey, Dortmund, Weingarten et autres lieux, il vint se fixer à Fulda ; et après sa mort, arrivée le 9 avril 1806, il lui succéda dans les autres domaines de la maison de Nassau. Sur son refus d'accéder à la Confédération du Rhin, Napoléon lui enlevases droits de souveraineté sur les domaines héréditaires de la maison de Nassau, qu'il répartit entre les branches collatérales de Nassau-Tisingen et Nassau-Weilbourg et le grand-duc de Berg, Murat, Guillaume, dépouillé de ses États, prit alors du service en Prusse, et assista l’épée à la main à la chute de cette monarchie, qui, malgré ses fautes, devait se relever plus puissante, Fait prisonnier dans Erfurt, deux jours après la bataille d’Iéna, il obtint la permission de se retirer sur parole. Il se retira alors à Dantzig, puis, quand la guerre s’approcha de la Vistule, à Pillau. Omis dans les stipulations de la paix de Tilsiti, il alla en 1809 s’enrôler dans l’armée autrichienne avec le fidèle compagnon de tous ses malheurs, M. de Fagel, et assista à la bataille de Wagram. Au rétablissement de la paix , il revint encore une fois vivre dans une grande obscurité à Berlin. Quand, après la perte de la bataille de Leipzig par Napoléon , les hommes les plus influents en Hollande commencèrent à travailler à la restauration de la maison d'Orange, Guillaume se rendit en Angleterre; puis le 29 novembre 1813 il vint débarquer à Scheveningue, où il fut aussitôt accueilli avec un incomparable enthousiasme par la population, en même temps que le gouvernement provisoire, constitué dans le pays après la retraite des autorités françaises , le saluait dutitre de souverain. Mais il avait soin d'annoncer hautement l'intention de fonder désorinais les libertés publiques sur la base d’une constitution qui garantirait les droits de tous et donnerait satisiaction à tous les besoins. Les Français, indépendamment d’un camp retranché près d’Utrecht, occupaient encore vingt-trois places fortes dansle pays; mais l’insurrection générale des populations, secondée par les armées coalisées , eut bientôt délivré la Hollande du joug de l’étranger. Le 29 mars 1814 la loi fondamentale, dont la rédaction avait été confiée à une commission, fut acceplée, et le lendemain, jour où les alliés entraient dans Paris, eut lieu l’inauguration du souverain. Deux mois après, une convention conclue entre la France et les monarques coalisés posait le principe d’un accroissement de territoire pour la maison d'Orange. Les bases du royaume des Pays-Bas furent jetées à Londres, le 14 juin, et au commencément de l’année 1815 le congrès de Vienne en régla définitivement l'existence. Le 16 mars 1815, Guillaume
Luxembourg. Guillaume 1° résida alors alternativement à La Haye et à Bruxelles jusqu’en 1830, époque où, à la suite de la révolution qui éclata au mois de septembre dans cette. dernière ville, la Belgiquese sépara des Pays-Bas et fut reconnue comme puissance indépendante par les grandes puissances réunies en conférence à Londres.
Le roi Guillaume, dont la politique obstinée avait trouvé un représentant dans son ministre de ja justice van Maanen et n'avait pas peu contribué à provoquer celle révolution, s’entêta pendant neuf années à lutter contre l'Europe tout entière, qui avait reconnu Pimpossibilité de reconstituer jamais le royaume des Pays-Bas sur les bases de 1815; et ce ne fut que le 10 avril 1839 qu’il se décida à accéder aux dispositions prises par la conférence de Londres et à souscrire à l'indépendance de la Belgique. Les dettes énormes dont son obstination avait été l’origine pour le pays, son aversion prononcée pour les moindres réformes réclamées par l'esprit du temps, accrurent singulièrement le mécontentement public contre lui; et les défiances dont il était devenu l'objet prirent un caractère encore plus hostile lorsqu'on apprit qu'il avait l'intention d’épouser une catholique belge, la comtesse Henriette d’Oultremont. C’est dans ces circonstances que Guillaume prit le parti d’abdiquer en faveur de son fils aîné, le 7 octobre 1840 ; il se retira alors, sous le titre de comte de Nassau, à Berlin, où , veuf depuis 1837, il épousa la comtesse d’Oultremont, le 17 février 1841, el où il mourut, le 12 décembre 1843. On évalue à près de 200 millions de francs la fortune particulière qu’il laissait à ses enfants, et qui provenait pour la plus grande partie de l’exploitation des mines de Java et de Bornéo, ainsi que de vastes et heureuses spéculations commerciales. Ceux de ses enfants encore vivants aujourd’hui sont : le prince Frédéric des Pays-Bas, et une fille, la princesse Marianne, mariée en 1830 au prince Albert de Prusse, union qu’un divorceest venu rompre en 1849.
