HADJI-AHMED — HÆNDEL-SCHUTZ
mais les Turcs réfugiés voulurent déposer Ahmed, et celui-ci les extermina. Le bey de Tittery lui ayant fait signitier d’avoir à le reconnaitre, il fit trancher la tête à l'envoyé. Bientôt il prit pour agha son oncle Ben-Gannah, que les tribus du désert refusèrent de reconnaître, et qu’il dut soumettre ; puis il pensa prendre Bone. Son khalifat Ben-Aïcha s’introduisit dans la ville en 1832, et ladétruisit lorsqu'elle tomba au pouvoir des Français. Ahmed songea aussi à s'emparer de Médéah; mais son expédition échoua, et cette défaite fut le signal de révoltes incessantes parmi les Arabes. Le bey parvint à les étouffer dans des flots de sang. Son oncle lui-même, Ben- Gannah, périt, dit-on, par son ordre. Lorsque les Français marchèrent sur Constantine, il mit ses trésors en sûrêté, et confia la défense de la ville à son khalifat Ben-Aïcha. Nos troupes durent d’abord se retirer, comme on sait, et des négociations furent ouvertes avec Ahmed-Bey, mais elles s’aboutirent pas; enfin, une nouvelle expédition eut lieu, et Constantine tomba en notre pouvoir. Le bey, à la tête de quelques tribus fidèles, tint encore pendant quelque temps la campagne, et se réfugia près du désert. Abd-el- Kader tenta en vain de l’attirer dans ses intérêts. La jalousie rendit bien vite ces deux chefs ennemis. Er 1847 Abmed se rendit aux Français, et vint habiter Alger, où le gouvernement lui servait une pension de 15,000 francs. Il mourut dans cette ville, le 30 août 1851, laissant cinq filles seulement. Ses restes mortels ont été portés avec pompe au marabout de Siddi-Abder-Rhaman. L. Louver.
HADJI-RHALF A, dont le véritable nom était Moustafa-ben-Abdallah, célèbre aussi sous le nom de Æatib- Tchelebi, est l'un des historiens et des bibliographes turcs les plus importants. Il naquit à Constantinople, et, après avoir été pendant plusieurs années premier secrétaire et ministre des finances du sultan Amurat IV, mourut dans cette capitale, en 1658. Son principal ouvrage est un grand dictionnaire bibliographique, Kechs oul tsounum, en langue arabe, où il rapporte les titres de plus de dix-huit mille ouvrages arabes, persans et turcs, avec de courtes notices biographiques sur leurs auteurs. On doit encore une mention à ses tables chronologiques , Takvim al tavarikh (Constantinople, 1733, in-folio ); à son traité de géographie, Dchihân noumd (Constantinople, 1732, in-folio) ; et à son Histoire des Guerres maritimes des Turcs (Constantinople, 1728, in-folio 1830).
HADJOUTES, tribu dArabes bédouins de la province d’Alger, dont le territoire longe les plaines de la Métidja. Les Hadjoutes descendent en grande partie d'individus expulsés d’autres tribus, par suite de crimes ou de causes analogues. Aussi avaient-ils la réputation méritée d’être l’une des plus redoutables tribus de la régence, en raison de leur penchant au pillage et au meurtre. Dans la lutte qu’il nous a fallu soutenir en Afrique pour consolider notre conquête, nos soldats ont eu souvent de terribles exécutions à faire parmi ces hordes à demi sauvages.
HÆMANTHE. Voyez HÉMANTIE.
HÆMATINON, matière vitreuse dont les anciens se |
servaient pour mosaïques, vases d’apparat, etc., et qu’on rencontre souvent à Pompéi. Cette matière se distingue par sa belle couleur rouge foncé ; elle est opaque, plus nuancée que le verre, et susceptible de poli à un degré peu commun. Tous les essais tentés par les modernes pour imiter l’Hce-
matinon avaient échoué jusqu’à ce jour ; mais un chimiste !
de Munich vient d’en découvrir la formule.
ILÆMUS ou HÉMUS. Voyez BALKAN.
