GUISE
lui valut le surnom de Balafré, désignation populaire qui devint un titre à l'amour des halles et de la bourgeoisie. Charles IX expirait, et son successeur, Henri I{E, ardent catholique tant qu'il n'est qu'héritier du trône, roi de la modération quand il y arrive, se laisse dominer par le tiers parti politique du due d'Épernon; il subit dès lors toute l'impopularité de son système de tempérament. Les catholiques, ne se trouvant pas en sûreté avec une royauté hésitante, qui ne vient point à eux, prennent leurs précautions : ils établissent et constituent son pouvoir, qu’ils défèrent à la sainte Ligue, à la maison de Guise. Un mémoire, rédigé par l'avocat David, parleur influent dans les assemblées municipales, indique la famille de Lorraine comme la seule héritière légitime de Charlemagne, le puissant empereur. Après la transaction de Poitiers, en 1577, entre Henri HI et les huguenots, la rupture des catholiques avec la cour devient plus profonde; le conseil royal, redoutant la puissance du duc de Guise, se rapproche des calvinistes. Aussi les catholiques ne placent-ils plus là leur confiance ; la maison de Guise est la seule fervente, la seule dévouée, la seule qui offre les garanties au parti qui s’est livré à elle.
En signant le traité de Joinville avec les envoyés de Philippe 1, Henri de Guise avait pris des engagements positifs envers l'Espagne. Il existe aux archives de Simancas les lettres autographes d’une correspondance mystérieuse entre l'ambassadeur du roi d’Espagne à Paris et le duc de Guise, sous le nom de Hucius. Dans cette correspondance, qui se continua jusqu'à la catastrophe de Blois, le duc fait preuve dune activité surprenante ; ses soins tendent à détourner la possibilité d’une paix ; il veut éviter à tout prix ce résultat. Faisant allusion aux barricades qui se préparent, il écrit à l'ambassadeur : « Vous voyez clairement l'état de nos affaires, et les louables intentions qui ont conduit ceux de Paris à la résolution qu'ils démontrent ; il nous est nécessaire d'élablir nos moyens, de sorte qu’à toute heure nous puissions être prêts à soutenir une si juste entreprise. » Ils étaient prêts depuis longtemps, lesdigueurs, et en mai 1588 ils éclatent par les barricades, grandes journées des colères populaires contre la royauté indifférente, heureuses et saintes journées des tabernacles, comme les désigne la multitude, selon le témoignage de De Thou. Le duc de Guise est porté en triomphe dans les rues de la Cité, Le but principal du mouvement est de s'emparer du roi, de l'arracher aux main$ du parti politique du duc d'Épernon : qui sait peut-être, une fois maitre de sa personne, pourquoi ne l’enfermerait-on pas dans quelque abbaye, à Saint-Denis ? Averti de ces projets, Henri IL quitte furtivement le Louvre, et se retire à Chartres, abandonnant ainsi Paris à la toutepuissance de M. de Guise,
Sept mois à peine séparent les journées des barricades-e la réunion des états généraux à Blois, et durant cet intervalle le duc de Guise est plus roi de fait que Henri HIT lui-même; tous les députés qui se rendent à la convocation royale sont complétement dévoués au Lorrain ; tous lui conseillent de profiter de sa position brillante pour s'élever au poste immense auquel il aspire, et lui, bien résolu à frapper un grand coup, écrit encore à l'ambassadeur espagnol : « J'ai recommandé par toutes les provinces de pourvoir à ce que les députés soient si bien triés et choisis que tous concertent l'assurance de notre religion et la manutention des gens de bien, et je pense y avoir tellement pourvu, que le plus grand nombre desdits députés sera pour nous et à notre dévotion. Je sais que le roi pratique partout pour faire nommer des gens en ‘faveur des princes suspects, mais je n'oublie rien; et si l’on commence, j'achèverai plus rudement que je n'ai fait à Paris, Qu'on y prenne garde ! » C’est alors que Henri HT, effrayé de cette puissance redoutable qui en veut à son pouvoir, et peut-être à sa vie, prend une résolution subite et désespérée : il croit anéantir ja ligue en frappant la maison de Guise, et effrayer les députés par une mesure violente, afin de dominer ensuite leur majorité. Sa pensée s'arrête à un assassinat. Henri de Guise et son
frère le cardinal, qui s’est asss cié à ses projets, sont dagués cruellement à Blois, dansune des salles du château. IImeurt accablé de coups d'épée, sans proférer une parole (1588 ). | ; A. Mazuy.