GUILLAUME IL (FRéDÉéRIC-GEORGES - Louis), roi des Pays-Bas, grand-duc de Luxembourg (1840-1849), naquit le 6 décembre 1792, à La Haye, et fut élevé sous la survelllance de son père, Guillaume 1°, à l’école militaire de Berlin. Plus tard il alla terminer son éducation à Oxford. Destiné de bonne heure à l’état militaire, il fit ses premières armes dans les rangs de l’armée anglaise, et entra ensuite en 1811 au service d’Espagne, avec le grade de lieutenant-colonel. Sa bravoure et son activité lui eurent bientôt mérité l'estime du duc de Wellington, don il fut l’un des aides de camp. Quand, en 1814, son père monta sur le trône des Pays-Bas, les Belges reconnurent avec joie que le futur héritier de la couronne réunissait une rare bonté de cœur à. autant de droiture que de franchise et d'’affabilité. A laffaire des Quatre-Bras ( 16 juin) et à la bataille de Waterloo (18 juin 1815), le prince fit preuve tout à la fois d’intrépidité et de talent militaire, et reçut un coup de feu à l’épaule au milieu d’une attaque qu’il dirigeait à la tête de ses troupes, qu’animait son exemple. Quand il fut guéri de cette blessure , il vint retrouver les princes alliés à Paris. Dans. celte capitale, il fut vivement question de son mariage avec la princesse Charlotte de Galles, qu’épousa l’année suivante le prince Léopold de Saxe-Cobourg, aujourd’hui roi des Belges; mais le prince d'Orange refusa ce brillant parti, par un noble sentiment de fierté qui ne lui permettait pas de n’être que le premier sujet d’une reine d’Angleterre ; situation qui aurait eu d’ailleurs pour conséquence de sub= ordonner complétement la politique de son pays aux intée rêts de la Grande-Bretagne. Il épousa au contraire, le 21 iévrier 1816, à Saint-Pétersbourg, la sœur de l’empereur Alexandre, Anna Paulowna, née le 19 janvier 1795.
En 1830, lorsque éclata la révolution de Belgique, le prince d'Orange se rendit immédiatement à Anvers; et je 1 septembre il vint à Bruxelles, où son apparition produisit une impression favorable. Mais les exigences du parti révolutionnaire croissant toujours, le prince d'Orange
prenait le titre de roi des Pays-Bas et de grand-duc de ‘ finit par se trouver dans une position tellement critique,
que le 16 octobre suivant, outre-passant ses pouvoirs, il erut devoir recunnaître l'indépendance de la Belgique. Le roi son père lui retira ses pouvoirs, et annula ses actes. En conséquence, le prince d'Orange se retira en Angleterre , où îl a fait élever ses deux fils aînés. L'année suivante, il reprit le commandement de l’armée hollandaise qui en avril envahit la Belgique, mais qui, après une campagne de treize jours, dut rentrer dans ses cantonnements, par suite de l'intervention armée de la France. Plus tard, il conserva le commandement en chef de l’armée d'observation qui resta écheionnée le long des frontières du nouvel État. L’abdication volontaire de son père, le roi Guillaume I“, l’appela au trône, le 7 octobre 1840 ; et son premier soin fut d’aviser aux moyens de remédier au délabrement des finances, tâche impossible tant qu’on ne se déciderait pas à porter hardiment la hache dans les vieux abus administratifs. Les événements provoqués en Europe par la révolution de février 1848 le convainquirent de l’inutilité des efforts qu’on tenterait pour résister plus longtemps aux exigences du temps. Ses concessions furent alors franches et larges ; mais il n’eut pas le temps de voir achever la complète réorganisation administrative qu’elles avaient pour but : il mourut le 17 mars 1849,, laissant le trône à son fils aîné Guillaume II.