HÆNDEL (Grorces-FrépéRIc) musicien célèbre, né à Halle, le 24 février 1684, a été en quelque sorte nationalisé par les Anglais, reconnaissants des nombreux travaux qu'il a faits chez eux et pour eux. L’organiste Zachau fut le premier maître de Hændel. Ses progrès furent rapides : à dix ans il composait des sonates qui ont été conservées dans - le cabinet du roi d'Angleterre. En 1703 on entendit à Hambourg son premier opéra, l’Almeria ; il publia encore à cette époque trois autres partitions et beaucoup de pièces de cla-
vecin, bien qu’une grande partte de son temps fût absorbée par les leçons particulières qu’il donnait. En 1708 il partit pour l'Italie; le théâtre de Florence représenta son opéra de Rodrigo, et Venise retentit des bravos qui accueillirent son Agrippine. En 1710 il passa en Hanovre, où l'électeur le nomma son mattre de chapelle. Cette position ne put le fixer; il alla chercher de nouveau fortune en Angleterre, et fit paraître son opéra de Renaud : il avait mis quinze jours à composer cette partition, que les Anglais considèrent comme son meilleur ouvrage.
Curieux de visiter d’autres contrées, Hændel reprit le cours de ses voyages; mais il retourna bientôt à Londres. Georges I° Jui assura une pension de 400 livres sterling. A dater de ce moment, Hændel travailla constamment pour le théâtre anglais. Sa grande réputation est due cependant bien plutôt à ses oratorios qu’à ses partitions; ses compositions décèlent une imagination fougueuse, refrénée par une science profonde, « Si je n'avais pas étudié la musique de Hændel, disait Haydn, je n'aurais pas fait La Création. » Cet hommage d'un musicien célèbre, rendu si franchement à Héndel, doit être d'un grand poids pour le jugement à porter sur son talent. è
Hændel avait la taille robuste, le port noble, la figure imposante. Il aimait la bonne chère, et jamais il ne composait mieux que lorsqu'il était animé par le vin. Son esprit, généralement fin et caustique, devenait quelquefois brutal et emporté ; il voulait qu’on écoutât sa musique dans le plus profond recueillement; et si quelque personne interrompait lé silence, il l’interpellait de la plus rude façon. On compte quarante-ciuq opéras de lui, parmi lesquels on cite : Agrippine, Renaud, Mutius Scævola, Alexandre et Scipion, Richard Ier, Parthénope, Ariodant, Arminius, Bérénice. Le nombre de ses oratorios s'élève à vingt-six. Il a publié en outre grand nombre de motets et de musique sacrée, dont la touche est large et facile. Devenu aveugle à soixantedouze ans, il composait encore et dictait ses inspirations à Smith.
Hændel mourut le 14 avril 1759; il fut enterré dans l’église de Westminster, où on lui érigea un monument magnifique. Ji laissa à sa famille une fortune de 20,000 livres sterling. Un jubilé solennel eut lieu en 1784 en sa mémoire. Trois cents musiciens exécutèrent toute sa musique pendant trois jours. En 1785 et en 1787 les mêmes honneurs lui furent rendus, et l’on compta ces deux années-là jusqu’à huit cents exécutants autour de son mausolée. V. DARROUX.
IHÆNDEL-SCHUTZ ( JEANNE-HENRIETTE-ROSINE }), actrice allemande qui s’est fait une réputation comme mine, naquit en 1770, à Dœbeln, en Saxe, et était fille d’un comédien appelé Schuler. Entrée de bonne heure au théâtre, elle se maria, en 1788, à un ténor appelé Eunich; elle le suivit l’année suivante à Mayence, puis en 1792 à Amsterdam, et revint avec lui en 1794 jouer sur ie théâtre de Francfort. Dans cette ville, le peintre Pforr, en lui montrant la suite desravures de Rehberg, représentant les attitudes ou poses plastiques exécutées à Londres par Emma Harte, sous la direction du docteur Graham, son protecteur (voyez HamiLroN [ lady Emmal]), fit naître plus tard dans son esprit le désir d'exploiter, elle aussi, cette industrie sans nom jusque alors.