GUISE (Louis II pe LORRAINE, cardinal ne), frère du précédent, naquiten 1556. Il succéda au cardinal Charles de Lorraine, son grand-oncle, dans l'archevéché de Reims, et fut, ‘sous les ordres de son frère, un des principaux promoteurs de la Ligue. Président du clergé aux états de Blois, en 1588, il fut assassiné comme le duc de Guise, mais le lendemain seulement. On le conduisit dans une salle obscure, où quelques soldats le tuèrent à coups de hallebarde, On brûla son corps et on jeta ses cendres au vent, de peur que les ligueurs n’en fissent des reliques. Henri III ne lui avait jamais pardonné les épigrammes et les railleries qu’il se permettait à tout propos contre lui. Ce prince ombrageux et vindicatif avait surtout à cœur ce distique latin du cardinal, qui faisait allusion à la devise royale (trois couronnes avec cette légende : Manet ullima cæœlo, la troisième m'attend dans le ciel):
Qui dederat binas, unam abstulit, altera nutat, Tertia tonsoris nunc facienda manu,
De ces trois couronnes, Dieu lui en a déjà ôté une ( celle de Pologne); l’autre chancelle; la troisième sera l'ouvrage d’un barbier. Le cardinal ajoutait même, dit-on, qu’il aurait beaucoup de joie de tenir la tête du roi, si on lui faisait cette troisième couronne chez les capucins.
GUISE (CarueriNe pe CLÈVES, duchesse ne), fille de François de Clèves, duc de Nevers, née en 1547, épousa en premières noces Antoine de Croy, prince de Porcien, et en secondes Henri 1°", duc de Guise, assassiné à Blois en 1588. Elle se rendit fameuse par ses galanteries, et fut, diton, la maîtresse de Saint-Mégrin, que le duc fit tuer, à ce que prétendent quelques historiens. Cependant, à la mort de son mari sa douleur sembla réelle ; elle accusa Henri III devanf le parlement de meurtre et de trahison. Elle était alors enceinte, Dieu sait de qui! et bientôt elle accoucha d’un fils que la Ligue salua comme le rejeton miraculeux d’une souche brisée.
Après la prise de Paris par Henri IV, ce prince, en bon politique, lui permit de reparaître à la cour. Les grâces de son esprit lui valurent bientôt toute la bienveillance du roi et même la confiance de l’austère Sully. Elle fit rentrer en faveur son fils Charles, qui, ayant été forcé d'abandonner le gouvernement de Champagne, reçut en dédommagement, par son infercession, le gouvernement de Provence. Elle mourut à Paris le 11 mai 1633. Vanel, dans les Galanteries de la cour de France, accuse d’avoir été la rivale de sa fille dans ses amours avec le grand écuyer de Bellegarde, qui passait pour un des assassins de son second mari. Cependant le père Hilarion de Coste fait son éloge dans les Dumes illustres, et Brantôme semble vouloir la louer pour sa beauté et ses vertus.
GUISE (Cuarzes II ne LORRAINE, duc pe), fils aîné de Henri de Guise et de Catherine de Clèves, naquit le 20 août 1571. II fut arrêté le jour de l'exécution de Blois et renfermé au château de Tours, d’où il se sauva en 1591. Paris le reçut avec de grandes acclamations de joie, etles ligueurs l’auraient élu roi sans le due de Mayenne, son oncle, dont cette popularité subite contrariait les ambitieux projets. On prétend que la fameuse duchesse de Montpensier, sa tante, était amoureuse de lui. C’est ce jeune prince qui tua de sa main le brave Saint-Pol. I] se soumit à Henri IV, en 1594, et obtint par l'entremise de sa mère le gouvernement de Provence. Il fut employé sous Louis XIE: mais le cardinal de Richelieu , redoutant le prestige de son nom, le força de quitter la France. Charles se retira alors à Florence, et alla mourir à Cuna, dans le Siennois, le 30 septembre 1640, Là soixante-neuf ans, Il laissa plusieurs enfants de Hen-
HÉRe SR tERe de Joyeuse, son épouse, veuve du duc 4e Montpensier et fille unique du maréchal de Joyense,