GUILLAUME III ( ALEXANDRE-PAUL-FRÉDÉRIC-Louis ), roi des Pays-Bas, né le 19 février 1817, est le fils aîné de Guillaume II. Il succéda à son père le 17 mars 1849, et s’efforça de se concilier l'opinion en se monirant facile en matière de concessions, notamment en proposant luimême une diminution considérable sur le chiffre de la liste civile (elle est de 1,250,000 fr.) ; maïs il n’y réussit complétement que lorsqu'il eut appelé aux affaires le parti libéral, et confié le portefeuille de l’intérieur à l’un de ses hommes les plus considérés, M. Thorbeke. Depuis lors il a été procédé à la réforme politique avec une sincérité qui a eu pour résultat de donner au régime parlementaire dans les Pays Bas des développements qui feront du règne de ce prince l’une des plus remarquables époques de l’histoire néerlandaise. La retraite du ministère libéral, qui eut lieu dans l'été de 1853 et l’avènement du parti rétrograde, n’ont point eu pour résultat un temps d'arrêt dans le développement des institutions et des idées constitutionnelles. Véritable prince constitutionnel, il est demeuré étranger à tous les changements politiques qui se sont
produits dans son gouvernement. Cependant il a encou- |
ragé les grandes entreprises d'utilité publique, les chemins de fer, les canaux, le dessèchement du lac de Harlem, et il a maintenu au dehors la paix ou la neutralité de son pays. En 1863 il s'empressa d’adhérer au projet de congrès présenté par Napoléon II pour régler les que:tions en litige. De même qu’en 1867, au sujet du Luxembourg, il garda, en 1870, une neutralité prudente entre ses puissants voisins, la France et la Prusse; toutefois il fut obligé, après la paix, de céder aux exigences du vainqueur et d'admettre l'exploitation des chemins de fer du Luxembourg par des compagnies allemandes.
Guillaume III a épousé, le 18 juin 1839, Sophie, fille de Guillaume Ier, roi de Wurtemberg, de laquelle il a eu deux fils : Guillaume, prince royal, né le 4 septembre 1840, et Alexandre, né en 1851.
GUILLAUME Ier (FRénéric-CHARLES), roi de Wurtemberg, naquit le 27 septembre 1781, à Luben (Silésie), où son père, plus tard Frédéric Ier, tenait garnion comme général major au service de Prusse. Sa mère était la princesse Auguste-Caroline-Louise de Brunswick-Wolfenbuttel. Le prince Paul, mort le 6 avril 1852, à Paris, après y avoir passé la plus grande partie de sa vie, était son frère cadet. Sa sœur, Catherine, morte en 1835, avait épousé Jérôme Bonaparte,
Après avoir longtemps erré avec ses parents en Russie, en Allemagne, en Suisse, ce ne fut qu'en 1790 qu'il lui fut donné de se fixer en Wurtemberg, Des invasions de troupes
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françaises interrompirent à deux reprises la continuation de l’éduoation de ce prince. En 1800 il alla servir comme vo'ontaire dans l’armée autrichienne, et il se distingua à la bata ille de Hobenlinden. Le prince Frédéric, son père, devenn duc régnant de Wurtemberg, depuis 1797, pré tendit exercer sur lui la puissance paternelle dans sa plus rigoureuse étendue, Le jeune prince reconnut alors que le mieux pour lui était de s'éloigner, et il voyagea en France ‘ten Italie. Ce ne fut qu’en 1806, lorsque son père prit le titre de roi, qu’il revinten Wurtemberg, où il vécut dans la retraite la plus profonde. Le mariage qu’il con(racta, en 1808, avec la princesse Caroline-Auguste