En 1796, elle accompagna son mari Eunich à Berlin, et pendant dix années elle parut avec succès sur le théâtre de cette capitale dans les rôles tragiqueset à sentiment. Dès 1797 Henriette Schuler avait divorcé d’avec Eunich. En 1802 elle se remaria avec un médecin, le docteur Meyer. Trois ans
| plus tard un nouveau divorce lui permettait de convoler
en troisièmes noces, avec un certain docteur Hændel ou Hendel, de Halle, qu’elle suivit à Stettin, avec l'intention de ne plus remonter sur les planches. Ce troisième mari étant venu à mourir sepi mois après, elle épousa en 1807, à Halle, un certain professeur Schutz, grand amateur du théâtre et lui-même auteur dramatique, qui la détermina à entreprendre avec lui un voyage artistique en Allemagne, ou, pour
parler plus prosaïquement, à courir les provinces en donnant des représentations partout où il était possible de réunir une centaine de curieux devant quatre planches posées sur deux tonneaux. C’est alors qu'il lui vint à l'esprit de reproduire les fameuses attitudes de lady Hamilton ;:et les contemporains rapportent que sur divers points de l’AI- Jemagne, en Russie, à Stockholm et à Copenhague, elle produisit une vive impression sur les spectateurs. A Paris, où elle essaya de faire apprécier son talent mimo-plastique, elle échoua complétement. En 1820 elle remonta sur les planches à Leipzig. En 1824 elle se sépara de son quatrième mari, et se fit rendre, en 1830, sa complète liberté par une sentence juridique de divorce. C'était pour la troisième fois que les tribunaux allemands, si commodes et si indulgents sous ce rapport, lui rendaient le même service. Des seize enfants qu’elle eut de ses quatre maris, trois seulement survivaient en 1844; et sur les onze qui n’existaient plus, quatre avaient mis volontairement fin à leurs jours. La Héændel-Schutz est morte à Kæslin, en 1839.
ILÆRING (WiLseLm), connu comme romancier et comme conteur, sous le nom de Wilibad-Alexis, est né à Breslau, en 1798, et descend d’une ancienne famille de Bretagne, sortie de France à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, et qui substitua à son nom français {Le Hareng) celui qui y correspond en allemand. Marié à une Anglaise, propriétaire d'une maison qu’il a fait construire et orner à sa guise, à Berlin, ainsi que d’une charmante villa située à Hæringsdorf, lieu riverain de la Baltique, et où l’on vient prendre des bains de mer, il jouit d’une indépendance qui lui à constamment permis de figurer avec avantage entre les écrivains voués au triomphe de l’idée du progrès et de la liberté, En 1847 il entreprit avec sa femme un voyage en Italie, et fut ainsi témoin l’année suivante d’une partie des événements dont les villes de Florence, de Rome et de Naples furent le théâtre en 1848. Son roman de Walladmor (3 volumes; Berlin, 1823), fruit de ses études profondes sur Walter Scott et d’une gageure, passa longtemps pour l’ouvrage de Walter Scott, et fut même traduit en anglais. Walter Scott, après l’avoir lu, déclara que c'était la mystification la plus audacieuse de notre époque. Collaborateur actif d’un grand nombre de journaux et de recueils littéraires, il a prouvé, combien l'initiative était puissante chez lui; et une foul® de romans, dans lesquels il allie l'ironie de Tieck à la bonhomie de Walter Scott, l'ont honorablenient classé parmi les fournisseurs breveités en possession de charmer la foule désœuvrée par des histoires, tantôt gracieuses, tantôt émouvantes, toujours amusantes. Nous rappelerons ici seulement les titres de ses principaux romans : La Maison Durstlerweg (1836); Cabanis (1827); Les douze Nuils(1838); Le Rolland de Berlin (1840); Le faux Waldemar (1842) ; Urbain Grandier (1843); Les Culottes de M. de Bredow (2 parties en 2 volumes; 1846 et 1848). Indépendamment de quelques traductions de l’anglais, on à de lui un recueil de causes célèbres et plusieurs pièces de théâtre, entre autres Le Prince de Pise et La Sonnette (1828), drames; Annette de Tharau (1829); Le Garçon Llailleur en goguette, farce de carnaval (1841), comédie.
HAFF. Ce nom, d’origine danoise, et qui signifie mer ou grande partie de mer, est usité par les Allemands pour désigner trois grands golfes de la Baltique situés sur les côtes de Prusse, el que nous appellerons plutôt des lagunes, puisqu'ils sont formés par les eaux de différents fleuves, qui avant de se déverser dans la mer s'épanchent sur un sol plat et peu profond, à l'instar des lagunes de Venise, formées, comme on sait, par les eaux de la Brenta, du Bacchiglione, etc.
Le Pommersche ou Steltiner-Haff (lagune de Poméranie ou de Stettin), appelé aussi autrefois Grosser Half (grande lagune), a environ 10 myriamètres carrés, reçoit les eaux de l'Oder et de quelques fleuves moins importants, et communique avec la Baltique par la Swine, la Peene et la Divenow.