de Bavière wapporla aucune modification à son genre de vie; cette union fut rompue, d'un consentement mutuel, en 1814. Quand, en 1812, Napoléon partit pour la Russie, le prince, conformément aux désirs de son père, alla le rejoindre à la fête d'un corps de 15,000 Wurtembergeoïis. Maïs une dangereuse maladie le contraignit de s'arrêter à Wilna. Après la bataille de Leipzig, il fut obligé de passer à la coalition, Les souverains alliés lui donnèrent le commandement d’ure des divisions Ce leur grande armée; il fit preuve de véritables talents militaires et remporta quelques brillants succès, À Paris il fit la connaissance de la grande-duchesse de Russie, Catherine, veuve du duc de Holstein-Oldenbourg, qu’il épousa en 1816, maïs qui mourut le 9 janvier 1819, après lui avoir donné deux filles. Le 30 octobre 1816 Guillaume succéda à son père qui venait de mourir inopinément. A la suite de nombreuses délibérations, il introduisit dès 1819 la nouvelle constitution, que suivirent bientôt après les plus importantes réformes administratives (voyez WurtEmBERG). Sous son règne, le Wurtemberg marcha dans la voie du progrès ; en maintes occasions le cabinet de Sfutigard se montra franchement opposé à la politique rétrograde et oppressive préconisée par Metternich. Que si le Wurtemberg eut à souffrir de l'effervescence générale produite en Allemagne par les événements de 1848, il dut à la sagesse de son roi et à sa popularité le prompt retour de l’ordre et de la tranquillité. 11 mourut chargé d'années, le 24 juillet 1864. En 1820 Guillaume Ier avait épousé en troisièmes noces sa cousine Pauline, fille du duc 1ouis de Wurtemberg, de laquelle il eut deux filles et un fils, Charles, né le 6 mars 1823, et qui lui a succédé sur le trône. GUILLAUME, duc de Brunswick. Voyez BRUNSWICE . GUILLAUME (FRÉDÉRIC-GUILLAUME-CHARLES), prince de Prusse, troisième fils du roi Frédéric-GuillaumeIl naquit à Berlin, le 3 juillet 1783. Le 12 janvier 1804 il épousa Amélie-Marie-Anne, fille du landgrave Frédéric- Louis de Hesse-Hon bourg, de laqrelle il eut dix enfants. Entré en 1799 dans la garde, il commanda, dans la guerre de 1806, une brigade de cavalerie, et se distingua particulièrement à Auerstædt. Dans la campagne de 1843, il fit partie du quartier général de Blücher; à Lutzen (2 mai), il commandait à l'aile gaurhe la réserve de la cavalerie, et enfonça un carré ennemi à la tête de ses cuirassiers ; à Leipzig, ce fut lui qui, en facilitant la jonction des corps de Blücher et du prince royal de Suède, amena la coopération de l'armée du Nord à cette décisive bataille. Il fit la campagne de France et celle de Waterloo, Quand éclata la révolution de Juillet, le roi de Prusse lui confia le commandement général des provinces du Rhin, Mais quand la mort lui eut enlevé sa femme (1846), il ne quitta presque plus son domaine de Fischbach; c'est là qu’il est mort, le 28 septembre 1851. Ceux de ses dix enfants qui Jui ont survécu sont: Adalbert, né en 1811, commandant en chef de la flotte prussienne, marié, en 1850, à la danseuse Thérèse Elssler, et mort en 1873; Élisabeth, née en 1815, femn.e du landgrave Charles de Hesse; et Marie, née en 1825, veuve de Maximilien II, roi de Bavière. GUILLAUME 1° (Frénéric-Louis), roi de Prusse et empereur d'Allemagne, second fils de Frédéric-Guillaume IF et de Louise de Mecklembourg, est né le 22 mars 1797.
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Son éducation toute militaire décida du caractère de sa politique et explique le penchant marqué dont il a toujours fait preuve pour le gouvernement personnel et despotique. Enfant il assista au démembrement de sa patrie et il prit en haine la France conquérante en voyant les larmes et la détresse de sa mère, exilée dans la petite ville de Memel. flevé en soldat, il courut aux armes en 1813 et ne les posa qu’à la paix générale. Dès lors il se voua entièrement à l'étude des questions militaires. Promu à de hautes charges militaires et politiques depuis l’avénement de Frédéric-Guillaume IV, son fière, au trône (1840), nommé alors gouverneur de Poméranie et appelé à faire partie de la première diète convoquée en Prusse, il prit une part impor ante à la politique. A quelqu'un qui demandat alors ce qu'était le prince de Prusse un diplomate répondit : « Cest un Prussien. » Roideur, orgueil nobiliaire, amour âpre du travail, dédain du repos, haine et jalousie des élégances artistiques, ces défauts d’égoïsme et d’étroitesse et ces vertus du foyer tenaient dans un mot. La prédilection qu’en toute occasion il manifestait pour VPétat militaire et tout ce qui s’y rattache fit considérer le prince par beaucoup de gens comme l’un des soutiens de Vebsolutisme ; et dans les sanglant. s journées de mars 1848 cette opinion provoqua dans les masses une violente irrifation contre lui. Les choses en vinrent à ce point qu'il crut prudent alors de s'éloigner de Prusse; et pour donner aux passions le temps de se calmer, il se rendit en Angleterre. Mais le ministère Camphausen travailla à faciliter et à opérer son retour à Berlin, qui eut liéu dès le mois de juin.
Elu par le vieux parti de la Croix député à l’assemblée nationale, Guillaume accepta ce mandat, mais sans venir siéger. Quand, au printemps de 1849, la Prusse réunit une armée pour réprimer la révolution au sud de l'Allemagne, c’est à lui qu’on en confia le commandement. Quelques semaines lui suffirent pour en finir avec le mouvement insurrectionnel du Palatinat et du grand-duché de Bade, Le 23 octobre 1857, il fut appelé à suppléer Frédéric- Guillaume IV, auquel son état de santé ne permettait plus les soins du gouvernement; le 9 octobre 1858, il reçut le titre de régent, et, le 2 janvier 1861, la mort de son frère lui donna le trône.
En ouvrant, le 14 janvier, les chambres du royaume, Guillaume 1° prononça un discours belliqueux sur le devoir qui incombait à la Prusse de sauvegarder l'intégrité du territoire allemand. Le 14 juillet de la même année, il fut, à Bade, l’obiet d’une tentative de meurtre; O:car Becker, étudiant de Leipzig, tira sur lui avec un pistolet de poche, et le blessa légèrement. 11 se fit couronner à Kœnigsberg, le 18 octobre suivant, avec la reine Marie- Louise-Augusta, princesse de Saxe-Wrimar, qu'il avait épousée en 1829. Ce fut pour lui l’occasion d'affirmer ses doctrines piétistes en religion et absolues en politique, doctrines dont l’alliance s’est imprimée ensuite sur tous ses actes et dans toutes ses paroles, Il se posa lui-même la couronne sur la tête, disant que «les souverains de Prusse recevaient leur couronne de Dieu ». Le parti progressiste répondit, dans la chambre des députés, par une opposition ouverte à cette prétention de droit divin, se montra hostile au projet de réorganisation de l’armée, que le roi avait préparé avec son ministre de la guerre, M, de Roon, refusa de voter le budget, et demanda que les chapitres en fussent plus”complètement spécifiés. Guillaume Jer prononça la dissolution de la chambre, le 12 mars 18692, et appela au pouvoir un cabinet réactionnaire sous la présidence du prince de Hohenlohe, Les nouvelles élections, Join de lui être favorables, fortilièrent encore l’opposition, et le projet de réforme militaire fut repoussé à une forte majorité. C’est alors qu'il prit pour premier ministre M. de Bismark.