HÆNDEL-SCHUTZ — HAGEDORN
Le Frisch-Haff, situé entre Elbing, Pillau et Kænigs berg, et où l'Elbing, la Nogate ( bras oriental de la Vistu, le), le Pregel, etc., ont leur embouchure, a environ 9 myria mètres carrés, et se jette dans la Baltique près de Pillau.
La Deime et la Memel, leRuss etle Gilge, viennent déverser leurs eaux près de Memel dans le Kourtsche-Haff (lagune de Courlande ), dont la superficie est d’environ 17 myriamètres carrés,
HÂFIS ( Cuews-Ennin-Monawmen ), l’un des plus célè- : bres et des plus charmants poëtes de la Perse, né’au commencement du quatorzième siècle, à Chiraz, se consacra à l'étude de la théologie et de la jurisprudence, sciences étroitement unies chez les musulmans, et vécut ensuite comme derviche dans une pauvreté volontaire, à Chiraz, sous la dynastie des Mosafférides, dont il se fit le panégyriste. Ce fut en vain que le sultan Achmet Ilchâni l’engagea à venir vivre à sa cour, à Bagdad. Lorsque le conquérant Timour (Tamerlan) entra à Chiraz, en 1338, il traita Hâfis avec beaucoup de distinction; mais celui-ci mourut la même année. Ce ne fut qu'après sa mort qu’on songea à réunir en Divan ses odes et ses élégies ; et cette collection a été depuis complétement imprimée dans la langue originale à Calcutta (1791, in-fol., et 1828, in-8°), à Constantinople (1840, in-4°), et au Caire, avec des scolies turques par Soudi (3 vol., 1834). D'Herbelôt, dans sa Bibliothèque orientale, en a traduit divers morceaux. De Hammer en a donné une traduction complète en allemand (Tubingue, 2 vol., 1812-1815). Ses poésies lyriques, dans lesquelles il chante avec grâce et avec chaleur , quelquefois même ayec passablement de licence, le vin, l'amour et les plaisirs, ont souvent un sens mystique, dont Schem, Sourouri, etc., se sont efforcés de donner l'interprétation. Les dévots musulman vont aujourd’hui encore souvent en pèlerinage au tombeau de Häfis, qui se trouve à Chiraz.
HAFIZ, nom que l’on donne aux mahométans, qui savent ie Coran en entier et le récitent tous les quarante jours.
HAGE (JEAN). journaliste danois, né en 1800, à Stege, fut, après d'excellentes études, placé comme instituteur à Ræskilde. L'étendue de ses connaissances, son enthousiasme patriotique et son éloquence populaire le rendaient très-propre à la carrière qu'il embrassa, lorsque, en 1830, le journaiisme danois sembla vouloir sortir de ses langes. Il s’attacha à la rédaction du Fædre landet, que dirigeait alors Nath. David, et dont il prit lui-même la direction en 1835. Adversaire déclaré du gouvernement, il ne tarda pas à s’attirer de fâcheuses affaires. Mis en accusation, en 1837, pour un article qu'il publia sous le titre de Coup d'œil sur l'histoire de l'Europe en 1835, il fut condanné à 200 rixdales d'amende. 11 mourut peu de temps après, le 15 septembre 1837, laissant la réputation d’un des plus vaillants champions de la liberté de la presse. Il est auteur de quelques opuscules, entre autres de Brændsted et Villoison (1829), qui lui attira une accusation de plagiat.
HAGEDORN (Fnénénic np), le fondateur, avec Hal ler, de cette première école poétique allemande qui compté parmi ses coryphées Zacharie, Gellert, Liskow, Kleist, Rammeler, Utz, etc., et dont le génie de Lessing suivi! quelque temps la direction, naquit à Hambourg, le 23 avril 1708, d’une ancienne famille noble. Son père, conseiller d’État en Danemark, exerçait dans cette ville les fonctions de président près le cercle de Basse-Saxe, Mort en 1722, après des revers de fortune, il ne laissait à sa veuve et à deux fils que de très-minces ressources, Cette dame ne s’en occupa pas moins avec un zèle lout maternel de leducation de ses enfants. L’aîné, ayant terminé ses études, accompagna à Londres, conme secrétaire intime, le baron de Sælhlenthal, envoyé danois. Revenu à Hambourg, Hagedorn fut nommé secrétaire de l’Association de Commerce ({4e English Court). Cet emploi le tira de la gène, et lui permit de se livrer aux goûts qui se partageaient sa vie, le culte des lettres et les plaisirs de la société, Carpser, célèbre chirurgien cten même temps homme d'esprit et bon convive; Broc-