La chambre des députés ayant rejeté de nouveau le budget du gouvernement et adopté un autre budget vré-
DICT, DE LA CONVERS. — T. X
paré par une commission parlementaire, le roi fit casser cette décision par la chambre des seigneurs. Aux adresses que votèrent, à plusieurs reprises, les dépulés, accu sant le ministère d'administrer incon titutionne lement et sans budget, il répondit qu'il entendait ne sac'ifier ni les droits de Ja couronne, ni ceux de la chambre haute, En même temps, il s’appliquait à éveiller la pas ion des armes dans le cœur de la ration prussienne. Le 3 décembre 1862, il invitait ses ministres à lui faire des propositions pour consacrer le souvenir de la grande guerre de délivr.nce (1813); le 18 janvier 1863, il prescrivait la célébration d'uue fête commémorative de l'appel aux armes fait cinquante ans auparavant par Frédéric-Guillaume 111; le 18 octobre, il fit célébrer l'anniversaire de la bataille de Leipzig par des prières publiques. Bientôt, l'ambition réunie des deux crandes puissances allemandes amena la déclaration de guerre contre le Danemark, et les voix opposantes du parlement prussien se p rdirent dans le bruit des camps. Guilliume Ier visita, le 22 avril 1864, les redoutes de Duppel, et félicita les régiments qui avaient pris part à l'assaut,
Après s'être uni à l'Autriche pour démembrer le Danemark, c’est contre l'Autriche même que Guillaume et son ministre allaient porter les coups de l'armée prussienne. La convention signée à Gastein, le 14 août 1865, par les plénipotentiaires de la Prusse et de l'Autriche, et l’entrevue de Salzbourg, le 20 du même mois, entre les souverains des deux pays, parurent assurer ia pax; elles furent le prélude de la guerre, qui se dénoua, le 2 juillet 1866, par le coup de foudre de Sadowa. Guillaume Ier, de retour à Berlin le 4 août, y reçut un accueil enthousiaste. Une nouvelle chambre des députés fut élue et donna au souvernement une majorité considérable; elle vota une loi d’indemnité pour les cinq années précédentes pendant lesquelles le pays avait été administré sans budg t régulier. Le roi ouvrit, le 24 février 1867, le reichst:1g de la Confédération de l'Allemagne du Nord, qui lui déféra la présidence et le commandement militaire de la Confédération. Cette même année, à propos de la qu'stion du Luxembourg, la guerre faillit éclater entre la Prusse et la France; mais elle fut coujurée, et Guillaume se rendit, à l’occasion de l'exposition universelle, à Paris, où lui fut faite une brillante réception. Trois ans plus fard (1870), le cabinet des Tuileries saisit avec une légèreté extrême le prétexte de guerre que lui offrait la Prusse, préparée longuement à cette éventualité qu’elle désirait. Le prince de Hobenzollern avait cependant retiré sa candidature au trône d’Espagne; rnais l'ambassadeur français voulut obtenir du roi Guillaume un engagement pour l'avenir, que le roi refusa de donner.
Guillaume [er prit le commandement en chef des armées de l'Allemagne, ayant pour chef d'état-major M. de Moîïtke, et pour principaux lieutenants, son fils, le prince héréditaire Frédéric-Guillaume (Fritz) et son neveu le prince Frédérie-Charles. Le 4 août, il était à Mayence; il y apprit le combat de Wissembourg et la bataille de Reïchshoffen. En quittant Sarrebruck, le 11 août, il adressa au peuple français une proclamation dans laquelle il disait qu’il venait faire la guerre « aux soldatsetnonaux citoyens ». Le 2 septembre, après la capitulation de Sedan, Napoléon] lui rendit son épée. On crut pouvoir alors espvrer la fin de la guerre; mais Guillaume refusa au gou\ernement de la défense nationale des conditions de paix acceptables. Pendant le siège de Paris, il établit son quartier général à Versailles où il fut proclamé empereur d'Allemagne, le 18 janvier 1871. Parvenu au comble de ses vœux ef ayant placé la Prusse au premier rang des puissances militaires, il parut surtout préoccupé de cimenter une’‘alliance intime avec les empereurs de Russie et d'Autriche. On remarqua, à ce sujet, les fêtes brillantes qu'il leur donna à Berlin, en septembre 1872, et le séjour qu'il fit, en mai 1873, à Saint-Pélershourg.
GUILLAUME IX, duc d'Aquitaine, comte de Poi-
tirs, le plus ancien des troubadours co: nus, naquit le 22 octobre 1072 , et succéda, en l’an 1088, à son père Guillaume VIIT. En 1101, il se croisa. Parti avec 300,000 hommes, disent les chroniqueurs du moyen âge, à qui des zéros de plus ou de moins importent peu, il fut à peine arrivé en Asie, que l’anéantissement complet de son armée, résultat des maladies, de la famine et de la misère, le réduisit à s’enfuir à Antioche, où Tancrède lui fournit les moyens de revenir en France. Eu 1115, devenu veuf de Mathilde, fille du conte de Toulouse, il se livra au plaisir et à la galanferie, dépouillant souvent des monastères pour enrichir des femmes ou des courtisans, ne se remariant que pour abandonner sa seconde femme et enlever celle du vicomte de Châtellerault. Ce scandale le fit excommunier par l’évêque de Poitiers, qu'il punit en le chassant de son siège. Cité par Calixte II à comparaître, en 1119, devant le concile de Reims, pour y rendre compte de ses actes de violence et d’usurpation à l'égard des biens de l’Église, il n’eut garde d’obéir, et mourut dans l’impénitence finale, le 10 février 1126.
Guillaume 1X devra bien moins de vivre dans l'histoire à sa croisade, à ses démélés avec son évêque et avec le pape, ou encore à ses scandaleuses amours, qu’à quelqu?s pièces de vers qu’il composa dans ses bons moments, et où l’on remarque une facilité, une élégance, une harmonie qui sembleraient ne devoir appartenir qu’à une époque plus avancée. On remarque encore dans les pièces de vers de Guillaume d'Aquitaine, conservées à la Bibliothèque nationale de Paris, une boutade ou chanson sur un chat qui l'avait égratigné. Orderic Vital raconte qu’au retour de sa croisade, il avait rimé les tristes aventures de son expédition et qu'il allait les chanter sur des airs badins devant les grands seigneurs et dans les assemblées chrétiennes.
GUILLAUME, dit le Dauphin d'Auvergne, haut baron et troubadour distingué du douzièn e siècle, se rendit célèbre par ses querelles poétiques et sanglantes avec le roi Richard Cœur de Lion, et par ses qualités chevaleresques. Il était fils de Guillaume VII, comte d'Auvergne, et de Béatrix, de la maison de Guigues en Dauphiné. Il fut le premier qui, par suite de ce mariage, porta dans sa famille le nom de dauphin, qu’il transmit à ses successeurs. S'il faut en croire nos manuscrits romans, ce jeune seigneur était un des plus courtois, des plus magnifiques et des plus vaillants chevaliers de son époque; supérieur à la fois en armes, en amour et en poésie, nul ne sut mieux composer sirventes, couplets et tensons. Émule et protecteur des {roubadours, il les attirait auprès de lui, et les comblait de présents et d’honneurs. Il paraîtrait toutefois qu'après avoir perdu par ses largesses plus de la moitié de ses biens, il en recouvra, et sut en amasser ensuite davantage par son adresse et par son avarice. Il nous reste quelques couplets satiriques du dauphin d'Auvergne contre Robert, évêque de Clermont, son parent, de plus cinq sirventes, dont les deux meilleurs ont été imprimés par Raynouard, dans le Choix des poésies originales des troubadours.
GUILLAUME DE POITIERS, l’un de nos anciens chron'queurs les plus remarquables et que ses contemporains comparaient à Salluste, à cause de l'énergie et de la précision de son sfyle, naquit, vers l'an 1020, à Préaux, près de Pont-Audemer, et étudia à la célèbre école de Poitiers, où il acquit une connaissance assez approfondie des écrivains de l’autiquité classique. Après avoir d'abord été militaire, il embra-sa la carrière ecclésiastique, devint chapelain du duc Guillaume, depuis roi d'Angleterre, et mourut archidiacre de Lisieux, vers la fin du onzième siècle, IL est certain qu'il survécut à Guillaume le Bâfard, dont il a écrit les faits ct gestes avec la partialité d’un admirateur enthousiaste, caractère qui n'empêche pas son récit d'abonder en curieux détails sur la conquête de l’Angleterre; son récit commence en 1035 et finit en 1070,
GUILLAUME DE CHAMPEAUX, philosophe célèbre
GUILLAUME
du moyen âge, naquit à Champeaux, près de Melun, dans la Brie, d’une famille de laboureurs. 11 étudia à Paris, sous Anselme de Laon, et devenu archidiacre de cette ville, il y ense gna lui-même. Les écoles formées par le maître et Par le disciple sont généralement regardées comme l’orisine de l’université de Paris. Plusieurs hommes devenus célèbres suivirent ses leçons; nous ne citerons qu'Abélard, qui devint plus tard son rival et son adversaire. La question qui fut controversée entre ce dernier et sonmaître se rattache à la querelle fameuse en philosophie des réalistes etdes nominau x. A la suite des désavantages qu’il eut dans celte controverse, Guillaume, dégoûté du monde, se retira dans un des faubourgs de Paris, et posa, en 1108, les fondements de la célèhre abbaye de Saint-Victor, où plus tard, sur les instances d’Hildebert du Mans, et contre son propre désir, il recommença à enseigner; il faisait sratuitement ses leçons à tous ceux qui se présentaient. En 1113, après avoir trois fois refusé de se charger d’un Si pesant fardeau , il fut contraint d’accepter le siège épis- Co} al de Châlons-sur-Marne, et laissa la conduite de l’ab= bay: naissante à Hilduin , le plus illustre de ses disciples. Ce fut lui qui donna , en 1115, la bénédiction abbatiale à saint Bernard pendant la vacance du siège de Langres, et une liaison étroite se forma dès lors entre les deux prélats. Il'assista aux conciles de Reims et à celui de Chälons-sur- Marne en 1115, de Reims en 1119, de Beauvais en 1120. Il mourut le 18 ou le 25 janvier 1121. On croit, sans en être certain, qu’il avait pris l’habit de Clairvaux en 1119, et qu’il fut enterré dans cette abbaye. 11 composa plusieurs traités en faveur de la doctrine des réalistes et quelques opuscules de théologie. De tous ses ouvrages, le plus considérable est celui des Sentences, et le seul imprimé est un petit Traité de l'origine de l’âme, publié par D. Martenne dans son Trésor d’anecdotes. H. Boucuirté, GUILLAUME DE JUMIÈGES, l’un des plus curieux historiens du onzième siècle, est l’auteur d’un ouvrage intitulé : Historiæ Normannorum libri VIIT, publié pour la première fois par Camden, dans les Angliæ scriptores, cont M. Guizot a donné ure traduction dans sa Collection de mémoires relatifs à l’histoire de France. Le récit de ce chroniqueur abonde en détails pleins de vie et de vérité sur les mœurs nationales et privées des Normands, Guillaume naquit, à ce que l’on croit, en Normandie, et prit l’habit de Saint-Benoît à l'abbaye de Jumièges, Onignore l'époque précise de sa naissance et de sa mort. GUILLAUME DE TYR. Ce prince des historiens des croisades naquit vers 1130, à Jérusalem, si l'on s’en rapporte à son continuateur, Étienne de Lusignan. En 1162, il étudiait les lettres en Occident, probablement à Paris. De retour dans sa patrie, il gagna si bien par son savoir et ses talents la confiance du roi Amaury que celui ci le chargea de l'éducation de son fils Baudouin. En 1167 il le nomma archijliacre de la métropo!e de T'yr, et peu de temps après il lui confia auprès de l’empereur Manuel Comrène une mission dont il s’acquitta avec bonheur, De; mésintelligences graves qui survinrent entre lui et son métropolitain de Tyr l’ensagèrent à se rendre à Rome. A son retour en Falestine, il fut fait chancelier du palais. En 1174, l’archevêché de Tyr étant venu à vaquer, il l'obtint et fut sacré dans l’église du Saint-Sépulcre, En 1177 il aila de nouveau à Rome, mais cette fois pour assister au concile de Latran, dont il écrivit l’histoire, VA demande des Pères eux-mêmes, ouvrage qui est pefu. Il revint de Rome par Cons'antinople, et profita du séjour de sept mois qu'il fit dans cette capitale pour obtenir de l'empereur Manuel ciflérents avantages en faveur de son église, On ignore ce qu'il devint après l’an 1183, année où s'arrête son récit. C'est à tort qu'on le représente dans quelques ouvrages comme mort à Rome, empoisonné par ordre d'Héraclius, patriarche de Jérusalem. Ce fait n'est rien moins que prouvé : il se serait, dit-on, passé en 1184; et en 1187 Guillaume de Tyr prêchait la croisade aux rois de